27 avril 2007
Amitiés amoureuses
J’ai envie de le mettre au
pluriel contrairement à mes deux autres entrées sur ce même sujet ici et là.
Non pour dire que j’en ai
beaucoup des amitiés amoureuses ! Mais plutôt pour insister sur le fait
qu’il en est qui sont de nature bien différente et qui, l’une comme l’autre,
sont des bonheurs.
Elles ont en commun d’être
d’abord des amitiés, de s’appuyer sur l’échange intellectuel, sur la
compréhension mutuelle et la confiance partagée, sans cela je crois que rien ne
pourrait être. Elles se chargent de plus de cet aura de désir qui peut se nouer
entre un homme et une femme.
Mais partant de là, il en
est qui ont pu s’épanouir dans une maîtrise tranquille, moments d’échange dans
le présent, sans questionnements difficiles et sans anxiété du devenir, moments
parfaitement délimités, bornés par la distance, par le temps compté qui leur
est réservé. Les affects y sont paisibles et la tendresse mutuelle peut s’y
épanouir dans une relation sexuelle accomplie et réussie. Dirait-on dans ce cas
de figure que c’est l’amitié qui domine ? L’aspect amoureux n’en serait-il
que second ? Pourrait-on parler alors d’amitié sexuelle plutôt que
d’amitié amoureuse ?
Il en est d’autres où ce qui
compte d’abord c’est cette palpitation ténue dans le coeur dans l’attente de la
rencontre, c’est la vibration permanente pendant le moment passé ensemble et
c’est surtout, lorsque on se retrouve seul, que la personne s’est éloignée, ce
petit pincement de l’absence qui est en même temps un plaisir (se sentir vivant)
et une légère tristesse. Pourrait-on dire que c’est ici l’état amoureux qui
domine même s’il reste dans l’inaccompli (ou, qui sait, parce qu’il reste dans
l’inaccompli !)?
Ainsi en est-il de l’amitié
amoureuse qui me lie à l’amie chère avec laquelle j’ai déjeuné ce midi. J’ai
passé avec elle un moment ébloui, tout chargé de nos mots qui vont d’emblée
avec acuité au cœur de ce que nous sommes, un moment chargé de l’éclat de nos
sourires, de nos regards yeux dans les yeux, du tremblement de sa peau à peine
effleurée, de toute la vivacité de sa réelle présence.
La quittant dans l’après
midi chaud j’ai marché un long moment en bord de Seine, évoquant ces pensées,
regardant les jolies filles et les amoureux qui se tiennent par la main,
songeant…
Je suis revenu à la maison,
j’écris ces mots qui n’étaient pas du tout ceux auxquels je pensais que
j’allais me coltiner ce soir, j’écris ces mots dans le regret de ne pouvoir,
semble-t-il, cueillir cette fleur mais dans l’alacrité et la joie tout de même,
comme un prolongement doux du moment passé…
Commentaires
Oh que ce texte me plaît ! Tu décris un équilibre subtil entre différents éléments d'attraction : affinités intellectuelles, amitié, tendresse, désir, sexualité, sentiments...
Il me semble qu'il faut avoir une solide conscience de soi de la part de chacun des partenaires de ce genre de rencontre pour que cet équilibre convienne aux deux. Si ce que tu appelles amitié sexuelle me semble relativement "simple" à mettre en place, du moment qu'elle est « parfaitement délimitée », en revanche l'amitié amoureuse pourrait être bien plus complexe. Parce que le domaine des sentiments n'est, par nature, pas vraiment délimité. Cela peut toucher à quelque chose de très sensible en soi ou en l'autre, précisément à cause de ce « pincement de l'absence » et surtout de ce point de basculement qui peut faire demeurer dans la suspension de l'inaccompli... ou s'orienter vers un accomplissement et tout ce qui peut en découler.
J'aime aussi beaucoup ce billet tout en me demandant pourquoi tu choisis de parler "d'amitié amoureuse"... dans mon esprit, l'amitié amoureuse serait plutôt platonique.
Disons que je dirais (avec un grand sourire) : "Valclair a une maîtresse" juste pour te faire réagir, sans penser que ce mot convienne davantage (quoique...)
conclure...
(sourire) Bref tu n'as pas conclut !?!
Amicalement
P@sc@l
Comme Samantdi, pour moi,l'amitié amoureuse est platonique.
Cela me fait plaisir de te savoir amoureux, et heureux de l'être.
Si, si Sam et Fauvette je crois qu'on peut parler d'amitié amoureuse même pour une relation qui ne reste pas platonique, dès lors qu'elle ne se charge pas d'investissements ou d'attentes trop lourdes, qu'elle reste très épisodique et n'interfère pas en dehors de la sphère limitée où elle est cantonnée, que l'amitié tendre en reste le fondement, que l'accomplissement sexuel s'il survient n'est qu'un épanouissement supplémentaire, comme une cerise sur le gâteau…
Fauvette je ne pense pas être vraiment amoureux, pas tout à fait, sinon je souffrirai plus cruellement du peu de perspective d’accomplissement de cette relation.
J’emploie dans les deux cas ce terme d’amitié amoureuse parce que justement il est assez polysémique, il peut s’appliquer à des situations bien différentes à partir du moment où elles ont en commun de s’être construites sur des amitiés vraies.
Pierre je suis tout à fait conscient de ce que tu dis et le partage complètement.
Pascal : Conclure ?? ça ne se pose pas comme ça, vraiment pas !! bienvenu cependant pour cette première visite, à voir ton blog je devine que nous sommes quasi croisés à un certain carnaval vénitien.
Tu en parles fort joliment, de cet état "en équilibre". Pour ma part, je pencherais pour l'hypothèse d'un état amoureux ou qui y ressemble,parce qu'il est inaccompli... J'ai le souvenir personnel d'une très belle amitié amoureuse et précieuse qui s'est dissoute dans l'accomplissement. Nous étions fait pour rester en équilibre, pas pour basculer de l'autre côté.
Comme ce billet me plaît. J'en connais et vis une aujourd'hui, l'une de ces "amitiés amoureuses", cet échange si spécial, si rare, de liberté d'expression et de compréhension, et d'instants de séductions. Je ne passerai pas à l'acte, enfin je ne crois pas, mais je tiens énormément à cette relation. Quel égoïsme... ;-)
Il me semble quand même que dès qu'on entre dans l'intimité des corps, on ne peut plus parler d'amitié. C'est ce qui différencie mes copines ou mon Coloc de mes "amants" ou "amoureux".
Il y a des personnes avec lesquelles on peut avoir un rapport très étroit, un lien très fort mais qui ne passe pas par le désir physique, lequel, d'après moi, engage quelque chose de différent.
Bref, un ami avec lequel on a envie de faire l'amour devient un amant, voire un amoureux...
"je ne pense pas être vraiment amoureux, pas tout à fait, sinon je souffrirai plus cruellement du peu de perspective d’accomplissement de cette relation." : ce n'est pas pour autant qu'on projette avec lui les gondoles à Venise et la dissolution du couple, surtout passé 40 ans. On sait très bien ce que chacun vit et on préfère parfois une relation de qualité, même un peu discontinue, au grand chamboulement du divorce (dont on ne sait même pas si le duo amoureux y survivrait). Je dirai que c'est plutôt la maturité qui nous maintient à bonne distance de la souffrance engendrée par le manque de l'autre (on a appris qu'elle n'avait pas grand-chose à voir avec l'autre mais bien davantage avec nous-mêmes et nos failles personnelles... que personne ne comblera vraiment)
Je dirais qu'on peut être amis ET devenir amoureux, mais que cette deuxième dimension apporte des changements très importants dans la relation. Des changements tels que si l'amour ne fonctionne plus, l'amitié risque de ne pas y survivre. C'est en cela que l'inaccomplissement, ou le maintien à un stade platonique, peut parfois être préféré.
Perdre un amour, il me semble que c'est moins préjudiciable que perdre une amitié. Enfin... je ne sais pas trop, mais il me semble le vivre ainsi. Parce que le désir peut passer, tandis que l'amitié est basée sur de la confiance qui, normalement, ne passe pas (sauf si l'amour s'en mêle...).
J'aime bien ce que tu dis, Samantdi, au sujet de la souffrance qui est davantage due à nos failles qu'à l'absence de l'autre.
je me suis toujours dit qu'il était particulièrement scabreux de passer d'un état amical à un état amoureux. c'est finalement, une question de priorité d'envie...
soit on préfère favoriser l'amitié et on choisira (souvent) de ne pas passer à l'acte, de peur de voir quelquechose modifier trop profondément les liens existants, de peur de tout perdre, aussi... on sera alors en plein non dit.
soit on a pas la sensation d'avoir le choix. l'envie de l'autre est trop forte, et on plonge dans le bouillon de nouveaux ressentis.
ensuite... je serais tentée de supposer que le lien ne peut qu'évoluer.
mais pas forcement vers de l'amour.
il faudrait un nouveau nom, entre amitié et amour. amitour ? amouriée ? bof... ;))
toujours est-il que je pense que, si l'amitié engendre certainement une base franche et saine à ce nouveau genre de relation, il doit être compliqué de garder l'équilibre. de vivre pleinement ce nouveau panel de sensations, et de ne pas perdre ce que l'amitié offre, c'est-à-dire un champ de confiance mutuelle, un respect naturel de la liberté de chacun. ce qui se combine mal avec la forte envie d'exclusivité qui va avec l'amour.
sans compter que les deux doivent être en accord avec leurs attentes respectives. plus encore que dans une relation d'amour conventionnelle.
car que se passe-t-il si l'en des deux tombe totalement en amour et pas l'autre ? que l'un se satisfasse parfaitement bien de ces plages de temps heureux offertes, même si rares, mais que l'autre en souffre, de plus en plus ?
ben pour le coup, je pense que c'est l'amitié qui en pâtira le plus...
pour conclure, je pense que la part de fantasme, dans ce genre de relations est très importante. extrèmement importante.
et qu'il est toujours délicat de réaliser ses fantasmes. d'où peut-etre la réalité du coté platonique souvent attribué à ce type de relations...
C'est justement parce que je pense qu'il y a une palette diversifiée et évolutive de situations et de sentiments entre deux, basculant tantôt plutôt d'un côté, tantôt plutôt de l'autre que j'aime ce terme d'amitiés amoureuses dans lequel peuvent s'inscrire ce que recouvre ces néologiqmes que Pati nous proposerait éventuellement d'inventer.
Et je crois aussi qu'il ne faut pas rentrer dans une volonté de catégorisation excessive. Tout bouge, toujours, en soi, en l'autre, dans la dynamique entre les deux,c'est du vivant tout ça, pas des concepts, les concepts sont juste là pour donner un cadre que le réel excédera toujours. D'où l'intérêt des concepts qui sont assez polysémiques pour s'adapter aux divers cas de figure.
Le fait de rester platonique par choix peut se comprendre comme l'évoque Traou ("état amoureux parce qu'inaccompli")et comme je le disais moi-même en laissant un point d'interrogation. Mais il y a aussi l'inaccompli par envie de préserver ce qu'on a, par peur de ce qu'il y a de "scabreux" comme dit Pati dans le passage de l'un à l'autre. Et là, je sais qu'à tout niveau, pas seulement sentimental ou amoureux, j'ai toujours ou quasiment toujours choisi pour ma part la sécurité et qu'il serait bon de temps en temps d'apprendre à accepter un peu le risque!
« Et je crois aussi qu'il ne faut pas rentrer dans une volonté de catégorisation excessive. Tout bouge, toujours, en soi, en l'autre, dans la dynamique entre les deux,c'est du vivant tout ça, pas des concepts, les concepts sont juste là pour donner un cadre que le réel excédera toujours. »
Clap clap clap... j'applaudis.
J'ai noirci des pages et des pages en tentant de conceptualiser, et c'est invariablement incomplet, inadéquat, à rectifier. Frustrant! Il n'y a effectivement que dans la situation que les choses se vivent et s'inventent dans la spontanéité émotionnelle de l'instant.
de l'autre côté
tellement de belle choses dans tout ce que vous dites !
je vis une amitié amoureuse, mais en tant que spectateur impuissant et torturé, devant l'amitié qui lie mon mari à une femme.
une belle amitié, sans aucun doute, mais où les frontières ont été tellement floues pendant quelques mois que plus personne n'y comprenait rien. Sexe, amour, amitié, sentiment amoureux, les conjoints et les enfants dans tout cela...
Les choses sont rentrées dans l'ordre apparemment, l'amitié essaye de revenir, est déjà revenue sans doute.
Mais c'est moi qui n'y arrive plus, là.
Que dois-je faire ?
la certitude, c'est que je ne veux plus la voir. QUand je les vois ensemble, je vois rouge. J'ai mal et envie de faire mal.
cela signifie que mon homme, d'une certaine manière, doit choisir entre voir sa copine ou rester avec sa femme. Choix insupportable parce qu'il aimerait tout avoir en même temps et tout le temps.
Le priver d'elle ? Je n'en ai pas le droit et il en serait malheureux.
Bref, pas d'idée, juste un beau malaise, que je sens terriblement perenne.
je découvre votre blog via euqinorev :-) qui m'a parlé de vous ce soir :-) et je tombe entre autre sur ce billet :-)
étonnant car c'est ce que je vis ...via blog..un photographe mais trop éloigné de nantes....
mais qui ne veut pas prendre "le risque" de venir....
comme quoi... rien est aussi simple ....
que c'est beau !
Bonjour,
j'arrive bien tard pour mettre un commentaire sur ce beau texte. J'aime beaucoup cette définition de l'amitié amoureuse " s’appuyer sur l’échange intellectuel, sur la compréhension mutuelle et la confiance partagée, sans cela je crois que rien ne pourrait être. Elles se chargent de plus de cet aura de désir qui peut se nouer entre un homme et une femme. " et aussi l'état dans lequel on se trouve pendant on se trouve pendant et après " J’ai passé avec elle un moment ébloui, tout chargé de nos mots qui vont d’emblée avec acuité au cœur de ce que nous sommes, un moment chargé de l’éclat de nos sourires, de nos regards yeux dans les yeux, du tremblement de sa peau à peine effleurée, de toute la vivacité de sa réelle présence. "
je crois que je vis tout cela en ce moment, mais énorme différence avec toi : je suis mariée depuis 18 ans, couple solide et fidèle et mon ami est engagé aussi. Donc pas de sexualité, c'est bien défini entre nous, ni l'un ni l'autre ne veut prendre ce qu'on a clairement défini comme interdit. Cela n'empêche pas tout le reste que tu décris très bien, avec une grosse difficulté en plus car un être humain est faillible donc nous vivons en danger permanent.
Merci à toi et à Pierre d'écrire de si belles choses sur cette amitié amoureuse, si enrichissante à mon avis mais rare et difficile.
Oui ce sont des commentaires qui viennent bien après mais qui sont signes que sur certains sujets il y a des textes qui ne sont pas que dans l'éphémère, qui peuvent rencontrer la sensibilité ou l'expérience des autres et faire écho... Cela me fait plaisir.
Toutes les histoires sont différentes avec des positionnements différents de chacun(e) mais ces échanges nous conduisent sans doute les uns et les autres à avancer depuis là où nous sommes .
Bienvenue à vous en tout cas, visiteuses nouvelles.
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