26 novembre 2007
Photos d'Amérique
J’ai toujours beaucoup aimé
la photo. Mais je l’ai longtemps sous-estimé en tant qu’art à part entière.
Longtemps je n’y avais vu principalement que des documents, des informations,
sous forme de clichés plus ou moins réussis et plus ou moins attractifs. J’ai
pris depuis bien sûr conscience de sa puissance d’expression, de la variété des
formes qu’elle peut prendre, des ambiances absolument diverses qu’elle parvient
à créer, de la personnalité et du style des divers photographes.
La Maison Européenne de la
Photographie est un lieu particulièrement adapté pour mesurer cette richesse
artistique. Y sont présentées toujours plusieurs expositions en même temps ce
qui permet de se confronter dans le même lieu à autant de regards différents
souvent extrêmement contrastés.
Soit deux lieux, deux
facettes des Etats Unis de la seconde moitié du 20° siècle, Harlem pauvre à la
limite de la ghettoïsation, Tulsa, une ville moyenne de l’Amérique profonde,
deux lieux qui ont en commun de ne pas appartenir à l’Amérique des gagnants,
d’en exprimer la crise sous des modalités très différentes. Et soit deux
photographes Martine Barrat et Larry Clark qui font des reportages sur ces
lieux et leurs habitants et qui partagent donc une même perspective documentaire.
Mais quel contraste de
style, de regard, de sensibilité au-delà même de la différence des sujets.
Sur Harlem se pose le regard
tendre et chaleureux de Martine Barrat qui fait vivre sous son objectif une
population diverse, bousculée et marginalisée mais où respire la vie d’une
communauté avec ses lieux de regroupement et d’expression, l’église lieu du
culte, la club de jazz où ça swingue, le club de boxe à travers lequel on tente
de sortir de sa condition. Sur Tulsa tombe le regard sec et douloureux à forte
connotation autobiographique de Larry Clark qui décrit une jeunesse de la
middle class blanche, écrasée d’ennui, et qui bascule dans la drogue et la
violence.
Evidemment rien que de très
normal dans tout ça. Deux photographes, deux sujets, deux styles. Je ne mets
pas un type de photo plus haut que l’autre, chacune est bien adaptée à la
réalité humaine qu’elle décrit. Mais ce qui me frappe c’est cet effet de
contraste qui se révèle si puissant et qui fait que chacune des séries
s’enrichit d’être confrontée à sa voisine, révélant au passage la puissance du
moyen d’expression qu’est la photo.

