Cet après-midi au bureau j’ai eu un peu de temps. Je me suis mis à écrire pour moi. Ça venait bien, j’étais content de mes mots. J’y parlais de rêveries et de sentiments qui m’ont traversé ces derniers jours. Et puis j’ai été dérangé ce qui est tout de même normal, je n’étais pas là où j’étais pour écrire mon blog ! Mais dans le mouvement j’ai fermé le document en cours sans doute précipitamment, j’ai cru avoir enregistré, je ne l’avais pas fait, mon texte s’est trouvé perdu...

Ce n’est pas sans doute une maladresse de hasard, c’est plutôt un acte manqué significatif. C’est l’expression d’une culpabilité toujours présente, en tout cas le signe de mon intranquillité, lorsque je me hasarde au bureau à faire quelquechose qui n’est pas en rapport avec mon travail. Ça m’agace de subir ainsi les diktats d’un surmoi professionnel et social bien ancré et pourtant sans justification. Je réagis comme un collégien qu’un prof surprendrait à lire une bédé pendant le cours, comme un gamin pris en faute par son père, comme un employé surpris par son patron. Et pourtant je n’ai aucun prof sur le dos, pas de père qui me surveille, aucun supérieur hiérarchique sur place. C’est moi même qui, dans la tête, m’institue mon propre surveillant. Débile non ! Il serait temps tout de même d’être grand…

Ça m’agace très fort de perdre un texte déjà écrit. Non que je juge mes mots inoubliables évidemment. Ils ne manqueront à personne en fait. Mais moi, j’ai l’impression d’avoir perdu une petite part de moi, c’est comme une amputation. J’ai l’impression que c’est irrémédiable. Jamais je ne pourrais les retrouver tout à fait. Et je m’exaspère encore plus à tenter de les reconstituer.

C’est ce que j’ai essayé de faire pourtant en rentrant à la maison. Sans conviction. Les mots ne venaient pas spontanément. Ils me paraissaient décalés par rapport au moment où je les avais d’abord produits. Ils sentaient le réchauffé. Je ne leur trouvais plus le même air de vérité. Alors tant pis, je renonce, je ne vous livre que ces mots-ci, pas bien intéressants mais bon, eux au moins, sont bien l’expression du ressenti du moment. Les pensées que j’ai eues reviendront je pense, sous une autre forme, elles donneront d’autres mots alors, et donc ce sera pour plus tard…