Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

31 décembre 2005

Bonne année

Tout simplement. C’est un peu banal dans la blogosphère ces jours-ci mais enfin on peut bien faire simple. Du moment que c’est authentique. Et ça l’est. C’est vrai qu’au fil des mois quantité de liens, plus ou moins superficiels, plus ou moins profonds, concrétisés dans les rencontres réelles ou qui en sont restés aux mots échangés (mais ce ne sont pas nécessairement les liens les moins forts) se sont noués avec ceux (celles) que je lis, ceux (celles) qui me lisent. Á toutes et tous donc bonne année et bonne année aussi aux inconnu(e)s de passage au hasard d’un lien ou d’une requête googlienne. Ça m’est agréable de leur envoyer à tous un sourire. C’est comme ça que ça devrait pouvoir être dans le quotidien avec le passant croisé, avec les gens avec qui on se trouve entassé dans une rame de métro et c’est si rare…

Hier soir j’ai été avec mes gars voir le dernier Potter. A priori pas le genre de film après lequel je cours. Mais pourquoi bouder son plaisir. Il faut reconnaître que c’est bien fichu. Les sombres histoires, les combats avec les forces maléfiques, tout ça est un peu lourd et tortueux mais pour le reste on se régale : c’est enlevé, sans temps morts, les ados sont charmants, les professeurs ont la tête de l’emploi, la représentation de la public school anglaise avec ses traditions et ses tics est délicieuse. Et puis les envolées magiques et les décors sont époustouflants. En plus c’était sympa de faire un truc avec mes gars, ça devient forcément plus rare à mesure que les années passent.

Je m’en vais retourner à mes cuisines. J’aime bien recevoir quand c’est avec un nombre raisonnable de personnes et avec des convives que j’ai tous envie de voir. Ce sera le cas ce soir. Constance et moi, sa mère, mon père, ma sœur et mon petit neveu, une grande amie de Constance, un seul des couples de la nombreuse belle famille. Les deux fistons seront là pour partager un petit moment avec nous, c’est sympa de leur part d’être là un peu avant qu’ils n’aillent chacun de leur côté à des soirées de leur âge. On ne va pas s’ennuyer des papilles. J’ai sorti quelques belles choses de ma cave, un grand Sauternes en particulier, 1978, ce n’est pas d’hier, regardez cette couleur merveilleuse d'or et d'ambre, c’est ma dernière bouteille de celui-là, il n’y a en aura qu’un petit verre pour chacun mais peu importe, j’espère que nous saurons le boire avec attention, ce n’est pas le genre de bouteille que j’achète, ce n’est pas tout à fait dans mes moyens, sa présence dans ma cave a une histoire, c’est aussi du souvenir que l’on boit.

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30 décembre 2005

Un jour sans

Hier était un jour sans. Ça arrive. Un jour sans tonus, sans volonté, sans activité, un jour sans tristesse particulière non plus mais avec un sentiment de mal-être persistant. Un jour éteint, les heures ont succédé aux heures. Rien n’y a fait. Ni le volontarisme, ni les objurgations intérieures, je peux faire mon fiérot avec mes discours sur la sérénité intérieure, le savoir jouir de ce que chaque heure peut offrir, essayer de me coller un sourire sur le visage et tenter de pratiquer la méthode Coué, et bien parfois ça ne marche pas…

Une mauvaise nuit, un réveil ensuite trop tardif, un temps sinistre, une tentative infructueuse pour me mettre à écrire, l’impression de ne pas avoir la paix, d’avoir toujours quelqu'un plus ou moins sur mon épaule, un fond de mal de crâne lié au gros rhume qui m’est tombé dessus depuis hier, les heures dont je ne fais rien et qui tournent pourtant. « Quoi, il est déjà cette heure là ! »

L’après-midi j’ai tenté de me bouger. Je suis allé à Orsay, je voulais voir l’expo sur les Russes qui se termine dans quelques jours. J’étais seul. J’apprécie bien sûr les activités partagées mais d’habitude ça ne me gêne pas d’aller seul me promener ou voir un film ou une expo, j’y apprécie mon sentiment de liberté, la maîtrise de mes rythmes mais là, ça me pesait, j’avais l’impression de me traîner par pur volontarisme, arrivé devant Orsay il y avait une bonne heure de queue, dehors dans le froid, pas le courage, tant pis pour les Russes, j’ai traversé la Seine, perspectives admirables comme toujours même sous ce ciel bas mais là rien à faire je ne me sentais pas en état d’admirer, j’ai marché dans les Tuileries, sol légèrement paré de blanc, les sculptures, l’arbre de Pennone, un canard glissant sur la glace, les perspectives là encore, la roue, la cour et les toits du Louvre sur fond de ciel virant à la nuit, la foule, pas moyen de me sentir en harmonie, en présence…

J’ai repris le métro...

Demain sera un autre jour. Demain on y est, demain c’est aujourd'hui, oui je crois que je suis entré dans la journée d’un meilleur pied, j’ai été faire les courses pour le réveillon, ça se passe chez nous pour le 31 avec un nombre limité d’invités ce qui me convient bien, c’est moi qui serai aux fourneaux, je vais m’y mettre, je vais tout à l’heure préparer la marinade pour la gigue de chevreuil que j’ai acheté ce matin.

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28 décembre 2005

Un journal, ça sert, finalement...

Comme c’est étrange ce dont on se souvient…

J’ai eu envie après la lecture de « Professeurs de désespoir » de remettre le nez dans « Journal de la création » de la même Nancy Huston qui m’avait beaucoup plu il y a quelques années. Je me souvenais qu’elle y tenait journal, évoquant ses propres difficultés et parlant du rapport différent à la création des hommes et des femmes en étudiant quelques couples littéraires célèbres. Mais j’avais zappé qu’au point de départ et unifiant tout le livre, s’articulant avec sa réflexion sur le création littéraire, elle racontait une autre création à l’œuvre au cœur d’elle-même, l’enfant qu’elle s’apprêtait à mettre au monde. Curieux quand même… Une femme aurait-elle oublié cet élément dominant de ce livre ? Les lien entre ce livre-ci et « Professeurs de désespoir » s’en fait en tout cas plus manifeste.

Je me suis promené un peu au hasard dans « Journal de la création », m’arrêtant ici ou là au gré des pages feuilletées. Mais j’ai été voir aussi ce que j’écrivais de ce livre, au moment où je l’ai lu la première fois, bien avant que je commence mon journal en ligne. Et de là je suis retourné aux pages que je citais pour retrouver les citations dans leur contexte et j’ai pris un vif plaisir à cette réimmersion dans ce qui m’avait arrêté alors. Comme quoi ça sert finalement, un journal, de temps en temps !

Et puisque tout ceci est hors ligne et que je ne puis y renvoyer par un lien, je le recopie d’un copié-collé. Je me fais mon petit « Temps immobile » !

Les références de pages renvoient à l’édition de poche dans la collection Babel.

« L’approche autobiographique, très présente ici, se mêle à des réflexions riches de psychologie et d’histoire littéraire. L’autobiographie n’est pas purement égocentrée, elle est un point d’appui pour autre chose.

C’est le journal d’une grossesse - moment créatif s’il en est pour une femme - et d’une réflexion qui avance en même temps sur le création artistique et la position des femmes.

D’emblée sont posés et opposés le côté de la création (masculin) et le côté de la procréation (féminin). Le livre s’attache à analyser les rapports difficiles qu’ils entretiennent à travers l’exemple de couples d’artistes et d’écrivains célèbres et cherche à dégager les conditions d’un dépassement de ces oppositions.

Les exemples donnés montrent combien les femmes oscillent entre renonciation à l’art, délégué au compagnon dans la douleur parfois jusqu’à la folie et au suicide (Zelda Fitzgerald, Sylvia Plath, Colette Peignot, Unica Zurm etc... ) et renonciation à la féminité lorsque la création artistique est assumée (Virginia Woolf, Elizabeth Barrett, Simone de Beauvoir). Rares sont les femmes qui parviennent à valoriser leur corps et leur esprit (Sand, Colette).

Le thème de Pygmalion : c’est l’artiste qui donne vie à sa créature, jusqu’au point parfois de la rendre plus vivante que sa compagne réelle (cf « le portrait ovale » de Poe) ;

L’anorexie comme une façon caractéristique pour les femmes de remporter une victoire de l’esprit sur la matière (p 119) ;

Le complexe d’Électre : idolâtrie du père, rabaissement du matériel-maternel (Beauvoir) ; le complexe de Jésus-Christ, absence du père, idolâtrie de la mère (Sartre) ;

Essai de synthèse des deux versants (p 296-298).

En contrepoint du journal de la grossesse et des exemples tirés de l’histoire littéraire est repris le propre vécu de N. Huston, notamment les symptômes de l’étrange maladie neurologique qui l’a frappé deux ans auparavant, le corps qui se prend, qui se sent devenir arbre, statue (l’envers de Pygmalion) (p 20, p 41, p 70, p 120, p 142), comme ceux de la maladie mentale dans laquelle elle a failli basculer (p 248 à 258).

« L’entrée dans le temps de la folie, le temps nervalien de l’analogie universelle, le temps merveilleux et abominable où tout signifie » (p 248) ; « le cerveau qui galopait dans tous les sens comme un cheval fou » (p 254) ;

 « Changer en joie présente les douleurs passées est une des meilleures définitions de l’activité littéraire » (p 86) ;

« C’est ainsi que commence le monde…, par un petit cri plaintif » (p 331 et dernière). »

J’aime beaucoup cette formule comme définition de l’activité littéraire : « changer en joie présente des douleurs passées ».

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27 décembre 2005

"La petite Jérusalem"

J’ai vu cet après-midi un « petit » film mais qui m’a bien plu. Un de ces films à la sortie discrète, à l’exploitation courte dans un petit nombre de salles et qui mérite qu’on lui fasse un peu de publicité. Rien d’extraordinaire mais l’approche très informée d’une petite communauté humaine avec ses contradictions, ses joies et ses douleurs qui nous permet de mieux comprendre le monde autour de nous, un petit bout du monde. On y voit vivre une famille de juifs sépharades de Sarcelles, entre la religiosité stricte de la fille aînée et du gendre, la volonté d’émancipation de la cadette, la nostalgie du passé de la mère, ses superstitions et sa douceur enveloppante. On perçoit ainsi un autre aspect de la vie de certaines banlieues, les tensions intercommunautaires et interreligieuses. On y voit les principes mortifères de nos religions judéo-chrétiennes dans leur refus du corps et de la jouissance et la façon dont les femmes tentent chacune à leur façon de se débrouiller avec ça. La parole passe, laborieusement, mais elle passe, grâce aux aînées, la mère comme la femme de la mitveh. Et chacun avance comme il peut vers son avenir, des avenirs qui seront forcément très différents mais que l’on espère plus ouvert, y compris pour le personnage masculin. Et la cadette,on le sent, à travers ses épreuves s'est construite et définitivement affirmée, portant en elle beaucoup d'espoir. On peut voir ici le site du film.

Et sortant de là, à ma surprise, j’ai retrouvé la place de la Bastille qui en deux heures s’était parée de blanc et les flocons qui tourbillonnaient dans la nuit.

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26 décembre 2005

Après Noël

Me voici de retour à Paris après ce petit intermède breton suivi de la soirée du réveillon et de la journée de Noël passé en belle banlieue parisienne chez la maman de Constance.

Les réunions de famille se sont bien passées dans une ambiance détendue et chaleureuse et je m’y suis senti plutôt bien. C’est en général le cas finalement. C’est à l’avance plutôt que j’en suis un peu angoissé. Je crains le nombre imposant que nous sommes, une trentaine de personnes pour le réveillon tout de même, douze encore pour le repas du lendemain midi avec ce que cela implique de lourdeur matérielle à gérer dans un appartement même spacieux comme l’est celui-ci, c’est un espace forcément resserré et un peu étouffant pour un tel nombre d’invités. Pour ma part de toute façon je préfère les rencontres plus restreintes dans lesquels on a bien plus de chances d’être vraiment présents aux uns et aux autres. Je crains la surabondance des mets et des vins face à laquelle, ma gourmandise aidant j’ai du mal à me retenir et qui me laissent au final l’estomac lourd et la bouche chargée. Je crains la frénésie autour des cadeaux et me sens toujours gêné de leur surabondance. Enfin tout s’est bien passé, j’ai su modérer mes appétits et me mettre dans une disposition d’esprit qui m’a permis de bien vivre le moment.

Je me suis ménagé un sas, outre les quelques heures de sommeil, entre le rangement des agapes du soir et la préparation du celle du lendemain midi. J’ai été me promener deux heures dans la vieille ville et le parc du château, laissant de façon un peu égoïste Constance et sa maman s’affairer. Mais j’avais besoin de cette respiration. J’en ai profité pour récupérer à la sortie du RER Papa qui nous rejoignais pour le repas de midi et nous en avons profité pour faire une promenade sur la terrasse du château. J’ai aimé ce bref moment de complicité plutôt silencieuse mais chaleureux, passé seul à seul avec lui avant de rejoindre les autres. Il y avait de belles lumières, le soleil jouait avec la brume, la Seine fumait à nos pieds, Paris se devinait au loin.

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Maintenant s’offrent à moi quelques jours de vacances parisiennes. Elles vont passer vite j’ai mille projets dans la tête à caser dans ces journées, je n’en ferai pas la moitié, il faut l’accepter, ne pas se mettre trop la pression, c’est les vacances non… Pour le moment je vais profiter de cette matinée qui s’ouvre pour faire une petite tournée de diaristes et pour effectuer les mises à jour en retard de mon blog.

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Après le brouillard

Ecrit le 22/12/05

Et le brouillard peu à peu s’est levé. On a commencé à voir un plus loin que la maison d’en face, le plafond de brouillasse s’est élevé et là-bas même, au loin, sur la mer on a commencé d’apercevoir un trait d’argent intense et vif.

On est parti se promener et le soleil nous a rejoint.

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On a marché le long de la plage immense. On a souri à ce panneau… hé, hé, moi qui justement envisageait un bain de minuit naturiste par une de ces belles nuits de décembre, faudrait-t-il donc que j’enfile mon maillot de bain et quel pandore viendrait donc nuitamment vérifier l’état de ma tenue ?

Et l’on a marché encore. Et le soleil est descendu vers la mer. De quoi offrir une salutation au soleil, ce à quoi Constance qui pratique assidûment le yoga s’est employée. J’ai pensé aux néantistes présents et à venir et me suis dit qu’un instant comme celui-là devait nous aider à nous en préserver.

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"Professeurs de désespoir"

Ecrit le 21/12/05

Brouillard intense ce matin. On en profite pour lézarder dans notre nouveau canapé. Et pour s’inscrire dans un tempo lent. Moi j’achève tranquillement la lecture de « Professeurs de désespoir » de Nancy Huston.

Quel livre sympathique et roboratif. C’est un essai sur les écrivains « néantistes », depuis Schopenhauer, le Père Néant, jusqu’à Houellebecq et Christine Angot, en passant entre autres par Beckett, Cioran, Thomas Bernhard et Kundera.

C’est très bien informé et j’y apprends énormément de choses. Mais ce n’est pas pesant pour autant, c’est enlevé, plein d’humour et par moments franchement drôle. Nancy Huston convoque Déesse Suzy, personnage ou plutôt anti-personnage invoqué par Thomas Bernhard : « On dit Seigneur Dieu, Dieu est un Monsieur n’est-ce-pas, on ne dit pas Déesse Suzy à l’église. Elle n’existe pas. Du reste qui l’adorerait ? Quand elle serait enceinte tous les ans, ce serait pénible, ce n’est pas possible, n’est possible qu’une figure plutôt statique, qui reste là en permanence, pas sans arrêt en mouvement, une fois grosse et l’autre mince ».

Mais Nancy Huston elle, elle aime bien Déesse Suzy. « Merveilleusement érotique et maternelle elle a l’immortalité vraie : celle de la transmission… choses reçues, choses données, la perpétuité grâce au lien. ». Alors en constant dialogue imaginaire avec elle, elle va voir d’un peu près le contexte psychologique, familial et culturel des écrivains néantistes. Ils s’inscrivent dans un contexte général de désenchantement du monde à l’œuvre depuis le 17° siècle, dans l’extension progressive de l’individualité au point d’y inclure les femmes qui s’émancipent et remettent en cause le statut traditionnel de l’homme. Les relations compliquées avec les mères, des éducations rigides, les traumatismes liés à la guerre et à cette innovation absolue de la barbarie nazie qu’est l’holocauste font partie des raisons qui induisent chez certains ces idéologies de la désespérance. Le plus souvent dit-elle les néantistes sont « des enfants mutilés qui ont choisi d’aggraver leur handicap ». L’opposé des résilients.

Leur position les amène à une vision absolument négative de tout, comme un pendant à l’autre extrême qui est la vision utopique, celle des grandes idéologies qui se trouvent battues en brèche après les catastrophes parallèle de l’holocauste et du goulag. Ils campent dans une position élitiste et pleine de mépris pour le monde et les hommes, n’ont pour seul valeur que leur art, montrent un dégoût intense pour ce qui féminin, associé à l’existence charnelle et à la reproduction qu’ils rejettent violemment. Ils se refusent à voir la richesse de la vie, elle n’est pour eux que la dégradation inévitable vers la mort parce qu’ils ne la voient pas aussi comme naissance, perpétuation, cycle, liens entre les êtres et les générations.

Nancy Huston n’a pas une vision mièvre de la vie, il suffit de lire ses romans pour s’en convaincre, d’ailleurs elle a elle-même été très attirée par les sirènes néantistes plus tôt dans sa vie mais elle refuse désormais cet absolu négatif, la vie c’est de la nuance et de la complexité, du tragique et du sublime, la mort et la naissance, la solitude mais aussi la présence aux autres et au monde et à la vie, surtout,c’est ce qu’on en fait : « je déclare que la vie est digne d’intérêt et plus aucun néantiste ne m’en fera démordre ».

Son discours est profondément féminin. Elle l’articule avec cette proximité plus grande qu’ont les femmes à la matérialité de la vie, par les cycles de leur corps, par leur capacité à enfanter et elle juge que sa propre expérience de mère lui a beaucoup apporté (sans pour autant en faire une obligation pour s’accomplir comme femme, elle respecte tout à fait les femmes qui choisissent de ne pas avoir d’enfant).

Je crois assez à cette parole que la femme est l’avenir de l’homme…

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Le canapé jaune

Ecrit le 20/12/05

Lorsque nous avons acheté ce petit appartement en Bretagne il y a une quinzaine d’années il était déjà meublé d’un mobilier de bric et de broc que nous avons gardé. Dans le séjour en particulier trônait une banquette en mousse, le « canapé jaune » que l’on dépliait pour y faire chaque soir notre lit, la petite chambre étant occupé par les enfants.

Depuis quelque temps je souhaitais remplacer cette banquette par un canapé lit un peu plus confortable et surtout qu’on puisse replier et ouvrir sans être obligé chaque jour d’enlever et remettre la literie.

Voilà qui est fait. On a été livré ce matin. Et la vieille banquette est repartie avec les livreurs.

C’était un des plaisirs de ce lieu le canapé jaune. À la fois léger et costaud il était propice au chahutage avec ses deux gros boudins amovibles qui formaient dosseret et accoudoirs.

À peine arrivés dans l’appartement alors qu’on était encore occupé à décharger la voiture, le premier jeu des garçons consistait à se jeter sur le canapé avec des cris de triomphe puis à sauter fébrilement dessus. Il y avait aussi des bagarres à coups de boudins. Il y avait les séances « d’écrasade », il fallait se coucher sur l’un des côtés de la banquette et replier l’autre vivement par-dessus, s’y asseoir comme si l’on ne s’était pas aperçu qu’il y avait quelqu'un dedans. Le matin on venait y chahuter avec les parents encore à demi endormis. Et les boudins à l’occasion servait aussi à dessiner des territoires sur le sol, à construire avec une chaise et la couette une cabane dans la pièce…

Source de jeux inépuisables ! Costaud l’animal tout de même pour avoir résisté à tous ses traitements. Et bien adapté au jeu pour qu’aucun de ces chahuts n’ait occasionné de casse, de blessure ni aucune conséquence néfaste (si tout de même quelques fois la montée de la voisine du dessous exaspérée par les sauts au-dessus de sa tête… et c’était devenu une des questions des garçons en arrivant : l’appartement du dessous serait-il occupé et pourrait-on ou ne pourrait-on pas jouer librement « au canapé »)…

Je l’aurais bien gardé la canapé jaune, dans un petit recoin, pour dépanner à l’occasion, mais surtout pour tous les souvenirs qu’il porte avec lui (et pour y rejouer pourquoi pas, grands gars et parents chenus mais il faut savoir préserver un peu d’esprit d’enfance, non ?). Mais c’est tout à fait impossible. Il n’y a pas de recoin possible ici, alors il a fallu le faire emporter par les livreurs du nouveau canapé…

Sic transit, le canapé jaune…

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Impressions bretonnes

Ecrit le 19 décembre

C’est l’hiver mais il fait doux ici. Le soleil joue avec les nuages, il pleut d’un petit crachin doux puis une belle lumière venue de la mer éclaire soudain la campagne, les prairies gorgées d’eau, les troncs moussus des arbres du petit bois.

La mer est quasiment à notre porte. Mais tout à l’heure nous avons choisi d’y aller par des chemins détournés. Sortis du village nous sommes entrés dans les bois, dans ce qu’il en reste, une bande étroite entre le polder et les zones surélevées constructibles de plus en plus colonisées par des villas. Mais cette petite zone préservée est précieuse : chemin étroit zigzaguant entre les mares, tapis de feuilles en décomposition, règne ici cette odeur particulière, un peu écoeurante du bois humide, il y a quelques chants d’oiseau, il y a cette intense puissance de vie que l’on sent derrière cette décomposition, nous avançons courbés sous le couvert, pas des trouées nous apercevons les prairies, la dune, le ciel…

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Nous rejoignons une longue allée cavalière qui ramène à la dune, couronnée de sa crête de sapins, nous l’empruntons, il n’y a personne, nous marchons vers cet autre monde, la mer grise verte et bleue, l’arc immense de la plage.

Nous y voici, longue station pour contempler puis nous reprenons notre marche, le long de la plage cette fois, nous marchons sur le sable humide à l’extrême limite de là où remonte la mer, là ou les paquets d’algues sont à demi couverts, là où les chevaliers garzette incroyablement vifs vont et viennent, picorant leur pitance juste au point précis où la mer doucement déferle, plus d’une fois elle vient caresser la semelle de nos tennis.

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Il fait très doux, j’ai tombé le pull-over, autour de nous sans cesse changent les ciels.

Puis il y a ce moment bref où le soleil déclinant passant entre deux couches de nuages avant de se coucher brille pour la première fois de la journée d’une façon très franche. Les dunes et le sable prennent une couleur d’or. Un pêcheur descend lentement vers la mer paisible, installe ses lignes…

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17 décembre 2005

Souffler...

Déjà la fin de ce premier trimestre ! je suis stupéfait de la façon dont filent les semaines sans que je les voies passer. J’ai l’impression, ce n’est pas nouveau, que le temps s’accélère à mesure qu’on vieillit.

Mais cette bousculade du temps est aussi la conséquence de la multiplicité de ce que je fais, ce qui d’un côté est bien, cela vaut mieux que des phases plus apathiques ou dépressives que j’ai pu connaître à certaines périodes. Mais je suis fatigué d’avoir sans cesse ce sentiment d’être dans l’urgence, avec mes « to do lists » sur le coin de mon bureau, d’avoir cette impression, chaque fois que j’ai terminé quelque chose, qu’il y en a autant à venir, d’être toujours plus ou moins débordé. Tel boulot à terminer pour le bureau, tel livre à lire qui m’attend et me nargue sur mon étagère, tel film à voir avant qu’il ne soit retiré du circuit, tel texte à écrire que j’ai déjà à moitié dans la tête, mais à moitié seulement c’est justement là le problème, il y faudrait du travail donc du temps. Et du coup je m’interdis de simplement me laisser aller, de me poser sans regarder l’heure, juste pour m’arrêter, juste pour souffler…

Alors ça va me faire du bien de filer une petite semaine en Bretagne avant de revenir ici pour les réunions de famille propres à la période. (J’ai hésité sur le terme « obligations familiales » ou « fêtes de famille », finalement j’ai écrit « réunions de famille », le terme le plus neutre, le moins connoté, le plus proche de mon ambivalence par rapport à tout ça, envie-pas envie.)

Je ne prends que peu de choses, des vêtements bien chauds et confortables, une parka pour la pluie, quelques livres seulement, de quoi écrire mais pas d’ordinateur et surtout, je n’aurais pas internet, cet internet si envahissant, source de plaisirs et de découvertes mais aussi d’errance et de dispersion. Déconnexion salutaire!

Les garçons ne suivent pas le mouvement, ça leur paraît totalement baroque d’aller dans une petite station bretonne en plein hiver, nous ne partons qu’à deux, tranquilles.

Pas grand chose à faire là-bas à cette saison en effet, sinon justement souffler, respirer, marcher sur la plage, regarder la mer, se laisser bercer par son flux et son reflux, regarder le ciel et regarder l’horizon, revenir se pelotonner au chaud dans notre petit appartement avec un bon livre et un stylo peut-être ...

Oui ça va faire du bien…

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