29 septembre 2006
Départ
Il fait bon. Je me suis
installé à une terrasse de café à proximité du forum des halles où je suis allé
faire quelques achats, je regarde passer le monde, je profite en sirotant mon
café de ce bonheur des terrasses, tant qu’il en est encore temps, avant qu’on
ne bascule dans la pluie et le froid de l’automne.
A l’heure où j’écris, 15h,
Taupin doit être occupé à traîner ses énormes sacs dans les couloirs du métro
de Londres pour rejoindre, après l’eurostar, le train qui le conduira à Cambridge
où il va passer une année universitaire.
J’ai eu un petit pincement
de cœur ce matin au moment de partir au bureau, et sa mère aussi, on s’est dit
qu’on aurait dû s’organiser avec nos boulots respectifs pour que l’un d’entre
nous au moins l’accompagne à la gare, pour marquer le moment, pour lui
« faire une conduite » comme on disait autrefois chez les Compagnons
du Tour de France. Il ne va bien loin, on pourra aller le voir et lui viendra
sans doute une ou deux fois en France, il n’empêche, on ne le verra quand même
quasiment pas de toute l’année, c’est une nouvelle étape dans l’envol de
l’oisillon. Une étape normale, une étape positive, il est ravi de cette
opportunité d’une année à l’étranger (et nous aussi d’ailleurs), mais il
n’empêche, ça nous fait un petit quelquechose, ne serait-ce qu’en soulignant
pour nous la marche inexorable du temps.
Mon petit pincement
d’ailleurs, c’était aussi un pincement d’envie. Il est dans ce temps, le
fiston, où tout encore est ouvert, chaque nouvelle année est une nouvelle
aventure, une nouvelle perspective, riche de possibles qu’il saisira ou ne
saisira pas. J’aimerais être encore dans ce temps des croisements de chemins,
j’aimerais pouvoir faire des choix qui ne sont pas ceux que j’ai fait, sachant
maintenant ce que je sais, de la vie, du monde et de moi-même surtout, sûrement
je prendrais d’autres voies, je ne laisserais pas passer certaines chances.
Bien sûr ce que je dis est absurde et je le sais très bien. Regretter ou
reconstruire en esprit est parfaitement vain mais, bon, ça peut expliquer le
petit pincement. C’est un vieux poncif « si jeunesse savait, si vieillesse
pouvait » mais qui, comme tout poncif, s’enracine dans une vérité.
Il m’arrive aussi d’avoir un petit pincement du même ordre quand je vois telle belle jeune femme rayonnante dont le corps délié ou le regard m’émeut, tel couple de jeunes amoureux qui s’embrassent avec un allant, un enthousiasme, une fraîcheur, une « naïveté », au sens de ce qui est naissant, de ce qui est neuf, et que je me dis : cela ce n’est plus pour moi, sous cette forme là en tout cas, avec cette fraîcheur là….
Il est temps de savoir tout
cela, de le savoir vraiment c’est à dire autrement qu’intellectuellement, de
l’admettre en profondeur, de l’assumer avec sérénité et détachement,
précisément pour être en mesure de vivre au mieux ce qui reste encore ouvert et
qui peut, à condition de savoir l’accueillir, ne pas être mince.
25 septembre 2006
Mise à jour
J’ai eu un peu plus de temps
ce week-end, alors j’en ai profité pour refaire un tour d’horizon de mes
blogueurs et des mes liens. D’où un peu de ménage pour éliminer des disparus, pour
modifier certains qui changent de blablas en impromptus (ça lui va bien ce
titre), pour rajouter quelques nouveaux que j’ai découverts il y a un certain
temps déjà mais que je lis désormais un peu plus régulièrement, et aussi deux
liens un peu particuliers, qui sont des liens références, analyses d’images
(l’excellent monsieur Ka), analyses de livres (la non moins excellente Hélène).
Et puis j’en ai profité
aussi pour faire le point de mes lectures récentes et des films vus ce dernier
mois. Ça c’est mon côté un peu obsessionnel, les références pour le souvenir,
référence sans doute assez vaines, qu’est-ce qu’un nom, qu’est-ce que dire
« Ah oui ça je l’ai vu » s’il n’y a pas une trace véritable au fond
de soi.
Côté lecture, vraiment pas
grand-chose, beaucoup de dispersion, des livres parcourus, des textes de revue,
tout ça à peine lu, survolé plutôt, qui ne méritent pas que je m’y arrête.
Côté films, il est frappant
de voir à quel point certains s’effacent vite. Si j’avais épinglé mes
impressions sur le moment sans doute en aurais-je dit plus, aurais-je trouvé à
tous des éléments d’intérêt dignes d’être signalés. Mais le temps passant, bof…
Ainsi « Brick »,
polar censé renouveler le film noir dans un contexte de campus, bof, bof… Ainsi
« La science des rêves », bof, quelques moments vraiment drôles, une
certaine inventivité visuelle, mais ce n’est pas du tout à la hauteur du
précédent film de Michael Gondry plus riche et complexe et dans lequel passait
une vraie émotion.
Un peu plus marquant,
« Crazy » le thème est intéressant, c’est un joli tableau d’époque,
une famille québecoise au tournant des années 60 prise entre pesante morale
catho, machisme du père, aspirations nouvelles de la jeunesse, on y voit le
personnage principal et narrateur tenter de se débattre avec des pulsions
homosexuelles difficiles (c’est peu dire) à assumer dans un tel contexte, il y
quelques moments cocasses et d’autres émouvants mais dans l’ensemble c’est
assez lourd, filmé avec pesanteur, avec profusion de ralentis bien explicites
sur musiques grandiloquentes, peut-être que c’est du second degré mais moi ça
m’a fait bailler.
Pas mal, « Ne t’en fais
pas, je vais bien » : c’est assez émouvant particulièrement à
posteriori compte tenu de la chute. C’est du « qualité France »
typique avec tout ce qu’on met derrière ça, une bonne facture, des personnages
à la psychologie finement dessinée, des acteurs excellents, une construction
solide, lisible, une mise en scène fluide, mais tout ça un peu trop sage, rien
qui surprenne ou fasse vraiment décoller. Mélanie Laurent est vraiment très
jolie ce qui ne gâte rien.
Assez bien, « Le vent
se lève » : j’avais été un peu déçu au départ peut-être parce que
j’attendais trop, disons qu’il y a des Ken Loach qui m’ont plus touché que
celui-ci mais tout de même c’est un film dont la trace reste présente en soi.
Sur le fond on peut ne pas partager les options de Loach (on sent que sa
sympathie va manifestement aux éléments les plus révolutionnaires qui refusent
le compromis) il n’empêche que cela est montré sans manichéisme, c’est bien
aussi l’horreur de toute guerre qui est pointée et les contradictions insurmontables
qu’elles installent au cœur des êtres (la scène dans laquelle le
« traître », c’est à dire seulement celui qui n’a pas eu la force de
résister à la torture est très émouvante et constitue le centre de gravité du
récit). Le film est peut-être un peu trop long, certaines scènes sont un peu
appuyées, c’est d’une facture là aussi un peu trop attendue quoique différente,
jouant ici sur la beauté de l’image et des paysages, sur la puissance
collective, sur le lyrisme de la narration.
Et puis un vrai plaisir,
« Little Miss Sunshine » : on rit beaucoup mais il y a aussi
beaucoup d’émotion véritable, une analyse au scalpel d’une certaine Amérique,
des personnages de loosers très attachants, mais que leur énergie
progressivement libérée, leur puissance de vie vont rendre d’une certaine façon
vainqueurs. La petite fille qui ne sera jamais Miss Sunshine est véritablement
craquante et, oui, est un vrai rayon de soleil comme tout ce film dont on sort
avec des envies de chanter quoique la réalité ne soit pas bien gaie.
Voilà pour la mise à jour de
mes films…
Ah, et puis, last but nos
least, j’ai remonté dimanche matin mon vélo de la cave, je lui ai refait une
beauté, j’ai regonflé ses pneus et suis parti faire un tour dans les petites
rues du quartier. Quel plaisir ! Le vélo est tout à fait adapté à
l’échelle de mes parcours de loisirs à Paris, il me donne un sentiment de
liberté pour aller d’un point à un autre que ne me donne pas la marche à pied
trop lente, les transports en commun trop contraignants, la voiture,
étouffante. J’ai commencé à retrouver mes sensations et n’ai eu aucune
appréhension à remonter sur ma machine. Ma jambe tire encore un peu mais ce
n’est presque rien. Je ne me suis pas encore décidé à mettre un casque que j’ai
pourtant imposé à Bilbo mais ça viendra. En tout cas je me déplace avec une
prudence de sioux, je m’arrête plutôt que de forcer le passage, je passe très
au large des véhicules arrêtés mais occupés que je dépasse.
Oui, la vraie mise à
jour,c’était bien celle-ci, reprendre le vélo, renouer ce fil interrompu…
23 septembre 2006
Un à priori de confiance
Une récente entrée de
Samantdi posait à travers le cas d’Anne Archet la question des jeux de la
vérité et du mensonge sur internet et des pièges dans lesquels on peut tomber,
en compatissant par exemple à des situations qui se révèlent de parfaites
inventions.
Anne est-elle Anne ? Ou
bien n’est-elle qu’une pure création littéraire, produit de l’imagination de
son auteur, femme ou homme ? Ou bien encore se situe-t-elle quelquepart
entre les deux, l’auteur partageant avec son personnage certains éléments de
biographie mais pas forcément les plus importants.
J’ai perçu assez vite pour
ma part qu’il s’agissait d’un jeu littéraire et que les éléments biographiques
évoqués pouvaient tout aussi bien être justes que faux. Je ne me suis jamais
dit : « Tiens, cette fille là je vais lui adresser un mail
privé », je me souviens que lorsque est tombé l’annonce de son cancer,
émouvant la blogosphère, je me suis seulement dit « j’espère bien qu’on
est dans l’invention ». Anne Archet pour moi c’est avant tout un auteur,
qu’on le juge bon ou mauvais, la personne qui est dernière, véridique ou
partiellement ou totalement inventée n’est qu’accessoire. (note post sciptum :
après relecture de mes entrées du moment je m’aperçois que tout ça n’était pas
si net dans mon esprit sur le moment : intéressant !)
Et en l’occurrence je ne
m’en offusque pas. La supercherie, totale ou partielle, fait partie du jeu.
Créer le personnage fait partie de l’œuvre. Et cela entraîne inévitablement des
mensonges et des manipulations. Ce n’est certes pas très sain et peut faire
souffrir. Paul Pavlovitvch (le neveu requis par Gary pour incarner Ajar en a su
quelquechose comme Gary lui-même d’ailleurs dont les souffrances ont sûrement à
voir avec sa difficulté à se situer, la supercherie Ajar est aussi une des
vérités profondes de Gary).
Mais je me suis fait piéger
parfois de façon plus nette que par Anne Archet. Par Aglaïa par exemple qui a
eu son heure de célébrité au point d’avoir droit à un article dans je ne sais
plus quel journal d’adolescente. C’était une jeune fille de 17 ans au journal
bien écrit, faisant preuve d’une maturité assez exceptionnelle. J’avais eu
quelque doute au début d’ailleurs tant l’écriture me semblait maîtrisée et
mature mais elle donnait des détails d’une telle précision sur sa vie
d’adolescente, avec une telle fraîcheur et une telle crédibilité que j’avais
été vite convaincu de la véracité de son histoire. J’ai échangé des mails avec
elle. J’ai été piégé au point que lorsque l’auteur a annoncé que tout n’était
que supercherie je me suis demandé si ce n’était pas cette annonce-là qui était
fausse. Depuis il m’est arrivé d’avoir une hypothèse sur qui écrivait derrière
Aglaïa, hypothèse jamais ni confirmée ni infirmée.
Et puis il y a eu Milou une
jeune femme qui a fait annoncer sa mort dans un accident de voiture suscitant
un concert de déploration dans la blogosphère. Moi même j’y avais été de ma
petite évocation « sur une jeune morte ». Inutile de dire qu’après ça
on se sent plutôt ridicule lorsque la demoiselle vient annoncer tranquillement
que tout ceci n’était qu’une blague, qu’elle allait très bien, merci. Une façon
de jouer avec les sentiments de pitié et avec les douleurs que chacun d’entre
nous peut avoir autour de la mort certes fort peu charitable !
Au-delà de ces exemples ce
qui m’interpelle c’est que lorsque nous allons nous promener dans notre
blogosphère nous ne posons pas à priori cette possibilité de la supercherie.
Nous savons naturellement intellectuellement que l’existence de doubles de
papier (enfin, de doubles d’écran) éventuellement sans ressemblance aucune avec
leur créateur est possible, que le net est précisément un lieu tout à fait
adapté à la création de tous les avatars possibles, mais quand on commence à
lire quelqu'un on ne pense jamais à ça, on part toujours avec l’à priori que la
personne qu’on lit à partir du moment où on a un minimum accroché à ses mots
est dans l’authenticité, sinon dans l’exacte véracité.
On me dira qu’il est heureux
qu’on pose en général en face d’une personne que l’on rencontre une présomption
de confiance. La vie sociale qui n’est déjà pas simple serait encore bien pire
si l’on devait à priori se méfier de tout. Mais on le fait en général sans
basculer dans la naïveté ou l’angélisme, en prenant soin de garder de petites
antennes activées pour éventuellement remettre en cause cette confiance.
On pourrait penser que sur
le net la confiance à priori devrait être un peu plus mesurée puisqu’il n’y a
que les mots que la personne veut bien écrire, dire d’elle ou inventer d’elle,
et pas tout le reste, la réalité corporelle d’abord (c’est un homme ou une
femme, c’est un vieux libidineux ou un gentil lycéen), mais au-delà bien
d’autres choses plus subtiles qui passent dans les regards, dans la façon
d’être, dans le ton de la voix (celui-là, je le sens pas, ça a l’air d’être un
faux cul). Ça vaut pour les ados auquel il faut apprendre les bons usages du chat
et des messageries mais ça vaut aussi pour nous les adultes tous bardés que
nous soyons d’expériences relationnelles diverses.
Or curieusement lorsqu’on
est sur le net, c’est l’inverse qui se passe, la confiance à priori est plus
grande pour un blogueur que l’on commence à lire que pour les gens que l’on
rencontre plus classiquement. Comme si l’on posait implicitement que ce monde
là était meilleur, qu’en tout cas, dans les cercles auxquels on s’agrége on ne
pouvait être qu’entre gens bien, authentiques, respectueux, sensibles. Une
forme de convivialité superficielle, faite seulement de mots gentils ou
compassionnels qui s’installe parfois trop facilement peut renforcer cette
illusion. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde
il dit la vérité. Ben non. D’ou les déconvenues quand on réalise que là aussi
il peut y avoir mensonge ou manipulation ou même complète supercherie. Pas plus
que dans la vie dite « réelle » mais pas moins. Le blogomonde c’est
le monde, ce n’est pas un monde meilleur. Simplement c’est un monde ouvert,
merveilleusement ouvert, bien au-delà du coin de notre porte où l’on se
cantonnait jusque là et ça c’est formidable.
20 septembre 2006
Plaisir du fictionnel
Je n’ai quasiment pas eu le
temps d’écrire ces derniers jours, j’ai eu un week-end très occupé entre de
multiples activités de gestion de vie courante samedi (avec un petit ciné quand
même) et promenade puis repas avec des amis toute la journée de dimanche. Et
puis ce début de semaine c’est chaud au boulot, ma secrétaire est absente et du
coup j’assume moi-même la part incompressible et urgente de son activité,
inutile de dire que je ne suis pas sorti tôt du bureau.
Samedi j’ai donc quand même
trouvé le temps d’écrire pour la dernière consigne de Paroles Plurielles,
alléché par le thème (oui, oui, j’aime assez écrire dans l’érotique). Et je me
suis amusé en effet. Il y a quelquechose de si ludique à être dans l’invention,
à partir sans savoir où l’on va puis à sentir petit à petit une histoire qui se
dessine. Il faut démarrer bien sûr, parfois on n’y parvient mais dès qu’on
passe ce moment un peu délicat, dès que l’imaginaire parvient à se mettre en
branle, c’est du pur plaisir. Souvent l’histoire change tandis qu’on avance.
Elle vit et se développe parfois en nous surprenant nous-même. On a en même
temps le plaisir de la création et le plaisir de la découverte. Ensuite, une
fois qu’on tient le bon bout, que l’histoire (ou l’historiette, soyons modeste)
est construite, écrite, qu’elle a son rythme général, avec ses articulations,
ses moments d’attente, de suspens ou au contraire d’accélération, il y a le
plaisir de la relecture et du peaufinage : descendre au plus près de chaque
phrase, s’assurer de son euphonie, de son rythme, enlever un mot ici ou là, en
rajouter un (dans trois quart des cas il vaut mieux enlever !). Ça peut
prendre pas mal de temps mais c’est un temps plaisir aussi, on sait déjà que
l’on a abouti, on est déjà dans la récompense de ce qu’on a fait, on est
lecteur prenant plaisir à son propre texte et plaisir supplémentaire à tenter
de l’améliorer.
Tout ça ne vaut pas que pour
les textes de qualité de « l’écrivain » reconnu ou qui serait digne
de l’être, ça peut fonctionner même pour les textes modestes des amateurs que
nous sommes, indépendamment de la qualité intrinsèque de ce que l’on produit.
C’est un geste d’artisan au fond que l’on fait, avec la satisfaction qui va
avec, celle du travail bien fait, au niveau où l’on est.
Cette écriture là n’a pas ce
côté parfois douloureux du journal lorsqu’on tournique sur soi-même, lorsqu’on
tente d’aller au fond de ses propres affects, grattant là où ça fait mal au
risque d’aviver les plaies. Elle n’a pas non plus le côté laborieux de
l’écriture qui cherche à mettre en ordre, à clarifier, à expliciter pour
soi-même et pour les autres des idées que l’on a en soi ou encore de construire
une analyse sur un livre que l’on a lu, un film que l’on a vu.
Ces textes là je ne les mêle
pas au journal. Je les mets à part sur mon autre site.
Je viens d’y mettre
« Au revoir Madame Smith » écrit samedi pour Paroles Plurielles. J’en
ai profité pour rajouter aussi deux autres textes plus anciens. « Le
Labyrinthe », une nouvelle un peu plus développée que j’avais faite pour
Obsolettres. J’ai mis celle ci notamment parce qu’une lectrice qui ne me
connaissait pas m’avait écrit à l’époque que cela devait dire beaucoup de moi,
sur le moment ça m’avait surpris mais à la relire je me dis qu’en effet ce
n’est pas faux. Et puis, dans la catégorie pink, j’ai posté « J’étais
là » une nouvelle partie d’un jeu libidino-littéraire initié par Tristana,
Ségolène et quelques autres.
J’espère que vous prendrez à
les lire un peu du plaisir que j’ai pris à les écrire.
Et si je n’ai pas trop le temps d’écrire mon journal ces jours-ci ça vous donnera quand même un peu de Valclair à vous mettre sous la dent, histoire que je ne me laisse pas trop oublier...
Á ce texte, écrit en partie
hier soir, en partie ce soir, il me reste à rajouter un autre élément de ce
plaisir d’écrire. Celui des retours des lecteurs. Je viens de voir que la
publication de ma petite nouvelle dans Paroles Plurielles a donné lieu à des commentaires louangeurs.
Y a pas, ça fait plaisir et ça encourage … Merci.
14 septembre 2006
Ecrire, pourtant...
Il y a aussi des soirs où
l’envie d’écrire est là. Ce soir par exemple. Je suis sorti un peu plus tôt du
bureau, ça se calme un peu au boulot, du coup ça me dégage la tête et j’ai
envie de partir vers les mots.
Mais quels mots et où ?
Il y a de la concurrence en moi et à tel point que je n’arrive pas à démarrer.
Ecrire pour écrire que je ne sais pas par où commencer ? Un peu court mais
ici je crois que j’en resterai là. J’ai des thèmes de notes dans la tête, plus
d’une, qui ne demanderaient qu’à être écrites mais encore faut-il le faire.
J’ai envie de titiller des mots plus charnels et de construire une petite
évocation érotique pour répondre à la dernière consigne de Paroles plurielles,
(j’ai toujours plaisir à ce genre d’écriture mais je ne trouve pas pour l’instant
l’idée pour démarrer, j’ai gribouillé deux trois incipit mais ça ne part pas). Et
puis finalement j’écrirai peut-être autre chose encore, car d’autres pensées
planent aussi, s’invitent avec insistance, j’ai reçu un coup de téléphone tout
à l’heure, je me surprend qu’il me fasse penser autant, je me surprend du souci
qu’il me cause, oui j’écrirai bien là-dessus, pourquoi cette présence
insistante et qui s’intercale devant le reste, oui mais j’écrirai pour moi seul
alors, pour l’autre pan de ce journal, celui qui reste hors ligne, de rares
entrées, peu de pages, mais qui comptent, qui sont l’indispensable complément
plus secret de cette vitrine où je m’affiche…
L’orage vient d’éclater sur
Paris. Je me suis précipité dehors, j’ai joui un instant de la brusque fraîcheur,
de cette odeur délicieuse qui monte des feuilles et du sol aux premières
gouttes, j’aime ce moment où l’orage se déclenche, comme purifiant tout ce qui
s’était accumulé de lourd, de pesant sur le ville et en nous, j’ai replié les
chaises de la terrasse, j’ai rentré la chaise longue que j’avais sortie à mon
retour du bureau, je reviens devant mon ordinateur, j’ai mis la bassine même
sur mon bureau parce que ça gicle sous le velux abîmé que l’on doit faire
changer incessamment sous peu, faudrait vraiment se décider, et voilà, je me
mets à écrire…
10 septembre 2006
Inappétence à écrire
Mot un peu savant et
prétentieux pour ce titre peut-être... Mais c’est celui qui m’est venu, c’est
vraiment ce que je ressens, en ce moment je n’ai guère l’appétit d’écrire.
J’ai des insomnies du matin
très régulières ces jours ci, je m’éveille vers quatre heures et me rendors
parfois, parfois pas, vers six heures, six heures et demi peu avant que mon
réveil ne sonne. C’était typiquement le genre de moment où j’aimais à
griffonner sur mon petit carnet ou même à me lever et à descendre avec
l’ordinateur pour écrire. Ces derniers jours je ne l’ai pas fait. Pas
l’énergie, pas l’appétit. L’envie elle y aurait été, j’ai des thèmes de
chroniques qui m’ont traversé, des tas de choses que j’aurais voulu retenir
pour moi, dire pour les autres. J’aurais voulu parler du film de Ken Loach et
de celui de Michel Gondry, de Natascha Kampusch, de ce qui me fascine dans
cette histoire et de ce qu’il peut y avoir de malsain dans cette fascination,
du 11 septembre et de ce dont il est le symptôme, cette fracture du monde,
effrayante et qui s’aggrave... Mais je suis resté sur mon lit, dans
l’obscurité, l’esprit flottant, pensant à tout, ne pensant à rien, laissant
l’heure tourner. Hier soir même chose, j’avais du temps, je pensais écrire mais
au bout du compte je me suis simplement assis devant la télévision et j’ai
regardé un film.
A quoi cela tient-il ?
Peut-être seulement à une forme de fatigue. Il faut accepter sa fatigue. Et
celle-ci est liée à la charge de mon travail professionnel en cette rentrée. Pour
moi écrire est un travail, je ne suis pas de ceux dont les mots coulent avec
facilité, il me faut les tirer de moi presque au forceps et ensuite les malaxer
pour les organiser d’une façon qui me convienne à peu près. Alors le travail
après le travail non, même si c’est un autre travail, même si c’est un travail
que j’aime, il y a aussi besoin de la pure détente, du laisser aller, du repos.
Mais peut-être n’y a-t-il
pas que cela. Peut-être y a-t-il aussi une certaine difficulté vis à vis du
fait de tenir journal. Cette tentative de retenir les choses, de retenir le
temps est parfaitement vaine naturellement, je l’ai toujours su, mais elle est
suffisamment puissante en moi pour jour après jour me faire accumuler les mots.
Il m’arrive de me dire qu’il me faudrait peut-être un jour décider d’arrêter
tout cela de façon volontariste, de cesser de me préoccuper de conserver, de
vivre le présent et seulement le présent. Ecrire certes encore à l’occasion,
mais uniquement dans le plaisir du moment : et ce plaisir là est plus vif,
m’apporte plus de satisfaction quand je m’affranchis de moi (ou du moins du moi
immédiat, quotidien), bref quand je titille du fantasmatique et du fictionnel
plutôt que quand je ressasse mes jours. Je ne renie pas du tout ce journal. Tel
quel et même si je devais l’interrompre il fait sens. C’est une tranche de vie,
d’affects, de pensées, d’émotions esthétiques, cinématographiques, littéraires,
d’un homme ordinaire, au tournant de sa cinquantaine et au tournant entre deux
siècles. Comme tel cela vaut d’être conservé, comme trace d’un être et d’un
temps, relu plus tard, peut-être ou peut-être pas, par quelques descendants ou
par quelques simples curieux mais qui y trouveront une part infime de leurs
racines.
Et puis j’ai peut-être aussi
une moindre motivation à ce qui est l’autre aspect de ce journal, lié celui là
à la mise en ligne, la communication qu’il induit, la vie dans le blogomonde.
Je n’ai pas retrouvé dans ma façon d’aller lire les autres à cette rentrée le
même allant qu’auparavant, je survole plus que je ne lis, je n’ai pas aussi
fortement l’envie du partage de mes propres mots. Je remarque d’ailleurs que je
ne suis pas le seul dans le petit canton que je fréquente habituellement, sous
des formes diverses, plus ou moins radicales, il y a chez certains des
attitudes de retrait ou de mise à distance. Cycles et variations normales mais
là qui surgissent chez plusieurs avec une certaine convergence dans le moment
qui est frappante.
Bon, mais là ce matin, finalement je suis venu écrire, j’ai démarré et l’appétit, comme souvent, est venu en mangeant !
Etait-ce bien la peine de
venir écrire tout ça ? L’ai-je écrit pour dire que je vais me faire plus
rare, pour prévenir en quelque sorte mes lecteurs, pour me dédouaner à leur
égard, comme si je m’étais créé une quelconque obligation ? Peut-être. Et
d’ailleurs vais-je me faire plus rare ? Ce n’est même pas sûr, l’appétit
va peut-être revenir. Va-t-en savoir !
08 septembre 2006
Plaisir de famille
Ouf, quel plaisir de
démarrer le week-end à la fin de ces semaines hyper-chargées de la rentrée.
J’ai bien un peu de boulot que j’ai apporté à la maison à faire d’ici lundi
matin, ce sera pour dimanche soir sans doute, mais là pour l’instant je suis revenu
tranquillement chez moi après ma réunion de ce matin, j’ai déjeuné sur ma
terrasse pour profiter de ce beau retour d’été, j’ai bouquiné un moment et me
suis même brièvement endormi, ah la sieste, quintessence de la liberté. Et là,
reposé, transition faite avec l’univers du boulot, j’ai allumé mon ordinateur,
j’ai ouvert mes fichiers, je rentre dans cet autre versant de ma vie, mes mots,
les mots des autres…
Mercredi nous avons
accueilli Taupin de retour de son stage au Pays-Bas. Il y était parti depuis
fin juin, cela faisait donc un peu plus de deux mois que nous ne l’avions pas
vu. Il va passer trois semaines ici avant de repartir pour une année
universitaire à Cambridge.
C’était un plaisir simple de
se retrouver en famille. Je crois que je peux dire, ma famille je t’aime, la
famille, en tout cas dans son acception resserrée, les très proches (la famille
élargie c’est nettement plus compliqué). C’est le cadre et le lieu qui rassure,
c’est paisible, c’est tranquille, c’est doux. Il n’y a pas de conflit important,
nous nous entendons bien avec les deux garçons, ils ont entre eux une
complicité très grande malgré une différence d’âge assez importante, (cinq
ans), ils sont gentils et affectueux avec nous, leur adolescence n’a pas donné
lieu à des conflits violents, à des oppositions frontales ou à des rejets
brutaux, à des conduites de mises en danger, ils suivent leurs études sans
difficulté et en y trouvant de l’intérêt, bref ça baigne plutôt de ce point de
vue (par moment il m’arrive même de me dire : ne sont-ils pas un peu trop
sages, n’y a-t-il pas quelquechose de louche là-dessous? Mais pourquoi donc, ce
n’est pas parce qu’il y a autour de nous beaucoup de familles pleines de
tensions douloureuses et de transitions déchirantes que cela doit être
forcément ainsi).
On s’est donc offert un
petit repas festif tout simple, tous les quatre, avec nos deux gars. Un rosbeef
bien saignant, plat de consensus familial s’il en est, une bonne bouteille de
Bordeaux (les jeunes gens commencent à apprécier). Taupin a beaucoup raconté,
beaucoup échangé avec nous et avec son frère, on avait tous beaucoup à dire,
l’ambiance était agréable et les langues déliées…
J’apprécie cela à sa juste
valeur. Loin de moi l’idée de le dévaloriser un tant soit peu. Il y aurait
indécence à le faire si l’on pense à ceux qui sont dans des solitudes
douloureuses ou dans des situations de déchirements et de crises à répétition.
Mais ce n’est pas le dévaloriser que se dire que c’est parfois un peu court.
Que passé de tels moments de retrouvailles c’est plutôt le silence qui prévaut,
(ou la parole vide, la parole seulement utilitaire, ce qui revient à peu près
au même). Qu’il y manque d’autres choses dont on ne voudrait pas qu’elles
soient définitivement épuisées, de l’ouverture, des rencontres, des désirs neufs.
Est-ce trop demander de penser que le havre tranquille et que les chemins de
traverse puissent être assumées et compatibles sans douleur pour quiconque.
Quel dommage en tout cas que ce qui devrait pouvoir être simple soit si
compliqué et si difficilement dicible.
03 septembre 2006
Ménage par le vide
Je me suis enfin mis ce
week-end et cette fois avec une relative efficacité au rangement/épuration de
ma bibliothèque. Épuration, mot choisi à dessein pour dire la violence que je
ressens à faire ça. Mais devant l’état de saturation atteint par mes murs et
mes étagères il me fallait cette fois me décider à porter le fer, il n’y avait
plus d’échappatoires. Les étagères sont pleines sur deux rangs et j’ai commencé
des piles horizontales par terre ou au-dessus des rangs de livres verticaux.
Les bouquins deviennent inaccessibles. Et visuellement, psychologiquement ces
accumulations m’agressent, elles me donnent l’impression d’étouffer. De l’air,
de l’espace, rêve parfois de murs nus, rêves de seulement quelques objets et
livres choisis, qui seraient mis en valeur précisément par le vide qui les
entourerait, un grand écran d’ordinateur et une connexion ultra-rapide pour
amener à moi tout le reste...
J’ai toujours beaucoup de
mal à faire ce genre de ménage par le vide, à me débarrasser de mes livres,
même ceux qui ne semblent présenter aucun intérêt, que je ne relirai ou ne
refeuilleterai jamais. Si encore je pouvais les vendre dans une brocante ou sur
internet ou les donner, avoir le sentiment en tout cas qu’ils poursuivent leur
vie ce serait plus facile. Il y a peu de chances car ceux dont je veux me
débarrasser ne trouveraient guère preneur. Donc là, j’y suis allé, j’ai osé
aller vider de pleins sacs de livres dans la poubelle à papier de notre
cour : Des « Que sais-je » du temps où j’étais étudiant, des
livres de poches à demi démantibulés, des guides et prospectus de voyage
obsolètes, des collections dépareillées de vieilles revues et même deux gros
albums de timbres que je gardais depuis le temps du lycée et que je n’ai plus
alimenté ni même ouverts depuis des années et des années. Je les avais
conservés jusque là pour le souvenir et en me disant que mes fils ou d’autres
enfants autour de moi les voudraient peut-être mais ils ont passé l’âge
désormais, sans jamais avoir été intéressés c’était un autre temps aussi ce
genre de collection, c’est un loisir qui n’est plus de mode à l’heure des
écrans. J’ai feuilleté ces albums mais sans m’attarder pour ne pas risquer de
me donner des regrets...
Ce n’est qu’un tout petit
ménage je suis loin d’avoir été radical. Je garde y compris beaucoup de livres
qui à priori n’offrent pas beaucoup d’intérêt, ni de contenu, ni esthétiques,
ni chargés d’une potentielle valeur de collection. Je les garde pour toutes
sortes de raisons : celui ci parce qu’il vient de chez mon grand père et
que je me souviens d’en avoir discuté avec lui, celui-là parce qu’il donne sur
une question un état des connaissances totalement dépassé mais qui en fait en
lui-même un objet d’histoire, cet autre parce que c’est dans ses pages que j’ai
lu d’abord tel texte qui m’a beaucoup marqué même si depuis je l’ai acquis dans
une autre édition… Je sais le plaisir que j’ai eu moi à farfouiller dans de
vieilles bibliothèques dans ma famille ou ailleurs et à y faire des
découvertes, ce plaisir là j’aimerais que d’autres puisse l’avoir avec la
mienne.
Donc voilà, j’en ai fini
pour le moment et je n’irai pas, mais pas du tout, jusqu’à l’espace quasi nu
qu’il m’arrive de fantasmer. Je garderai mes accumulations. Enfin tel quel ça
respire un peu mieux, je suis content du boulot que j’ai fait, de nouveaux
bouquins vont pouvoir entrer et trouver leur place. Aïe ! C’est
Sisyphe !
Et pendant ce temps hier
Bilbo avec un de ses copains s’est fait une nuit Star Wars. Les deux compères
se sont installés à huit heures devant le téléviseur dans la chambre d’amis
équipés de pizzas et de coca-cola et ils se sont avalés les six films à la
suite ! Moi je trouve ça plutôt bizarre, mais après tout il y a bien aussi
qui ont vu « le Soulier de Satin » non stop, ça devait être à peu
près aussi long et les Jedi conjurent peut-être plus facilement le sommeil que
la prose de Claudel (enfin, pas si sûr). Ce matin quand je suis descendu pour
aller au marché je les ai vu émerger, yeux clignotants, mais ayant tenu le choc
apparemment et ravis de leur plongée en apnée dans ces aventures
intergalactiques. Ça se voulait aussi tout à fait délibérément une façon de
marquer la fin des vacances avant leur entrée dans les tunnels de boulot qui
les attendent dans leurs prépas respectives dès lundi.
Je me suis installé un
moment avec eux et j’ai regardé une bonne partie de l’opus n° 2. Ce n’est pas
ma tasse de thé ce genre de films, les combats sont assez longs et répétitifs
mais il faut avouer qu’il y là dedans un certain souffle et des images assez
incroyables, des créatures époustouflantes (et encore c’était vu sur le petit
écran !) : la séquence du combat de gladiateurs en particulier est un
beau morceau d’anthologie dont je me suis régalé.
