Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

10 février 2007

Les érotiques de Rodin

J’ai vu hier l’exposition « Figures d’Eros » au Musée Rodin dont je dois dire qu’elle m’a un peu déçue. Il y a certes de belles choses. Parfois la grâce d’un trait léger, comme à peine esquissé, une tâche de couleur suffisent à conférer une intense présence et émeuvent. Mais dans l’ensemble j’ai trouvé que l’exposition ne répondait pas à ce que j’en attendais, telle du moins que j’avais pu l’imaginer par les 3T de Télérama : « une présentation qui ensoleille notre hiver… le tumulte des aquarelles bleues et roses, la danse de traits allègres et heureux… non un enfer mais un paradis charnel… une émotive floraison fragile et animale, un régal évidemment »

Or je trouve que l’impression qui se dégage contrairement à tout ce que j’ai lu n’est pas si heureuse que ça. On n’y ressent pas la présence d’un érotisme solaire, d’une affirmation panthéiste de la vie que je m’attendais sans doute à tort à y trouver à la façon dont elle s’affirme chez Picasso par exemple. J’y vois ici plus la fascination du regard sur les lignes d’un corps ou d’une pose parfois quasi acrobatique que la traduction et l’accompagnement d’un mouvement dans sa fraîcheur et sa vitalité. Ce ne sont pas non plus les corps contemplés dans leur plénitude, dans l’affirmation tranquille d’eux-mêmes. Ils portent parfois même les stigmates d’une dissociation douloureuse ou les traces d’une inquiétude : corps s’absentant, se diluant quasiment dans le fond du dessin, tâche sanglante ou pieuvre menaçante à la hauteur du sexe. Les visages sont absents ou réduits à leur plus simple expression. Rarement se devine la présence de la jouissance féminine, or c’est elle qui, pour moi en tout cas, peut conférer un caractère vraiment érotique à une image (ou alors il faut que se devinent des histoires, alimentant des fantasmes, comme chez Balthus par exemple ). J’ai l’impression qu’on en reste ici au regard fasciné du dessinateur, happé par un coin d’anatomie, plus que par la vibration d’ensemble du corps, par l’expression du visage ou par le ravissement d’un regard, là où s’inscrit justement la présence de la jouissance.

Pour autant je ne regrette nullement d’avoir vu cette exposition, elle est belle tout de même, disons qu’elle n’a pas accompli toutes les attentes que j’en avais conçu.

Et puis il faut dire aussi que j’ai eu le plaisir de la voir avec une amie chère, nous avons prolongé notre visite par une promenade dans le parc, ce lieu merveilleux de paix et de silence en plein Paris, avec ce dôme des Invalides tout proche brillant de ses ors sur fond de ciel gris, avec cette branche délicate d’un arbuste osant fleurir au cœur de l’hiver puis ensuite avec ce long moment d’échange profond et tendre que nous avons eu dans la cafétéria qui est au bout du parc. On s’en doute, ça ne gâte rien !

Posté par Valclair à 21:23 - Expositions et musées - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le choix de cette exposition était-il lié à cette présence féminine à tes côtés ? Les moments de tendresse dans une "amitié" homme femme sont, je trouve, très sensuels. Ces échanges teintés de séduction, de regards, de gestes, de mots. En fait, on ne retient presque rien des mots mais on retient les bienfaits d'une présence. Mais je m'égare ;-))

Posté par Christine, 11 février 2007 à 12:19

Je suppose même que les quelques bons côtés de l'exposition ont été largement ensoleillés par la présence de cette belle personne, non ? ;-)
Tout change quand il est regardé à deux.

Posté par euqinorev, 11 février 2007 à 14:06

Certes vous ne vous égarez pas. Il y a toujours un plaisir particulier à regarder à deux...
Ainsi Véro tu passes de temps en temps par chez moi... Bienvenue.

Posté par valclair, 11 février 2007 à 21:51

Lisez le moins possible d'ouvrages critiques ou esthétiques. Ce sont, ou bien des produits de l'esprit de chapelle, pétrifiés, privés de sens dans leur durcissement sans vie, ou bien d'habiles jeux verbaux ; un jour une opinion y fait loi, un autre jour c'est l'opinion contraire. Les oeuvres d'art sont d'une infinie solitude ; rien n'est pire que la critique pour les aborder. Seul l'amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles.
Rilke Lettres à un jeune poète.

Te lire ici et poser mon regard sur elles avec toi me dit combien j'aime cet amour qui circule en toi. Qui te fait vibrer à l'unisson de l'oeuvre et du moment.
C'est beau une expo avec toi.

Merci pour ces doux moments.

Posté par ton amie, 12 février 2007 à 09:42

Et merci pour cette belle citation, mon amie...
Je crois décidément qu'il faudra un jour que je mette le nez dans Rilke que j'ai vu si souvent cité mais que je n'ai jamais lu!

Posté par valclair, 12 février 2007 à 18:48

Rilke... Les lettres à un jeune poète. C'est d'autant plus à propos que Rilke a été le secrétaire de Rodin. Je regrette de n'avoir pas vu de reproductions des aquarelles, j'en ai vu, à l'occasion, sur le Net, (chez lunettes rouges, je crois)... C'est une expo que je serais curieuse de visiter.

Posté par Pivoine, 13 février 2007 à 22:21

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