29 janvier 2007
"Les climats"
J’ai vu samedi après-midi
« Les climats », un très beau film de Nuri Bilge Célian.
Il faut un peu s’accrocher.
Mieux vaut ne pas aller voir ce film si on tombe de sommeil. Il est fait de
silences, de regards, de gestes rares ou compulsifs, d’ambiances que génèrent
un paysage écrasé de soleil ou au contraire pris dans une tourmente de neige
qui n’en finit pas. En sortant j’avais le sentiment de m’être surtout ennuyé et
pourtant il laisse une trace ce film, une belle trace assez douloureuse.
Moi qui en ce moment suis
assez sensibilisé aux problèmes du silence dans le couple là je suis
servi. ! Ce silence est partout. Dans le couple qui se défait, dans les
échanges distants avec les collègues, dans une rencontre érotique intense et
animale avec une autre femme, dans une ultime tentative de rapprochement dans
les neiges des hauts plateaux anatoliens.
Cela m’évoque les vieux
Antonioni, comme la Notte, l’Avventura, je ne sais plus trop, j’ai vu ces films
il y a si longtemps et ils sont brouillés dans mon souvenir, peut-être que je
dis une bêtise, mais il y a bien un ressenti qui me remonte, celui d’un climat
justement que je perçois comme commun, un climat d’incommunicabilité, de
désespérance amoureuse.
Intéressant de savoir que le
couple d’acteur (et de surcroît c’est le réalisateur lui même qui joue l’homme)
est un couple à la ville. Sûrement étrange de jouer cela, le couple a intérêt à
être solide, sinon ce doit être jouer avec le feu à moins que ce ne puisse être
une manière de conjuration…
La neige est très présente
dans la seconde partie du film. Le personnage principal tente de renouer en
rejoignant son ancienne compagne qui travaille en plein hiver sur un tournage
sur les hauts plateaux anatoliens. Le voici dans ce bout du monde, dans sa
chambre d’hôtel sordide, errant dans les tourbillons de neige, dans la ville
noyée dans le brouillard. L’homme et la femme se croisent, s’approchent, se
mesurent en silence, renouer est impossible, la petite boîte à musique offerte
et oubliée avec sa ritournelle en est le lancinant symbole. Ils passent même un
bout de nuit ensemble qui donne lieu à une scène absolument superbe et
inhabituelle dans la façon de filmer, les corps dans la pénombre, les mains qui
se cherchent, les chevelures sans les visages, le plafond, les appliques
lumineuses blafardes, un moment de belle tendresse désespérée.
Dans l’image que l’on a de la Turquie, construite le plus souvent à base de clichés estivaux et maritimes, on pense peu à la neige. Elle a manifestement une présence dans ce pays, dans ses profondeurs intérieures. Je n’ai pu m’empêcher de penser en voyant ce film au roman « Neige » d’Orhan Pamuk, lu cet été (ici et là). L’histoire n’a rien à voir mais il y a quelque chose de commun, dans cette prégnance du climat justement, dans cet envahissement neigeux au travers duquel errent les personnages du roman comme du film.
Bref si vous avez envie de vous remonter le moral n’allez pas voir ce film. Quoique ! La beauté, même douloureuse, est souvent en elle-même un baume. Oui, allez voir ce film finalement.
Commentaires
Les photos sont très belles - j'aime beaucoup la deuxième photo. Antonioni... "Zabriskie Point" - tu as dû sûrement voir ce film. Avec la magnifique musique des Pink Floyd, reprise sur "Ummaguma"
Avais-tu vu "Uzak", du même réalisateur ? Un bon film, avec aussi cette neige sale sur Istanbul...
Neiges
Justement j'avais déjà envie de voir ce film, et ta note m'y incite encore davantage...
Comme Nuages, j'avais beaucoup apprécié Uzak, la neige sale sur Istanbul et les destins contraires.
Et le mot de neige me fait évidemment repenser à Pamuk, à lire d'urgence...
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