20 juillet 2006
Et cette thèse alors?
J’ai passé hier une bien
meilleure journée malgré une canicule qui se fait de plus en plus pesante même
au rez-de-chaussée où nous nous sommes quasi complètement installés. En haut
sous les velux c’est le four.
D’abord j’ai eu le plaisir
de rencontrer Oriane, la thésarde qui s’est penché sur nos journaux en ligne.
C’est une jeune femme charmante à tous points de vue, notre discussion a été
riche et chaleureuse, éloignée de toute lourdeur universitaire. Il y a de sa
part dans le choix de son sujet une incontestable sympathie pour notre
expérience et cela s’est senti dans notre échange comme cela se sent dans la
thèse elle-même. Je dis cela par rapport à l’entrée du 15 juillet d’Alain sur
le sujet si négative (l’aspect prédateur des universitaires, la thèse conçue
seulement comme étape dans la carrière, non ce n’est pas que cela fort
heureusement !). Et puis ce qui m’a ravi c’est d’aller à ce rendez-vous
tout seul, ma première randonnée pédestre en autonomie à disons dix minutes à
pied de chez moi, cinq minutes en temps normal, mais quel plaisir de commencer
à me déplacer par moi-même.
Et ça va mieux aussi parce
que j’y vois plus clair pour la suite de mon été. Des décisions ont été prises.
D’ici une semaine on va partir en Bretagne à défaut d’aller voir l’océan aux
Açores comme prévu. Tout étant décalé il m’a fallu renoncer à d’autres choses,
je devais aller dans le sud-ouest, avec mon père, dans une maison, un lieu que
j’aime bien, tant pis, ma sœur de toute façon sera avec lui. L’appel de la mer
a été plus fort. La canicule sur Paris y est sans doute pour beaucoup mais j’ai
l’impression que ce premier bain de Traou a été comme un signe, comme une
petite pierre supplémentaire venue peser dans le fléau de la balance, me
donnant plus que tout cette envie de la vaste et primordiale pulsation marine,
de la fraîcheur baignant mon corps, de cette merveilleuse impression que l’on a
à se fondre dans l’élément et à se débarrasser en lui au rythme de la nage de
ce qui pèse et de ce qui encombre.
La thèse dont j’ai terminé
la lecture (ben oui, voilà les avantages de l’immobilité, j’aurais sûrement eu
plus de mal si j’avais été par monts et par vaux !) est très intéressante.
Il est vrai que j’ai trouvé par moment le texte un peu ardu et jargonnant. Mais
peut-être que c’est le genre qui veut ça, dans une thèse il faut faire
savant ! Je ne professe pas pour ma part la démagogie qui consiste à
ricaner et à crier haro sur l’universitaire dès qu’il y a des concepts un peu
savants, des termes un peu alambiqués, ils sont parfois nécessaires, ils
peuvent, une fois compris, éclairer et faire progresser la pensée. Mais il est
vrai qu’on a parfois le sentiment que le moule universitaire favorise cette
tendance jargonnante spécialement dans certaines disciplines. Ma formation
d’historien m’avait plutôt mis en contact avec des chercheurs à la langue
superbe, fluide, faisant œuvre d’écrivains, autant que de penseurs, les Febvre,
Braudel ou Duby, je n’ai fréquenté que plus tard quelques psychologues ou
certains théoriciens de la communication lorsque j’ai eu des velléités vite
abandonnées de faire de la recherche en liaison avec le secteur professionnel
dans lequel j’ai finalement atterri.
Le fond de la thèse est tout
à fait passionnant. Oriane Deseilligny fait une analyse très pointue des constantes
et des modifications entre journaux classiques et journaux en ligne. Bien sûr
il y a là beaucoup de choses que l’on a perçu forcément nous-mêmes et qui sont
d’ailleurs l’objet de débats récurrents dans la blogosphère en tout premier
lieu tout ce qu’induit la présence du lecteur qui « aimante » le
journal dans le sens de la communication. Et c’est très intéressant justement
d’éclairer ces éléments que nous percevons parfois de façon vague, de les
mettre en perspective grâce à des concepts de théorie de la communication
lorsqu’il sont pertinents comme c’est le cas ici. Avec les blogs d’ailleurs
cette présence du lecteur devient encore plus immédiate et participante, d’où
d’ailleurs le refus de certains de passer au blog comme Eva ou le maintien des deux
formes d’écriture comme chez l’Idéaliste, d’où les réticences que j’ai eu
moi-même à bloguer et cette réticence que j’ai toujours à entrer dans le jeu
des commentaires de peur de m’y perdre. Mais tout ça est ambivalent
naturellement. Je dis ça mais je suis ravi d’avoir des commentaires, comme je
suis ravi d’avoir de nouveaux lecteurs et ravi de développer la communication
avec certain(e)s et d’élargir mes cercles relationnels. Simplement je m’efforce
que cette communication qui influence inévitablement le contenu de l’écriture
n’en vienne pas à la déterminer complètement. Je suis diariste communicant, je
l’assume et j’en suis content, mais je ne veux pas perdre mon âme de diariste
pour autant, et je crois oui, que c’est possible. D’une certaine façon à travers
nos tâtonnements nous inventons, c’est bien ça qui est passionnant. C’est bien
pourquoi j’apprécie que cette thèse existe qu’elle marque la reconnaissance,
au-delà de chacun d’entre nous et cela dit sans la moindre forfanterie, de
l’émergence de quelquechose qui est comme un nouveau genre.
Je me suis amusé du coup à
relire certaines de mes entrées évoquant toutes ces questions dans mon journal
en ligne mais aussi avant, depuis que j’ai repris une écriture de journal en
1999. Je me dis que je pourrais en faire un tiré à part, que mes propres
interrogations et évolutions sur ces sujets seraient comme un pendant quasi
expérimental et vécu de ce qu’Oriane analyse. Intéressant d’ailleurs de
constater la concomitance entre la reprise de mon journal et ma prise de
contact avec l’APA : c’est au moment où j’ai revalorisé ce type d’écriture
à mes propres yeux, où j’ai perçu avec la perspective d’un dépôt possible,
qu’elle pouvait prendre sens, s’inscrire comme trace dans un patrimoine humain,
avoir potentiellement un lectorat fut-il de quelques individus et décalé dans
le temps que j’ai renoué avec le journal, abandonné depuis de longues années:
c’est donc bien l’hypothèse lointaine d’un lecteur qui m’a motivé à reprendre
l’écriture avant même que je songe le moins du monde à la donner en partage à
des lecteurs immédiats et concrets par la mise en ligne !