De la même façon que j’ai eu à mon retour de vacances, après le sevrage de l’été, une forte pulsion de découverte et redécouverte de sites de diaristes, j’ai eu aussi des grandes envies de cinéma que j’ai concrétisées en voyant pas moins de trois films ce week-end.

Ah, plonger dans la magie de la salle obscure ! Ça a finalement assez peu à voir avec la vision d’un film à la télévision. Il y a tout ce qui environne, cette attente, la lumière qui s’éteint, les premières images. On entre en cinéma.

Cela dit je n’ai rien vu de particulièrement inoubliable.

Je n’ai pas aimé du tout « Naissance des pieuvres » quoique je reconnaisse un ton et sûrement de la sincérité à la jeune réalisatrice. Mais je n’ai pas cru une seule seconde aux personnages. Sans doute se veulent-ils stylisés et en partie décontextualisés. L’absence radicale des parents, certainement volontaire pour centrer le propos sur la seule subjectivité des jeunes filles est telle que les personnages en deviennent peu crédibles. Je sais bien que l’adolescence est compliquée, contradictoire, pleine de sautes d’humeur et de comportements irrationnels et que l’approche de la sexualité notamment est souvent très difficile, source de douloureux conflits intérieurs. Mais, et peut-être est-ce ça qui m’a finalement surtout gêné, j’ai trouvé la représentation qui en est donnée ici d’une froideur, d’une tristesse, d’une inhumanité glaçante, à l’image de ces ballets de nageuses désincarnées, de ces couloirs nus de piscine, de ces banlieues sans âme.

J’ai vu le dernier Chabrol « La femme coupée en deux ». Ça ne peut pas être mauvais du Chabrol, il y toujours une qualité de mise en scène, de bons acteurs bien dirigés, une satire féroce des turpitudes et/ou des ridicules des puissants, qu’ils soient parvenus médiatico-littéraires ou représentants d’une vieille bourgeoisie à demi-dégénérée mais aux pouvoirs encore redoutables. On ne s’ennuie pas vraiment, on ne passe pas un mauvais moment mais il y a eu des Chabrol meilleurs, mieux rythmés, plus subtils, aux personnages plus finement sulfureux, bref ce n’est pas un grand cru. Et puis sur le fond c’est toujours un peu pareil, du Chabrol quoi.

Enfin hier soir j’ai vu « Boarding gate ». Des trois films c’est celui que j’ai le mieux aimé. C’est l’autre face de la mondialisation. Presque comme des lignes de crédit qui basculent d’un simple clic, les personnages, particulièrement l’héroïne principale mais les autres aussi, passent d’un côté de la terre à l’autre. Ils sont sans attache et sans racine, l’amour existe peut-être mais comme un attachement violent et essentiellement précaire, pas en tout cas comme une relation véritablement humaine. La confiance entre les êtres n’existe pas car la trahison est partout. Les êtres sont durs, terriblement seuls, portés à une sorte d’incandescence douloureuse par les stimulants de tous ordres. Le film est excellemment rythmé, les cadrages, la lumière, le son ne sont jamais anodins, ils créent une ambiance d’urgence, de course assez désespérée, à la vie, à la mort, dans ce monde violent et terriblement déshumanisé. Là deuxième partie surtout lorsque l’héroïne se retrouve à Honk-Kong est excellente, le rythme ne laisse aucun répit au spectateur et pourtant tout ça ne paraît jamais gratuit et s’inscrit dans une sorte de poème, de lyrisme de la fuite qui est très prenant.

Mais il n’y a rien dans ces films qui m’ait conduit à l’émotion véritable, rien qui ne me mette de la joie ou éventuellement de la tristesse au cœur d’une façon à ce que je me sente enrichi. Je préfère infiniment les films dans lesquels je retrouve une humanité à ma hauteur. Au fond j’aime ce qu’on pourrait appeler des films humanistes même si le terme fait un peu vieux jeu dans notre climat post moderne. Bref le modeste « Fils de l’épicier » (que j'ai à peine évoqué personnellement mais vous pouvez voir l'appréciation de Fauvette très proche de ce que j'aurais pu écrire) est pour moi de bien plus de prix que ce Chabrol aux recettes éprouvées ou que ce brillant « Boarding gate ».

Là c’est du spectacle. Parfois du bon spectacle. Mais du spectacle seulement. Une distraction, un divertissement au sens fort, quasi pascalien, de ces mots. Quelque chose qui occupe mais du coup détourne de ce qui pourrait être plus essentiel.