21 octobre 2006
Humeur noire
Est-ce que c’est la peine
d’écrire là-dessus ? Est-ce qu’écrire est une façon de la combattre cette
humeur noire ou de s’y complaire au contraire ? Puisque je suis dans
l’insomnie à nouveau ce matin ne ferais-je pas mieux de prendre un livre, j’en
ai assez qui m’attendent ? Peut-être que ce serait mieux oui, mais il y a
cette impulsion d’écrire…
Hier ma journée avait plutôt
bien commencé. Travail efficace au bureau le matin, puis ce plaisir du vendredi
midi, la perspective de l’après-midi qui n’est qu’à moi, plaisir d’un moment de
sieste, de balade parmi les blogamis puis d’une écriture ludique à laquelle
j’ai pris beaucoup de plaisir sur la dernière consigne de Paroles plurielles.
Tout allait bien…
Ensuite le fiston est
rentré. Très en colère. Il s’est fait volé son vélo et le casque qui va avec
devant le lycée. Par sa faute semble-t-il. Il était en retard et l’avait mal
cadenassé. On s’est décarcassé ces dernières semaines pour ce vélo qui avait
connu quelques problèmes après le vacances, on l’a fait réviser, freins
changés, installation d’un système d’éclairage, bref de l’argent et du temps…
Là enfin il était à nouveau parfaitement opérationnel, il était comme neuf. Et
voilà, envolé ! J’ai essayé de le prendre bien surtout vis à vis de Bilbo,
« Allez, c’est pas grave, ce n’est que du matériel, ne t’en fais
pas… » mais au fond de moi je n’en pensais pas moins. Il y a toujours dans
un vol un traumatisme qui va au-delà du préjudice matériel, on a l’impression
d’un arrachement à nous- mêmes, un sentiment presque physique d’agression… Déjà
un petit bémol sur l’humeur…
Là-dessus j’ai voulu aller
prendre sur internet des billets d’eurostar pour Londres, on a une semaine de
vacances pour la Toussaint et on a décidé d’aller passer quelques jours à
Londres puis d’aller voir Taupin à Cambridge. Cher l’Eurostar hors promo !
Je prends les billets. Bizarrerie. Message d’erreur. La banque apparemment ne
reconnaît pas ma carte bleue. J’essaie, je réessaie. Je m’agace, je m’émerve,
on s’engueule avec Constance et de façon assez violente, à la nouvelle
tentative les billets disponibles sont encore plus chers, bon allez c’est
parti, l’un dans l’autre j’y ai passé deux heures, allez juste un dernier petit
clic pour regarder le courrier avant de me coucher : il y a deux mails de
la SNCF ! L’achat a été validé deux fois ! j’ai deux fois deux
réservations ! Glups ! Là mon humeur devient vraiment noire. J’essaie
d’annuler une des commandes, rien à faire, « annuler cette réservation »
me renvoie un message « une difficulté technique empêche
l’annulation ». Je m’en veux, je me dis que forcément c’est moi qui ai
fait une connerie à un moment ou à un autre, je me rappelle en particulier que
j’ai fait des allers et retours pour faire intégrer un bonus de maximiles avec
ma commande, j’avais hésité à le faire parce que ça m’agace ce genre de trucs
où il faut s’inscrire pour bénéficier soi-disant d’avantages qui sont surtout
une façon de faire de la promotion, puis je m’étais dit « quand même sur
une commande importante comme celle-ci tu es bête de ne pas le faire »,
c’est là sans doute que j’ai perdu le fil…
Bien sûr tout ça est idiot.
Pourquoi rajouter la mauvaise humeur à l’incident qui n’est que ce qu’il est
c’est à dire pas grand chose ? Pourquoi avoir le sentiment que brusquement
à partir de ces deux faits le week-end tout entier pourtant bien démarré va en
être plombé ? Pourquoi me réveiller à quatre heures du matin avec ces
incidents qui me reviennent comme un boomerang dès le retour à la
conscience ? Pourquoi me torturer la tête avec ça, avec tout ce qu’il y a
derrière naturellement bien sûr, bien au-delà du fait lui même ?
Ça va passer bien sûr. Je me
connais assez, tout ça n’est pas neuf, c’est même très vieux, c’est bien ce qui
m’exaspère, que ça revienne ainsi chaque fois que je suis confronté à des
petites contrariétés de la vie, que je ne puisse empêcher d’être embarqué dans
cette humeur noire, que, quoique je veuille, l’humour, la mise à distance, la
sagesse, le raisonnement rationnel me soit alors inaccessible.
Et voilà, maintenant j’ai
sommeil, j’ai les yeux qui clignotent mais il est sept heures passées, je ne
vais quand même pas me recoucher, je donne quelques tickets de métro à Bilbo
qui part au lycée, je vais prendre mon café et aller me faire un petit
déjeuner, je vais essayer de rentrer malgré tout dans la journée de bon pied et
les prendre mes pieds d’ailleurs pour, dès que ce sera ouvert, aller au bureau
SNCF et voir ce que je peux faire.
Ben si, je me suis allongé
une minute et rendormi dans l’instant pour deux heures ! Finalement c’est
aussi bien. Je suis parti en campagne au bureau SNCF proche de chez moi. Pas si
simple ! Eux ne pourront rien faire même quand j’aurai reçu les billets.
Quoique ce billet ne soit pas une franche promotion, il est néanmoins non
remboursable, seulement échangeable avec frais et uniquement pour un trajet sur
Eurostar ! J’ai fait part de mon étonnement. Le gentil gars qui me
recevait m’a dit « Vous savez Eurostar c’est une compagnie indépendante,
voilà c’est ça les ravages du libéralisme sauvage ». Bon, ben voilà,
j’aurais appris quelquechose. Il m’a dit que la seule solution était de faire
une réclamation directement sur le site qui avait de bonnes chances d’aboutir.
Ça oui, il y a intérêt. Voilà ma réclamation est faite. Un bon paquet d’heures
cramées avec ça ! Maintenant il n’y a plus qu’à attendre et à passer à
autre chose. Vite. Allez, dehors cet après-midi, il y a de belles couleurs
d’automne, un ciel de nuages et de soleil…