21 janvier 2008
Au delà de la tolérance
Un récent billet de
Coumarine racontant une anecdote à propos de jeunes filles voilées ainsi que le
portrait que donne le Monde d’Irshad Manji, une musulmane qui milite pour un
Islam libéral, me donnent envie de rebondir sur ces sujets.
D’abord bravo à Coumarine
qui, en prenant sur elle, par son calme, par sa persévérance, a réussi malgré
la résistance initiale à imposer de la communication et de l’échange à cette
jeune fille qui s’était d’abord réfugiée dans une attitude d’hostilité
agressive.
Sans communication rien ne
serait possible. Pour lancer la communication il est nécessaire d’accepter
l’autre dans ce qu’il est, de prendre en compte sa position. La tolérance est
une valeur fondamentale, préalable au fait de pouvoir éventuellement
convaincre. Ce n’est pas l’affrontement à priori qui permet l’évolution,
celui-ci au contraire cristallise et fige les oppositions.
Mais il n’empêche !
Tout en disant cela il me semble juste, indispensable, de poser aussi qu’on ne
peut en ces matières se contenter de la tolérance, qu’il faut aussi, par les
moyens qui conviennent et qui certes ne sont pas faciles à trouver, tenter de
débattre et lutter contre cette régression que représente le développement du
port du voile et tout ce qu’il symbolise.
Bien sûr ce n’était pas
l’objet du billet de Coumarine comme elle me l’a dit justement en réponse à ma
réaction. Mais j’ai été étonné tout de même qu’aucun des commentaires déposés
avant le mien n’évoque un regret, une tristesse, une douleur même face à cette
progression du voile que je perçois moi comme le symbole d’une régression
catastrophique. Les commentaires bien souvent ont justement cette fonction
d’élargir un sujet, d’évoquer au moins incidemment d’autres dimensions ou
développements possibles. Or il n’y a guère eu d’allusions à cet aspect des
choses. Comme si ne comptait plus que la tolérance. Comme si cette augmentation
du nombre de jeunes femmes portant le voile était sans importance et considérée
comme un fait inévitable auquel il fallait seulement s’habituer, qu’il fallait
apprendre à tolérer.
On pensera peut-être que je
suis un laïcard un peu obtus. Pourtant par rapport à ce que je pensais
autrefois je suis devenu bien plus tolérant à l’égard des religions, j’accepte
la foi des personnes que je croise, je ne prends pas à la légère les recherches
spirituelles que certains entreprennent et suis capable de les approcher en
empathie. Mais je sens en même temps, et la période présente m’y incite encore
plus, qu’on ne peut être seulement passif devant les débordements et offensives
des curés de tout poil.
Il y a le voile bien sûr
mais il y a aussi l’arrogance papale (il a l’air encore pire que le précédent,
faut le faire quand même !), il y a la place que prend la religion et là
aussi sous ses pires aspects dans les élections américaines, il y a notre
président bling-bling qui saupoudre son goût du luxe et du paraître de quelques
coups de goupillon et bien d’autres choses dont les gazettes sont pleines.
Et j’ai parfois un peu peur
que les discours bien intentionnés de certains sur la tolérance conduisent à
baisser la garde et à renoncer au combat contre ce que les religions entraînent
d’aliénation. On cède au nom de la tolérance, mais en réalité plutôt à cause
des chantages développés par les courants les plus extrémistes et les plus
réactionnaires des diverses religions qui eux ne se privent pas d’être à
l’offensive.
Je m’en attriste surtout
lorsque ça conduit à ne pas apporter le soutien et l’écho qu’ils seraient en
droit d’attendre à ceux qui tentent d’affirmer leur liberté soit qu’ils soient
en rupture avec leur religion, soit qu’ils tentent de faire bouger les choses
de l’intérieur.
Je pense à cette députée
néerlandaise d’origine somalienne que tout le monde ou presque au Pays Bas a
été trop content de laisser partir aux USA parce que son action déterminée
gênait. Je pense à Irshad Manji cette jeune femme que j’évoquais au début de ce
billet et qui m’a donné envie de l’écrire. Je n’avais jamais entendu parler
d’elle pas plus je pense que la plupart d’entre vous. Son combat mérite
pourtant d’être soutenu et relayé. Il semble qu’il ait un certain impact dans
les pays arabes grâce à internet notamment. C’est ce genre de démarche de
l’intérieur qui a des chances (quelque petites chances !) de contrebalancer
les offensives des intégristes de tous poils et qui peut faire pièce aussi aux
discours réactionnels instrumentalisés par l’extrême droite qui, au prétexte de
l’anti-islamisme, développent xénophobie et racisme. A ce double titre, il me
semble qu’au delà des simples attitudes de respect et de tolérance, il y a
urgence à appuyer le combat de ces femmes courageuses.