Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

28 décembre 2006

ça va mieux

Ça va mieux aujourd'hui.

Finalement je me suis installé depuis trois jours dans le cooconing avec une relative satisfaction. Au fond je crois que j’étais surtout très fatigué et que j’avais besoin de récupérer. Je me lève à 9 heures passées tous les jours, ouah l’exploit ! Pour l’instant je savoure ma relative inactivité. Ça fait du bien de traîner un peu, de ne pas avoir le souci constant de l’horaire.

J’ai bien digéré mes moments un peu difficiles du lendemain de Noël. J’ai d’abord gardé pour moi ce que j’avais écrit sur le moment, j’ai une certaine gêne à faire état de mes sentiments de malaise devant les fêtes familiales : comment puis-je ainsi cracher dans la soupe alors que tant de gens passent les fêtes dans la solitude ou le besoin ? J’ai une certaine culpabilité à ne pas parvenir à au moins « jouer le jeu d’y croire » comme l’écrit joliment Eva. J’ai aussi l’impression d’être à la limite de ce qui peut se dire, j’ai toujours ces interrogations récurrentes : jusqu’où peut-on aller dans l’intime, et notamment lorsque l’on évoque même assez allusivement ceux dont on partage la vie ? Mais pourquoi donc ces réticences ? Je ne dis rien de bien sulfureux. Peut-être est-ce surtout la difficulté à oser s’assumer tel qu’on est, avec nos fragilités, et en allant à l’encontre du personnage social que l’on présente aux autres le plus souvent. Foin de ces subtilités et de ces prudences ! J’ai mis en ligne.


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Matin de Noël

Je me suis éveillé tôt. Tous dorment encore. Je me suis extrait silencieusement de la chambre pour ne pas déranger Constance, les garçons eux dorment au salon, je suis donc confiné à la cuisine, je me fais couler un café, je regarde par la fenêtre le jour qui se lève, il y a un épais brouillard, on ne voit pas le bout du parc qui domine la résidence qu’habite ma belle-mère et où nous sommes pour la nuit de Noël et la journée qui suit. Je feuillette les livres qu’on m’a offert et ne sais par lequel commencer : Erri de Luca, Nancy Huston… Mais j’ai sorti mon petit carnet qui toujours m’accompagne et je commence à tracer ces mots.

Je me suis éveillé tôt et pas sur de très bonnes pensées. Impression que tout est lourd et compliqué autour de moi. Impression que tout est lourd au dedans de moi. J’ai la bouche un peu pâteuse même si j’ai fait attention à ne pas trop boire, à ne pas trop manger hier, mais malgré tout ce devait être un peu trop, la preuve. Horizon bouché. Réflexions tournoyantes à propos de que faire des jours à venir. J’ai une pensée qui me donne le vertige pour mes matins de Noëls d’antan, hier j’avais exhumé ces pensées avec nostalgie mais avec plaisir et tendresse, ce matin elles viennent à moi dans la douleur, le sentiment d’irrémédiable est déchirant, pas seulement nostalgique.

Hier dans notre assemblée, il y avait le père de mon beau frère, un très vieux monsieur de quatre-vingt quinze ans que je vois une fois par an à l’occasion de Noël justement. Il a beaucoup baissé d’une année sur l’autre. Sa surdité est devenue complète, l’isolant de façon radicale. Difficile de savoir si la surdité explique seule qu’il paraisse si lointain ou s’il glisse aussi dans l’absence parce qu’il perd ses repères et ses moyens intellectuels. Est-ce que cela a grand sens de le traîner dans ce genre d’assemblée sous le prétexte qu’il ne faut pas laisser les vieux seuls un jour de Noël ? Est-ce que ce n’aurait pas été mieux pour lui de se reposer hier et puis que ses enfants et ses petites filles le reçoivent en petit comité aujourd'hui, qu’il puisse être un peu au centre de l’attention, qu’on prenne le temps de tenter de communiquer un peu avec lui. Dans cette grande assemblée il était au milieu de nous tous qui le voyions à peine, sa présence absence était un crève-cœur, ce sera pareil quand il va revenir tout à l’heure pour le déjeuner.

Oui décidément c’est lourd, trop lourd, ces Noëls de famille élargi. Vingt quatre personnes hier soir, quatorze pour déjeuner tout à l'heure. La plus grande partie des convives sont les mêmes, quelques uns sont différents. Ce matin on va finir de ranger les agapes d’hier et déjà il faut préparer la table pour celles d’aujourd'hui. Moi je vais me dispenser en partie de ces préparatifs, je vais aller accueillir mon père à la sortie du RER, nous ferons une promenade apéritive dans le parc du château et sur la terrasse qui domine la Seine puis je lui conduirai jusqu’ici par les petites rues piétonnes, cela va me faire du bien de sortir un peu d’ici.

Je suis dans l’incapacité à me décider sur quoi faire pendant mes deux semaines de vacances. Nous avions prévu Constance et moi d’aller nous aérer quelques jours en Bretagne, mais depuis quelques jours elle me dit qu’elle veut se reposer à Paris, qu’elle est trop fatiguée, qu’elle n’a pas envie de bouger... Ce fond constamment dépressif qu’elle affiche m’attriste et surtout m’exaspère de plus en plus. Confrontation pénible et tendue. Que faire moi alors ? Rester à Paris moi aussi ? J’ai beaucoup de choses à faire ici, c’est sûr, mais je sais aussi d’expérience combien souvent on « tontonne » quand on reste à Paris dans ces situations, je sais ce que seront mes dispersions, mes zappings internautiques, je sais que tout ça me laissera dans le malaise, et puis surtout j’ai une telle envie de campagne, d’espace, de nature. Y aller seul ? Ce n’est c’est pas très motivant de partir seul, d’aller ouvrir une maison vide, de gérer pour soi seul les matérialités du quotidien, et puis je crois que je n’ai pas envie de me retrouver trop seul face à moi-même en ce moment. M’inscrire à un voyage in extremis ? Je sais que ça se fait, on peut dégoter des places de dernière minute mais je ne me sens pas non plus dans l’énergie pour initier un voyage. Tenter d’organiser quelque chose avec un ami ou une amie ? Les gens sont déjà organisés le plus souvent et pas si facile de construire quelquechose à la dernière minute, tiens je pourrais essayer d’aller passer quatre/cinq jours chez ma vieille amie des Landes… Oui ça ce serait génial. Je vais lui téléphoner dès demain pour voir si elle peut m’accueillir, pas évident, c’est devenu un peu plus compliqué chez elle aussi…

( Ecrit le 25 décembre au matin )


Posté par Valclair à 11:56 - Sentiments et coetera... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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