J’ai été voir hier, avant qu’il ne disparaisse des écrans, « Babel » d’Alessandro Gonzalez Innaruti. J’hésitais un peu. J’avais beaucoup aimé « Amours chiennes », beaucoup moins « 21 grammes ». J’avais trouvé moins convaincant le procédé consistant à mêler plusieurs histoires et un peu trop hystérique la façon de filmer. Je craignais qu’il en soit de même dans ce troisième opus d’autant que j’en avais lu beaucoup d’appréciations réservées tant chez les critiques professionnels que dans quelques blogamis cinéphiles. Mais il faut dire que d’autres avis étaient aussi beaucoup plus positifs voire enthousiastes.

Et bien sans aller jusqu’à l’enthousiasme, je suis plutôt de ce côté, j’ai beaucoup aimé finalement. La mise en scène est très efficace et brillante comme d’habitude mais pas seulement, Inarruti sait mettre de la force et de l’émotion dans les histoires qu’il raconte, il sait créer des climats, faire monter l’angoisse et la faire ressentir intensément par les spectateurs. Il sait rendre les ambiances de chaque lieu, de chaque monde. On voyage et l’on bascule sans cesse des village et montagnes marocaines, à la fiesta mexicaine et au désert et jusqu’aux solitudes peuplées de Tokyo et tout ça dans l’ensemble avec fluidité.

Chaque histoire tient par elle même mais l’unité que lui confère leur mise en relation n’est pas purement formelle, elle fait sens. C’est une façon de conscientiser la mondialisation, sur un terrain autre que celui où l’on la place habituellement, non pas seulement sur celui des échanges économiques mais aussi sur celui des consciences et des tragédies personnelles. Ce monde est un. En son sein ça circule. Mais est-ce que ça communique ? Non. Ou à peine. C’est l’incompréhension qui domine. Les barrières sont hautes entre le Nord et le Sud, entre riches et pauvres, mais aussi dans le monde riche entre entendants/parlants et sourds/muets (c’est en cela que les séquences japonaises que j’avais trouvé d’abord plutôt hors sujet s’y rattachent en fait en profondeur). Les langues ne sont pas communes, on est bien dans le territoire de Babel. Le constat n’est pas optimiste. Il y a heureusement à la fin du film quelques images brèves mais fortes qui montrent que la communication est possible (l’échange entre l’américain et le jeune marocain qui l’a aidé au moment où ils se séparent, la jeune japonaise qui a été à l’extrême bord du suicide et qui s’apaise dans une communication muette avec son père). Tout espoir donc n’est pas perdu mais il pèse bien peu dans le flot majoritaire d’incompréhension. Exactement comme c’est la cas dans le monde réel !

Bon il y a bien certaines faiblesses. Le tressage des trois histoires est parfois artificiel, spécialement avec les séquences japonaises, le déclic sur l’unité qu’elles entretiennent en fait avec l’ensemble se fait plus de façon intellectuelle, à posteriori, qu’émotionnellement et dans le vif de la perception du film.

J’étais au cinéma à Beaubourg j’avais lu sur son blog que la talentueuse Lydiel exposait au marché des artistes du Boulevard Richard Lenoir, qu’elle s’y trouverait peut-être, peut-être pas, il m’est donc venu l’idée d’y passer, j’ai agréablement traversé le Marais à pied jusqu’à la Bastille. J’ai trouvé piquant d’y aller ainsi, sans prévenir, sans savoir si elle serait là, sans la connaître, sans connaître son nom, en n’ayant pour repère que quelques unes de ses œuvres mises en ligne sur son blog, peut-être me trouverais-je face à elle sans être sûr d’abord, il faudrait approcher sans se découvrir d’abord puis le faire, s’approcher, se reconnaître. Je trouve qu’il y a quelquechose d’assez fascinant dans ces façons d’entrer en relations que permet la blogovie. Bon j’ai vu pas mal d’horreurs dans ce qui était exposé, peu de choses pour retenir mon regard, et apparemment en tout cas pas de Lydiel, du moins à l’heure où je suis passé. Mais j’ai trouvé du charme à cette approche même sans succès, comme une espèce de mise en condition pour une rencontre future. Car je n’y manquerai pas, Lydiel, je passerai un de ces jours à ce rendez-vous que tu nous donnes.

Et ce matin il fait un magnifique soleil. La douceur est toujours incroyable. Je suis descendu tôt au marché faire les courses. Avec un peu d’allégresse, enfin. Portée par ma journée d’hier ? Portée par ce beau temps matinal ? Portée par la journée qui commence ? Taupin est de passage de nouveau pour le week-end. Il a passé une semaine au ski dans les Hautes-Alpes dans une ambiance très british puisqu’il y était dans le cadre d’un séjour organisé par son collège cambridgien, il repart demain matin en Angleterre et cette fois jusqu’en juillet. Mais ce midi déjeuner dominical et familial, avec Constance, avec les deux gars et avec un couple d’amis. Il y a toujours ça, précieux, dans la vie de famille, il faut savoir aussi l’apprécier à sa juste mesure en pensant à ceux qui en sont privés même si ça ne suffit pas, même si j’ai aussi d’autres besoins, d’autres aspirations. Allez sur ce je m’en vais de ce pas rejoindre mes fourneaux !

Babel