17 octobre 2007
"L'élégance du hérisson"
C’est un livre délicieux et
qui a profité peut-être d’être lu pendant mon trajet en train de ce dernier
week-end, c’est une lecture à la fois légère et profonde qui convenait tout à
fait à l’esprit en voyage.
On y voit vivre les
habitants d’un immeuble très bourgeois du faubourg Saint Germain à travers les
regards croisés d’une concierge philosophe et artiste et d’une gamine surdouée
et ultrasensible. Ce double regard dynamite de façon réjouissantes les tics et
les rites des riches et des savants, de ceux qui ont l’assurance de la position
sociale, de la richesse et de la culture. Car la galerie est variée, entre le
critique gastronomique plein de morgue, la famille très vieille France ou les
intellos gauche caviar. Les traits d’ironie sont acérés et quelques scènes sont
franchement drôles. Mais la caricature n’est jamais pesante ni non plus
opposant de façon trop systématique des types genre Groseille versus Lequesnoy.
Au delà des ridicules ce qui est dénoncé c’est la fermeture des mondes sur
eux-mêmes à cause des préjugés sociaux, et au-delà encore l’impasse de
« toutes ces fausses vies », la tristesse profonde de tous « ces
gens intelligents qui ne savent que faire de leur intelligence ».
La gamine perçoit avec une
telle intensité la vacuité du monde qui l’entoure, qu’elle décide de programmer
son suicide, de s’effacer de ce monde où la vie est éteinte, non sans rédiger
d’abord ses « pensées profondes » et son « journal du mouvement
du monde ».
La concierge quant à elle ne
montre rien de son époustouflante culture ni de sa sensibilité, elle vit ses
passions intellectuelles et esthétiques dans la « clandestinité »,
publiquement elle se montre conforme à l’image que les stéréotypes sociaux
donnent de la pipelette parigote. Elle est cette personne qui a l’élégance du
hérisson « Elle est hérissée de piquants à l’extérieur, mais j’ai
l’intuition qu’à l’intérieur elle est aussi simplement raffinée que les
hérissons qui sont de petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires
et terriblement élégantes » (dixit la gamine)
Mais petit à petit et
notamment à travers l’irruption d’un troisième personnage, un riche japonais
atypique, portant le nom d’Ozu (un nom qui n’est pas là par hasard, Ozu est un
cinéaste adulé par la concierge), s’effectuent des reconnaissances, des
rapprochements, les murs de la séparation sociale radicale se fissurent, de la
vie se met à circuler. Et la beauté reconnue peut donner sens et faire accéder,
par instants, à l’intemporel.
« Bouleaux, apprenez
moi que je ne suis rien et que je suis digne de vivre » écrit la petite
fille dans sa onzième pensée profonde. « l’évocation des arbres, de leur
majesté indifférente et de l’amour que nous leur portons, nous apprend à la
fois combien nous sommes dérisoire et nous rend en même temps digne de vivre
parce que nous sommes capables de reconnaître une beauté qui ne nous doit
rien. ».
Le livre est excellent
surtout dans sa première partie, celle où la plume satiriste de l’auteur s’en
donne à cœur joie. La fin donne le sens mais peut-être s’étire-t-elle un peu
trop, peut-être là où se noue une histoire, là où elle se fait plus explicite,
le texte perd-il un peu de sa force et de sa poésie.
Commentaires
J'ai beaucoup aimé ce livre.
Mais c'est de qui ce roman que j'aimerais bien lire aussi ?!!!
Je vois que toi aussi tu gardes des phrases aimées des livres aimés. Pour celui-ci, j'avais gardé les pages 154, 216-217 et 302. Nous nous faisons nos florilèges.
Beaucoup aimé moi aussi, malgré le côté un peu Jostein Gaarden.
A bientôt
De Muriel Barbery, Lydiel, dont c'est apparemment le second roman, honnêtement je ne la connaissais pas avant qu'on m'offre ce bouquin qui semble avoir un très bon bouche à oreille.
Oui je fais mes florilèges, je note les pages sur mon petit carnet en lisant, un peu plus que celles que je reprends dans ma note écrite et ça m'arrive d'aller bien après, sans pour autant relire le livre, remettre le nez dans ces pages épinglées pour me replonger dans l'ambiance. J'y tiens à mes florilèges.
D'accord avec toi Telle pour la 154 et la 302, moins pour la 216-217, c'est ce genre de pages justement qui font un peu Jostein Gaarden.
Je vais finir par relire ce livre que je n'ai pas aimé...J'ai même pris la peine d'écrire un billet pour dire la colère que sa lecture m'avait procurée.
En fait Kloelle ce qui ressort surtout de ton commentaire c'est une vive déception par rapport à une attente. Cela me fait souvent ça notamment par rapport à des films dont la critique fait un grand plat.
Pour moi la dominante c'est le plaisir que j'ai pris à la lecture non sans reconnaitre certaines faiblesses surtout dans le seconde partie.
En tout cas ton com me fait découvrir ton blog qui m'a l'air interessant, ouille, un de plus à explorer!
Le plaisir je l'ai eu aussi et tu as raison de dire que c'est l'essentiel.
Je crois qu'il faudrait toujours ouvrir un livre en étant vierge de toute attente et prendre simplement ce qu'il nous offre.
Ici je reviendrai...Pour la musique et pour les mots.
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