J’ai envie de le mettre au pluriel contrairement à mes deux autres entrées sur ce même sujet ici et .

Non pour dire que j’en ai beaucoup des amitiés amoureuses ! Mais plutôt pour insister sur le fait qu’il en est qui sont de nature bien différente et qui, l’une comme l’autre, sont des bonheurs.

Elles ont en commun d’être d’abord des amitiés, de s’appuyer sur l’échange intellectuel, sur la compréhension mutuelle et la confiance partagée, sans cela je crois que rien ne pourrait être. Elles se chargent de plus de cet aura de désir qui peut se nouer entre un homme et une femme.

Mais partant de là, il en est qui ont pu s’épanouir dans une maîtrise tranquille, moments d’échange dans le présent, sans questionnements difficiles et sans anxiété du devenir, moments parfaitement délimités, bornés par la distance, par le temps compté qui leur est réservé. Les affects y sont paisibles et la tendresse mutuelle peut s’y épanouir dans une relation sexuelle accomplie et réussie. Dirait-on dans ce cas de figure que c’est l’amitié qui domine ? L’aspect amoureux n’en serait-il que second ? Pourrait-on parler alors d’amitié sexuelle plutôt que d’amitié amoureuse ?

Il en est d’autres où ce qui compte d’abord c’est cette palpitation ténue dans le coeur dans l’attente de la rencontre, c’est la vibration permanente pendant le moment passé ensemble et c’est surtout, lorsque on se retrouve seul, que la personne s’est éloignée, ce petit pincement de l’absence qui est en même temps un plaisir (se sentir vivant) et une légère tristesse. Pourrait-on dire que c’est ici l’état amoureux qui domine même s’il reste dans l’inaccompli (ou, qui sait, parce qu’il reste dans l’inaccompli !)?

Ainsi en est-il de l’amitié amoureuse qui me lie à l’amie chère avec laquelle j’ai déjeuné ce midi. J’ai passé avec elle un moment ébloui, tout chargé de nos mots qui vont d’emblée avec acuité au cœur de ce que nous sommes, un moment chargé de l’éclat de nos sourires, de nos regards yeux dans les yeux, du tremblement de sa peau à peine effleurée, de toute la vivacité de sa réelle présence.

La quittant dans l’après midi chaud j’ai marché un long moment en bord de Seine, évoquant ces pensées, regardant les jolies filles et les amoureux qui se tiennent par la main, songeant…

Je suis revenu à la maison, j’écris ces mots qui n’étaient pas du tout ceux auxquels je pensais que j’allais me coltiner ce soir, j’écris ces mots dans le regret de ne pouvoir, semble-t-il, cueillir cette fleur mais dans l’alacrité et la joie tout de même, comme un prolongement doux du moment passé…