J’ai vu ce week-end « Cœurs » le dernier Resnais. Peut-être attendais-je trop suite aux critiques lues dans la presse ou à l’entrée d’une blogamie très appréciée.

Bien sûr il y a de très belles choses, des images très poétiques, des moments très émouvants, un rythme tourbillonnant, une atmosphère fééerique, d’une féerie triste, liée aux décors, aux cadrages, à la lumière, à cette neige qui tombe de façon continue, ponctuant chaque scène, la nimbant de rêve. Les acteurs sont excellents mais malgré cela les personnages passent mal ou plutôt très inégalement. Ce n’est pas une question de réalisme. Charlotte/Sabine Azéma toute improbable qu’elle soit en dame pieuse/torride passe magnifiquement, Thierry/André Dusollier et Gaëlle/Isabelle Carré curieux couple de frère et sœur passent plutôt bien aussi, Lionel/Pierre Arditi beaucoup moins déjà, quant à Dan/Lambert Wilson et Nicole/Laura Morante, eux ne passent pas du tout. Il y a par moments des discours qui voudraient expliquer les personnages qui sont d’un grand ennui, chez Lionel, chez Dan en particulier. Il n’y en a pas besoin chez Charlotte, ce n’est pas un hasard, elle se suffit à elle-même dans son mystère. Tout cela fait que le ballet d’ensemble malgré sa virtuosité est affaibli, j’ai souvent décroché, en ayant le sentiment d’être devant des fantoches, pas devant des personnages incarnés. Du coup tout s’en est trouvé affaibli, y compris les autres personnages plus convaincants, y compris tout ce qui sortait d’eux tous, ces sentiments très humains et très partagés, ces solitudes poignantes, ces tendresses inabouties, tout ce qui fait la profondeur de Resnais derrière le jeu étourdissant.

La fin est sombre, les personnages ont tout pour se rencontrer mais au final ils passent à côté les uns des autres, chacun part de son côté, ce qui semblait destiné à être un joli conte de Noël dans la blanche féerie des flocons s’achève dans le gris des solitudes.

Mais ce n’est pas cette non happy-end qui prive le film de cette jubilation que j’espérais y trouver, celle que m’avait donné certains Resnais de la même veine comme « On connaît la chanson », « Mélo » et surtout « Smoking/No smoking » que j’avais adoré. L’affiche laisse attendre une telle jubilation et en ce sens elle est un peu trompeuse, peut-être est-ce cela que j’allais y chercher et peut-être est-ce pour cela que je suis si déçu.

Cela dit ce genre de film fait partie de ceux dans lesquels on entre ou on ne rentre pas pour des raisons très subjectives, tenant à ce qu’est chacun d’entre nous et même peut-être à l’état de plus ou moins grande disponibilité dans lequel on est au moment précis où l’on voit le film. Je serais assez curieux de savoir par exemple si d’autres que moi ont eu du mal à entrer dans certains personnages, surtout si ce ne sont pas les mêmes qui les ont laissés froids.

Je profite de cette entrée cinéma pour dire deux mots d’une autre affaire de cœur très familiale celle-là : « Pardonnez-moi ». C’est un « petit » film qui risque de ne pas rester bien longtemps sur les écrans, courrez-y vite. J’ai trouvé ce film très bon, très émouvant, excellemment interprété, plein de force et d’énergie. C’est très manifestement assez largement autobiographique, même si ça passe par des dispositifs fictionnels, ça ne prend pas de gants pour aller gratter là où ça fait mal à travers des scènes de confrontation entre la fille, sa mère, son père pour le moins dérangeantes. Mais on a le sentiment qu’il y a eu pour Maïwenn, à la fois réalisatrice et actrice principale du film une urgence réelle à faire ce film que je ressens comme profondément sincère, qu’il ne s’agit pas d’un étalage malsain et exhibitionniste des turpitudes familiales mais bien d’une volonté pour elle d’aller de l’avant, de construire, de reconstruire. Et il n’est pas indifférent de voir apparaître, sur le générique de fin, après un film qui peut apparaître avant tout comme un règlement de compte, la dédicace : « A mes parents ».

coeurs

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