Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

31 mars 2007

Un peu de politique, tout de même...

On est à moins d’un mois des élections. Je suis tout ça avec intérêt et avec une certaine gourmandise. Je m’en amuse et en même temps m’en agace. Car je suis la campagne comme un jeu, comme je suivrais une pièce de théâtre, un joli morceau de comédie humaine, amusé des bons ou des mauvais coups des uns ou des autres et non pas comme on devrait suivre un débat politique en pesant et soupesant des arguments de fond, des réflexions étayées. Ce n’est pas tout à fait ma faute! La campagne est vivante ça oui, vibrionnante même, mais elle est surdéterminée par le jeu médiatique et par la frénésie sondagière, du coup elle ne va pas au fond des grands enjeux avec vérité, avec clarté. Comme si la réalité n’était pas vraiment là, dans ce qu’on nous montre mais derrière, cachée, impossible à décrypter vraiment.

Cela dit mon vote est fixé. Ce sera Royal dès le premier tour. Car rien n’est assuré pour ce qui concerne le second tour. Tout est tellement friable, volatil. Il y a l’hypothèque Bayrou. Il y a l’hypothèque Le Pen. On aurait tort de croire que celle-ci est totalement écartée (et des incidents sécuritaires comme les évènements de la gare du Nord peuvent en aggraver la menace) L’horreur intégrale ce serait Sarko en tête et derrière dans un mouchoir de poche Le Pen, Ségo, Bayrou dans cet ordre là… Vous voyez le tableau ! C’est peu vraisemblable certes mais je ne prendrai pas le moindre risque qui puisse conduire à ça.

Je n’aurais de toute façon pas voté pour l’un des petits candidats. Je me sens de plus en plus éloigné des discours « yaka, faukon ». Cette brave gauche alternative se donne en plus le ridicule de la dispersion, chacun vantant ses propres intérêts boutiquiers. Je me souviens des nonistes qui parlaient de la magnifique dynamique de recomposition que la victoire du non allait entraîner ! Je n’y ai jamais cru mais là je dois dire que l’émiettement dépasse ce qu’on pouvait imaginer. N’empêche si certains font de bonnes campagnes ils peuvent piquer pas mal de voix côté Ségo et c’est dangereux. L’extrême gauche c’est la comédie dans la comédie quelle que soit la sympathie que l’on puisse avoir pour telle thématique ou pour telle personnalité, faisons en sorte qu’elle n’en devienne pas une comédie saumâtre !

A regarder les comportements et les personnalités telles qu’elles se donnent à voir dans la campagne (rien ne dit qu’il s’agit des personnalités véritables : rappelons nous : c’est un théâtre !), je donnerai un petit bonus à Bayrou. Il montre une image de solidité, de sérénité, il trace son sillon avec calme, il paraît moins que les autres jouets des humeurs du moment. Incontestablement il fait une bonne campagne. L’ennui est que sa proposition politique est creuse, illusoire, garante d’immobilisme même si son élection entraînerait incontestablement des recompositions importantes dans le paysage politique.

Royal par beaucoup de côtés m’agace. Ce n’est pas en soi l’existence de propositions iconoclastes qui me choquent (je suis plutôt d’accord avec certaines et pas du tout avec d’autres). C’est plutôt cette façon d’être en permanence dans la réactivité immédiate à la déclaration de l’autre, au frémissement sondagier sur telle ou telle question, au public auquel elle parle et dont il faut lisser le poil. Du coup le message se brouille. On a un sentiment de volatilité des idées non par incompétence ou par indécision mais par opportunisme et tactique. Et hop que je te sors la compassion tous azimuts, une sixième république avec sa constituante, un drapeau français à mettre aux fenêtres, tout ça comme si c’était évident et simple, et tout ça toujours avec le même éternel sourire. Il en devient masque ce sourire ! Où es-tu vraiment Ségolène, au-delà de ce masque ? Qu’est-ce que tu penses vraiment ? Qu’est ce que tu prépares ? On aimerait que les choses soient dites avec clarté, constance, continuité. Et avec le sentiment qu’il y a des équipes autour qui se préparent de façon structurée, cohérente, réfléchie. Entre la façon de jouer perso de la dame et les manœuvres et arrière-pensées éléphantesques, ce n’est pas vraiment le cas. Les critiques que l’on entend sur le supposé autoritarisme et la difficulté de travailler en équipe de Ségolène en prennent une certaine consistance.

J’approuve sur le principe l’idée de faire de la politique autrement, la fameuse démocratie participative, mais cela doit se faire par une démarche maîtrisée, construite pour aller vers une restructuration dans l’équilibre des pouvoirs. Ce n’est pas ce qu’on voit pour le moment. On a plutôt le sentiment de coups un peu démagogiques, d’une façon d’utiliser et de solliciter la base en lui faisant dire ce que l’on veut. Là dessus j’ai de la déception incontestablement par rapport à ce qu’on aurait pu imaginer au lancement de Désirs d’avenirs.

N’empêche, malgré toutes ces réserves, il n’y a que Royal qui porte l’espoir de possibles changements dans un sens positif. Ce n’est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Entre Sarko et Ségo le centre de gravité idéologique n’est pas le même, les forces et les couches sociales qui les soutiennent, les liens d’intérêts et les connivences non plus. L’actualité récente montre assez ce qui nous attendrait avec l’ex-ministre de l’intérieur aux affaires !

Et il n’y a pas à faire de la tactique non plus. Les raisonnements du « tout sauf Sarko » qui conduisent à dire : votons Bayrou parce qu’au second tour il a plus de chance de battre Sarko me paraissent spécieux. La volatilité, l’imprévisibilité des votes est telle qu’à jouer de tactiques sophistiquées on peut se trouver pris à son propre piège et se retrouver avec une configuration qui ne correspondrait pas du tout à ce que l’on souhaiterait.

Je vais voter simple, je vais voter efficace, je vais voter Royal.

Oui il y a de la politique, tout de même, de la vraie, derrière les vrais et faux semblants de la campagne, derrière le spectacle.

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30 mars 2007

Ricochet 2000: Dépression

Voici ma contribution 2000 aux « Petits cailloux et ricochets » des blogueurs . Je l’ai mis sur le site des ricochets jeudi, jour de publication hebdomadaire que je me suis fixé. Mais j’ai eu un peu plus de mal à le mettre ici, en ce lieu plus exposé. J’ai hésité, reporté, comme saisi d’une pudeur. Je me sens là aux limites de ce que je m’autorise à dire publiquement. Je me demande parfois si je ne laisse pas entraîner trop loin par ces fichus ricochets !


 

Difficile ricochet : car je dois parler d’autrui et ne peut m’empêcher de me dire : De quel droit est-ce que je le fais, comment puis-je m’y autoriser…

Je le fais pourtant car partant d’elle c’est à moi que j’aboutis.

Après déjà une alerte sérieuse l’été précédent pendant des vacances qui avaient pourtant plus que d’autres tout pour être très belles, la dépression latente de Constance est devenue manifeste cette année là, paralysante, porteuse de souffrances violentes et de moments de complète prostration.

Elle est parvenue toutefois à continuer son travail, elle donnait le change en se caparaçonnant dans ses obligations, dans son sens du devoir pour s’écrouler en pleurs et en douleurs chaque soir dès le retour à la maison ou pendant les week-end… Elle n’a dû prendre en tout et pour tout qu’une à deux semaines d’arrêt pendant cette période si noire.

Après qu’elle ait pendant des semaines et des semaines refusé de même envisager de se soigner, j’ai réussi à l’amener chez son médecin qui lui a fait accepter de prendre quelques médicaments puis un peu plus tard après plusieurs tentatives infructueuses, après plusieurs rendez-vous pris qu’elle a fui à la dernière minute, j’ai réussi à la conduire chez un psy qu’elle disait ne pas vouloir voir…

Mais elle l’a vu finalement et, à son corps défendant d’abord, un processus a commencé, régulier, métronomique, deux fois par semaine et qui a duré, qui dure encore, avec la même personne…

Moi je suis sorti du jeu. Je l’y avais conduite, je l’avais aidé à amorcer le processus, j’avais amené la malade, c’était bien suffisant. D’ailleurs quoique la situation fut difficile, pénible à vivre, je me sentais en effet plutôt solide, bien ancré dans mes baskets et dans le réel. Comme si j’avais charge d’âme et qu’il me fallait être fort pour deux. Comme si face à la déliquescence manifeste de l’une, je devais être un pilier sur qui compter. J’avais à tenter de tenir la tête de quelqu’un hors de l’eau, il n’était donc pas question que je cède à ma ligne grise, à mes habituelles interrogations existentielles, à mes mini et récurrents coup de déprime... Etrange jeu systémique !

Le processus engagé par Constance a eu des effets, les crises douloureuses, se sont espacées puis ont disparu, enfin presque disparu. Mais le malaise est là, toujours, permanent, en arrière fond. Il n’y a pas eu réévaluation, reconstruction, nouveau départ. Les crises reviennent s’inviter par moments, spécialement dans certains moments de temps libre, dans ceux qui ne sont pas consacrés à une activité précise, organisée, balisée, des moments qui pourraient être, devraient être d’épanouissement, de projet, de convivialité légère.

Tout ça n’est pas très gai. Et surtout je viens en écrivant ces ricochets de réaliser le temps depuis lequel ça dure. On m’aurait posé la question, j’aurais sans trop réfléchir répondu : Oh, longtemps, ça doit bien durer depuis trois ou quatre ans… Tu parles ! Sept années presque ! Sept ans ! J’en ai le vertige. Rien, au fond, n’a changé.

Comme toujours j’ai laissé couler, couler les choses, couler le temps, suivant ma plus grande pente, la pente de la passivité. Je n’ai pas regardé vraiment au fond de ce miroir que pourtant je ne cesse de me tendre. Je n’en ai pas profité pour tenter de mettre en jeu une dynamique partagée ou pour me remettre en cause en vérité et en action, au delà de la litanie finalement facile de mes mots écrans, qu’ils soient adressés à moi seul ou jusqu’aux confins inconnus de la toile…

Sept ans !

 

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28 mars 2007

Un certain soulagement

J’ai fait mon petit examen ce soir en sortant du bureau. Il n’y a rien en effet. La gêne n’a pas disparu pour autant mais ce n’est plus qu’une gêne avec laquelle je peux fort bien vivre.

J’ai un peu creusé le trou de la sécurité sociale pour rien mais enfin vaut mieux ça…

J’ai dit hier que le simple fait de décider de l’examen avait un peu atténué ma sensation de malaise. Ça a été vrai dans un premier temps. Mais ce soir en allant passer l’échographie ce n’était plus ça du tout. J’étais carrément envahi par l’idée et commençait à me dire qu’il allait sûrement y avoir quelquechose. Pendant l’examen j’observais le visage placide de l’échographe à l’affût d’un quelconque signe sur son visage. Je me sens un peu ridicule de réagir de la sorte. Mais je sais que je ne suis pas le seul.

Me voici donc soulagé. C’est un soulagement certain mais aussi ce n’est qu’un certain soulagement. Parce que tout continue sous le rouleau impitoyable du temps. Sous une forme ou sous une autre, cela viendra, de toute façon. Simplement on va en mettre l’idée sous le boisseau pour vivre, tout simplement, dans le présent. Carpe diem !

J’envie ceux qui sont dans la sérénité, ceux qui sont présents sans aucune angoisse à ce mouvement du temps. Je parle d’une sérénité qui ne soit pas seulement de mots ou de considérations philosophiques, ça c’est encore assez facile. Je parle d’une sérénité profonde, habitée, vécue, telle que j’ai pu la supputer notamment chez certaines personnes qui pratiquent le yoga en profondeur, ceux qui parviennent à une conscience vraiment intégrée au fond d’eux-mêmes de faire partie de ce grand flux, de ce continuum, ou à la fois sans cesse tout change et tout perdure, où la conscience individuelle, séparée, qui est la nôtre n’est qu’une modalité particulière de l’être.

Dans une entrée magnifique Traou écrit aujourd'hui qu’elle aime le tic-tac des horloges et le flux du temps. Oui, c’est cela, l’aimer ce flux du temps, dans toutes ses dimensions, y compris celle qui conduira à notre dilution, l’aimer et ne pas seulement s’y résoudre…

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26 mars 2007

La pensée du crabe

J’ai ces derniers temps de petits désagréments de santé récurrents, des remontées aérophagiques, l’impression d’un poids dans l’abdomen, la sensation fréquente d’avoir l’appétit coupé alors que je suis pourtant un amateur bon vivant des plaisirs de bouche. En soi ces désagréments sont assez limités. Je ne souffre pas, ce sont juste des gênes. Mais ils ramènent avec eux la pensée du crabe, cette idée de la maladie dangereuse qui pourrait cheminer souterrainement à bas bruit avant de se déclarer dans l’horreur. Le désagrément physique devient alors secondaire, ce qui pèse c’est l’anxiété laquelle naturellement focalise mon attention sur les gênes que je ressens, les entretenant, les nourrissant, les magnifiant. L’anxiété alors colore tout le paysage, s’invite dans tous les moments où je ne suis pas concentré sur l’action, dans les moments de latence ou de rêverie, les projections dans l’avenir s’en trouvent brusquement assorties d’un codicille effrayant : « oui, bien sûr, je vais faire ceci ou cela, sauf si… ». Et au-delà bien sûr s’invite aussi la pensée que de toute façon inévitablement la mort sera au rendez-vous, il faut le souhaiter d’une façon moins terrifiante que par le cancer, nul ne sait sous quelle forme, par accident ou par surprise ou par affaissement dans la grande vieillesse mais ce sera, il viendra ce moment à la fois tellement évident et tellement inconcevable et chaque jour nous en rapproche…

Le caractère récurrent de ce genre de manifestations somatiques depuis de longues années me rassure en partie. Je connais ma tendance parfois à être malade imaginaire. A d’autres périodes d’ailleurs il m’est arrivé d’avoir des angoisses du même ordre mais dans une toute autre sphère corporelle. J’avais une gêne dans le thorax et l’épaule, le sentiment du cœur trop gros dans ma poitrine, l’impression que la crise cardiaque allait me tomber dessus à la première occasion.

Je me dis : Tu te connais, Val, ça t’arrive de temps en temps. Encore une fois ce ne sera rien. Sans pouvoir m’empêcher de me dire aussi : oui, mais justement si cette fois-ci c’était quelquechose. Après tout ça arrive, tu en connais plus d’un, éclatant de santé, que rien ne semblait menacer et que soudain le crabe a rattrapé.

J’ai vu mon médecin la semaine dernière qui ne semblait guère inquiet. Mais je l’ai trouvé insuffisamment clair, incapable de me donner des explications convaincantes à mes malaises récurrents. Il me suit depuis pas mal d’années, je le pense sérieux donc je continue avec lui mais c’est vraiment un médecin traditionnel avec une approche purement corporelle, il n’est guère dans l’écoute et le dialogue comme je le souhaiterais. Cette fois j’ai insisté tout de même pour qu’il me prescrive des examens complémentaires. J’ai une certaine réticence à multiplier les examens. Je n’ai pas trop envie de contribuer à ce climat de surconsommation et surmédicalisation qui nous entoure. Enfin c’est la raison officielle que je me donne. Peut-être qu’il en est une autre, paradoxale et irrationnelle, celle de la peur tout simplement, la peur de découvrir effectivement quelquechose et qu’il faille alors entrer dans une autre perspective, dans le combat terrifiant.

Je n’ai pas encore fait cet examen. J’ai attendu quelques jours pour prendre rendez-vous en me disant « bof » mais finalement je me suis décidé et déjà d’avoir fait la démarche il me semble que ma gêne s’est atténuée. Il serait idiot de passer à côté de quelquechose, et d’ailleurs, si cet examen n’a pour fonction que de me rassurer, c’est une raison suffisante. Donc ça ira mieux encore lorsque j’aurai le résultat. Enfin, j’espère…

Aujourd'hui cela sent fort le printemps. C’est à cela qu’il faut être attentif, aux plaisirs simples qui vont avec lui, à la marche tranquille par exemple qui ce matin m’a mené par de petites rues paisibles de chez moi à mon bureau, à la sensation de l’air doux sur ma peau, à la caresse d’un soleil tendre sur mon visage…

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25 mars 2007

Journée angevine

Hier soir dans le TGV j’ai commencé d’écrire ceci que j’ai digéré, laissé mariner, repris et mis en forme aujourd'hui avant d’oser le clic de la mise en ligne…

Le TGV file et me ramène vers Paris. J’ai lu quelques articles du très intéressant dernier numéro du magazine littéraire sur « Les écritures du moi », je me suis assoupi un moment et maintenant alors qu’on approche et qu’on atteint presque le terme du voyage, j’ai sorti mon petit carnet et suis pris d’une démangeaison d’écrire.

Mais parler de cette journée ? Mettre tout ça en ligne ? Rien d’intime à dire, rien de gênant ou de particulièrement impliquant, là n’est pas la question. Ce n’est pas une entrée qui relève de cette petite part de mon journal que je laisse à l’écart, hors ligne, parce que constituée de réflexions qui ne concernent que moi ou qui au contraire mettent en scène du relationnel périlleux ou des proches. Non ce qui est en cause ici c’est seulement la question récurrente de mon anonymat. Car publier cette entrée c’est faciliter la mise en relation de plusieurs mondes que je fréquente, celui des diaristes d’une part, celui de l’Association Pour l’Autobiographie d’autre part, celui où j’existe avec mon pseudo et celui où j’existe avec mon nom d’état civil. Je sais que le délitement de mon anonymat est en cours, je suis de moins en moins gêné que des gens découvrent qui je suis. Mais dois-je pour autant les aider ?

Une des personnes assistant à la conférence et que je connais par ailleurs dans le cadre de l’association m’a demandé lorsque nous étions seuls si j’écrivais moi aussi en ligne. J’ai répondu oui cette fois (alors qu’à d’autres occasions j’avais nié avec un aplomb parfait y compris après avoir évoqué les élucubrations d’un certain Valclair !). J’ai dit que je n’étais pas difficile à trouver et j’ai même eu la tentation de donner pseudo et adresse. Mais je me suis arrêté là, au milieu du gué, comme si je ne pouvais pas vraiment le dire moi-même, comme s’il fallait que trouver résulte d’un minimum de démarche, d’une envie suffisamment ancrée pour mener jusqu’à moi, enfin jusqu’à ce moi là, ce moi d’écriture et de dévoilement, ce moi valclairien.

Mais voilà maintenant je dis ici cette journée telle que je l’ai ressentie et sans me préoccuper de tout cela outre mesure...

Je dis ma tension encore et toujours avant de partir, lorsque je sais que je dois intervenir en public dans un cadre inconnu, une tension qui s’apparente au trac. Je sais qu’il n’y a aucune raison que ça se passe mal, je commence à connaître mon sujet et en principe je passe assez bien en public mais n’empêche, c’est là, m’empêchant d’être dans le pur plaisir de l’attente de cette activité de communication que par ailleurs j’aime beaucoup.

Je dis mon arrivée à Angers sous un soleil un peu timide mais soleil tout de même, ma promenade autour du château et dans les rues de la vieille ville très assoupie, le vrai plaisir que je j’ai eu à cette déambulation et aux photos que j’ai prises, quoique là encore ce plaisir fut un peu coloré par la tension à l’idée de l’intervention à venir.

Je dis la conférence dans cette superbe médiathèque, beau bâtiment moderne, aux volumes ouverts et clairs donnant en plein cœur de ville sur de beaux jardins, je dis mon plaisir, malgré le public restreint (moins d’une trentaine de personnes) à parler, à communiquer, à essayer de faire passer mon goût et mon intérêt pour les écritures diaristes, à sentir que mon public semble intéressé et réactif à ce que je raconte. Naturellement comme chaque fois en terminant j’ai réalisé qu’il y avait quantité de choses parmi tout ce dont je voulais parler que j’avais mal ou insuffisamment présentées mais je crois que c’est la loi du genre et que ce n’est pas grave.

Je dis ce retour en train maintenant, détendu et content, et cette envie de conserver quelquechose de cette journée en l’écrivant.

Bref je dis, je dis et ainsi pour mon apaïste curieux s’il passe par ici ou pour d’autres, je signe…


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22 mars 2007

Ricochet 2001: Les tours et le blogomonde

 

Ma contribution 2001 aux « Petits cailloux et ricochets » des blogueurs :

Lorsque je pense à 2001, d’abord je pense : les tours, onze septembre, world trade center… Et je me revois en cette après-midi qui aurait dû être comme une autre...

J’étais rentré tôt du bureau. Je ne sais plus comment j’ai su d’abord. La radio sans doute. Et puis la télévision ensuite. Moi qui ne regarde presque jamais la télévision, là, je m’y suis rivé. Il y avait l’événement en lui-même bien sûr mais aussi ce nouveau mode d’être des évènements désormais, le déroulement en direct. L’événement c’est aussi, voire surtout, la façon dont il s’inscrit dans les images et dans les consciences. Je me souviens du moment où Bilbo puis Taupin sont rentrés du lycée. Ils arrivaient avec les rumeurs informelles de la rue, ils se sont collés devant l’écran puis Constance est arrivée à son tour, nous étions là, tous les quatre, scotchés. Et nous ressentions un mélange de tristesse, d’anxiété mais aussi secrètement sans oser nous l’avouer une espèce de fascination devant l’énormité de la chose, devant la puissance du spectacle. Un film catastrophe bien plus dense que n’importe quel scénario hollywoodien, des réminiscences d’aventures à la Blake et Mortimer…

L’événement, ce qui apitoie, ce sont les morts, ces gens ordinaires pris au piège dans les petites alvéoles où ils travaillent comme des abeilles dans une ruche. Mais à l’aune du nombre des victimes il y a d’autres évènements bien plus terribles, crises et guerres, famines et génocides, générant bien plus de morts, mais ce ne sont pas les mêmes morts. Comme si certains, dans notre conscience occidentale, pesaient moins ! L’événement c’est une symbolique, c’est l’Amérique, l’arrogante maîtresse du monde, touchée en plein cœur.

La question que je me suis posée très vite est celle là: est-ce un accident de l’histoire, un épiphénomène certes spectaculaire mais sans conséquence durable, un soubresaut qui sera vite absorbé ? Ou bien est-ce plutôt le début d’autre chose, la marque d’une entrée dans des temps dangereux ?

Il faut laisser passer du temps pour s’en rendre compte. L’histoire ne se lit vraiment qu’à posteriori. Mais force est de constater que les années qui ont suivi n’ont fait qu’approfondir les dangers qui pèsent sur le monde. On aurait pu rêver qu’un tel avertissement spectaculaire soit l’occasion d’une prise de conscience, que les puissants de cette terre comprennent que la lutte contre l’aggravation des déséquilibres du monde était la seule vraie réponse et qu’il en résulte un modèle de développement un peu plus harmonieux, respectueux des hommes et des ressources menacées du globe. Il n’en a rien été.

Les tendances s’inverseront peut-être. Le pire n’est jamais sûr. Des prises de conscience globales peuvent intervenir. Peut-être… Il y a de quoi avoir une certaine anxiété pour l’avenir du monde. Sous quelles épées de Damoclès grandissent nos enfants ? Quel monde va-t-on leur laisser ?

Oui, de là où nous sommes, à 2001 + 6, on a bien le sentiment que c’est ce jour là qu’on est entré dans le nouveau siècle et ce n’est pas franchement de bon augure. Le vrai bug de l’an 2000 il est là !

Mais 2001 a aussi été l’année où j’ai commencé à m’intéresser de vraiment près au blogomonde. (Enfin on ne disait pas comme ça à l’époque, les blogs ça n’existait pas, on disait cyberdiaristes !). Et là je quitte cette grande histoire dans laquelle je sais que je ne peux rien (ou plutôt à l’égard de laquelle je n’ai plus le courage, l’énergie de penser que je puisse encore quelquechose, aussi modeste cela fut-il). De l’Histoire je passe aux petites histoires, les miennes et celles des autres, je me mets à les observer comme un entomologiste avec une certaine fascination. Je les observe s’écrivant, se dévoilant, se dérobant…

En novembre je lis « Cher Ecran » de Philippe Lejeune, un livre qui est une première plongée de terrain dans le monde de l’écriture diariste en ligne. Il présente le contexte de l’émergence de ce nouveau média, il donne des extraits de quelques sites et surtout s’accompagne du propre journal de lecture de Philippe Lejeune donnant au fur et à mesure le cheminement de ses découvertes. L’approche n’est pas préconçue, elle ne juge ni n’apprécie à l’aune d’un quelconque discours théorique, elle est faite de coups de cœur mais aussi d’agacements, d’étonnements et de questionnements. La démarche me passionne assez et me donne des idées. J’ai envie d’étudier moi aussi ce monde là : Qui sont les diaristes, comment évoluent-ils, comment écrivent-ils, quels sont les questions qu’ils se posent ? Ça me paraît un beau sujet : l’émergence du neuf (internet) sur des pratiques éprouvées (le journal personnel) et c’est une pratique j’en suis convaincu qui va se développer (sans que j’imagine d’ailleurs à quel point !). J’en fais un terrain d’étude sans enjeu car je ne suis plus dans le temps de ma vie où on a envie de se lancer dans une thèse, je fais ça en amateur et en curieux, mais non sans sérieux. Je dresse des listes, je me fais même une mini base de données de sites, j’en lis certain, j’en parcours ou en hume beaucoup d’autres, j’en vois qui naissent et d’autres qui disparaissent. La matière est encore assez limitée et, à partir des cercles existants comme la « Communauté des Ecrits Virtuels », on peut avoir déjà un assez bel échantillon représentatif d’un ensemble qui ne dépasse pas quelques petites centaines dans l’ensemble du monde francophone. Mais derrière cette approche d’observateur je sais que lentement et souterrainement chemine autre chose : l’envie d’y aller moi même.

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21 mars 2007

Blogovie

Pas mal de blogovie ces derniers jours...

Samedi j’ai assisté à la table ronde de l’APA. J’avais idée d’en faire un compte rendu. Mais je suis encore et toujours assez surchargé de boulot alors que j’espérais une semaine plus calme au bureau. Donc je passe mon tour. D’autant que certains l’ont fait déjà et sous des tonalités très différentes, compte rendu assez systématique chez Fuligineuse, impressions plutôt chez Pati. Et j’ai lu que Pierre (qui était l’un des intervenants) s’apprête à faire aussi son compte-rendu. Ce qui était frappant pour moi c’était la diversité des problématiques, des personnalités, comme des modes d’expression. On le sait bien sûr en se baladant de sites en sites. Mais là c’était manifeste de façon quasi physique, dans la façon d’être et de se présenter de chaque personne. Rien de surprenant naturellement. Il n’y a pas un profil type du blogueur mais plutôt une large représentation de la diversité humaine. Mais c’était bien que ça apparaisse de façon si manifeste notamment auprès d’un public très éloigné pour sa plus grande part de nos pratiques et pour lequel les diaristes en ligne restent une espèce un peu bizarre, voire vaguement sulfureuse.

J’ai retrouvé ensuite quelques blogueurs amis et le plaisir a été de poursuivre des échanges dans un café puis pour un petit nombre d’entre nous en allant dîner chez C., chaleur de l’accueil, délices de la cuisine, merci à nos hôtes, s’ils nous lisent…

Hier j’ai eu le plaisir de dîner avec Traou. Sa vie professionnelle va la mener d’ici peu en Californie, et sur des routes qui suivent en partie celles qui ont été les miennes au cours de l’été 2002. Du coup cela m’a fait un ricochet d’un autre ordre sur cette année que je viens d’évoquer à propos du décès de ma mère. Après que nous nous soyons quittés j’ai été farfouiller dans mon disque dur, j’ai retrouvé mon journal de voyage de ce temps où je n’écrivais pas encore en ligne, ça a été un plaisir de le relire, certains souvenirs sont remontés, les images venues des mots se sont articulées avec celles issues des photos, cela sert à ça aussi le journal, à « tenir mémoire » y compris pour soi.

J’en reste là pour aujourd'hui. Hé, c’est que j’ai encore un ricochet sur le feu pour demain moi, faut que je m’y mette si je veux tenir le rythme…

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19 mars 2007

Sieste/fuite

Début d’après-midi. Le ciel est tourmenté, à l’instant s’abat une averse de grêle. Je regarde par la fenêtre, revient à mes papiers sur mon bureau. Je suis au travail, occupé à rédiger un rapport qui m’ennuie profondément et que je dois terminer aujourd'hui. Je n’y arrive pas. Je traîne une certaine accumulation de fatigues et de mauvaises nuits ces derniers temps. Une somnolence violente s’est emparée de moi. Je baille à me décrocher la mâchoire. Je rêve tout à coup d’avoir dans mon bureau un canapé. Je rêve de m’allonger ne serait-ce que dix minutes, de fermer les yeux, de m’assoupir peut-être. Il paraît qu’il y a quelques entreprises ou ça existe, où l’on reconnaît les vertus de la sieste. Ce genre de considération n’est pas arrivé jusque dans un service comme le mien. Cela paraîtrait totalement incongru l’idée même d’une sieste ! L’idée de s’allonger au bureau ! Il peut y avoir des heures et des heures perdues, des cafés qui s’éternisent, des papotages futiles, des lenteurs de mise en route mais ça, l’idée de se mettre un peu de sa bulle, de s’isoler, de déconnecter des autres et de son personnage social de façon manifeste, ça ne se fait pas. Idiot quand on y réfléchit ! Car un petit somme plutôt que de vasouiller avec la plus totale inefficacité, ça ne ferait pas de mal, y compris pour la « productivité ». Enfin voilà, ça m’a un peu réveillé d’écrire ces mots...

Mais décidément non, ce rapport je n’y arrive pas. Les "ricochets" c’est dur à écrire parce que trop investi. Mais il peut y avoir l’inverse : des texte impossibles à écrire parce qu’il sont tellement loin de soi et qu’on a le sentiment de manipuler des mots vides, de la langue de bois administrative. Ce qui devrait se faire en une heure ne parvient pas à sortir malgré les habitudes, les automatismes, les formules apprises…

Finalement j’ai choisi la fuite. J’ai pris mes cliques et mes claques et suis rentré chez moi en milieu d’après-midi. J’ai encore cette chance, ce privilège relativement rare de pouvoir gérer mon temps à peu près comme je veux en dehors bien sûr des réunions imposées. En arrivant je me suis allongé sur mon lit, je me suis étiré comme un chat, j’ai baillé bruyamment et sans contrainte, j’ai pris un bouquin, je me suis vaguement assoupi. Tout ça avec un sentiment mêlé, satisfaction de cette liberté que j’ai prise mais agacement de cette journée mal goupillée, de ce sentiment d’être si souvent en dehors de moi, de ce boulot qui n’est pas fini et auquel il va bien falloir que je m’attelle. Il est là dans ma sacoche, je vais finir par le rédiger je le sais bien, mais j’aurais tellement envie d’autre chose pour ma soirée, d’autres lectures, d’autres écritures, d’autres pensées…

J’ai de plus en plus de mal avec tout ça. Mais évidemment il y a aussi tout ceux qui sont privés de boulot, qui en cherchent désespérément. Alors je ne me sens pas trop le droit d’être dans la plainte non plus. L’idée ça serait de se secouer, de faire ça vite, efficacement et de passer à autre chose…

Faudrait…

Allez, au boulot !

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15 mars 2007

Ricochet 2002: "Maman est morte ce matin":

C’est ma sœur au téléphone qui prononce cette phrase ce vendredi matin 8 novembre. Elle même vient de l’apprendre de Papa. Maman s’était levée comme d’habitude, elle avait fait un peu de toilette aidée par la jeune fille qui depuis peu s’est installée à la maison pour aider mon père, puis elle s’était assise sur le canapé du salon là où elle passe désormais le plus clair de son temps, soit les yeux perdus dans le vide, soit lisant, relisant des bribes, des phrases, des pages de bouquins qu’elle feuillette de façon aléatoire. Papa était dans la pièce. Elle a eu un borborygme puis un espèce de râle. Papa s’est porté vers elle. Elle s’est affaissée. C’était fini.

Ce n’était pas très inattendu. Ça allait arriver un jour ou l’autre. Sauf que justement là ce n’est pas un jour ou l’autre. C’est aujourd'hui. Voilà. Je repose le téléphone. Je m’apprêtais à quitter le bureau au moment où ma sœur m’a appelé, j’ai une réunion en fin de matinée dans un lieu proche, un groupe de travail d’une dizaine de personnes. Je ne dis rien à personne au bureau, mon visage est lisse, je ne laisse rien paraître, je vais à ma réunion, les gens parlent, je parle, je suis là, je participe pleinement, et en même temps par moments, au milieu des voix, une autre voix se détache plus forte que les autres ramenant le reste à un brouhaha lointain : « Maman est morte ce matin ».

Quelques temps auparavant on la sentait vraiment au bout du rouleau. Terriblement absente. Terriblement affaiblie. S’alimentant à peine. Mais elle avait fait un séjour à l’hôpital d’une dizaine de jours, elle y avait été un peu requinquée, d’abord et avant tout renutrie par des perfusions. Du coup il y avait un mieux assez sensible. Lorsque j’avais été la voir la dernière fois elle m’avait un peu parlé, des bribes de passé plus anciens étaient remontées, j’avais senti une certaine présence plus que bien d’autres fois, il me semblait qu’elle parlait vraiment avec moi et pas dans le vide. Je m’étais dit « Il peut y avoir des mieux dans cette maladie ». Je n’étais pas repassé la voir à la maison depuis son retour me disant « elle est mieux, finalement elle se remet, rien ne presse ». Mais si cela pressait car voilà, maintenant c’est fini. Il me semble qu’il m’a manqué de bien lui dire « au revoir », enfin au revoir, non bien sûr il n’y a pas de revoir.

C’est mieux évidemment que ça ce soit fini ainsi. Sans trop s’éterniser. Sans aller jusqu’aux atteintes les plus extrêmes de la maladie d’Alzheimer. N’empêche, c’est fini !

L’après-midi je vais la voir. Elle est allongée sur le lit dans la chambre. Ses traits sont paisibles, plutôt sereins, sa maigreur extrême saute moins au yeux, loin de ce masque tendu, contracté, qu’elle arborait le plus souvent ou alors de ce sourire plaqué, quasi réflexe, pire peut-être par ce qu’il portait d’absence. C’est elle et ce n’est plus elle. Aussi diminuée fut-elle il y avait le souffle. Il n’y a plus de souffle. Il y a cette immobilité absolue que rien ne trouble. Nous la regardons longuement Papa et moi.

La thanatopractrice arrive. Oui, je crois que c’est comme ça qu’on dit ! C’est une jolie jeune femme brune, menue, vive, décidée. Elle tient une petite valisette métallique dans laquelle on imagine un matériel vaguement effrayant. Elle discute un moment avec Papa, l’aide à choisir les vêtements puis nous invite gentiment mais fermement à sortir, referme la porte derrière elle. Je suis un peu sidéré que l’on puisse choisir ce genre de profession. Evidemment un sinistre croque mort dans son costume sombre, ça ne m’aurait pas fait le même effet, je ne me serais même pas posé la question, je me serais dit : il en faut pour faire ce genre de boulot, c’est tout… Mais là, cette toute jeune et belle femme qui paraît si à l’aise, qui fait cela avec tant de naturel et de simplicité, c’est troublant, l’esprit navigue…

Elle a fini son travail. Maman est presque belle avec sa jupe, son joli corsage de soie, elle est bien peignée, les joues sans doute un peu ravivées…

Après je ne me souviens plus. Dans quel ordre, à quel moment ce sont passées les choses ? Je pourrais demander à mon père, à ma femme, sans doute grâce à leurs témoignages je reconstituerai, mais je n’ai pas envie de le faire. Je préfère rester avec cette absence. Elle doit avoir son sens. Les gens des pompes funèbres sont venus, l’ont emmené, c’est sûr, il y a eu le lendemain, le surlendemain je ne sais plus, une petite cérémonie dans une chambre mortuaire mais où, non pas une cérémonie d’ailleurs, juste quelques personnes venues saluer la dépouille et manifester leur sympathie à mon père, et puis il y a eu la fermeture du cercueil. Je ne vois plus l’image du lieu, le cadre tout autour est perdu, juste il me semble, je vois ce vieil homme digne qui maîtrise et se maîtrise et qui se penche vers le cercueil, et ce dernier regard qu’il jette à cette part de sa vie au moment où le couvercle va se refermer, ça je m’en souviens, et cette intense émotion qui passe bien qu’il n’y ait nulle larme, nul gémissement. Oui la trace d’un amour, par delà toutes ces années où ils semblaient si laborieusement se supporter, par delà les mauvaises humeurs permanentes et le caractère si pénible de ma mère, bien, bien avant qu’elle ne soit malade, signe de quelle souffrance cachée…

Les images de l’enterrement par contre elles me reviennent sans peine. Ce sont des images plutôt douces, plutôt paisibles, presque heureuses. Nous sommes partis tous les quatre Papa, ma sœur, Constance et moi par le premier TGV du matin. Il faisait nuit noire encore, le temps était épouvantable, je vois encore les traits de pluie striant les vitres du wagon tandis que se levait une aube incertaine. Nous sommes ensemble pour ce voyage. Il règne une grande tendresse, une grande douceur entre nous. Á ce moment là nous sommes une famille, même avec ma sœur dont je suis si distant pourtant. Après Lyon le temps se lève, les nuages se déchirent peu à peu, le ciel se fait de plus en plus clair. Arrivé au cimetière il fait franchement beau et plutôt doux pour la saison. C’est un beau cimetière, il ménage de jolies vues sur les montagnes, la Tournette au loin s’est déjà parée vers son sommet de ses premières neiges. Nous patientons un peu pour attendre le fourgon qui par la route a pris un peu de retard. Il y a très peu de monde, nous sommes une famille réduite, quelques cousins âgés, le mari de la grande amie de jeunesse de ma mère… Il n’y a aucune présence religieuse, elle n’en aurait pas voulu. On a préparé un texte que je vais lire devant le caveau ouvert. Je le lis bien. Je m’en sens pénétré. Deux personnes après sont venues me dire que ma lecture était intense et belle. J’en ressens un certain plaisir, oui, un certain plaisir. Comme c’est étrange. Maman est là, dans ce caveau qui s’est refermé à jamais et ce que je ressens moi c’est, sur ce fond de tristesse et de mélancolie, une petite mais bien réelle satisfaction d’amour propre. Ou va-t-il se nicher, l’amour propre ! Je m’en sens un peu honteux, il y a là comme une indécence.

Nous rejoignons ensuite à petits pas en traversant les vieux quartiers la maison de nos cousins où nous déjeunons. Après le repas en attendant notre train nous allons nous promener tous les quatre au bord du lac. Il fait un temps magnifique maintenant dans la lumière déclinante du soir. Nous traversons le jardin public, franchissons le Pont des Amours sur le canal, nous longeons le lac par la promenade du Paquier, voici les pontons des loueurs désertés à cette saison, c’est là où l’été, il y a bien des années, lorsque nous venions en vacances chez les grands parents d’Annecy, nous allions prendre la barque d’où ensuite nous allions plonger et nager, les souvenirs remontent, des souvenirs ensoleillés qui éloignent les autres. Nous sommes tristes et nous sommes bien…

Posté par Valclair à 20:31 - Ricochets - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 mars 2007

Obsolettres, fin

J’étais dans un joli tunnel de boulot ces derniers jours et ça continue encore, du coup je n’ai guère eu le temps de me promener sur internet et de voir qu’Obsolettres avait mis la clé sous la porte (ni non plus d’ailleurs qu’Alain était ressuscité)

J’aimais bien Obsolettres. Je n’y participais que rarement par manque de temps. Mais c’est avec ce site que j’avais osé renouer avec des textes de fiction. Ça remontait à loin mes dernières tentatives ! Je ne me sentais plus capable de faire de la fiction, je ne m’en sentais plus autorisé, ce n’est pas pour moi, je ne suis pas "écrivain", à la limite je peux produire mes gargouillis de conscience mais de la fiction, non, ça c’est trop difficile, ce n’est pas pour moi. Et puis, sur une consigne, en voyant d’autres se lancer, en acceptant de laisser flotter en moi des mots et des images, en tentant de les jeter sur le papier, en les triturant un peu, et bien oui, ça pouvait revenir… Je crois ne pas être le seul pour qui Obso a été cet élément de relance (ou même de lancement) de l’écriture fictionnelle et de cela, il faut qu’il le sache les deux animateurs, Charmaine et Nat, je leur serai toujours redevables, de cela je les remercie. Ce n’est pas pour rien que j’ai mis en tête des quelques nouvelles et fragments hors journal que je publie sur internet le tout premier texte que j’ai écrit grâce à Obso, "la dernière entrevue".

Je suis un peu attristé bien sûr de cette disparition mais c’est évidemment le droit le plus strict des animateurs d’en avoir assez et de tout fermer. Mais il est vrai que c’est inattendu puisqu’une nouvelle version du site venait d’être mise en place. En général quand on s’échine à créer une nouvelle formule c’est bien que l’on veut persister, améliorer ! En plus les animateurs n’ont pas du tout prévenu, annoncé, donné des raisons de cette suppression brutale. Sans doute est-ce parce que la décision a été prise de façon impulsive, sous le coup d’un brutal ras le bol. Peut-être mais il n’empêche qu’il aurait été normal et pas bien contraignant de prendre le temps d’un léger préavis, de quelques explications et puis de dire au revoir d’une façon un peu chaleureuse. Je pense cela pour n’importe quel site qui ferme mais c’est évidemment d’autant plus vrai pour un site qui se voulait collectif (même si je sais très bien que le travail effectif de mise en œuvre technique, d’animation et de modération reposait sur les seuls animateurs). Certaines personnes, Cassymary notamment se sont senties vraiment blessées, trahies, abandonnées et je peux les comprendre.

Il y a un autre aspect. Qu’un site s’arrête, c’est une chose. Que par contre il efface ces contenus c’est encore autre chose. Et cela confronte à cet aspect dangereusement volatile de la toile. Puisque c’était donné , à part si l’on a de bonnes raisons (genre difficultés relationnelles entraînées par la présence en ligne) pourquoi le retirer. Nos sites finissent par représenter un vrai patrimoine humain, intellectuel, graphique, littéraire. Ils disent dans leur diversité quelquechose de notre temps et de notre espace. Je me souviens par exemple du très beau et très émouvant « Secrets partagés » de Cassandra. Mais là encore ce qui est vrai pour un site individuel l’est encore plus pour un site collectif. On comprend que certains des contributeurs puissent se sentir carrément dépouillés, ils avaient donnés des textes mais pour que ce soit montré et lu et dans le cadre qui l’avait rendu possible, avec les consignes par exemple qui les avaient induits et en confrontation avec d’autres avec lesquels ils font écho. Pourquoi même si le site n’est plus alimenté ne pas le laisser comme trace, comme un moment d’histoire, sur le serveur aussi longtemps que celui-ci accepte de le conserver ?

Il y a eu des tentatives pour créer des lieux d’accueil de ces sites fermés et abandonnés, Mongolo, un pionnier, avait imaginé un orphelinat des journaux abandonnés, il y a une tentative sans grand suivi E-phemer(id)es sur lequel on trouve encore le lien vers certains de ces sites anciens. Mais ce ne sont que des regroupement de liens, permettant d’accorder un minimum de visibilité à ces sites abandonnés. Il disparaissent si le serveur qui les héberge disparaît ou fait un grand ménage. Ça me titille moi cette évanescence d’internet . Ce n’est pas pour rien que je suis à l’Apa, association dont l’objectif premier a été au départ de collecte et de préservation patrimoniale de toute une richesse de textes « ordinaires » voués à l’oubli puis à la destruction au fond des greniers familiaux. Qu’en sera-t-il de nos richesses internautiques ?

Posté par Valclair à 23:58 - Ecriture, diarisme et blogosphère - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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