30 novembre 2007
Ricochet 1992: Procuration!
Donc je reprends mes « Petits cailloux et ricochets » . Disons que je vais essayer de reprendre ma publication régulière, un ricochet par jeudi, en m’enfonçant vers les limbes du temps de ma naissance. Je ne sais pas si je vais y parvenir. On verra bien. Je suis déjà en retard d’un jour pour celui-ci. Il était prêt pourtant. Mais il m’a paru si difficile à mettre en ligne, bien plus intime et dérangeant pour moi que telle ou telle considération de cœur. Difficile mais au fond si salutaire !
Ce soir là, je vais dîner
chez mes parents.
Nous tardons à nous mettre à
table car mon père attend un coup de téléphone. On doit l’informer
officiellement de sa nomination à un poste éminent dans lequel il doit terminer
sa carrière. Les choses sont faites, il le sait. Le coup de téléphone ne sera
qu’une confirmation et l’occasion pour lui de premières félicitations.
Le téléphone sonne.
« Ah… ah oui… ah bon…
ah mais pourquoi ? oui, vous pensez ?
Le ton de voix enjoué et
mondain que mon père avait adopté en décrochant a changé du tout au tout. Il
s’est fait, concentré, soucieux, interrogatif. Manifestement il y a un
changement. La discussion se prolonge. Nous poursuivons languissamment nos
propres conversations autour de l’apéritif tout en laissant traîner nos
oreilles du côté du téléphone, nous écoutons sans écouter...
« Mais non, cher
collègue, mais non, ce n’est pas grave, oui, à très bientôt, au plaisir… »
Il a raccroché. Le voici qui
vient vers nous avec un sourire contraint.
« Ah et bien non, ça ne
se fait pas finalement, c’est X qui l’a eu, je vais terminer là où je
suis… »
Nous questionnons. Comment
se fait-il ? Qui a glissé une peau de banane ? Des histoire de
réseaux, de coteries ? « J’avais fait les « visites »
pourtant, on m’avait assuré… mais X est très introduit politiquement, moi je
suis toujours resté à la marge, peut-être est-ce ça … c’est mon âge, à
soixante-six ans je dois prendre impérativement ma retraite à la fin de
l’année, c’est la raison invoquée, je ne pouvais pas rester assez longtemps sur
le poste… »
Nous questionnons. Enfin
surtout je questionne. Je manifeste ma déception. J’ai le sentiment d’une
injustice. Je me sens floué.
Je !
Je plus que lui !
Comme si c’était moi qui
était concerné !
Nous dînons. La conversation
file sur bien d’autres chemins. J’y participe comme les autres. On parle de
choses et d’autres, des enfants, des prochaine vacances. La soirée se termine.
Nous rentrons chez nous. Sur le chemin du retour persiste en moi un vague et étrange
malaise…
Pourquoi avais-je réagi
ainsi ? Qu’est ce que cela disait de moi de me sentir investi à ce point
dans les succès paternels ou dans ses déceptions ?
J’abordais déjà aux rives de
la quarantaine, j’avais travail, maison, femme, enfants, j’étais censé être
adulte et voilà que je réagissais comme un petit garçon admiratif, qui
n’existerait que par son père !
J’ai apprécié et j’apprécie
encore certains aspects de mon activité professionnelle. Mais je ne m’y suis
jamais senti en pleine adéquation avec moi-même. Il m’y manquait quelque chose.
J’ai eu des velléités de faire autre chose. J’ai commencé d’emprunter même
quelques pistes, je n’ai jamais été au bout.
Pourquoi n’ai-je pas pu
faire ces pas ? Pourquoi ai-je été incapable de trouver les ressorts pour
construire les chemins d’affirmation et de réalisation qui me soient
propres ?
Avoir une vie
professionnelle intellectuellement et socialement brillante n’est pas un but en
soi et n’est pas condition obligée du bonheur. Je me suis dit cela lorsqu’il
m’arrivait d’avoir un sentiment de déclassement, du moins dans l’ordre du
prestige et de la reconnaissance intellectuelle. Déclassé, ou plus simplement
pas à la hauteur d’un père admiré ?
Toujours gentil et
compréhensif cette bonne pâte d’homme ne m’a jamais bousculé, se contentant de
trouver parfois « dommage » que j’ai renoncé à certaines voies plus
prometteuses ou que je n’ai jamais cherché à faire carrière. Mais je suis
convaincu, aussi peu interventionniste qu’il ait été, qu’au fond de lui il espérait
mieux de moi. Il ne me l’a pas dit. Je l’ai senti. Et c’est resté, caché au
fond de moi, comme un poids, comme une barrière sur mon chemin.
C’était cela qui m’éclatait
au visage au travers de cet étrange dépit par procuration.
26 novembre 2007
Photos d'Amérique
J’ai toujours beaucoup aimé
la photo. Mais je l’ai longtemps sous-estimé en tant qu’art à part entière.
Longtemps je n’y avais vu principalement que des documents, des informations,
sous forme de clichés plus ou moins réussis et plus ou moins attractifs. J’ai
pris depuis bien sûr conscience de sa puissance d’expression, de la variété des
formes qu’elle peut prendre, des ambiances absolument diverses qu’elle parvient
à créer, de la personnalité et du style des divers photographes.
La Maison Européenne de la
Photographie est un lieu particulièrement adapté pour mesurer cette richesse
artistique. Y sont présentées toujours plusieurs expositions en même temps ce
qui permet de se confronter dans le même lieu à autant de regards différents
souvent extrêmement contrastés.
Soit deux lieux, deux
facettes des Etats Unis de la seconde moitié du 20° siècle, Harlem pauvre à la
limite de la ghettoïsation, Tulsa, une ville moyenne de l’Amérique profonde,
deux lieux qui ont en commun de ne pas appartenir à l’Amérique des gagnants,
d’en exprimer la crise sous des modalités très différentes. Et soit deux
photographes Martine Barrat et Larry Clark qui font des reportages sur ces
lieux et leurs habitants et qui partagent donc une même perspective documentaire.
Mais quel contraste de
style, de regard, de sensibilité au-delà même de la différence des sujets.
Sur Harlem se pose le regard
tendre et chaleureux de Martine Barrat qui fait vivre sous son objectif une
population diverse, bousculée et marginalisée mais où respire la vie d’une
communauté avec ses lieux de regroupement et d’expression, l’église lieu du
culte, la club de jazz où ça swingue, le club de boxe à travers lequel on tente
de sortir de sa condition. Sur Tulsa tombe le regard sec et douloureux à forte
connotation autobiographique de Larry Clark qui décrit une jeunesse de la
middle class blanche, écrasée d’ennui, et qui bascule dans la drogue et la
violence.
Evidemment rien que de très
normal dans tout ça. Deux photographes, deux sujets, deux styles. Je ne mets
pas un type de photo plus haut que l’autre, chacune est bien adaptée à la
réalité humaine qu’elle décrit. Mais ce qui me frappe c’est cet effet de
contraste qui se révèle si puissant et qui fait que chacune des séries
s’enrichit d’être confrontée à sa voisine, révélant au passage la puissance du
moyen d’expression qu’est la photo.
25 novembre 2007
"J'attirais, c'est tout"
Non ce n’est pas moi qui le
dit, les guillemets s’imposent ! C’est Julien Green (Pléiade, V, p 924)
qui a cette formule après avoir évoqué une anecdote de sa jeunesse.
Il le dit comme pour
s’excuser de la facilité avec laquelle il aurait pu faire des conquêtes.
Il le voit comme une
caractéristique inscrite en lui sans qu’il n’en ait aucune part, sans qu’il en
sache la raison, presque, au sens propre, à son corps défendant.
La formule fait écho en moi.
Je pourrais la retourner en la chargeant d’interrogations jusqu’à la douleur.
Je n’attirais pas.
Pourquoi ?
Rien de physique à priori,
je n’étais pas spécialement « bel homme » mais il n’y avait rien non
plus de repoussant dans ma figure, j’avais des idées, de la conversation, de la
culture, de la gaîté…
Et pourtant combien de fois
dans mon adolescence et dans ma vie de jeune adulte ai-je été celui à qui on
disait « je t’aime beaucoup » ou « soyons bons camarades »
alors que j’aurais voulu entendre « je t’aime » ou tout simplement
« viens ! » .
Cela m’a troublé. La
multiplication des situations de ce type a fait que cette période a été
difficile, me faisant perdre une part de ma confiance en moi, entraînant une
dévalorisation de mon image à mes propres yeux. Il y a eu des exceptions bien
sûr mais bien plus d’échecs que de succès et avec la multiplication des échecs,
le questionnement récurrent : pourquoi ? pourquoi ?
C’est là que je perçois le
paradoxe. Chez Green, tout dans l’éducation, l’idéologie, les valeurs aurait du
créer des barrières, laissant la sexualité à l’écart (et c’est au fond ce qu’il
aurait souhaité, il parle assez du « cauchemar de la sexualité »). Au
contraire mes références idéologiques et morales (on était dans l’après mai 68
et mes parents avaient sur ces questions un discours libéral, tolérant
d’intellos de gauche) auraient du faire en sorte que je sois à l’aise sur ce
terrain, que j’accueille le désir en moi (ce qui ne manquait pas) mais aussi
que je sois susceptible d’en susciter (c’est là que le bât blessait).
Je me souviens de
discussions interminables là-dessus avec une amie très chère de ma jeunesse,
appartenant à une vieille famille de la grande bourgeoisie catholique bordelaise, élevée en
pension au Sacré Cœur et qui, très jeune encore, lorsqu’elle séjournait l’été chez
ses parents, était capable de faire le mur la nuit l’esprit et le corps léger
pour retrouver des amants, c'était une de celle qui m’aimait bien et que moi j’aurais voulu
aimer.
Comme quoi ce qui compte
n’est pas ce qui se joue à la surface des mots du discours familial, ou pas
seulement en tout cas, il y a d’autres nœuds ailleurs dans des processus,
souterrains, mystérieux.
Je disais avoir envie
d’aller vers les femmes mais quelles barrières inconscientes dressais-je pour
les tenir à l’écart, empêcher qu’il y ait une attirance mutuelle ?
D’où venaient-elles ces
barrières, de quels nœuds en moi ou de quelles névroses secrètes de mes
parents, derrière leur ouverture apparente ?
A moins qu’il ne se soit agi
d’un processus purement biologique, se jouant dans l’alchimie secrète des
cellules, d’une quelconque phéromone manquante ou déficiente ?
Ce mystère là je ne l’ai pas
éclairci. Il est toujours à l’œuvre en moi. Pendant beaucoup d’années il a été
sous le boisseau, la question ne se posant pas, mon couple suffisant à me
satisfaire à tous points de vue. Mais passé le temps où il en a été ainsi, la
fidélité (presque) sans accroc qui a été la nôtre au long d'un peu plus de vingt cinq ans de vie commune, n’a pas reposé sur un choix, une construction mais
plutôt sur l’absence d’occasion, sur le fait que « ça ne s’est pas
présenté » (version objective, neutre), que je n’ai pas su susciter des
attirances qui auraient pu rencontrer mes aspirations (version subjective, plus
cruelle). Ce n’est pas très glorieux à dire. Une fidélité par défaut en quelque
sorte.
Et je ne peux que constater,
alors même que désormais je me sens en volonté explicite de m’en délier,
combien ces vieilles réalités restent prégnantes et font remonter vers moi ces
questionnements douloureux de mon temps de jeune adulte.
22 novembre 2007
Ricochets, vous avez dit ricochets?
J’ai participé pendant
quelques temps aux « Petits
cailloux et ricochets » des blogueurs puis j’ai décroché. Kozlika vient
de nous suggérer de faire le point sur où nous en étions, les uns et les autres,
de cette aventure. Je l’ai fait et le faisant je me suis donné envie, je crois,
d’y revenir.
Voici ma contribution du jour et nous sommes jeudi justement, jour que j’avais choisi pour publier chaque semaine un ricochet. Est-ce le début de la relance ? A voir jeudi prochain. Peut-être…
Ohé des ricocheurs, ohé, il
y a quelqu’un… ?
C’est Dame Kozlika qui nous
interpelle et vient soudain secouer la douce hibernation ricochesque dans
laquelle je m’étais installé.
Tiens, oui, les
ricochets !
Oh je ne les ai pas oubliés
tout à fait. Ils sont là. Ils ont même droit à un raccourci spécial sur un coin
du bureau de mon ordinateur, pas un, deux raccourcis, un pour aller lire, un
autre pour aller publier. Souvent lorsque mon regard passe dessus je me dis :
« Ah oui, les ricochets, il faudrait m’y remettre pourquoi pas… ».
Mais ça fait un moment cela dit que je n’ai plus cliqué par là.
Alors aujourd'hui j’ai couru
y faire un petit tour. C’est qu’ils sont bien vivants ces ricochets. Il y a
même des petits nouveaux comme Johann ou de grands anciens qui s’y mettent,
n’est-ce pas Gilda. Il y a des fidèles comme Thomas qui vient de boucler son
parcours, Samantdi qui progresse avec régularité, Cassymary à la belle énergie.
Et bien d’autres. Et chez tous il y a beaucoup d’émotion et quelques bien beaux
textes…
Quant à moi ? Il date
de quand mon dernier ricochet ? Je ne sais même plus. Je vais faire un
tour dans les archives. 21 juin ! Déjà ! Tant de temps passé !
Dernier texte le 5 juillet, un texte dans la marge qui s’appelle
« Ricochets en déshérence ». Il est là pour dire je suspends sans
fermer, je reviendrai peut-être.
Ça n’a pas été le cas
jusqu’à aujourd'hui.
Pourquoi est-ce que je me
suis coincé là ? Ce n’est pas par hasard sûrement. Je sais très bien ce dont
j’avais l’intention de parler pour 1992. Ce n’est pas spécialement difficile ni
douloureux. Mais ce malaise que je voulais évoquer, survenu lors d’un événement
assez dérisoire ne me concernant pas directement, dit assez par sa force et son
étrangeté qu’était touché un élément important pour moi, un nœud sûrement.
Je crois avoir su très vite,
dès lors que ce petit événement s’est produit et parce qu’il est resté toujours
présent à ma mémoire de quoi il retournait. J’ai eu l’impression, sans doute
fallacieuse d’ailleurs, d’avoir épuisé la question. Et comme il y a malaise à
l’évoquer sans gain prévisible de compréhension ou de redécouverte, je n’ai pas
eu envie d’y revenir.
Plus globalement avec ces
années, j’étais dans des années plates, enfin me semblant plates. A écrire
dessus j’avais tout simplement le sentiment que j’allais m’ennuyer.
Je me suis posé aussi la
question du sens choisi. Tout à coup je me disais, c’est absurde ce sens à
rebours, j’aurais bien mieux dû suivre la flèche du temps. L’après ne prend son
sens qu’éclairé par l’avant. Certes, mais ça c’est une considération valable
dans la restitution, au moment où j’aurais voulu lire le texte entier de son
alpha vers son oméga. Elle ne l’est pas au moment de l’élaboration, la plongée
vers le début, du plus proche vers le plus reculé, peut au contraire faire de
ricochet en ricochet surgir de belles surprises. Donc tout ça, c’est du
prétexte !
J’aurais pu aussi, et j’y ai
pensé, m’affranchir de toute consigne, jouer le temps dans l’anarchie, passant
d’un souvenir proche à un souvenir lointain et vice-versa. Mais j’aurais alors
sans trop de peine écrit les « années intéressantes » et puis il
serait resté de vastes plages de temps inabordées et condamnées pour le coup à
le rester.
Il y a autre chose aussi,
peut-être plus insidieusement démotivant. Mon premier ricochet 2006 c’était
« l’homme immobile » qui était une sorte d’injonction à ne plus
l’être. Les ricochets, travail du passé dans le présent n’étaient-ils pas là
aussi pour débloquer des vieilleries au creux de soi ? Or qu’écrirais-je
si je devais faire un ricochet 2007 car « l’homme immobile pas si immobile
que ça » fondamentalement l’est toujours ? Est-ce que vraiment on
peut changer ou bien est-ce que les récurrences, les répétitions sont toujours
les plus fortes, toujours triomphantes?
Ah là, là, c’est bien du
Valclair tout ça ! Toujours avec ses éternelles et tortueuses
questions ! Et si tout bêtement, tout simplement, je repensais au plaisir
que j’ai eu aussi à produire mes ricochets au delà de l’aspect laborieux qu’ils
ont parfois pris.
Alors ? Revient ?
Revient pas ? Je ne sais pas encore. Je crois plutôt oui. Ce ricochet 1992
au moins il faudrait que le fasse maintenant que j’ai alléché. Et après, c’est
à dire avant ? Nous verrons.
Merci Koz de m’avoir ainsi,
peut-être, donné l’envie de relancer la machine.
20 novembre 2007
Zapping temporel
Un blog ce n’est pas seulement sa surface au jour le
jour, c’est aussi sa profondeur, ce qui résulte peu à peu de l’accumulation
semaines après semaines, mois après mois, années après années de couches
successives d’écriture, un millefeuille de la vie.
Et pour moi ça commence à faire, voilà presque cinq
ans que je suis en ligne. Ce qui ne manque pas de déclencher un léger vertige.
Cinq ans déjà !
Je fais un tirage papier de mon journal tous les ans.
Ça me fait une grosse liasse par année, pour l’instant ce sont des feuilles
volantes dans une chemise, il faudrait au moins que je prenne la peine de les
relier. Mais de toute façon ce n’est que le texte, il n’y ni les photos, ni les
commentaires, ni bien entendu les liens. Il m’arrive de feuilleter. Le papier
certes c’est plus agréable pour une éventuelle lecture en continu. Mais
lirais-je jamais en continu ? Je ne pense pas. Redérouler le temps prend
vite un aspect angoissant, pour qui l’a écrit, pour qui l’a vécu, ramenant à la
figure du diariste la vanité de son entreprise, conserver l’inconservable,
arrêter le temps.
Par contre le zapping peut être agréable. Ça c’est la
magie des liens internes qui permettent de s’affranchir de la lecture linéaire,
d’ouvrir quasi simultanément plusieurs tiroirs du temps. On se fait ainsi à soi
même des clins d’œil mais parfois aussi quelques grimaces. Certaines anecdotes
ne nous disent plus rien, elles sont oubliées, en retrouver les mots n’y
changera rien. Dans d’autres cas le souvenir est encore là, tapi dans les
replis de la conscience, la lecture des mots peut en raviver l’image, ramener
plus fortement l’ambiance de l’instant. A moins que la lecture du texte écrit
sur le moment ne contredise au contraire le souvenir qu’on a gardé. Ah bon, ce
bouquin je l’avais perçu comme ça en le lisant, bizarre ! Tout est
possible, c’est ce qui crée les surprises et fait le charme de ce genre de
promenade à rebrousse temps.
En fait j’avais eu envie d’aller à la rencontre d’un
tout début. Je voulais retrouver quelque chose du moment où avait commencé de
se construire ce qui allait devenir une certaine blogobulle. C’était là. Je me
revois très bien dans ce café, attendant, avec l’inévitable pointe d’angoisse
de ce genre de situation, je revois très bien l’arrivée de celle que
j’attendais, son mouvement pour s’asseoir, son sourire, la façon dont les uns
les autres on s’est reconnus, le tour de chant lui-même, la jolie dame discrète
qui nous observait, le pot pris tous ensemble ensuite... Et de là j’ai eu envie
d’aller ici, à cette soirée qui fut le grand moment de cette blogobulle. Bien
des blogs dont elle se nourrissait ont disparu ou sont en sommeil. Qu’importe,
ce furent de très jolis moments qui restent pour eux-mêmes et il en reste des
amitiés oh combien vivantes, oh combien précieuses.
De là j’ai filé à mes tous débuts, retrouvant avec un
zeste d’émotion mes premiers balbutiements en ligne. Je dis toujours :
j’ai commencé à écrire en ligne au 1° janvier 2003. Vrai et faux. Tout était
prêt mais il m’a fallu presque un mois pour oser faire le clic décisif,
permettant de basculer dans l’océan extérieur, vers ce vaste monde qu’on
n’appelait pas encore la blogosphère. Et il m’a fallu encore une bonne
quinzaine pour commencer à me donner un peu de visibilité en osant m’inscrire à
la CEV.
Evidemment une fois rendu là-bas, dans ce vieux temps
du diarisme en ligne, je ne pouvais qu’avoir envie de cliquer sur les liens de
l’époque. La plupart évidemment mènent au vide. Pas tous. Ils permettent alors
d’entrer dans le temps passé d’autres diaristes, certains qui ont déserté leur
espace, d’autres qui sont toujours actifs.
Certaines préoccupations ne changent pas. Fixer le
temps déjà disait Eva. Elle le dit toujours, je le dis toujours, nous savons
parfaitement que la tentative est vaine, c’est là peut-être notre névrose
commune à nous tous diaristes au long cours, que nous soyons de papier ou de
clavier.
Amusant un moment cette plongée. Il ne faut pas en
abuser. La rétrospection ne vaut que pour enrichir le présent. Allez, j’ai des
mails à écrire pour préparer demain…
16 novembre 2007
Fatigue
Je suis rentré étrillé du
boulot ce soir.
Mon planning a fait que
contrairement à l’habitude où je travaille à portée de pied de mon domicile
j’avais comme par hasard hier et aujourd'hui deux journées de travail lourdes
et impliquantes en elles- mêmes et situées de surcroît à l’autre bout de Paris.
J’ai donc fait en surplus
d’un horaire déjà chargé une bonne heure de vélo dans chaque sens. Et encore il
faisait très beau, quoique froid et d’un certain côté c’était presque un
plaisir. Mais ce n’était pas la même chose que le vélo promenade des dimanches,
c’était une circulation difficile, tendue, impliquant de louvoyer entre les
bagnoles au milieu des gaz d’échappement, il n’y a pas partout des pistes
cyclables…
Et pourtant ce n’était
qu’une heure de vélo ! Je mesure mon privilège quand je pense à ceux qui
habitent de lointaines banlieues et qui sont contraints quotidiennement,
indépendamment de toute grève, à passer de longues heures dans les transports.
Et je comprends qu’ils puissent enrager à galérer encore plus en ce moment.
Aujourd'hui j’animais une
formation. Je devais avoir douze personnes, je n’en ai eu que six. Je me
doutais bien qu’il y aurait des manquants mais autant c’est très gênant pour la
suite. Je m’étais fait un point d’honneur à être à l’heure par respect pour
ceux qui allaient tenter de venir même si nous n’avons finalement démarrés
qu’avec beaucoup de retard.
Non décidément ça ne colle
plus ces formes de lutte ! Je dis cela indépendamment même de ce pourquoi
les gens se battent et qui mériterait sérieusement d’être questionné, j’avais
dit mon opinion là-dessus déjà ici. Je comprends cela dit tout à fait
l’exaspération des minorités combatives qui portent le mouvement car il y a en
effet dans ce gouvernement un tropisme tellement fort vers les plus riches
qu’il est inévitable de susciter la colère. L’alignement, justifié, des régimes
de retraite ne peut se faire sans réaction violente quand par ailleurs on fait
des cadeaux fiscaux mirifiques et qu’on triple l’argent de poche du président.
Mais cette exaspération je ne peux l’approuver. Ce à quoi elle conduit n’est
plus acceptable. La démocratie dite formelle l’est bien plus que la démocratie
des AG, on a rêvé des soviets, on sait où ils ont conduits.
Pour moi la vraie question
c’est comment se fait-il que ce pays, que cette société n’ait pas été capable
de produire une offre politique telle que Sarko ait pu être battu, comment sa
fait-il que ne puisse s’y structurer des forces capables d’adapter tout en
préservant ou en confortant ce qui doit l’être ?
Je ne me reconnais plus,
mais plus du tout dans les combats de la gauche radicale.
Ça fait des années que c’est
comme ça mais c’est drôle j’ai toujours un peu de mal à l’admettre et à le
dire.
Comme s’il y avait toujours à
difficulté à vraiment faire un deuil pourtant accompli depuis des années.
Comme si j’avais une gêne à m’assumer
comme le social démocrate que je suis.
En tout cas je suis rentré
pompé et un peu déprimé de ces deux journées.
Et, résultat des courses, je
suis resté à la maison alors que j’avais la possibilité d’un sympathique dîner
de blogueurs ce soir, j’aurais bien mieux fait de me secouer pour y aller
plutôt que d’écrire ces mots grise-mine mais je n’ai pas eu le courage de
réenfourcher mon vélo dans la nuit et le froid une heure après être rentré ou
d’affronter les attentes pour avoir de rares métros.
Allez je crois que ça va
être dodo rapido, non sans la lecture d’abord de quelques pages d’un bon livre,
à moins que je ne m’endorme dessus à peine l’aurais-je ouvert.
13 novembre 2007
Cas d'école
Bien sûr le blog c’est de la
communication même si au début je pouvais m’imaginer que ce n’était que de
l’écriture pour moi juste déposée dans un espace abstrait, sous les yeux d’un
lectorat lointain et anonyme, sans que ça porte à conséquence.
C’est de l’écriture pour soi
et c’est de la communication, indissociablement.
Et c’est dans la tension
entre ces deux sources que l’écriture doit trouver son chemin, ce qui est
parfois bien compliqué voire périlleux.
Je me suis posé de nouveau ces
questions ces derniers jours et j’ai envie de revenir dessus.
Quand en Bretagne j’ai écrit
le texte « Ambivalence » il est sorti comme une évidence, expression
d’une contradiction ressentie au plus profond. Déjà en l’écrivant puis ensuite
en me relisant je me suis demandé si ce billet allait être pour la mise en
ligne ou pour moi seul, pour le hors ligne rassurant de mon fichier word, tapi
au fond du disque dur de mon ordinateur. Je n’ai pas biaisé son écriture par
cette pensée, je me suis dit, je verrai, je déciderai une fois qu’il sera
écrit. Ce billet je le juge difficile pour l’extérieur parce qu’il me montre
pataugeant dans les mêmes contradictions mille fois dites, parce qu’il peut
donner lieu à de mauvaises interprétations, parce que surtout il met sur la
place publique (enfin, la placette, ne nous exagérons pas la portée de nos
mots !) des éléments relationnels qui ne concernent pas que moi, qui
concernent aussi Constance laquelle est, quoique de façon très soft et
distanciée, mise en quelque sorte en ligne à son insu.
Donc j’ai d’abord penché
pour garder ce billet hors ligne. Mais je réalise que le hors ligne, le hors
communication m’intéresse de moins en moins. Je suis passé par-dessus ma gêne.
Je ne le regrette pas. Je le sens juste ce billet, authentique, il contribue au
portrait qui finalement se trace de moi de fragments en fragments, de facettes
en facettes, portrait bien sûr toujours irrémédiablement partiel et incomplet.
Qu’Ondine avec discrétion écrive en commentaire « touchée plus que je ne
voudrais l’admettre » à soi seul justifierait à mes yeux sa publication
car je me doute bien qu’au-delà d’elle qui s’exprime, ce texte comme beaucoup
qui sont dans le registre dit intime, fait écho de façon personnelle chez
d’autres qui restent silencieux.
Il y aurait aussi la
possibilité, que certains utilisent, du blog bis, réfugié dans un anonymat
mieux défendu, à l’écart du signalement des blogroll, dont l’adresse ne serait
donnée qu’à quelques personnes avec lesquelles se sont nouées des relations de
confiance et où ne viendraient de surcroît que des passants de hasard. Cette
solution intermédiaire ne m’a jamais tentée, il me semble qu’elle crée plus de
problèmes qu’elle n’en résout, ce serait rajouter encore une couche, encore un
niveau de lecture, alors que je vise à construire, à affirmer l’unité de ma
personne au-delà des facettes que j’en donne dans la blogovie, dans la vie
quotidienne ou dans mon personnage social.
Alors sans trop me
compliquer la vie j’ai publié, avec simplicité et sans fausse pudeur.
Mais et c’est ça qui est
intéressant, j’ai éprouvé, sachant que j’allais publier, le besoin d’écrire
aussi l’entrée « Beau temps ». Comme s’il y avait besoin d’une sorte
d’atténuation à ce que j’avais pu écrire quelques jours plus tôt, besoin de dire
« voyez ce n’était pas si mal, ce « côte à côte » tout de même
c’est important ». Ce n’est pas du tout une entrée fausse ou forcée, elle
est authentique, c’est bien ce que j’ai ressenti, mais je ne suis pas sûr que
j’aurais écrit ces quelques mots, en eux-mêmes sans grand intérêt, s’il n’y
avait pas eu cette motivation de compléter l’entrée précédente. J’ai pu sans
doute publier « Ambivalence » parce que pour le lecteur le complément
en serait déjà là au moment même où il en prendrait connaissance, puisque,
éloignement d’internet oblige, mes trois billets de vacance auront été mis en
ligne au même moment.
Ce qui complique encore les
choses, c’est que cette communication est forcément multi adressée. Je le vois
bien si j’analyse à qui « s’adresse » mon récent billet « auprès
de… » : à la blogosphère large à laquelle j’ai plaisir à redonner
accès à ces textes que j’aime bien sur l’amitié amoureuse, à mes blogamis
auxquels je donne de mes nouvelles comme on le faisait parfois autrefois dans
certaines familles par les lettres collectives, à mes plus proches de la
blogobulle qui eux mettront des noms et des visages et des affects sur ma chère
brune et ma chère blonde, à celle enfin qui pour l’heure occupe le plus mes
pensées. L’écriture vient dans l’authenticité, il n’y a pas en elle un mot de
faux, mais tandis que je l’écrivais et de façon inconsciente tous ces
destinataires là étaient présents dans les replis de mon cerveau contribuant à
générer tel mot plutôt que tel autre. Et sans parler d’autre chose encore, un
poil plus pervers pour le coup, l’idée que quelque part peut-être on allait
légèrement « bisquer » à cette lecture, comme on dit gentiment dans
mon pays.
Mais tout ça aussi, surtout,
avec ce paradoxe majeur, terrible qui paraît invraisemblable mais qui est
pourtant, cette incongruité étrange qui fait que les seuls exclus sont ceux
dont on partage le quotidien !
Pessin l’avait très joliment dit en trois traits de crayons (et encore il aurait pu écrire : « je peux savoir ce que tu racontes sur moi ? (ou sur nous), ça en aurait été encore plus percutant !
12 novembre 2007
Un soupçon de Paris
Paris a ceci de merveilleux
qu’il offre toujours des surprises et que si une activité prévue ne se révèle
pas possible il se trouvera bien au coin d’une rue quelquechose d’inattendu
pour remplacer ce qui s’est dérobé.
Le temps ne semblait pas
vouloir être mauvais ce dimanche en début d’après-midi, j’ai enfourché mon
vélo, en route vers le Marais avec l’idée d’aller à la Maison Européenne de la
Photographie. J’aime bien ce lieu, bien adapté à un temps disponible assez
limité. Le fait qu’y soient présentées en même temps plusieurs expositions
courtes permet d’appréhender plusieurs facettes de la création, plusieurs
mondes en un temps restreint. Seulement j’avais oublié un petit détail, nous
sommes le onze novembre, lequel, comme chacun sait, est un jour férié, ce qui
dans la mesure où nous sommes aussi dimanche m’était tout à fait sorti de la
tête. Et la Maison de la Photo était bel et bien fermée, je n’étais pas le seul
à y débarquer et à me demander pourquoi avant de prendre conscience de la date.
Un peu dépité je me suis
demandé où aller à la place. Je n’avais pas d’envie précise. Alors je me suis
contenté de musarder au gré des rues.
Je suis passé sur le Pont
Saint Louis, lieu merveilleux s’il en est, cœur du cœur de Paris, donnant sur
les îles, l’Hôtel de Ville, le chevet de Notre-Dame. Nous y fumes l’autre jour
n’est-ce pas, dame blonde, mais un bisolet glacé nous a empêché d’en jouir.
Aujourd'hui il faisait moins clair mais plus doux. Il y avait, comme souvent le
week-end, des musiciens ou d’autres saltimbanques en pleine action sur le pont.
Bien souvent c’est gentillet sans plus. On s’arrête quelques minutes, on hume
l’ambiance et basta. Mais aujourd'hui il y avait un groupe de jazz vraiment
bon, les types semblaient si bien ensemble, si heureux de jouer, que c’en
était, au-delà même de la qualité de la musique, un vrai bonheur qui se
communiquait sans peine aux promeneurs nombreux, piétons, cyclistes, skaters,
communiant dans une joyeuse et swinguante ambiance. J’ai arrimé mon vélo moi
aussi. Je me suis posé. Je suis resté là presque une heure. C’était un vrai
concert gratuit. Quel lieu pour chanter « I love Paris » !
Manifestement ces types ont
du métier, ce sont nettement plus que des amateurs et apparemment ce pont est
un de leur lieu de show traditionnel mais personnellement je ne les avais
jamais croisés. Ils distribuaient leur carte : « The Buddy DiColette
Band ».
On peut les retrouver là :
Il y a eu, après qu’ils
aient terminé leur session, un coup de soleil magnifique sur fond de ciel très
noir. Le temps de ressortir mon appareil photo c’était déjà éteint. Il ne m’est
plus resté qu’à reprendre mon vélo vite fait et à pédaler sans mollir pour
arriver à la maison sans être trop trempé, un peu quand même…
Mais ces gars ont su me mettre un joli rayon de soleil dans le cœur ce qui, en l'occurrence, n'était pas mal venu.
10 novembre 2007
Auprès de ma brune, auprès de ma blonde
A peine étais-je rentré de Bretagne
que, coup sur coup, dans le temps bref d’un jour et de son lendemain, j’ai
repris de vive voix et de visu au cours d’un dîner et d’un déjeuner en tête à
tête les plus chères de mes « correspondances » en cours que mon
départ m’avait fait laisser de côté.
Evidemment après ce moment
de vacances, si paisible, si étal, beau par certains côtés mais tellement
éteint sur le plan des sentiments c’était remettre mon cœur en mouvement,
l’ouvrir à nouveau aux émotions.
Bien sûr ce n’est pas
« ma » brune pas plus que ce n’est « ma » blonde et
d’ailleurs que viendrait faire là ce « ma » méchamment possessif. Non
elles sont tout simplement adorables toutes les deux, non pas adorables comme
ça, en général, elles sont adorables pour moi, je veux dire que je les adore.
L’une comme l’autre me font battre le cœur, sur des tempos certes forcément différents,
chargés d’envies, d’espérances, de rêveries différentes. Et j’aime à sentir
entre elles un lien invisible et puissant qui, il me semble, charge en surplus
à mes yeux chacune d’une part de l’aura de l’autre.
J’avais en son temps parlé
d’amitié amoureuse ici et là puis j’avais préféré mettre le terme au pluriel. Oui le
pluriel s’impose pour ce concept pour dire les formes tellement diverses que
ces amitiés amoureuses peuvent prendre, les trajectoires différentes dans
lesquelles elles s’inscrivent.
Tout ça c’est de la vie,
tout simplement et c’est pour ça que c’est si beau.
07 novembre 2007
Beau temps
Après une journée nuageuse
mais douce hier et qui n’a pas empêché une longue promenade un peu plus
lointaine le long d’une ria morbihannaise, de nouveau je sens que se prépare
une journée somptueuse, une fois que sera dissipée tout à fait la brume du
matin. De ma fenêtre déjà je contemple avec gourmandise cette lumière encore
tendre, la plage qui s’éclaire et la mer…
Mes écritures, mes lectures
prévues pendant ces vacances n’ont pas avancées autant que je l’aurais voulu,
mais je ne m’en plains pas.
Marcher et marcher côte à
côte, ne serait-ce que côte à côte, c’est du bonheur et c’est tout de même un
partage.
On prépare le sac à dos, le
pique-nique et, hop, en route…
Ah, là, là, cette Bretagne où, c’est bien connu, il ne fait que pleuvoir !
(Les photos bien sûr sont cliquables pour être vues en grand)
(Ecrit le 5 novembre)








