26 mars 2006
A la poursuite d'un rêve
J’aime
beaucoup rêver, plus exactement me souvenir de mes rêves, car naturellement je
rêve toutes le nuits mais rares sont les matins où j’en ai la trace en moi.
C’était
le cas aujourd'hui. Il me faut alors lorsque je sors à peine des limbes prendre
le petit carnet qui est à côté de mon lit, vite, noter les mots, les images,
les glissements et basculements surtout c’est ça qui est le plus intéressant.
Je
ne l’ai pas fait ce matin, par flemme et parce qu’au réveil il me paraissait
fort et structuré, donc peu susceptible de s’enfuir. Je me suis levé, j’ai
vaqué à deux trois occupations, préparé le petit déjeuner, puis je me suis
dit : ah mon rêve, donc, donc, c’était…
Et
c’était le blanc, le vide, l’absence. Je me souviens juste de son extrême fin.
Il y avait une histoire de recherche menée en commun, ou était-ce d’écriture
commune, cela prenait tout à fait pied dans mon présent, dans le monde adulte
mais encore une fois je me sentais lycéen, à la fois homme mûr d’aujourd'hui et
lycéen,(ça décidément c’est une sacrée récurrence dans mes rêves !), la
discussion se poursuivait dans une baignoire, j’étais seul avec une jolie jeune
fille, nous parlions sérieusement un peu comme dans ces congrès au bain assez
pratiqué je crois par les japonais où l’on voit des messieurs très sérieux,
genre cadre d’entreprise, occupé à lire leur journal, à discuter, à jouer aux
échecs en faisant une trempette collective. Nous étions l’un et l’autre
parfaitement nus mais on discutait comme on dit « en tout bien, tout
honneur », sauf que je sentais, nous sentions, que cela allait basculer et
cette sensation était délicieuse, et ça n’a pas été plus loin et je me suis
réveillé là, avant que le rêve ne devienne érotique, avec juste une raideur de
bon aloi et dans un sentiment de douce euphorie…
Mais
avant, avant, ça m’avait l’air si riche, si présent au réveil et là rien à
faire, rien de rien, la totale absence, j’ai eu beau tenter de chercher, de
repartir de ces images qui me restent de la fin, rien à faire. Je le sais
d’ailleurs, je sais qu’on ne remonte pas le cours d’un rêve perdu, perdu c’est
perdu…
Ça
me donne un peu la même impression de frustration irrémédiable que me donnait
un disque que j’avais enfant, où était raconté un conte, il y avait un prince,
il y avait la plus belle histoire du monde qui devait être racontée, il y avait
une mouche, je ne sais plus du tout comment tout ça se goupillait, toujours
est-il que l’histoire ne venait pas, qu’elle restait éternellement en suspens
aux lèvres du narrateur. J’adorais et je détestais ce disque. Je voulais
l’écouter et le réécouter comme si j’espérais qu’à force finalement j’en
dépasserais la malédiction et que l’histoire me serait enfin donnée.
Commentaires
Bien, c'est moi qui vais briser le silence pour te dire combien je suis impressionnée par la façon dont tu te livres ici...
Les entrées les plus personnelles sont parfois celles qui laissent le plus seul tant elles désarment.
Et si tu essayais un soir prochain de t'endormir en ayant dans l'esprit la scène de ce rêve qui te reste... pour essayer de le reprendre, même différemment. Quelquefois ça marche...
Régulièrement, disons une ou deux fois par mois, je fais des rêves que j'appelle des "rêves-sagas", des rêves inouïs, complexes, qui ont l'air d'avoir duré trois ou quatre heures, et dans un style "Seigneur des Anneaux" (films que je n'ai pas vus, pourtant) plein de rebondissements, de secrets révélés, de poursuites, inouïs, dis-je. Mais ils me laissent épuisé au réveil, très vite il n'en reste que des bribes... Parfois, avec un mini-enregistreur posé sur ma table de nuit, je disais rapidement ce dont je me souvenais, mais c'était parfois si perturbant et épuisant, et tordu peut-on dire, que j'ai abandonné ces essais de "fixation" de mes rêves.
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