27 février 2006
Sans couette (bis)
Que
ne ferais-je pour compléter la collection de Dame Traou !
Voici donc
quelquechose d'un peu plus conforme à l'âge requis par la
"consigne". Mais guère en ce qui concerne la chevelure! De
ce point de vue, à tout prendre, l'autre valait mieux...
J’ai
été déjeuner avec mon père hier. J’en ai profité pour aller mettre le nez dans
les albums photos familiaux. Un joli voyage que nous avons fait ensemble avec
plaisir et nostalgie et puis j’ai embarqué quelques clichés non sans promettre
de les ramener sans faute après les avoir scannés.
Mais
lequel choisir ? Ce sont de petites photos en général de format presque
carré. Il y a peu de portraits en fait, ce sont plutôt des scènes de groupe, vu
d’assez loin avec des personnages minuscules. Et puis il y a des photos d’un
peu plus grande taille, faites par des professionnels dans des occasions
commerciales, celle-ci à côté d’un Saint Nicolas, ce devait être lors d’une
visite chez mes tantes de Belgique, celle là entre les pattes d’un ours blanc
débonnaire ce devait être lors d’un séjour à la montagne. Il y a des photos
d’école aussi, avec des photos de classe mais j’en ai peu datant de l’école
primaire. Certaines années j’ai plutôt des portraits faits à l’école comme
celui-ci.
Encore
une fois je n’ai pas la date et ne saurait mettre un âge exactement. Mon père
non plus. Ma mère elle aurait su peut-être. Allez disons à neuf-dix ans mais
sous toutes réserves, en tout cas pas mal de St Epimaque d’Egypte avant la
photo en poils et cheveux que j’ai mise l’autre jour.
J’ai
un vague souvenir du moment. Ou je crois en avoir le souvenir. Il me semble que
c’est le photographe qui avait apporté ce nœud papillon que l’on voit ici, ce
devait être la première fois que je mettais une chose pareille, chacun le
mettait à son tour le temps de la photo, c’était étrange, ce drôle de truc à
élastique qui serrait un peu le cou…
Il
y a ce côté petit garçon sage, cet air un peu figé qu’a dû m’imposer le
photographe, un regard ouvert quand même, mes oreilles légèrement décollées que
ne masquaient pas encore une abondante chevelure. Il y a le porte plume, ce
n’était pas encore le temps de la généralisation du stylo bille, il y a le
livre de classe ouvert avec sa page imagée et puis le panneau derrière, je
crois me souvenir d’une série sur les saisons, là c’est l’été qui est
représenté…
C’est
sympa de prendre le temps de regarder une photo de près en cherchant à traquer
tout ce qu’elle contient d’ambiance, cela fait madeleine finalement, des tas de
choses remontent qu’on croyaient oubliées.
26 février 2006
Mon écot pour Garfieldd
D’abord
quand j’ai vu cette chaîne de soutien financier à Garfieldd, le proviseur
sanctionné pour blogging intempestif, je me suis dit : non, je ne vais pas
donner, parce que tout de même il y a des misères bien plus graves à soutenir
de par le monde ou au pied de nos immeubles. Une absence de salaire de quelques
mois pour un proviseur ça oblige sûrement à jongler un peu mais ce n’est pas
tomber dans une dèche irréversible, ce n’est pas la mort.
Et
puis finalement j’y suis allé tout de même de mon petit écot symbolique.
Pour
redire mon sentiment que la sanction qui le frappe (suspension jusqu’à la
prochaine rentrée avec retrait de salaire) reste totalement disproportionnée au
regard des faits reprochés même si naturellement c’est moins pire que la
révocation que le ministère avait d’abord décidé…
Pour
marquer une solidarité à Garfieldd qui ne soit pas que de mots. Nos amis les
analystes nous le disent assez, ça ne compte vraiment qu’à partir du moment où
on y va de nos sous.
Pour
dire à Garfieldd qu’on ne l’oublie pas, lui et tout ce que sa grave mésaventure
symbolise, notre mobilisation n’était pas qu’un feu de paille.
Pour
manifester tout simplement ma sympathie, tiens c’est comme si je lui offrais un
disque ou un bouquin à Garfieldd, c’est un petit présent, le mot dit bien ce
qu’il veut dire.
25 février 2006
Claustrophobie
Il
se trouve que j’étais aujourd'hui en milieu d’après-midi dans le quartier des
Halles. Je me suis dit, je vais en profiter pour aller au cinéma et faire
quelques achats à la Fnac. Je fréquente peu ce genre d’endroit surtout le
samedi après-midi, je comprends aisément pourquoi !
La
foule est compacte, trop compacte. Les queues devant l’UGC s’entremêlent et
saturent l’espace, je ne me sens nulle envie finalement de poireauter dans cet
étouffoir pour aller au cinéma, tant pis pour « L’Ivresse du
pouvoir », ce sera pour un autre jour. Si j’aime tant les salles du MK2
bibliothèque c’est aussi parce qu’elles donnent sur des espaces ouverts, que la
plongée dans l’espace clos et noir de la salle, ce moment où l’on s’abstrait,
où l’on rentre dans le cocon, n’est qu’une parenthèse qu’environnent les ciels.
Pour
rejoindre la Fnac, il me faut traverser le vaste espace souterrain que bordent les
boutiques du lieu, temples de tous les achats, où se pressent les foules,
toutes sortes de foules, celles d’ici et celles que le RER fait débarquer du
fond des banlieues, celles qui peuvent consommer, celles qui en rêvent
seulement ou qui viennent y réanimer leurs compréhensibles frustrations.
A
la Fnac même étouffoir naturellement, la circulation entre les rayons n’est pas
fluide, il fait une chaleur étouffante, comment me sentirais-je à l’aise pour
farfouiller à la recherche des deux trois titres que j’avais en tête ou pour
trouver l’oiseau livre inconnu qui m’aurait fait de l’œil.
Je
n’y traîne pas longtemps, je me sens trop oppressé, je sors de là les mains
vides mais sans regret. Ouf, dehors un air vif et même un timide rayon de
soleil qui cherche à percer le couvert de nuages. Beaucoup de monde encore dans
la rue mais là ce n’est pas du tout pareil, il y a l’espace au-dessus de moi,
tous ces gens qui passent peuvent devenir un spectacle, la variété de la rue
peut devenir un plaisir, ces gamins sous leurs casquettes et leurs capuches,
cette tribu de gothiques dans leurs grands manteaux noirs, avec leurs visages
émaciés, leurs piercings et leurs breloques cuirs et métal, ces filles sapées
qui traînent leurs sacs aux armes des boutiques où elles ont fait leurs achats, ces touristes en goguette, et puis les autres, tous les autres, tous ces mondes
qui se croisent et que traverse un Valclair vaguement ahuri mais qui respire…
Je marche jusqu’à la Seine, je passe un moment encore à regarder couler le
fleuve, puis je prends le bus qui me ramène dans mon petit coin de Paris
presque provincial, le bus les voies d’en dessus naturellement, pas le métro et
les voies d’en dessous…
Place
Saint Michel je croise encore un autre monde ! Devant la fontaine s’agite
une bande de crapauds et de grenouilles, brandissant des pancartes
« sauvez les tout-petits », réclamant l’abolition de la loi Veil et
chantant des cantiques autour d’un curé en soutane à gueule de para. Manquaient
plus que ceux-là, tiens !
23 février 2006
La part de l'intime
La
part d’intime que l’on peut donner de soi est une interrogation récurrente chez
les blogueurs, en liaison avec la question de l’anonymat. Chacun trouve son
compromis, plaçant le curseur là où il juge bon qu’il soit. Et non sans le
déplacer parfois, évoluant, modifiant la part respective à donner à l’intime et
à ce qui l’est moins.
Certains
évoluent par petites touches, par glissements, comme c’est mon cas. D’autres
envisagent des changements plus radicaux et assumés comme tels. C’est ce qu’a
fait Coumarine par exemple tout récemment qui parle carrément d’un changement
de cap.
J’essaie
pour ma part de préserver autant que possible une part d’intime assez
importante. J’ai évolué, je l’ai assez dit, et notamment lorsque je suis passé
à la démarche plus relationnelle du blogging, lorsque j’ai accepté de rentrer (avec
modération) dans le jeu des commentaires. J’écris mon journal sur word et je
laisse de côté certaines entrées que je ne mets pas en ligne, mais assez peu
finalement,. Et j’ai tenu tout de même à faire figurer ce mot
« intime » sur le petit résumé figurant en haut de ma page. Je l’ai
fait à travers cette formule que j’aime bien « l’intime se dessine à
travers le quotidien ». C’est pour dire que je ne vois pas mon expression
dans un processus systématique et totalitaire de mise à nu. Je la vois plutôt comme
une sorte de dévoilement progressif. Je sens qu’une figure se construit peu à
peu au travers des réflexions d’apparence « extimes » sur ce que je
lis, sur ce que je vois, à travers des remarques, des pensées, des sentiments,
des relations évoquées, avec des mots qui sont vrais quoique pas forcément très
explicites notamment dans ce qui touche ces deux derniers points. C’est une
figure floue qui se construit, nimbée d’une ombre qui atténue la précision des
traits, mais une figure vraie et qui exprime le profond de moi.
Ce
n’est pas facile bien sûr et pas sans contradictions. Le curseur va et vient
autour d’un impossible point d’équilibre, on se dit, là peut-être je dis un peu
trop, là au contraire je suis trop frileux pour me faire bien comprendre, mais
je reste dans cette tension, je préfère cela à la tentation de deux blogs
séparés, l’un qui serait public et extime et l’autre qui serait privé et
intime.
Il
ne s’agit pas de tout dire. On ne se met pas tout nu en présence des autres
comme commentait justement Alain chez Coumarine. Mais c’est bien de se
déshabiller un peu tout de même, d’oser se mettre en jeu au regard des autres.
Je suis convaincu que c’est ainsi, bien plus que dans des ressassements
d’écritures solitaires, que l’on se met en jeu au regard de soi,
Et
puis oser se dévoiler c’est une forme de don de soi et c’est parce qu’on donne
qu’on recevra.
Amis
blogueurs, ne délaissez pas trop la part de l’intime !
21 février 2006
Sans couette
Ça
oui, sans couette, mais sérieusement en barbe et cheveux le Valclair !
Je
m’amuse à suivre le fil lancé je ne sais d’où et suivi par de charmantes
demoiselles, Mesdames Traou, Tita, Samandti, Vroumette, entre autres pour
celles que je lis et par quelques jeunes messieurs. Traou vient de relancer la
machine en offrant la galerie complète ici …
J’ai
cherché des photos d’enfance d’abord pour être dans le ton. Curieusement je
n’en ai pas. Je n’en ai pas ici disons. Il y en a des quantités naturellement
chez mon père, dans notre maison du sud-ouest aussi, je me souviens d’avoir
feuilleté ces albums avec mon grand-père, nous les commentions mutuellement, il
adorait cela tout à la fin de sa vie et c’étaient de beaux moments de partage.
Mais ici pas la plus petite photo de l’enfant Valclair. Il faudra que j’en
pique, tiens, dans les albums familiaux…
Alors
j’ai cherché plus récent. Plus récent mais qui remonte quand même à plus ancien
que la plupart des photos de nos jolies amies vu mon âge canonique. J’ai trouvé
des photos d’adolescence ou d’adolescence prolongée, dans ce milieu ou cette
fin des années 70, sur celle-ci j’ai une vingtaine d’années et quelques poussières,
je n’en connais pas la date exacte…
Je
me dis : est-ce que je casse un peu plus mon anonymat ? Pourrait-on
me reconnaître ? Y a-t-il des gens d’aujourd'hui qui pourraient faire le
lien ? Ou des gens de cette époque passant par ici par hasard ?
Franchement je ne crois pas, je me trouve tellement différent. Et puis même
cela serait-il... Je prends le risque. Moi-même il me semble que je ne me
reconnais pas. Le regard pourtant, ça ne change pas un regard. Mais c’est
curieux car je ne me retrouve même pas tant que ça dans le regard, dans cette
expression un peu surprise, un peu interrogative. Je scrute. J’essaie de
descendre jusque dans ce regard là, oui, c’est moi évidemment mais il me faut
m’en convaincre.
La
chevelure et la barbe ! Impressionnante ! Que voulait-elle
dire ? Bien sûr c’était une certaine mode, c’était la volonté d’être
conforme à un certain non conformisme très cohérent avec l’époque. Mais
peut-être aussi de façon plus intime et inconsciente, une façon de se cacher,
de s’enfouir…
Voilà je donne ça, c’est un jeu. Mais le faisant j’ai le sentiment aussi de donner un peu plus de moi, après mes mots, cette image, oui, c’est plus sérieux qu’il n’y paraît, si je m’enfouissais alors, je crois qu’aujourd'hui, de plus en plus, je me publie…

Val,
dans sa vingtaine, né à la Saint Epimaque d'Egypte (pas mal ce saint
quand même, tiens Epimaque, pour un des mes gars, j'aurais du y penser!)
20 février 2006
Mes films de la semaine
Donc
je l’écris mon grain de sel « critique » sur mes films de la semaine
dernière. Á la va vite, sans vraiment creuser comme j’aime parfois le faire,
juste pour laisser trace pour moi et aussi pour dire des impressions qui
parfois justement ne collent pas avec la critique dominante.
« Lord
of war » par exemple, très encensé, franchement je n’ai pas aimé. Bien sûr
c’est correct du point de vue des idées, ça dénonce ce qu’il faut dénoncer mais
ça ne suffit pas. Les personnages m’ont paru faux, sans nuances, des
caricatures sans épaisseur. Le bien et le mal s’opposent de façon emblématique
et tellement lourde, éventuellement au sein d’un même personnage. Comment
croire une seconde à ce trafiquant isolé et solitaire, sans réseaux et sans
équipe qui va lui même négocier dans la gueule du loup, comment croire à cet
espèce de flic désincarné incarnation de la morale ? Le film n’aide pas à
comprendre la réalité du fonctionnement de ces immondes trafics et perd du coup
beaucoup de sa force de dénonciation. On dira que le film ne se veut pas
réaliste, qu’il s’agit de montrer des archétypes, certains critiques y vont même de
la « distanciation brechtienne » et tutti quanti. Bof, je n’ai vu
qu’une grosse machine américaine, tournée certes avec l’efficacité habituelle
mais dans laquelle je ne suis pas rentré vraiment et au total, malgré les
rebondissements et la rapidité de l’action, je me suis ennuyé.
Tout
l’inverse pour « Le petit lieutenant », à la sortie plus discrète. Je
pensais voir simplement un bon polar d’ambiance. C’est bien plus que cela. Il y
a certes la description pour le coup vraiment réaliste, sans complaisance mais
sans manichéisme non plus de la police judiciaire mais il y a aussi une
histoire tragique et des personnages magnifiques, auxquels on croit
profondément et vers lesquels peut aller notre émotion.
J’ai
bien aimé « Le secret de Brokeback Mountain », qui montre, la
difficulté, il faudrait plutôt dire l’impossibilité de vivre son homosexualité
dans l’Amérique de ce temps là (mais c’était pareil ailleurs et ça le reste
dans tant d’endroits) et dresse en arrière fond un juste portrait de cette
Amérique profonde. Il y a la beauté des paysages qui n’est pas qu’un décor. Ce
si bel espace de montagne et de nature est le lieu de communion et de liberté
pour les personnages, seul cadre dans lequel peut s’épanouir leur amour. Enfin
ce film est aussi tout simplement une belle histoire d’amour au long cours,
magnifiquement interprétée.
J’ai
quelques réserves sur « The ballad of Jack and Rose », j’ai bien aimé
dans l’ensemble, le thème m’intéressait, c’est sensible, bien fait, bien
interprété, les images sont parfois très belles mais… C’est curieux je n’arrive
pas trop à voir d’où proviennent mes réserves, quelquechose ne passe pas très
bien, peut-être à certains moments le personnage de Jack tout simplement, ses
relations à sa fille, dans l’ensemble ça colle et puis il y a des moments où ça
accroche, où j’ai l’impression que le film en fait un peu trop mais sans
pouvoir citer de scènes ou de faits en particulier.
19 février 2006
Retour aux écoles
Toutes
les nuits en ce moment je me réveille vers quatre heures. Je me sens alors tout
vif l’esprit délié. Je bouquine dans mon lit ou descends dans la chambre d’ami
avec le portable pour écrire un peu. Vers six heures, six heures et demi le
sommeil me reprend, je monte me recoucher, me rendors sans peine jusque vers
neuf heures. Tout ça va bien tant que je suis en vacances mais ce rythme fera
moins mon affaire à partir de demain où il faudra que je me lève précisément au
moment où revient le sommeil.
Cette
seconde phase de sommeil est précieuse, je me réveille reposé après elle alors
que si j’enchaîne après mon insomnie j’ai tout au long de la journée le
sentiment d’un manque. Cette période de la nuit est celle aussi souvent où je
rêve, celle plutôt où j’ai le sentiment de passer assez facilement et avec une
certaine délectation d’un côté ou de l’autre du miroir.
Je
suis au lycée. Je suis grand, je suis adulte, c’est moi aujourd'hui mais je
suis avec mes petits camarades de classe, qui ont eux tout à fait l’âge idoine,
l’âge de Bilbo, mais cette différence ne pose aucun problème, ne se remarque
même pas. Mon problème c’est qu’on est février et que je m’aperçois que j’ai
oublié d’aller à tous les cours d’histoire et de géo depuis le début de l’année
scolaire, que je ne connais même pas la prof. Je suis avec mes camarades de
classe, une jolie brunette notamment qui a l’air de m’avoir à la bonne, on
discute de comment je vais faire pour réintégrer le cours, jamais je ne serais
accepté, le lycée on n’y va pas à la carte, moi de toute façon je n’ai pas
séché, j’adore l’histoire-géo, j’ai juste « oublié ». On se demande
comment cette absence a pu passer inaperçue. La jolie brunette s’inquiète
particulièrement pour moi, elle me dit que jamais elle n’oserait, elle, se
présenter devant la prof dans une telle situation, moi je me sens plutôt à
l’aise, très assuré (moi qui pourtant manque si souvent d’assurance dans ma vie
réelle), je lui dis que ça se passera très bien, que j’ai le niveau de toute
façon, que j’ai accumulé pas mal de culture au cours des années, qu’il ne faut
pas s’inquiéter pour moi, elle me regarde avec des yeux enamourés…
Je
m’éveille. Je suis encore dans le rêve. Je me sens très bien, cette demoiselle
est bien jolie, je suis ravi d’aller découvrir ce cours, ma réintégration va
bien se passer j’en suis sûr. J’ai fait des études de fac en histoire-géo de
toute façon, donc… Donc il se pourrait bien que je ne sois plus élève au lycée…
Ben oui, ça fait une paye que je ne suis plus au lycée, et je m’éveille tout à
fait alors et réintègre mon moi d’aujourd'hui et dans tout cela il y a un
parfum délicieux de nostalgie.
Ce
n’est pas la première fois que je fais ce genre de rêve où je me crois redevenu
lycéen ou étudiant. Comme si je recherchais les bonheurs que, l’un dans l’autre,
mes années d’école m’ont apporté. J’ai aimé mes écoles. J’y ai toujours été à
l’aise ou du moins c’est le souvenir dominant que j’en ai. J’étais bon élève, bien
calibré, bien scolaire. J’ai aimé le rapport avec mes enseignants, ce qu’ils
m’ont apporté, dans les disciplines littéraires surtout, en sciences c’était
autre chose, j’étais moins performant et moins motivé. Avec mes pairs, à partir
de l’adolescence du moins, à partir du moment où a commencé à se poser la
question « des filles » c’était plus compliqué, mon assurance avec
mes profs étant l’image inversée de ma maladresse et de mes blocages avec les
demoiselles. Je rêvais de boums où il se passerait quelquechose, mais il ne s’y
passait jamais rien, j’y traînais ma gêne et des désirs inaboutis, alors tant
qu’à faire je préférais encore les cours rassurants et la lecture des livres.
Ah
jolies jeunes filles d’antan, je reviendrais si volontiers vers vous! Remontent
vers moi des chansons de Maxime Le Forestier tellement entendues ces années là :
« Ce
soir à la brume
Nous
irons ma brune
Cueillir
des serments
Cette
fleur sauvage
Qui
fait des ravages
Dans
les coeurs d’enfants… »
18 février 2006
Google or not Google
Il
y a pas mal de diaristes qui ont une méfiance plus qu’affirmée à l’égard de
Google soit par peur de l’intrusion soit parce qu’ils pensent que Google ne
leur amène que de mauvais lecteurs ou en tout cas des lecteurs pour de
mauvaises raisons.
Et
chacun alors de sortir le florilège des requêtes qui on mené jusqu’à eux, de
façon mi amusée mi agacée. Il faut dire qu’il y a quelquechose d’assez drôle à
les parcourir, certaines étant particulièrement baroques ou salaces ou les
deux. En absence d’utilisation des guillemets certaines associations de mots
utilisés n’ont strictement aucun rapport avec le fond de la page pointée. La
confrontation entre ces mots et le page en question est parfois savoureuse, par
la collision qu’elle provoque entre des univers totalement différents et peut
conduire à de sympathiques compagnonnages. Cela dit il est vrai qu’il faut se
méfier en les reprenant, les accusations contre Garfieldd se sont appuyées
notamment sur le fait qu’il aimait à citer les plus chaudes des associations de
mots ayant conduit chez lui, ce sont ces mots qui n’étaient pas de lui qui ont
été utilisés pour présenter son blog comme pornographique.
Je
n’en ai pas tellement des requêtes de ce type. Peut-être que je suis un peu
trop prude dans les termes que j’emploie pour avoir droit à des requêtes très
croustillantes! J’ai bien quelques considérations autour des fellations dont je
vois tout à fait l’origine. Et puis j’ai une « Hélène Grimaud nue »
qui revient assez souvent. Certes la dame est jolie mais je ne l’ai jamais
évoquée ni montrée dans son plus simple appareil !
Mais
au-delà de ces amusements j’ai plaisir à voir que la plupart des gens qui
arrivent par Google le font à partir de noms propres, d’écrivains ou de cinéastes
ou de titres de livres ou de films. Je ne suis pas mécontent d’apparaître dans
les premières pages dans la liste les réponses de Google sur des sujets comme
ça. Ces gens qui passent, même s’ils ne restent pas, même s’ils ne reviennent
pas, lisent ma chronique, je me dis qu’elle leur plait peut-être, qu’elle leur
apporte un éclairage en tout cas, les idées ou les sentiments qui m’ont
traversé et que j’ai tenté de mettre en mots sont donc reçus en partage,
quelquepart, chez des inconnus, au-delà des petites bandes qui nous lisons
mutuellement et ça, ça me plait bien. Je ne m’amuse pas à les compter mais à
l’impression, les noms qui reviennent le plus, ce serait Nina Bouraoui puis Ron
Mueck, la Mélancolie beaucoup sortie ces derniers temps, Armel Job/Helena
Vanneck assez souvent aussi. Il y a eu une pointe importante aussi autour des
« caricatures » et de « Charlie Hebdo », c’est vrai le
sujet fait vendre, il fait marcher le commerce des vendeurs de papier et d’un
même mouvement anime la fréquentation de nos petits coins de toile, c’est vrai
et c’est peut-être dommage mais ce n’est pas une raison pour changer d’un iota
ma position là dessus. J’ai aussi pas mal de monde sur l’expression
« amitié amoureuse » et ça par contre ça me plait bien, parce que mes
deux entrées sur ce thème je les aime bien, je trouve qu’elles expriment de
façon très exacte ce que je pense (ce qui n’est pas toujours le cas, parfois on
a du mal à trouver exactement les mots qui collent à sa propre pensée).
Et
puis j’ai reçu un jour un mail d’un prof marocain vivant en Belgique qui me
donnait le site du village de l’Atlas dont il est originaire, avec les projets
culturels, les projets de développement en cours là-bas, c’est un village que
j’avais traversé au cours d’une randonnée l’hiver dernier et que j’avais cité
dans ma relation de voyage, j’ai été content de recevoir ce lien des mois
après, c’était comme prolonger le voyage, c’était très indirectement
approfondir la rencontre avec ce lieu (c’est vrai que ce jour là on n’avait vu
âme qui vive en le traversant, la plupart des maisons sont des résidences d’été
de gens qui travaillent au loin, dans les grandes villes marocaines ou en
Europe et en plus il pleuvait comme vache ! On avait juste rencontré un
cantonnier esseulé qui travaillait sur le route, il nous avait indiqué une
maison vide accessible avec des terrasses couvertes où on avait pu se réfugier
pour manger notre pique-nique, qui sait peut-être était-ce la maison du prof de
Belgique…). Et ça, ce genre de petite surprise agréable auquel on ne s’attend
pas c’est bien parce que Google ou un équivalent est passé chez nous qu’elles
peuvent advenir.
17 février 2006
Silence sur les silences
Je
viens écrire dans l’insomnie du matin. Je voulais commencer à chroniquer mes
cinémas de la semaine. Et puis ça ne vient pas. J’ai beaucoup été au cinéma ces
jours-ci, trop peut-être. Enfin pas trop en soi. Trop par ce que cette
consommation (c’en une ça aussi qui peut être boulimique) révèle d’absence
d’autre projet pendant cette semaine. On a fait mille choses à la maison, de
ces choses pas très affriolantes dont on se dit qu’il faut les faire
(rangements, classements, courses diverses, petits bricolages) mais qui
finalement ne sont pas si indispensables que ça quand on y réfléchit, on a
entrelardé ça d’une expo, d’une rando et de pas mal de cinémas, moi j’ai un peu
écrit mais moins que ce j’aurais voulu. On n’a pas été capable de bâtir un
projet pour partir quelques jours en vacances alors que nous en avions la
possibilité et que nous en aurions eu besoin l’un et l’autre. Et tout ça révèle
au fond beaucoup sur les silences de notre couple.
J’aurais
envie de parler du silence des couples. Envie de commenter et de rebondir à
partir de choses lues et de commentaires notamment chez l’ami Idéaliste. Mais
j’ai de la gêne à le faire. Me voici devant ce paradoxe bien connu du blog public/intime.
J’y suis de plus en plus souvent confronté parce que les interactions entre mon
blog et la vie réelle sont de plus en plus nombreuses, parce que mon anonymat
s’effrite et que je le laisse s’effriter. Ce dont je voudrais vraiment parler
je répugne à le faire parce que je ne veux pas que ce soit « trop »
public.
Entrée
hors ligne alors ? En l’occurrence ça ne me satisferait pas plus car ce
dont j’ai envie c’est bien de parler à d’autres là dessus, de rebondir sur
leurs pensées et qu’ils rebondissent sur les miennes. Je me rends compte que
même pour l’intime et peut-être encore plus pour l’intime l’apport de
communication du blogging m’importe plus désormais que de me raconter et de
m’analyser une fois de plus pour moi-même dans mon petit cocon loin des
regards.
Avoir
un blog à part, un autre blog plus intime, un blog sous clé qui ne serait
ouvert qu’à un petit nombre ? Je sais que certains ont recours à ce genre
de solution. Je n’en ai pas envie quant à moi, je préfère tenter de parler de
tout au même endroit, d’avoir un lieu qui soit celui de l’unité de ma personne.
Et tant pis si je dois gérer les contradictions de l’expression au jour le
jour. Il me faut accepter qu’il y ait des moments où il soit difficile de
trouver ses marques. Comme aujourd'hui. Ce n’est pas grave. Je m’abstiens et
m’impose un peu de silence. Tiens un peu de silence ici… Serait-ce pour tenter
de parler ailleurs, là où il faudrait vraiment le faire ?
14 février 2006
Forêt
Á défaut de partir quelques jours en vacances comme
j’aurais eu envie de le faire on a au moins été prendre un grand bol d’air
aujourd'hui.
Forêt de Fontainebleau autour de Samois, bords de
Seine, quatre bonnes heures de marche bien intenses. Temps plus doux, un peu de
soleil le matin donnant quelques couleurs aux sous bois et aux maisons en
meulière du village, chape plus grise l’après-midi, mais, pointant dans les
tapis de feuilles laissés depuis l’automne, oui, les fragiles cloches blanches
de quelques perce-neige…
Chaque fois que je sors ainsi je me dis que
décidément j’ai de plus en plus envie de vivre au quotidien plus près de la
nature. J’aime Paris, je le dis assez, mais la nature, la forêt en particulier
c’est un autre besoin. Je me sens tout de suite régénéré à marcher ainsi ne
serait-ce que quelques heures au milieu des arbres, une marche ou une promenade
à vélo dans Paris ne me fait pas le même effet.
Je regarde avec envie ces maisons mitoyennes de la
forêt, lieux frontières entre deux mondes, maisons aux limites des villages, la
cour, un jardin d’un côté allant jusqu’à la rue, et de l’autre côté le terrain
plus forestier, le petit portillon qui ouvre sur la forêt elle-même, on bascule
sans solution de continuité du monde des hommes à celui des arbres et des
bêtes, vers un monde qui attire et qui fait peur, un monde non borné où règnent
des dangers auxquels à la fois on rêve et on tremble de se confronter, vieux
souvenirs de contes de l’enfance qui remontent, Pierre et le Loup aussi, il me
semble que Pierre poussait le portillon vers la forêt malgré les mises en garde
de son grand-père et que c’était le début de son aventure…
Oups, me voici loin de ma simple et banale promenade
d’aujourd'hui mais c’est venu comme ça, c’est ce qui remonte et c’est la source
peut-être de l’attirance puissante que la forêt a pour moi…


