30 octobre 2007
Retrouver Vailland
Hier je me suis rendu à la
cinémathèque où se tenait une soirée anniversaire commémorant le centième
anniversaire de la naissance de Roger Vailland dont j’avais été informé grâce à
un billet de Fuligineuse, merci à elle.
S’y succédaient la
projection d’une interview de Vailland par Dumayet, une table ronde, la lecture
d’un passage de « La Fête » puis la projection du film « Les
mauvais coups ». J’ai suivi tout ça avec beaucoup d’intérêt retrouvant
ainsi des souvenirs de bien des lectures et d’un climat que j’avais moi même
oubliés.
J’ai lu Vailland comme
beaucoup d’adolescents de mon époque quand j’étais au lycée. Je l’ai lu avec
appétit parce qu’il croisait les problématiques de l’engagement militant et
celles plus sulfureuses, de l’accueil des désirs, du libertinage, de la dépense
de soi jusqu’à l’excès.
Mais il semble passé de mode
et n’est guère connu des adolescents d’aujourd'hui. Bilbo questionné à son
sujet m’a dit qu’il n’en avait jamais entendu parler et d’ailleurs le public de
cette soirée à la cinémathèque ne brillait pas par sa jeunesse. Est-ce un
injuste purgatoire ?
Le film dominé par
l’interprétation de Simone Signoret m’a laissé une impression un peu mitigée,
certains scènes m’ont paru fortes, celle du casino, celle de la parure d’Hélène
par Roberte, celle de la cueillette des poires par exemple tandis qu’à d’autres
moments je me suis senti très à distance en face de personnages me paraissant
artificiels, un peu trop caricaturaux. Ce qui se jouait entre la jeune Hélène
et Milan ou entre Hélène et Roberte passait plutôt bien, beaucoup moins les
moments qui voyaient se confronter Milan et sa femme et pire ceux qui
associaient Hélène et son fiancé. En fait j’ai le sentiment qua ça passait
mieux lorsque le jeu mortifère entre les personnages se développait
essentiellement à travers les gestes, les regards, moins lorsqu’il s’exprimait
à travers les mots, comme si ceux-ci étaient bien plus datés. Or les mots ce
sont ceux même de Vailland puisqu’il a très largement collaboré au film et
notamment écrit les dialogues. Ce qui me donne d’autant plus envie de le relire
pour voir comment je les percevrais dans le contexte du livre.
A ma surprise je n’en ai
trouvé aucun volume dans ma bibliothèque. Ce n’est pas étonnant en fait et
c’est justement un signe de l’ancienneté de ces lectures, peut-être ces
bouquins là sont-ils chez mon père, sans doute avais-je commencé à le lire dans
la bibliothèque familiale (Vailland ça se lisait bien chez des intellos style
Express/France-Obs comme mes parents).
Je suis aussi revenu vers
Vailland lorsque j’habitais en région lyonnaise sous l’influence d’une amie.
Celle-ci, originaire de l’Ain était fascinée par le personnage qui avait laissé
sa trace sur les jeunes gens de sa région, elle connaissait d’ailleurs bien
Elisabeth, la veuve de l’écrivain qui entretenait elle-même le mythe et était
aux yeux de mon amie une personnalité très attirante. Elle me laissait entendre
sur l’oreiller que sa vie était compliquée, entre le vieil amour d’un homme marié
et d’autres jeux auxquels elle jouait ailleurs. Je n’ai jamais pu démêler dans
ce qu’elle me disait ce qui relevait du réel et du fantasme, ce qui d’ailleurs
ne me déplaisait pas, attisait mes propres curiosités et mon plaisir quoique
aussi m’occasionnait les douleurs d’imprévisibles absences. Jamais en tout cas
je ne suis rentré dans le jeu, j’étais aux marges, mon existence peut-être
était un pion utilisé en d’autres lieux. J’étais sans peine dans la tolérance
mais au fond à tout ça je ne comprenais rien, je pouvais bien avoir lu Vailland
mais m’échappait totalement tout ce qu’il y avait de tortueux et de
délicieusement pervers dans ce libertinage là, avec ses dits et ses non-dits,
ses masques et bergamasques, ses jeux de séduction et de pouvoir. A plusieurs
reprises ces dernières années m’a retraversé le souvenir de cette amie
qu’entre-temps j’avais bien oubliée. Il me semble que j’adorerais revisiter ce
temps avec elle et déguster dans les souvenirs ce qui alors m’échappait.
Peut-être est-ce cela aussi, ce souvenir, que j’allais chercher à cette soirée
Vailland…
Quoiqu’il en soit je vais le
relire, pour voir, espérant y retrouver le plaisir d’antan mais prêt à accepter
aussi de sentir qu’il s’est vraiment éloigné de nous…
Et hop une colonne de plus
dans la Pile à Lire !
Commentaires
Ah! Oui, peut-être qu'il a vieilli. Mais la description 'De la Grange aux vents' tout à fait au début de Beau-Masque, est un pur moment de littérature. Je le donnais, mais oui, en dictée à mes élèves, et des jeunes encore bien. Bon, évidemment, je m'arrêtais là, mais c'était un de mes textes de dictée préférés, avec le texte en exergue, avant "Les allumettes suédoises", de Sabatier, la description d'un boudoir Louis XVème, de Fanny Deschamps et... Peut-être un texte en prose de Périer aussi.
Perso, son libertinage (fff, c'était autre chose que du libertinage, je trouvais que c'était surtout très misogyne), m'a laissée de glace. Cela me mettait même mal à l'aise.
merci...
Je découvre un peu tardivement cette note qui m'avait échappé... Merci Valclair de t'être donné la peine de faire une note aussi détaillée. Je suis assez d'accord avec toi au sujet du film qui vaut surtout par l'interprétation de Simone Signoret.
Je crois que Vailland misogyne, c'est un contresens complet (désolée, Pivoine !) Je n'ai pas la place de faire un exposé complet là-dessus mais il défend l'égalité homme/femme dans tous les domaines et en étant conscient d'un facteur primordial, l'autonomie économique de la femme (pas encore toujours évident en son temps à lui...)
En tout cas si cela peut pousser tes lecteurs à lire Vailland... il le mérite. Je conseille habituellement de commencer par "325 000 francs", livre court, facile d'accès (et facile à transposer à l'époque actuelle) et suffisamment représentatif pour se faire une première idée.
J'ai fait une petite note sur le site Vailland avec un lien vers ce blog : http://www.roger-vailland.com/Vailland-dans-les-blogs
Merci bien Fuli , c'est gentil et même un peu plus...
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