Ecrit le 20/12/05

Lorsque nous avons acheté ce petit appartement en Bretagne il y a une quinzaine d’années il était déjà meublé d’un mobilier de bric et de broc que nous avons gardé. Dans le séjour en particulier trônait une banquette en mousse, le « canapé jaune » que l’on dépliait pour y faire chaque soir notre lit, la petite chambre étant occupé par les enfants.

Depuis quelque temps je souhaitais remplacer cette banquette par un canapé lit un peu plus confortable et surtout qu’on puisse replier et ouvrir sans être obligé chaque jour d’enlever et remettre la literie.

Voilà qui est fait. On a été livré ce matin. Et la vieille banquette est repartie avec les livreurs.

C’était un des plaisirs de ce lieu le canapé jaune. À la fois léger et costaud il était propice au chahutage avec ses deux gros boudins amovibles qui formaient dosseret et accoudoirs.

À peine arrivés dans l’appartement alors qu’on était encore occupé à décharger la voiture, le premier jeu des garçons consistait à se jeter sur le canapé avec des cris de triomphe puis à sauter fébrilement dessus. Il y avait aussi des bagarres à coups de boudins. Il y avait les séances « d’écrasade », il fallait se coucher sur l’un des côtés de la banquette et replier l’autre vivement par-dessus, s’y asseoir comme si l’on ne s’était pas aperçu qu’il y avait quelqu'un dedans. Le matin on venait y chahuter avec les parents encore à demi endormis. Et les boudins à l’occasion servait aussi à dessiner des territoires sur le sol, à construire avec une chaise et la couette une cabane dans la pièce…

Source de jeux inépuisables ! Costaud l’animal tout de même pour avoir résisté à tous ses traitements. Et bien adapté au jeu pour qu’aucun de ces chahuts n’ait occasionné de casse, de blessure ni aucune conséquence néfaste (si tout de même quelques fois la montée de la voisine du dessous exaspérée par les sauts au-dessus de sa tête… et c’était devenu une des questions des garçons en arrivant : l’appartement du dessous serait-il occupé et pourrait-on ou ne pourrait-on pas jouer librement « au canapé »)…

Je l’aurais bien gardé la canapé jaune, dans un petit recoin, pour dépanner à l’occasion, mais surtout pour tous les souvenirs qu’il porte avec lui (et pour y rejouer pourquoi pas, grands gars et parents chenus mais il faut savoir préserver un peu d’esprit d’enfance, non ?). Mais c’est tout à fait impossible. Il n’y a pas de recoin possible ici, alors il a fallu le faire emporter par les livreurs du nouveau canapé…

Sic transit, le canapé jaune…

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