J’ai vu samedi après-midi «  Les climats », un très beau film de Nuri Bilge Célian.

Il faut un peu s’accrocher. Mieux vaut ne pas aller voir ce film si on tombe de sommeil. Il est fait de silences, de regards, de gestes rares ou compulsifs, d’ambiances que génèrent un paysage écrasé de soleil ou au contraire pris dans une tourmente de neige qui n’en finit pas. En sortant j’avais le sentiment de m’être surtout ennuyé et pourtant il laisse une trace ce film, une belle trace assez douloureuse.

Moi qui en ce moment suis assez sensibilisé aux problèmes du silence dans le couple là je suis servi. ! Ce silence est partout. Dans le couple qui se défait, dans les échanges distants avec les collègues, dans une rencontre érotique intense et animale avec une autre femme, dans une ultime tentative de rapprochement dans les neiges des hauts plateaux anatoliens.

Cela m’évoque les vieux Antonioni, comme la Notte, l’Avventura, je ne sais plus trop, j’ai vu ces films il y a si longtemps et ils sont brouillés dans mon souvenir, peut-être que je dis une bêtise, mais il y a bien un ressenti qui me remonte, celui d’un climat justement que je perçois comme commun, un climat d’incommunicabilité, de désespérance amoureuse.

Intéressant de savoir que le couple d’acteur (et de surcroît c’est le réalisateur lui même qui joue l’homme) est un couple à la ville. Sûrement étrange de jouer cela, le couple a intérêt à être solide, sinon ce doit être jouer avec le feu à moins que ce ne puisse être une manière de conjuration…

La neige est très présente dans la seconde partie du film. Le personnage principal tente de renouer en rejoignant son ancienne compagne qui travaille en plein hiver sur un tournage sur les hauts plateaux anatoliens. Le voici dans ce bout du monde, dans sa chambre d’hôtel sordide, errant dans les tourbillons de neige, dans la ville noyée dans le brouillard. L’homme et la femme se croisent, s’approchent, se mesurent en silence, renouer est impossible, la petite boîte à musique offerte et oubliée avec sa ritournelle en est le lancinant symbole. Ils passent même un bout de nuit ensemble qui donne lieu à une scène absolument superbe et inhabituelle dans la façon de filmer, les corps dans la pénombre, les mains qui se cherchent, les chevelures sans les visages, le plafond, les appliques lumineuses blafardes, un moment de belle tendresse désespérée.

Dans l’image que l’on a de la Turquie, construite le plus souvent à base de clichés estivaux et maritimes, on pense peu à la neige. Elle a manifestement une présence dans ce pays, dans ses profondeurs intérieures. Je n’ai pu m’empêcher de penser en voyant ce film au roman « Neige » d’Orhan Pamuk, lu cet été (ici et ). L’histoire n’a rien à voir mais il y a quelque chose de commun, dans cette prégnance du climat justement, dans cet envahissement neigeux au travers duquel errent les personnages du roman comme du film.

 

Bref si vous avez envie de vous remonter le moral n’allez pas voir ce film. Quoique ! La beauté, même douloureuse, est souvent en elle-même un baume. Oui, allez voir ce film finalement.


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