29 septembre 2007
De fameuses gorgées
Jeudi soir on a fait un
petit repas un peu spécial, le dernier avec Taupin avant quelques mois. Il
prenait vendredi le premier eurostar du matin pour rejoindre les bords de la
Cam et le labo où il va faire sa thèse.
J’avais sorti un foie gras
rapporté de la région toulousaine cet été et une bouteille assez
exceptionnelle, un tokay, un vrai tokay de Hongrie, « Tokaji aszu, 1993,
cinq puttonyios » (cette dernière mention fait référence à la part de raisins
surmûris présents dans ce qui est mis en cuve, ce n’est pas le légendaire, hors
de prix et quasi introuvable « tokaji eszentia » mais c’est déjà une
belle concentration (tiens, parenthèse dans la parenthèse, je vois que ce
tokaji eszentia figure au catalogue du Savour club, 210€ la bouteille de 50 cl,
millésime 1957, ce n’est évidemment pas dans mes prix et même si j’en avais les
moyens, quelque soit mon goût pour les plaisirs de bouche, ça me choque, ça me
paraît indécent un tel prix pour quelques gorgées, je ferme la parenthèse dans
la parenthèse !)).
C’était un plaisir de
déguster ça et un plaisir aussi de le faire découvrir aux garçons, d’ouvrir
leur champs gustatif, de leur apprendre à déguster. Nous essayons de dire ce
que nous ressentons, à le regarder (cette couleur brune, plus sombre qu’un
Sauternes mais lumineuse tout de même, les larmes de glycérol sur les parois du
verre), à le sentir (ces effluves puissantes de cave, l’odeur caractéristique
des raisins surmûris, toutes sortes de parfums derrière, indécidables) à le
goûter (la bouche pleine d’emblée de ce goût de surmûri, plus violemment là
encore que dans un Sauternes, c’est ce goût que l’on a parfois en picorant un
grain un peu blet sur une grappe, puis, après cette attaque, une part d’acidité
bienvenue et qui tempère l’entrée en bouche très sucrée, puis d’autres parfums
qui se révèlent et sur lesquels j’ai personnellement du mal à mettre des mots,
je reste toujours un peu sceptique devant les déploiements de qualificatifs que
sortent les dégustateurs professionnels ou ceux qui se piquent de les imiter,
enfin en tout cas c’est sacrément riche en bouche, ça je peux le dire, et oui
cela a de la longueur, de la persistance, une fois avalé, la bouche en reste
pleine). Ce vin s’harmonise magnifiquement avec le foie gras. Après sur le
rosbeef, bien sûr on a mis le tokay entre parenthèse, juste un verre d’un
Bordeaux honnête. On est revenu au Tokay avec le roquefort mais là il m’a paru
moins convainquant que du Sauternes, il me semble que le vin et le mets se
neutralisaient plus qu’ils ne se complétaient. On a terminé la bouteille, ce ne
sont que des petites bouteilles de 50cl, sur un gâteau tout simple, une génoise
moelleuse juste délicatement parfumée à l’eau de fleur d’oranger, là l’alliance
de nouveau était superbe.
Voilà, le Taupin je crois
repart avec un joli souvenir de bouche. Il n’y a pas besoin de faire des
banquets dont on sort alourdi, bien au contraire. D’ailleurs je déteste les
repas où l’on croule sous trop d’abondance et où, ma gourmandise aidant, je consomme
trop à force de me servir et de me resservir.
Mais il y a eu autre chose
et bien plus émouvant. Avec le vin m’est remonté un souvenir. Mon père et moi
étions descendus voir mon grand père pour passer avec lui le temps des fêtes à
un moment où sa maladie déjà lui empêchait tout déplacement. On ne le disait
pas, bien sûr, mais nous savions et il savait que c’était son dernier Noël. Mon
père avait apporté ce même Tokay, d’un autre millésime naturellement, pour
faire malgré tout un petit repas de fête léger, le vieil homme ne pouvait plus
manger beaucoup mais il a bu quelques gorgées, oh pas beaucoup, trois, quatre,
tout au plus de ce vin qu’il ne connaissait pas avec une concentration, une
intensité extraordinaire. Et je revois ses yeux s’éclairer, son visage se marquer
d’un sourire et je l’entends surtout, j’ai encore sa voix dans les oreilles,
disant : « fameux… supérieur… extra », ces trois mots là
exactement, je n’ai pas eu besoin de les noter, pourtant c’était il y a bientôt
vingt ans, oui, je les entends : « fameux… supérieur… extra »,
ou plutôt « fâmeux… supérrieurre… exestrra… », comment rendre compte
de son accent chantant, comment évoquer ces r roulant, comme le chantait
Nougaro, tous les cailloux de la Garonne… Dans ce bref moment mon cher Papi,
m’a semblé tout entier dans la bienheureuse sensation du précieux liquide
descendant en lui, arraché pour un instant à la bulle douloureuse de son
cancer. C’est un beau souvenir !
27 septembre 2007
Trop-plein
Je papillonne en ce moment.
J’ai quantité de chantiers dans tous les sens que je ne parviens pas à
hiérarchiser. Je vais de l’un à l’autre et finalement je perds beaucoup de
temps et n’avance pas comme je le voudrais.
Au boulot ça ne se calme pas
vraiment, j’espérais une semaine plus cool, ce n’est pas le cas, je ramène en
ce moment du travail à la maison (un peu) et surtout des préoccupations
(beaucoup) qui continuent à m’encombrer la tête une fois sorti du bureau. J’ai
des entrées en attente d’écriture, une note sur Green par exemple que je
voulais faire tant que ma lecture en était encore fraîche, une velléité de
reprendre mes Ricochets, quelques pages d’une fiction amorcée qui, tel que
c’est parti, vont finir au panier. J’ai mes blogamis à lire que j’ai à peine
survolés ces derniers jours. Je me suis engagé aussi à des tâches assez lourdes
(trop) dans mon activité associative et ne sais plus trop par quel bout les
prendre. Je suis au milieu du gué et ne veux donc pas reculer par rapport à
tout ce qui a été déjà fait. J’avance mais, ce faisant, je découvre l’ampleur
de ce qui reste à faire. C’est Sisyphe. Le but recule à mesure que j’avance.
Je dors mal. Je m’éveille en
fin de nuit sans parvenir à me rendormir et l’insuffisance de sommeil qui
s’accumule plombe ensuite mes journées. Ce ne sont pas des insomnies du vide
comme j’en ai connues parfois, plutôt des insomnies du trop plein. Je les
occupe à mon corps défendant de stratégies d’organisation et de plans sur la
comète qui excitent l’esprit et tiennent éveillés. Il vaudrait mieux allumer et
bouquiner ou écrire mais je me laisse entraîner dans les méandres de mon
esprit. C’est parfaitement ridicule, plutôt que faire, c’est se disperser un
peu plus, ce colloque avec moi-même se rajoute comme sujet supplémentaire,
comme encombrement annexe.
Et je m’interroge de
surcroît : Est-ce que cette tendance à en faire trop n’est pas une façon
de mettre sous le boisseau d’autres priorités, des priorités domestiques mais
qui sont, ou devraient être, des priorités affectives. J’ouvre alors d’autres
vannes !
Mais le week-end approche
heureusement. Celui-ci devrait être tranquille, contrairement au précédent qui
a été occupé comme un œuf. Il devrait ménager des temps de respiration. C’est
une priorité ça aussi, se laisser des temps de respiration, la condition même
de l’harmonie du reste. Mes petites séances de yoga servent à ça aussi. J’ai
raté celle de cette semaine justement, retenu trop tard par une réunion au
bureau.
25 septembre 2007
Suite
Et voici qu’au moment même
où je venais de poster ces mots j’entends qu’André Gorz est mort, qu’il s’est
suicidé avec sa femme hier, déterminés qu’ils étaient à maîtriser leur vie
ensemble jusqu’au bout.
C’était un autre homme de ce
temps et de ces combats. Je ne l’ai pas connu personnellement mais je l’avais
lu. Et j’avais admiré son magnifique petit dernier livre « Lettre à
D. », témoignage de cet amour extraordinaire et quasi annonce qui fait
qu’on ne peut s’étonner de cette fin choisie.
Nécro
Depuis un certain temps j’ai
pris l’habitude, je devrais même dire le réflexe, de balayer des yeux la page
des annonces du Monde pour repérer si y figure un nom qui me dit quelquechose à
un titre ou un autre.
J’ai vu hier qu’était décédé
un homme qui fut mon mentor du temps de mes enthousiasmes et de mes convictions
agissantes. Une manière de père aussi.
Rien qui devrait me frapper
particulièrement. C’était un vieux monsieur. Je ne l’avais pas vu depuis, sans
doute, plus de vingt ans et n’avait quasiment jamais eu de ses nouvelles. Je
comprends à la lecture des petites annonces qu’il est resté jusqu’au bout
militant ou du moins engagé.
Cette petite nouvelle
anodine pourtant fait trace et pèse en moi. Rappel de ce que la roue tourne.
Nostalgie du temps des engagements collectifs. Pointe de culpabilité aussi
peut-être pour moi qui me suis à ce point dégagé…
Tout cela un peu.
22 septembre 2007
"Le contraire de un"
Je peux aimer beaucoup ou
même trouver admirable une nouvelle ou un texte à forme brève. Mais je n’aime
pas trop en général en lire des recueils. Parce que le passage incessant d’un
climat, d’une ambiance, d’une histoire à une autre fait que, ma mémoire étant
ce qu’elle est, très vite tout se brouille, je n’en garde rien, un texte
recouvre le précédent et l’efface sans qu’il ait eu le temps de tracer son
sillon en moi.
Il n’en est pas de même pour
ce magnifique ensemble de nouvelles d’Erri De Luca. C’est que ce qui les relie
est très fort. Chacune a son unité, chacune pourrait être lue indépendamment
des autres et en ce sens il s’agit donc bien des nouvelles. Mais elles sont
fortement unifiées par le fait d’avoir un narrateur commun. Elles apparaissent
alors comme des fragments d’une autobiographie, celle d’Erri de Luca ou celle
en tout cas de quelqu'un qui partagerait avec lui bien des traits de
personnalité, bien des évènements de la vie. Les textes ne suivent pas la chronologie
mais ils s’éclairent les uns les autres, se renforcent mutuellement et
dessinent progressivement un portrait dans une histoire de vie dans les
tumultes du dernier demi-siècle. Ils me touchent sans doute aussi beaucoup
parce qu’ils sont ceux d’un homme à peu de chose près de ma génération, qui a
été marqué comme moi (quoique dans le contexte différent, plus violent, de
l’Italie) par les engagements et les désillusions des années de l’après
soixante-huit.
Y apparaissent dans le
désordre un gamin napolitain, un militant d’extrême gauche pris dans les
soubresauts quasi insurrectionnels des années 70, un trentenaire « dans le
temps le plus désertique de sa vie après les années des révoltes
vaincues », un ouvrier solitaire allant de chantier en chantier, roulant
sa bosse jusqu’en Afrique, au pays des fièvres, un homme se ressourçant dans la
nature et dans la pratique de la montagne et de l’alpinisme…
La langue est rugueuse comme
l’est la vie du narrateur, c’est une langue simple, forte, drue, aux phrases courtes,
ramassées, mais c’est tout le contraire d’une écriture blanche, c’est une
écriture savoureuse aux images pleines de sève. Quelques mots souvent suffisent
pour dire beaucoup, faire surgir des ambiances, des climats
psychologiques :
Voici quelques phrases
glanées, presque au hasard, juste pour donner une idée du style : Le voici
au cours d’une sortie de pêche qu’il fit enfant : « au milieu des
odeurs d’appât et de four, je me sentais membre d’une virilité commune, muette,
parfumée ». Dans une forteresse en ruine qui fut une prison il s’appuie à
« l’anneau de fer rouillé salé par la graisse des peines ». Marchant
en forêt il se fond à la nature: « pour être accueilli dans un bois
il faut chuchoter ses pas »…
La solitude est la modalité
la plus courante de sa vie mais elle est ponctuée de précieux moments de
communion collective ou de rapprochements amoureux. Ceux-ci souvent ne sont
qu’à peine esquissés mais peuvent malgré tout s’inscrire en profondeur et dans
la durée dans le cœur du narrateur, ainsi la main d’une femme serrée dans la
sienne le temps d’un bref voyage en voiture ou ce qui se noue au long d’une
difficile ascension avec une compagne de cordée « la bouche toujours à un
souffle de l’embrasser ». La cordée d’ailleurs c’est le symbole parfait de
ce « contraire de un » : « Nous sommes deux, le contraire
de un et de sa solitude suffisante » (Dans la nouvelle « Le pilier de
Rozes », l’une des plus belles…)
J’avais beaucoup aimé
Montedidio, qu’on pouvait prendre pour un joli conte de Noël. Ce texte-ci est
beaucoup plus âpre. Il est superbe. En le refermant j’ai envie de le relire, je
le garde sur ma table de nuit pour en déguster à nouveau, par exemple à
l’occasion de réveils intempestifs, certains des plus beaux récits.
17 septembre 2007
"Les amours d'Astrée et de Céladon"
J’ai vu hier le dernier film
de Rohmer, d’après l’Astrée d’Honoré d’Urfé. Comme chaque fois pour un film de
Rohmer j’y suis allé sans trop savoir si j’allais aimer ou au contraire être
exaspéré. J’ai connu l’un ou l’autre avec ses précédents films mais le plus
fréquent est qu’au cours d’un même opus je balance entre les deux impressions
au point qu’en sortant je me sente incapable de donner une impression
dominante.
Ça a été un peu le cas avec
ce dernier film. A certains moments le charme opère, à d’autres j’ai eu un peu
envie de bailler ou je me suis trop senti dans la position du personnage se
regardant regarder.
En fait il faut d’abord
parvenir à entrer dans les conventions du film lesquelles ne sont que les
conventions du roman d’Urfé. On est dans une Gaule romanisée de fantaisie, dans
laquelle bergers, nymphes et druides au milieu d’un paysage bucolique vivent
passion exclusive ou amours volages et en discourent d’abondance dans une
langue vieillie mais pleine de saveur. Au début c’est un peu laborieux mais
lorsque cette « accommodation » est faite on se laisse porter et ça
passe plutôt bien.
Certains moments prêtent à
sourire, voir à rire. La réunion des druides est hautement kitch, les
explications qui conduisent à faire inventer par les gaulois le monothéisme et
la Sainte Trinité sont assez réjouissantes. Il y a beaucoup d’humour aussi,
porté notamment par le personnage du druide, Rohmer sait glisser les clins
d’œil qu’il faut pour qu’on sache que tout ça est une mascarade dont lui-même
comme ses acteurs ne sont pas dupes.
Un érotisme délicat parcourt
tout le film. Certaines scènes sont délicieuses, il y a de très belles images,
jouant de la blancheur des peaux, du mouvement des drapés, de l’éclat des lumières.
Un simple « téton » brièvement découvert, le « cotillon »
relevé d’Astrée offrant au regard de Céladon une jambe nue jusqu’à l’aine, la
façon qu’a celui-ci de s’approcher d’elle puis de suspendre son mouvement, des
visages qui s’approchent frémissants ont un pouvoir très suggestif. Les
sous-entendus érotiques du texte sont également nombreux mais jamais graveleux,
portés par la langue goûtue du début du 17° auxquelles les images de Rohmer
collent parfaitement.
Mais au-delà de cette
sensualité diffuse sont posées à travers les diverses figures de la séduction
et des amours, de la fidélité ou de l’infidélité des questions qui restent en
prise avec celles que nous nous posons toujours. En particulier tout ce qui se
joue à travers les déguisements, le travestissement en femme interroge de façon
toute moderne les identités sexuelles. Dans la scène finale, délicieusement
sensuelle elle aussi, qui voit la reconnaissance entre les deux amants c’est
bien à la fille du druide qu’Astrée manifeste et de la façon la plus
démonstrative qui soit son émotion, c’est d’une fille qu’elle a passionnément
baisé les lèvres avant qu’elle ne réalise que c’est Céladon qui se cache
derrière le déguisement.
Finalement on découvre par
le biais du cinéma une œuvre et le climat culturel qui l’a porté et dans
laquelle sinon on n’aurait jamais mis les pieds. Pour moi l’Astrée et d’Urfé ce
n’était que des noms vaguement croisés au lycée sans plus, jamais je n’en avais
lu une ligne.
Comme souvent à essayer de
parler d’un film, j’en vois mieux ce qui m’a plu. Je me sentais nettement plus
mitigé en sortant du cinéma. Là j’ai envie de dire finalement : j’aime
bien.
Alors est-ce que j’aime Rohmer ? Plutôt oui finalement. La preuve, je ne manque aucune de ses réalisations. J’ai un plaisir intellectuel et esthétique assez vif à voir ses films, lié à la beauté des images, au ciselé des dialogues, à sa façon brillante d’orchestrer la ronde des personnages et des situations. Mais ils ne m’émeuvent pas. Sans doute ne sont-ils pas faits pour ça. On ne peut sortir bouleversé d’un film de Rohmer. De là vient le fait que lorsqu’il m’est arrivé d’en revoir, j’ai été pour le coup très déçu. Car alors, lorsque ne joue plus le pétillement intellectuel de la découverte, en ressortent plus lourdement les limites, ce côté assez artificiel, fabriqué, superbement intelligent et cultivé certes mais parlant trop à l’esprit et pas assez au cœur ou aux tripes.
Qu'ils sont beaux tou(te)s les deux, n'est-ce pas!
14 septembre 2007
Un moment
Tout à l'heure il y eu ce
moment. Une précieuse goutte de temps. J’ai passé l’après-midi avec l’amie
chère. Le temps long de nos vacances, nos vies sur nos chemins si différents
nous avaient tenus éloignés. Mais comme on se retrouve aisément ! C’est la
présence toute entière donnée. Et c’est bien autre chose tout de même que des
mots croisés au fil du web.
Les heures à la terrasse du
Rostand puis sous le soleil joyeux dans le jardin du Luxembourg ont passé comme
une flèche, au moment où j’ai regardé l’heure lorsque nous nous sommes quittés,
je n’en revenais pas que l’après-midi soit si avancée. L’Amour ? Je n’en
sais fichtre rien. Il y a tant de formes et de déclinaisons de l’amour, la
majuscule, voyez, se fait minuscule. Inatteignable étoile ! Mais c’est à
coup sûr une palpitation de cœur, une lumière dans le regard, un tremblement de
peau, ce sont des mots qui trouvent si facilement ceux de l’autre, à demi-mots,
à quart de mots. Voilà…
Et je te regarde t’enfoncer
dans les profondeurs du métro et c’est à la fois ce bonheur du moment qui vient
d’être vécu et qui perdure en moi et rassérène et ce léger pincement de
l’absence.
Maintenant je suis rentré à
la maison. Il n’y a personne mais nos voisins de l’autre côté de la cour jouent
avec leurs jeunes enfants, fusent leurs exclamations joyeuses. J’ai déplié la
chaise longue sur ma terrasse jardin, je me suis servi un grand verre d’eau
pétillante bien fraîche, j’ai entamé la lecture du Monde qui m’attendait dans
ma boîte aux lettres à mon retour. Je suis bien, je ne peux pas dire le
contraire, mais me voici revenu à mes quotidiennetés, à mes rythmes de papi
tranquille, tiens, il ne me manquerait plus que des charentaises…
Mais je laisse mon Monde. Et
sors mon petit carnet pour écrire ces quelques lignes, pour prolonger en moi ce
moment qui déjà s’éloigne. Et c’est plaisir en soi que ce billet écrit sans
peine et sans effort, comme de source.
12 septembre 2007
Une autre reprise
Il n’y a pas que le boulot
que j’ai repris.
J’ai décidé de me réinscrire
cette année au cours de yoga que j’avais fréquenté à peu près régulièrement
pendant trois ans. L’an dernier je ne l’avais pas fais parce que je ressentais une
certaine lassitude, parce que j’avais le sentiment, dès lors que je
n’envisageais pas de m’investir plus, que j’avais fait le tour d’un premier
niveau de découverte de cette discipline et de ses soubassements
philosophiques. Et puis j’appréciais d’avoir une chose de moins inscrite à mon
agenda.
Mais je crois que cette
heure et demie hebdomadaire m’a manquée. Ce temps un peu hors du temps, où on
laisse de côté toute l’agitation du monde, ce temps que l’on s’accorde à soi
vraiment, ce temps où l’on dénoue ses muscles et où on libère sa respiration,
ce temps surtout où l’on tente de se recentrer, est infiniment bénéfique.
Je m’en suis bien rendu bien
compte en sortant du premier cours. Je me sentais apaisé, défatigué de ma
journée, nettoyé des stress et des tensions, et remontant vers la maison d’un
pas plus vif, il me semblait que l’énergie circulait mieux en moi, que
quelquechose chose d’optimiste, de gai, de vivant portait mon pas.
Je ne me fais aucune
illusion. A mon niveau de pratique et d’investissement le yoga ne peut mener à
un niveau élevé et constant de sérénité. Mais, et c’est palpable en tout cas
dans le moment même qui suit la pratique, il est facteur de bien être. Pourquoi
s’en priver.
Je suis très content de
cette reprise !
11 septembre 2007
Miscellanées
Au fil des jours passés les
sujets ne m’ont pas manqués. L’envie d’écrire si. Ou plutôt l’envie y était
mais pas l’énergie pour se colleter aux mots, pour les accoucher, avec pour moi
chez qui les mots ne coulent pas (ou si rarement) de source tout ce que ça
implique d’effort, de labeur.
Alors voilà juste quelques
moments, quelques pensées, rattrapées au vol de ces entrées non écrites.
Vendredi soir l’équipe de
France de rugby qui s’étale. J’ai presque envie de dire tant mieux ! Non
que j’aie une hargne particulière à l’égard de ce sport. Mais j’ai été assez
exaspéré par l’omniprésence publicitaire et la médiatisation qu’on a créée
autour de l’événement. Elle a mis une telle pression sur les joueurs que l’on
ne peut trop s’étonner qu’ils en aient été paralysés. C’est un jeu, c’est un
sport. Ce ne devrait pas être autre chose. Ce n’est pas la guerre, ce n’est pas
l’avenir du pays. De ce point de vue il y avait du ridicule ou plutôt de
l’indécence, à lire la lettre de Guy Moquet en prélude à la rencontre. Que cela
ait manqué son but ce n’est que justice. Alors si les publicitaires se mordent
un peu les doigts et si Sarko s’en est étranglé de rage sur son banc, tant
mieux. Dommage pour le sport, le vrai, qui devrait être convivial, ludique et
gai.
Samedi retour d’un vrai beau
temps. Sensation estivale comme on n’en a pas tellement connue durant le mois
d’Août. Dès le retour de Constance de son travail à midi, nous filons, ce qui
n’était pas prévu, et allons marcher en forêt de Saint Germain. Porté par les
hautes frondaisons de la forêt, puis par le ciel et les horizons que l’on voit
depuis la Terrasse, soudain me vient une violente envie d’ailleurs. Raté, je
rentre juste de vacances et elles furent longues, je ne peux pas dire que j’en
ai été frustré, je ne vais pas repartir maintenant. Et puis ailleurs,
où ? Il veut dire quoi cet ailleurs ?
Dimanche matin je fais mon
marché de neuf heures. J’aime bien faire le marché. Mais je trouve ça pesant,
ça revient de façon trop répétitive, presque un rite. Et puis qu’acheter pour
changer? Je manque d’imagination. Et la cuisine ? C’est moi qui fait la
cuisine à la maison, pas seulement la cuisine festive mais la cuisine
quotidienne. Et j’aime plutôt ça. Mais par moments me saisit le vertige de la
répétitivité. Alors j’aurai envie d’amener mon petit monde au restaurant aussi
souvent que je voudrais, juste comme ça, par flemme ou pour tromper les
habitudes. Certes mes moyens ne me permettraient pas de le faire souvent mais
de temps en temps pourquoi pas. Or je ne le fais pas, je ne le fais jamais, en tout cas, comme ça, au débotté.
Pourquoi ?
Dans l’après-midi j’aide les
gars (Taupin est en France jusqu’à la fin du mois) à faire des rangements de
fond dans leurs chambres. Ils veulent alléger leurs étagères de bouquins qui
ont abouti chez eux au fil des années et de leurs études. On retrouve des
vieilleries. Tiens voilà ce bouquin d’histoire des sciences qui datait déjà au
temps où j’étais en philo ! On feuillette les chapitres sur la physique,
on discute, plutôt Taupin et Bilbo discutent, j’essaie vaguement de suivre,
c’est un plaisir de se faire expliquer des choses par ses enfants, c’est un
plaisir quand les fils dépassent les pères, un plaisir et aussi une mélancolie
mais un plaisir surtout.
Lundi au bureau. Et
aujourd'hui encore. Des difficultés mais des difficultés de rentrée assez
classiques. Pas de quoi fouetter un chat. Banal. Certaines ne dépendent pas du
tout de moi, là je fais avec, j’ai appris à avaler les couleuvres depuis le
temps. Mais il en est d’autres où mon expertise (où ma soi-disant expertise) a
été requise. Il y avait des décisions à prendre pour quelques adolescents. A
avoir été en face des jeunes eux-mêmes au cours de trop brefs entretiens, j’ai
ressenti quantité de choses d’eux mais aussi, surtout, tout ce qui m’échappait.
Nos décisions ne pouvaient attendre, elles ont été prises à la va-vite. Il
aurait fallu un peu plus de temps. Coups de dés. Sentiment de grand malaise à
être dans cette machine surtout pour les quelques cas où c’est moi qui ai fait
pencher la balance dans un sens plutôt que dans un autre.
Miscellanées ? Un peu
rare et snob le mot ? Mais plaisir du mot justement. J’aime les mots,
j’aime les faire vivre et j’aime contribuer, si peu que ce soit, à ce qu’ils ne
s’éteignent pas…
08 septembre 2007
Comptabilité vélibienne
Au cours de ces deux
dernières semaines je me suis amusé certains jours sur mon chemin à
comptabiliser les vélos personnels et les vélibs, ce fameux service de mise à
disposition (presque) gratuite de vélos par la municipalité et dont j’imagine
vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler même si vous n’êtes pas
parisien.
On s’amuse comme on
peut ! En fait cette curiosité bizarre a fait remonter à moi des souvenirs
d’enfance oubliés et plutôt agréables, de ces moments où dans les longs
parcours automobiles on se lançait, ma petite sœur et moi dans des
comptabilités variées, sur les types de voiture ou surtout sur leur provenance
à partir des plaques minéralogiques.
Alors voici mes résultats,
avec les lieux et les moments, le premier chiffre donne les vélos personnels,
le second les vélibs :
Un soir de semaine vers 18 h
rentrant du bureau, dans une zone périphérique : 27 ; 16
Un autre soir idem :
25 ; 8
Un jeudi vers 16h, entre
deux réunions dans le centre de Paris, parcours dans le quartier latin et le
quartier du Châtelet : 40 ; 29
Un samedi après-midi entre
le secteur Italie et le quartier bibliothèque : 11 ; 21
Idem le lendemain
dimanche : 21 ; 21
En partant au bureau un
matin de semaine vers 8h30 : 17 ; 7.
Bon je vais arrêter là, ce
petit jeu n’est amusant qu’un moment. Et il n’y a pas de quoi faire vraiment à
partir de là une analyse du type et des lieux d’utilisation des vélibs. Mais ça
me permet de conforter mes propres premières impressions.
Incontestablement il y a une
augmentation de l’utilisation du vélo en ville qui n’est pas anecdotique ou
marginale, quelles que soient les situations. Cela dit plus on est proche du
périphérique plus la proportion semble baisser. Il y a pas mal de banlieusards
qui viennent à Paris avec leur vélo, l’extension de vélib à la banlieue proche
dont on parle serait sûrement un pas important. Enfin il semble, à voir les
chiffres du week-end, que l’usage ludique et de promenade reste dominant.
D’ailleurs moi-même je n’ai
presque jamais utilisé mon propre vélo pour aller travailler. Je mets 20/25
minutes à pied entre mon domicile et mon bureau, moins de 10 à vélo mais
n’empêche je persiste à y aller à pied. Je ne sais pas trop pourquoi j’ai cette
réticence. Peut-être parce que j’ai envie pendant ce sas de pouvoir me
permettre de décrocher quasi totalement. Le vélo nécessite de conserver une
attention plus grande que la marche, où l’on peut fonctionner quasiment au
radar, en réservant son attention à un visage croisé, à la forme d’un nuage, à
sa propre rêverie intérieure.
Je suis très content en tout
cas de cette initiative de la municipalité. L’un dans l’autre ça ne peut que
faire progresser l’usage du vélo, faire que les cyclistes se sentent moins
isolés, plus forts, plus reconnus. C’est un mouvement qui est en cours depuis
des années d’ailleurs, en lien avec la mise en place des pistes cyclables ou
des voies partagées (quelle que soient les critiques qu’on puisse faire à
certains cheminements ou aménagements très mal fichus). Moi qui ai quasiment
toujours fait du vélo à Paris (mais toujours dans un contexte de promenade) je
sens cette montée en puissance s’affirmer année après année, vélib tombe sur un
terrain mûr. Cela dit ça peut avoir quelques effets pervers, en faisant oublier
des risques qui restent présents, en donnant un sentiment de toute puissance au
cycliste. L’an dernier j’ai bataillé dur avec le fiston, qui utilise son vélo
quotidiennement pour aller au lycée et parfois dans le stress d’un départ
« à la bourre », pour qu’il accepte de porter un casque et j’étais à
peu près parvenu à le convaincre. Là c’est beaucoup plus dur, le casque reste
sur son étagère. (Bon, je sais, moi-même je ne porte pas de casque !)
Il y a une grosse station
vélib juste sous la fenêtre sur laquelle donne notre chambre. Il n’y a pas de
doute, ça n’améliore pas la qualité du silence nocturne. Notamment à l’heure de
fermeture des cafés et bars nombreux dans le quartier, l’abord de la station
vélib est le dernier lieu où l’on cause et parfois de façon, disons, assez
sonore quand les gens sont légèrement éméchés. On a même droit de temps en
temps à d’assez jolis concerts de sonnettes. Mais bon de ça, je ne me plains
pas, il faut bien qu’ils soient quelquepart ces braves vélibs, ça peut
m’occasionner quelques insomnies supplémentaires mais il y a les bouquins et
même, n’est-ce pas, il y a les blogs !
