J’aime beaucoup rêver, plus exactement me souvenir de mes rêves, car naturellement je rêve toutes le nuits mais rares sont les matins où j’en ai la trace en moi.

C’était le cas aujourd'hui. Il me faut alors lorsque je sors à peine des limbes prendre le petit carnet qui est à côté de mon lit, vite, noter les mots, les images, les glissements et basculements surtout c’est ça qui est le plus intéressant.

Je ne l’ai pas fait ce matin, par flemme et parce qu’au réveil il me paraissait fort et structuré, donc peu susceptible de s’enfuir. Je me suis levé, j’ai vaqué à deux trois occupations, préparé le petit déjeuner, puis je me suis dit : ah mon rêve, donc, donc, c’était…

Et c’était le blanc, le vide, l’absence. Je me souviens juste de son extrême fin. Il y avait une histoire de recherche menée en commun, ou était-ce d’écriture commune, cela prenait tout à fait pied dans mon présent, dans le monde adulte mais encore une fois je me sentais lycéen, à la fois homme mûr d’aujourd'hui et lycéen,(ça décidément c’est une sacrée récurrence dans mes rêves !), la discussion se poursuivait dans une baignoire, j’étais seul avec une jolie jeune fille, nous parlions sérieusement un peu comme dans ces congrès au bain assez pratiqué je crois par les japonais où l’on voit des messieurs très sérieux, genre cadre d’entreprise, occupé à lire leur journal, à discuter, à jouer aux échecs en faisant une trempette collective. Nous étions l’un et l’autre parfaitement nus mais on discutait comme on dit « en tout bien, tout honneur », sauf que je sentais, nous sentions, que cela allait basculer et cette sensation était délicieuse, et ça n’a pas été plus loin et je me suis réveillé là, avant que le rêve ne devienne érotique, avec juste une raideur de bon aloi et dans un sentiment de douce euphorie…

Mais avant, avant, ça m’avait l’air si riche, si présent au réveil et là rien à faire, rien de rien, la totale absence, j’ai eu beau tenter de chercher, de repartir de ces images qui me restent de la fin, rien à faire. Je le sais d’ailleurs, je sais qu’on ne remonte pas le cours d’un rêve perdu, perdu c’est perdu…

Ça me donne un peu la même impression de frustration irrémédiable que me donnait un disque que j’avais enfant, où était raconté un conte, il y avait un prince, il y avait la plus belle histoire du monde qui devait être racontée, il y avait une mouche, je ne sais plus du tout comment tout ça se goupillait, toujours est-il que l’histoire ne venait pas, qu’elle restait éternellement en suspens aux lèvres du narrateur. J’adorais et je détestais ce disque. Je voulais l’écouter et le réécouter comme si j’espérais qu’à force finalement j’en dépasserais la malédiction et que l’histoire me serait enfin donnée.