Avant hier, dans la voiture, roulant vers la Bretagne, je me sentais ambivalent, partagé à propos de notre départ et je me faisais ces réflexions contradictoires :

« Je suis content de partir, j’ai envie, besoin de quitter la ville, de marcher dans les bois ou le long de plage, de m’emplir les poumons d’air marin, d’abîmer mon regard dans le mouvement de la vague et dans les lointains de la mer et du ciel. »

« Mais je ressens ce départ aussi comme un arrachement, dommageable à la réalisation de mille choses que j’ai envie de faire à Paris et dont je ne trouve pas le temps quand je travaille. Et aussi comme un arrachement à internet et à mon blogomonde et notamment à des conversations en cours, un arrachement à ce qui, tout virtuel que cela reste pour l’essentiel, est devenu une part importante de ma vie, sa part la plus vivante. Et cela au point de me dire : est-ce que j’avais vraiment envie de partir ? »

« Car ce qui pourrait donner sens à un break comme celui-ci, au-delà de mon plaisir personnel d’être au bord de la mer, ce serait la possibilité de me retrouver avec Constance, d’être l’un avec l’autre, disponible, hors justement de ce qui nous happe loin l’un de l’autre dans notre vie parisienne. Or je me dis : mais ai-je vraiment envie de la retrouver, ai-je vraiment envie de me retrouver dans le face à face ? Je m’en rends compte avec un sentiment de vertige : la réponse est non, clairement non, non d’une façon plus claire, plus tranchante, qu’elle n’a jamais été. »

Voilà tout cela passait en boucle dans ma tête, dans le silence des kilomètres qui défilaient.

C’est comme si je me disais : ma vraie vie n’est pas là.

Et pourtant, si, elle est là, aussi et même elle est là d’abord.

Je n’ai pas de solution, juste cette contradiction.

Cette contradiction immobile, vieillie, enkystée en moi.

Il me faut essayer, au delà de cette contradiction, d’être dans les plaisirs simples qu’offre la vie de tous les jours, spécialement lorsque j’ai ce bonheur d’être ici, dans ce lieu qui me fait du bien.

Très vite les bons moments n’ont pas manqués qui ne me font pas regretter d’être ici.

Et pour commencer il y a eu cette arrivée avec un temps magnifique, la première promenade, la mer si calme, la remontée au port le long de l’estuaire, tout est paisible contrastant avec l’agitation de l’été mais pas mort pour autant, quelques promeneurs, un voilier solitaire qui remonte l’estuaire, les cris des mouettes, le crépitement d’un feu de broussailles dans un jardin et son odeur…

Depuis ça continue sur le même tempo, avec alternance de temps gris mais pas désagréable et de moments superbes, grand ciel bleu, soleil tiède. On se promène. On se gorge d’air, de mer et de paysages. A chacun d’entre nous, individuellement, ça fait du bien. Donc on se sent plutôt mieux l’un et l’autre, donc plutôt mieux l’un à côté de l’autre.

Mais l’un à côté de l’autre. Pas vraiment l’un avec l’autre. Cela manque d’être avec, de se sentir avec…

Nous sommes ensemble et pas vraiment ensemble. Cela vaut mieux que la solitude. Peut-être et peut-être pas. Je ne sais pas.

Questions vertigineuses. Questions récurrentes. Vieilles questions enfouies en moi depuis longtemps mais qui, il me semble, me claquent désormais au visage avec plus d’intensité, plus d’urgence…

(Ecrit le 1° Novembre)