Insomnie oui, et de la mauvaise ! Couché vers minuit, endormi assez vite mais réveillé à deux heures et demi. Bêtement je n’ai pas eu le réflexe d’ouvrir un livre et de prendre un cachet porteur de sommeil. Je me suis laissé aller à vaguer au fil de mon esprit. J’ai laissé les mauvaises pensées m’envahir. Bientôt il n’y a eu plus qu’elles: Ma mauvaise journée d’hier où rien ne s’est enclenché comme il aurait fallu… Des retours sur le passé, le sentiment d’avoir si peu fait de ma vie... Ma femme à mes côtés si lointaine, mes rêveries sans espérance... Ma fatigue comme tous les ans en fin d’année, mon boulot chaque année me fatigue un peu plus, la semaine très lourde encore qui s’annonce, avec en surplus les convivialités obligés de la période, Madame Truc partant à la retraite et Monsieur Machin appelé à d’autres fonctions, je ne supporte plus et en même temps je sais que je vais très bien supporter… Tout ça…

Plus passe le temps, plus je m’éveille. C’est électrique dans mon cerveau. Ça saute d’une pensée à l’autre. Mais pas une pour requinquer d’une autre. Le souffle régulier, paisible, de la dormeuse à côté de moi m’exaspère.

Je me lève. Je prends mon ordinateur et descends dans la chambre d’ami. J’essaie d’écrire sur l’une ou l’autre des entrées que j’ai en pensée. Rien ne vient. Je me mets à zapper. Même pas à lire mes blogamis en retard, non juste zapper pour zapper au fil des liens, quelques fenêtres ouvertes sur d’autres vies, sur  d’autres écritures, certaines qui m’arrêtent un moment et qui sûrement gagneraient d’être mieux connues mais je ne peux infiniment élargir ma blogosphère. Errance. Jusqu’à des sites pornos. Défilement mécanique d’images tristes qui ne font qu’en rajouter sur la misère sexuelle ambiante.

Je me recouche. Un peu tard pour prendre un cachet maintenant ! Je lis un peu le journal, des revues, vingt pages d’un bouquin, là aussi c’est du zapping, je n’accroche pas. Souvent à l’approche de l’aube le sommeil me tombe dessus. Parfois pour une ou deux heures seulement, mais qui sont très bienfaisantes, je m’y recharge. Mais là ça n’a pas l’air de vouloir venir. Premiers bruits de la rue, la lumière qui se glisse pas les interstices des velux. Les mauvaises pensées sont toujours là.

Je marronne qu’après un samedi mal embouché, ce sera un dimanche raté, rien n’est prévu pour le structurer et je sais bien qu’avec le manque de sommeil je serai vaseux, sans énergie, que je vais traîner et ce n’est pas ma femme qui sera facteur d’entraînement, elle n’est jamais facteur d’entraînement.

Quelqu'un me disait il y a peu. Tout de même on a l’essentiel, la santé, de beaux enfants, des conditions de vie décente, on n’est pas confrontés à des drames intimes et on est à l’abri des grandes douleurs du monde. Bien sûr. Alors pourquoi ? Pourquoi cette incapacité à être en profondeur bien avec soi-même, bien avec le monde ? D’où vient qu’il y ait des natures heureuses et d’autres qui ne le sont pas ? C’est comme une malédiction. Je sais qu’en moi des choses peuvent changer, mais ça, cette ligne de fond certainement pas, alors je dois faire avec, être toujours d’une certaine façon au combat et parfois, dans des nuits comme celles-là, le découragement m’assaille.

Je prends mon petit carnet. En me disant que c’est absurde, qu’il n’y a pas de sens à ratiociner encore là-dessus. Je le fais pourtant. Peut-être est-ce un peu de la complaisance, ou bien une sorte de jouissance masochiste à s’y attarder. Je repense à Nancy Huston et à ce qu’elle écrit sur les professeurs de désespoir. Mais c’est aussi un exutoire. Je sais d’expérience qu’écrire dans ces situations m’apaise, l’action même de chercher mes mots, de construire mes phrases m’éloigne de la désespérance la plus brute. Et j’ai au moins le sentiment de faire quelquechose. Mais publierais-je ça ? Ça n’apporterait rien à personne. Ça va écorner mon image. Et alors ! C’est que je suis cela aussi. Souvent je disserte savamment, mais parfois il n’y a que ça, ce désarroi nu. Peut-être est-il plus authentique. Que sont mes mots au-delà de tout, sinon d’abord une façon de m’illusionner moi-même.

Des images clignotantes passent devant mes yeux. Vais-je m’assoupir ? Mais il est près de huit heures, il faudrait que je me lève, que je déjeune, que je me prépare à aller au marché, j’ai la flemme, je vais traîner encore un peu, tenter de refermer les yeux.

De toute façon tout à l'heure il faudra faire avec tout ça, avec ces fantômes de la nuit, tenter de trouver l’énergie, essayer de faire mentir les sombres pensées et les sombres prédictions, tenter de mettre de la vitalité, de la joie dans ce dimanche. Qui sait, tout de même j’y parviendrais peut-être…

Je repose mon carnet.

Gribouillé vers 6/7 heures ce matin sur mon carnet, tapé sur word et mis en forme vers 10h, publié ce soir après une journée un peu molle mais moins pénible que ne le laissait craindre les affres de la nuit.