Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

27 août 2007

"Pas un jour"

J’ai finalement lu bien des mois après, ça sert à ça aussi les vacances, à réduire la taille des Piles à Lire, les petits récits d’Anne Garreta regroupés dans le recueil « Pas un jour ». Je les avais acheté à Toulouse au mois d’octobre après avoir entendu les interventions de l’auteure lors d’un séminaire de l’Association pour l’Autobiographie dont j’avais rendu compte ici.

Je n’ai pas beaucoup aimé. C’est bien écrit pourtant. J’ai envie de dire trop bien. D’une façon trop léchée, formules ciselées, balancement harmonieux des phrases mais qui semblent comme à distance, qui ne me touchent pas… Peut-être est-ce aussi l’emploi systématique du récit en tu, c’est un procédé qui a sa fonction mais qui maintenu pendant toute la longueur d’un ouvrage lasse et contribue paradoxalement à mettre cette distance (le tu est une adresse non au lecteur mais à soi-même, dans un dialogue de soi à soi).

Ces textes se veulent une sorte de jeu littéraire autour de l’autobiographie, histoires de séduction et de désir revenues à la conscience, fidèlement rapportées, non telles qu’elles furent mais telles qu’elles ont laissé leurs traces dans la conscience. Mais parmi ces récits l’auteur prend soin d’en glisser un purement fictionnel celui-là afin de laisser planer le doute dans l’esprit du lecteur qui ne sait pas de laquelle il s’agit. En soi ce n’est pas gênant tous les jeux de la vérité et du mensonge sont permis dans une œuvre littéraire. Mais il me semble qu’il y a aussi ici et cela me paraît moins sympathique quelque chose qui se veut de l’ordre du dynamitage de l’intérieur de l’autobiographie, ce genre méprisé. Comme s’il s’agissait de se placer ailleurs, au-dessus, dans l’empyrée de la vraie littérature d’où porter un regard condescendant sur les méprisables « pisseurs de moi ».

Pourquoi ai-je ce sentiment de distance ? Non pas du tout parce que les désirs évoqués ne sont pas de ceux auxquels je peux facilement m’identifier. J’apprécie les livres de Nina Bouraoui et j’ai eu le sentiment d’aller au cœur d’une personne en la lisant, de la reconnaître en profondeur dans sa différence notamment dans « Les mauvaises pensées » qui est un très beau livre, le plus accompli qu’elle ait écrit. Je crois, s’agissant d’Anne Garetta, que la distance vient de ce qu’elle ne se dévoile pas, qu’on ne sent pas une conscience qui accepte de se mettre en jeu dans ses mots. Elle reste derrière ses lunettes noires.

Au fond je ressens une grande cohérence entre son texte et ce que dans sa prestation au séminaire de Toulouse elle a donné à voir d’elle. C’est à dire précisément qu’elle est une personne qui se protège, qui donne peu d’elle même, sinon des mots brillants, habiles mais peu incarnés et qu’il est par conséquent difficile d’entrer en empathie avec elle au travers de ses textes.

Mais je me demande aussi : est-ce que ma lecture a été biaisée par l’image même que j’ai eu à Toulouse ? Aurais-je lu différemment sans l’à priori de la rencontre ? Ce n’est pas impossible à la marge mais sur l’essentiel je ne crois pas.

(Ecrit le 9 Aout)

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