25 juillet 2006
Ici et là-bas
C’est très noir et blanc en
ce moment mes humeurs, plein de va et vient. J’essaie de faire bonne figure,
d’utiliser en positif ce qui m’est advenu mais j’ai de pénibles sautes d’humeur
et je m’en veux. Je manque de patience. Par moments je m’agace pour des bricoles.
Par moments je m’enferre et me complais dans ces agacements. J’ai déjà parlé de
ça, de cette tendance, c’est la pente maternelle en plein. Pas la peine d’y
revenir. Et pourtant si je veux être juste dans ce que je dis de moi il faut
bien, il ne faut pas passer ça sous silence sinon j’aurais en plus le sentiment
de m’éloigner de cette authenticité à laquelle je tiens.
J’ai été au vert ces
derniers jours. Plus ou moins au vert. On a été passer un week-end prolongé
chez ma belle mère en grande banlieue parisienne, à l’ouest, là-bas où il y a
de belles forêts. L’idée était d’aller faire quelques pas à l’ombre
bienfaisante des hautes futaies, d’aller y chercher un peu de fraîcheur, de
faire des pique-niques, de me sortir un peu de chez moi en allant dormir
ailleurs. Bien, il y a eu de bons moments, il y en a eu de moins bons, je
n’insiste pas.
Je n’avance pas tellement
dans ce que je voudrais faire. Et malgré ça, il m’arrive de ne pas savoir quoi
faire de moi ! C’est ça qui m’exaspère. Alors ce sont lectures éclatées,
zapping internautique, tentatives d’écriture sans force. Je lis la presse aussi
beaucoup. La presse en ce moment ça me démonte. Cette nouvelle guerre au
Liban ! Oh, ce n’est qu’une guerre de plus, depuis le temps dans ces
coins-là ils sont habitués, on croit voir des sorties de crise, des amorces de
règlements et, paf, six mois après on revient en arrière, et ce sont les
populations civiles qui trinquent, une fois de plus. Et les crises s’articulent
aux crises, s’entretiennent et se dynamisent mutuellement, quelle est la
mayonnaise qui se prépare dans un pareil chaudron, Palestine, Iran, Irak,
Afghanistan, chaque situation est différente et chacune pourtant concourt à
aggraver les autres.
Et je ne fais rien vis à vis
de tout ça. Que pourrais-je faire ? Je ne me sens même plus révolté par
ces situations, ma capacité d’indignation s’est réduite, et de cela je m’en
veux. Je ne me sens pas tellement concerné sauf négativement, passivement, par
toutes ces nouvelles qui nous claquent à la gueule, tout cela est devenu tellement
la routine, une crise, un drame remplace l’autre. Il y a des gens qui
s’engagent malgré tout, (je ne parle même plus d’engagement militant, où
pourrait-on militer et pour quoi ?) ils s’engagent au moins pour tenter
d’aider, au moins pour marquer de la solidarité active même si c’est goutte
d’eau dans l’océan des indifférences. Moi pendant ce temps, je suis dans mon
coin, loin de tout ça mais tout ça est présent quand même comme toile de fond,
et je me dis qu’il y a de l’indécence dans mes gratouillis d’égos, de
l’indécence à me sentir mal parce que j’ai la patte qui traîne, parce que je
marine à Paris au lieu d’être en vacances, parce que je suis qui je suis, et
cette conscience de mon absence au monde, à ses douleurs et ses combats,
rajoute une couche de mauvaise conscience à mon intime malaise.
Je dis ça et pourtant là, ce
mardi matin, à l’heure même ou j’écris, je me sens mieux, je me sens bien,
justement parce que j’ai écrit ça, parce que j’ai mis en mots tout ça qui me
traînait au fond du crâne, allant et venant, et qui n’est pas neuf pourtant,
paradoxe et pouvoir de la mise en mots…