Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

25 janvier 2008

Une jolie après-midi

Dans la grisaille de l’hiver, irruption aujourd'hui d’un soleil doux…

Quittant le bureau à midi (ah j’aime l’arrivée de ce précieux vendredi après-midi, où je ne travaille (presque) jamais, ce moment de ma liberté), j’ai filé au marché avant qu’il ne remballe pour faire quelques courses en prévision de certaines agapes à venir puis j’ai troqué mon lourd manteau pour un blouson léger et hop, en route, direction le Marais et la Maison Européenne de la Photographie où j’ai été voir la nouvelle série d’expositions en cours. J’adore vraiment ce lieu et cette confrontation de regards que permet la tenue en même temps de plusieurs petites expositions très diversifiées :

Les paysages urbains tout en frontalité de Jean-Christophe Ballot, puissance des lignes et des formes…

Peter Knapp entre composition/décomposition picturale et portraits de mode…

Une plongée dans le temps à travers le magazine Réalités, magnifiques images de la France et du monde entre 1950 et 1980, et des textes aussi exprimant l’air du temps, c’est à la fois si vieux, si loin et si proche, j’y étais gamin, comme ces gamins qu’on voit jouer dans les parcs…

Le japonais Shoji Ueda aux compositions très originales, depuis des paysages presque abstraits jusqu’à des mises en scènes étranges, flirtant avec le surréalisme, de personnages figés sur des dunes…

Et puis Boubat. Ce type de photo est plus facile à appréhender, plus consensuelle mais pourquoi bouderait-on son plaisir. C’est la vie toute simple admirablement saisie, l’homme y est présent à sa juste place dans le cadre qui l’environne et semble en harmonie. Boubat saisit les petits bonheurs de la vie et parfois les transfigure notamment grâce à la façon dont il accroche la lumière sur ses sujets. « Photographier, disait-il, c’est exprimer une gratitude ». Ça se sent et c’est magnifique !

J’ai marché au retour sur les quais jusqu’à Bercy. Sur la rive droite j’ai pu profiter encore du soleil tandis qu’en face l’ombre était déjà tombée. La voie sur berge à mes pieds bouchonne, le flot de bagnoles s’écoule laborieusement vers la banlieue et on s’en prend plein les bronches. Ah si cette voie, piétonne la plupart des dimanches, le devenait de façon permanente, quelle magnifique promenade ce serait, je me prends à rêver de Paris sans voiture…

Et cela ravive encore les envies d’espace, de nature, de blancheur et de neige qui me titillent depuis quelques jours. Je crois bien qu’une certaine balade virtuelle y a contribué ! Les charmes de mon beau Paris n’y feront rien. Ça fait plusieurs années que nous n’avons pas été en montagne l’hiver et depuis deux-trois jours je farfouille chez les voyagistes. Moi qui suis habituellement champion de l’indécision, je me suis secoué ce soir, j’ai laissé de côté mes atermoiements habituels et, non sans forcer un petit peu la main à Constance (mais je suis sûr qu’au final elle sera ravie), je viens à l’instant de prendre une réservation pour une rando à raquette dans les montagnes bulgares pendant ma semaine de vacances de début mars.

Y a pas, une après midi agréable, des émotions esthétiques, un petit rayon de soleil, ça booste…


Boubat

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23 janvier 2008

Jungle capitaliste et tendresse au désert

J’ai vu le week-end passé deux films on ne peut plus dissemblables mais que je vous recommande l’un comme l’autre.

D’abord « It’s a free world ». C’est du Ken Loach pur jus, pas vraiment réjouissant (euphémisme !), miroir sombre, partiel sans doute, mais malheureusement réaliste de notre société. Comme d’habitude, la mécanique est impeccable, décrivant sans fioriture comment le système social brise et déshumanise. Il montre comment Angie, une jeune femme qui est d’abord une victime est conduite à passer de l’autre côté et à devenir à son tour une exploiteuse qui de fil en aiguille, ne reculera devant aucun moyen pour arriver à ses fins. Chaque séquence, selon une progression implacable en entraîne une autre qui fait plonger un peu plus. Cela dit il reste une place au libre choix humain comme le montre l’associée d’Angie, capable, elle, de s’arrêter avant d’aller trop loin. Mais ce n’est pas ce qui ressort, elle n’est qu’une comparse qui s’échappe, c’est bien Angie et son évolution qui est le centre du film et auquel on n’échappe pas. Le rythme du film ne se relâche jamais, nul moment d’échappatoire ou de respiration, le cinéaste sait où il veut aller et ne s’embarrasse pas de digressions. On sort donc du film content de l’avoir vu mais un peu groggy et avec l’estomac noué

C’est un film très actuel, très explicite sur les ravages des modes de fonctionnement du capitalisme le plus contemporain, en un temps où ont largement disparues les solidarités qui rendaient possibles d’autres modes d’affirmations, celles qu’aurait pu porter le père d’Angie par exemple qui assiste avec tristesse et résignation à l’abandon par sa fille de toutes les valeurs auxquelles lui croyait. Il y a eu des films de Loach évoquant le temps du thatchérisme, celui-ci colle au capitalisme d’après Blair. Un peu comme dans les livres de Jonathan Coe « Le cercle fermé » prolonge « Bienvenue au club » et le met au diapason de l’époque


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L’autre film, « La visite de la fanfare », n’est pas bien gai non plus à priori. Il raconte l’odyssée d’une fanfare égyptienne, venue jouer en Israel mais égarée par mégarde dans une bourgade improbable qui n’a de commun avec celle dans laquelle le groupe devait se produire qu’une proximité de nom, source de la méprise. Les musiciens vont passer la soirée et la nuit dans la petite ville du bout du monde où il ont abouti, assoupie au bord du désert, suant l’ennui et la désoccupation. Ils y sont accueillis grâce à Dina une jeune femme à la fois solitaire et triste mais merveilleusement tonique et vivante qui voit là aussi une façon de briser l’ennui du quotidien. La confrontation entre les joueurs de la fanfare et leurs hôtes israéliens donne lieu à des scènes pleines de poésie et d’humour où, au delà des distances culturelles, au-delà de la gêne, de la réserve des uns et des autres, passent de beaux moments de tendresse. On sent qu’une improbable histoire d’amour pourrait s’amorcer entre l’accueillante hôtesse et le Tewfik le chef de la fanfare, au-delà des histoires douloureuses dont ils sont tous les deux porteurs. Mais ils passent à côté, la détresse de Tewfik est sans doute trop profonde pour qu’il puisse accueillir un amour et il se retire, laissant un de ces jeunes collègues réchauffer pour la nuit la belle Dina. Tout ça pourrait être triste et ça l’est d’ailleurs. Mais pourtant on ressort du cinéma plutôt tonifié, requinqué, parce qu’il circule une telle tendresse entre les personnages qu’on en est baigné à notre tour. Du moment manqué Dina et Tewfik garderont au fond d’eux-mêmes des regrets sans doute mais sûrement aussi le souvenir de moments de grâce, une grâce fragile, juste ébauchée, mais si forte, à l’image de ces petits gestes de la main qu’ils se font en se quittant. Le film est largement porté par Ronit Elkabetz, actrice formidable, magnifique porteuse de vie.

Je m’interrogeais en sortant sur mon rapport aux beautés de cinéma. Comme dans la vie la beauté prend sa force non dans le seul aspect physique mais dans tout ce que porte la personnalité de l’actrice et du rôle qu’on lui fait jouer. Angie est fort belle et sexy mais à nul moment je n’ai ressenti d’élan vers elle alors que je me suis très vite senti un peu amoureux de Dina. Mon bonheur à ce film vient de là aussi. J’aime me sentir un peu amoureux des actrices. De l’émotionnel positif se met à circuler en moi et m’irrigue, on se prendrait à vouloir jouer « La rose pourpre du Caire ». On sait que ce n’est qu’image sur un écran, que l’illusion de présence va s’effacer mais il y aura eu cet élan qui fait sentir le battement de la vie et du désir en soi. Peut-être est-ce l’élan qui compte plus que l’aboutissement, me disais-je, en pensant à la vie réelle...


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21 janvier 2008

Au delà de la tolérance

Un récent billet de Coumarine racontant une anecdote à propos de jeunes filles voilées ainsi que le portrait que donne le Monde d’Irshad Manji, une musulmane qui milite pour un Islam libéral, me donnent envie de rebondir sur ces sujets.

D’abord bravo à Coumarine qui, en prenant sur elle, par son calme, par sa persévérance, a réussi malgré la résistance initiale à imposer de la communication et de l’échange à cette jeune fille qui s’était d’abord réfugiée dans une attitude d’hostilité agressive.

Sans communication rien ne serait possible. Pour lancer la communication il est nécessaire d’accepter l’autre dans ce qu’il est, de prendre en compte sa position. La tolérance est une valeur fondamentale, préalable au fait de pouvoir éventuellement convaincre. Ce n’est pas l’affrontement à priori qui permet l’évolution, celui-ci au contraire cristallise et fige les oppositions.

Mais il n’empêche ! Tout en disant cela il me semble juste, indispensable, de poser aussi qu’on ne peut en ces matières se contenter de la tolérance, qu’il faut aussi, par les moyens qui conviennent et qui certes ne sont pas faciles à trouver, tenter de débattre et lutter contre cette régression que représente le développement du port du voile et tout ce qu’il symbolise.

Bien sûr ce n’était pas l’objet du billet de Coumarine comme elle me l’a dit justement en réponse à ma réaction. Mais j’ai été étonné tout de même qu’aucun des commentaires déposés avant le mien n’évoque un regret, une tristesse, une douleur même face à cette progression du voile que je perçois moi comme le symbole d’une régression catastrophique. Les commentaires bien souvent ont justement cette fonction d’élargir un sujet, d’évoquer au moins incidemment d’autres dimensions ou développements possibles. Or il n’y a guère eu d’allusions à cet aspect des choses. Comme si ne comptait plus que la tolérance. Comme si cette augmentation du nombre de jeunes femmes portant le voile était sans importance et considérée comme un fait inévitable auquel il fallait seulement s’habituer, qu’il fallait apprendre à tolérer.

On pensera peut-être que je suis un laïcard un peu obtus. Pourtant par rapport à ce que je pensais autrefois je suis devenu bien plus tolérant à l’égard des religions, j’accepte la foi des personnes que je croise, je ne prends pas à la légère les recherches spirituelles que certains entreprennent et suis capable de les approcher en empathie. Mais je sens en même temps, et la période présente m’y incite encore plus, qu’on ne peut être seulement passif devant les débordements et offensives des curés de tout poil.

Il y a le voile bien sûr mais il y a aussi l’arrogance papale (il a l’air encore pire que le précédent, faut le faire quand même !), il y a la place que prend la religion et là aussi sous ses pires aspects dans les élections américaines, il y a notre président bling-bling qui saupoudre son goût du luxe et du paraître de quelques coups de goupillon et bien d’autres choses dont les gazettes sont pleines.

Et j’ai parfois un peu peur que les discours bien intentionnés de certains sur la tolérance conduisent à baisser la garde et à renoncer au combat contre ce que les religions entraînent d’aliénation. On cède au nom de la tolérance, mais en réalité plutôt à cause des chantages développés par les courants les plus extrémistes et les plus réactionnaires des diverses religions qui eux ne se privent pas d’être à l’offensive.

Je m’en attriste surtout lorsque ça conduit à ne pas apporter le soutien et l’écho qu’ils seraient en droit d’attendre à ceux qui tentent d’affirmer leur liberté soit qu’ils soient en rupture avec leur religion, soit qu’ils tentent de faire bouger les choses de l’intérieur.

Je pense à cette députée néerlandaise d’origine somalienne que tout le monde ou presque au Pays Bas a été trop content de laisser partir aux USA parce que son action déterminée gênait. Je pense à Irshad Manji cette jeune femme que j’évoquais au début de ce billet et qui m’a donné envie de l’écrire. Je n’avais jamais entendu parler d’elle pas plus je pense que la plupart d’entre vous. Son combat mérite pourtant d’être soutenu et relayé. Il semble qu’il ait un certain impact dans les pays arabes grâce à internet notamment. C’est ce genre de démarche de l’intérieur qui a des chances (quelque petites chances !) de contrebalancer les offensives des intégristes de tous poils et qui peut faire pièce aussi aux discours réactionnels instrumentalisés par l’extrême droite qui, au prétexte de l’anti-islamisme, développent xénophobie et racisme. A ce double titre, il me semble qu’au delà des simples attitudes de respect et de tolérance, il y a urgence à appuyer le combat de ces femmes courageuses.

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19 janvier 2008

Marasme d'écriture:

Je commence un billet que je ne termine pas. Tout en commençant à l’écrire l’idée d’un autre voire d’un troisième, surgit qui me paraissent plus appropriés à mon humeur, plus proches de moi dans le présent immédiat. Je pose des mots, des bouts de phrase, je vois si la mayonnaise prend ou pas. Ça ne prend pas. Alors je pédale dans la choucroute de mon indétermination d’écrire…

D’autres fois le sujet est bien engagé mais bataillent en moi la phrase brute pour moi seul et celle à donner en partage mais qui nécessite le recours à l’allusion ou dans laquelle le souci de la forme peut inconsciemment entraîner un gauchissement du sens. Les mots parfois prennent leur vie autonome. Au point que moi-même je ne sais plus exactement où je suis, si je suis dans l’authenticité ou dans une forme inconsciente de travestissement. Les mots qui normalement sont là pour éclairer finissent par embrouiller...

Dilemmes habituels du diariste, mille fois rencontrés !

J’écris ? Je n’écris pas ? J’écris quoi ? J’écris pour qui ?

Compliqué ! pesant ! déstabilisant !

L’autre nuit par exemple, tandis que j’insomnisais, j’ai commencé à jeter des mots sur mon carnet qui ont fini par être l’amorce possible de trois billets.

L’un voulait évoquer Clara Rojas, je voulais parler de cette parenthèse terrifiante dans laquelle elle a été maintenue, et de la vie et de l’amour qui ont pu s’immiscer pourtant dans cette parenthèse, au point qu’elle puisse aller jusqu’à ce terme du don de vie qu’est l’enfantement et je trouvais que, dans son horreur, c’était une belle histoire…

Un autre billet potentiel s’acharnait à essayer de rendre compte de lectures récentes mais déjà éloignées, je voulais parler de « Mal de pierre » de Milena Angus (j’ai beaucoup aimé) et « Des dames de nage » de Bernard Giraudeau (j’ai été agacé, joliesse littéraire et clichés exotiques), je voulais essayer de dire pourquoi l’un était fort et pourquoi l’autre ne l’était pas...

J’ai oscillé un moment entre le premier et le second billet et les mots venaient mal pour l’un comme pour l’autre. J’ai commencé à ressentir mon effort comme un pensum. Que faisais-je vraiment en tentant d’écrire ça ? Pourquoi voulais-je m’acharner ? N’étais-je pas seulement dans la volonté d’alimenter le blog, ce soiffard, qui en veut toujours plus ? Pas de vraie nécessité intérieure à mon écriture sinon celle d’écrire le billet qui fera bien dans le paysage, la petite pensée sensible ou la note culturelle gentillette. Pouah ! De là j’ai commencé à écrire au plus près, dans l’immédiat de ce malaise ressenti. Ça non plus, ça ne voulait pas décoller, impression d’éternelles redites, de récurrences sans intérêt. Pensées de l’impasse de l’écriture intime, celle du blog comme celle du cahier secret. Névrose de l’écriture ! Aucun de ces billets sur le moment n’a abouti. J’ai fini par me rendormir dans le malaise.

Contrairement à d’autres fois, l’effort d’écriture ne m’a pas apaisé. Au contraire le marasme d’écriture a contribué au marasme général. Dans ces cas là il vaudrait mieux s’abstenir ou mettre l’écriture à distance.

Ou alors il faudrait pouvoir écrire tout à fait autrement, tout à fait autre chose, tout à fait ailleurs. Tentation de la fiction ! Le plaisir des mots et de la créativité sans l’encombrement des nœuds de soi, ou plutôt en les dépassant, en les sublimant…

Ce matin je me sens au contraire plus pétillant. Porté sans doute par une lecture tonifiante qui me fait du bien, dont je reparlerai sûrement et aussi par une perspective plaisante pour la suite de ma journée. J’ai repris du coup sans peine ce malaise de l’autre nuit, y compris en réutilisant les mots que j’avais commencé à écrire sur le moment (donc finalement ils n’ont pas été tout à fait vains). Ça donne ce billet, que je sens juste, conforme à moi-même, même s’il n’est pas dans la coloration du jour. Mais c’est une facette de moi, absente ce matin, mais je ne m’illusionne pas, je sais qu’elle reviendra comme reviennent aussi les moments plus légers…

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15 janvier 2008

"La bâtarde d'Istanbul":

Je viens de terminer ce roman d’Elif Shafak découvert grâce à Ada.

J’ai bien aimé quoique avec quelques réserves.

Le livre accroche tout de suite et se lit vite car on veut savoir le fin mot d’une histoire un peu échevelée qui court à la poursuite d’un secret de famille. Elle met en contact de façon improbable une famille stambouliote atypique, composée essentiellement de femmes (quatre sœurs, une fille, une mère et une grand mère) et une jeune fille de famille américano-arménienne venue en Turquie à la rencontre de ses racines. Au delà de la plaisante et parfois cocasse galerie de portraits des personnages, riches de leurs ambiguïtés, voire de leurs contradictions, mais incarnant aussi dans leur complexité des éléments réels de la société turque, se lit progressivement le destin, plus croisé qu’on ne croit, de ces deux familles à travers l’histoire depuis les massacres des Arméniens de Turquie en 1915.

La mémoire collective des peuples, avec ses deux écueils, celui du déni et de l’oubli du côté turc et celui du ressassement du côté arménien est le véritable sujet du livre. Entre les personnages et principalement entre Armanoush, la jeune américano-arménienne et Asya la « bâtarde » se noue une complicité qui laisse augurer l’espoir, la promesse du dépassement des traumatismes laissées par une histoire tragique. Au delà de ce qui divise apparaît ce qui relie, ce même moule civilisationnel porté par Istanbul, la ville longtemps commune, par des contes pour enfants qui sont souvent les mêmes dans les deux communautés et par la cuisine des grands mères. L’élément culinaire est très présent, ce n’est pas un hasard si chaque chapitre a pour titre le nom d’un mets, d’un épice, d’une douceur (voire d’un poison !).

La richesse du livre est aussi peut-être ce qui conduit à ses faiblesses. On a le sentiment que l’auteure a voulu tout y mettre ce qui la conduit à articuler son histoire et ses personnages d’une façon habilement construite mais quand même un peu tirée par les cheveux. On me dira qu’il y a dans la réalité des conjonctions vraiment extraordinaires et que la réalité dépasse parfois la fiction. Là tout de même ce serait difficile! Il y a un côté non pas démonstratif mais un peu systématique qui gêne, tel personnage ou telle micro-histoire au sein du déroulement principal ne me semble parfois être là que pour exprimer une figure possible des diverses variations que l’auteure souhaitait mettre en avant. L’écriture est légère, rapide, parfois un peu trop, on a l’impression par moments qu’elle manque de chair. Elif Shafak est elle-même américano-turque, vivant entre Istambul et l’Arizona. Elle a écrit ce livre originellement en anglais, peut-être a-t-elle eu tort. Peut-être qu’on le sent, y compris à travers une traduction française. Je n’ai naturellement aucun argument pour l’affirmer mais c’est une question qui mériterait de lui être posée : pourquoi a-t-elle choisi d’écrire en anglais sur un tel thème, n’était-ce pas d’emblée se mettre à distance de son propre sujet, se mettre dans la situation de celle qui est « de l’autre côté » (pour reprendre le titre du film de Fatih Hakim qui au fond parle de choses similaires) plutôt que de celle qui parle de l’intérieur, avec la musique même de la langue originelle ? N’était-ce pas prendre le risque de perdre une part de la saveur de tous ces mets qu’elle place à notre vue et presque sous nos papilles.

Toutes ces réserves cependant sont mineures. J’ai passé un très bon moment à lire ce bouquin, il m’a appris des choses et j’ai apprécié son point de vue qui, sans moralisme, cherche à dépasser les vieux traumatismes de l’histoire. Merci en tout cas, chère Ada, de m’avoir conduit à ce beau roman. Il ne te resterait plus, après les feuilles de vigne, qu’à concocter pour tes blogamis un savoureux « ashure », ce plat emblématique à travers lequel s’accomplit le destin du livre…

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13 janvier 2008

Incarnation

Je faisais ce matin un petit zapping dans le blogomonde, une tournée des blogamis que je n’ai guère été visiter ces derniers temps. Je suis dans une phase où j’ai pris un peu de champs par rapport à internet et à l’écriture, vous le voyez d’ailleurs, il n’y a pas beaucoup de billets chez moi depuis ce début janvier même si les sujets sur lesquels j’aimerais me pencher ne manquent pas.

Bref, ainsi me promenais-je, un peu distraitement, avec la radio en fond sonore...

Je suis arrivé chez Ondine. Je n’avais pas encore vu ses vœux et le cadeau qu’elle nous fait pour ce passage d’année. J’ai lancé. J’ai éteint la radio évidemment. Je me suis mis à écouter, à écouter vraiment. Malgré la sonorité un peu défaillante liée sans doute à l’instrument sur lequel elle a joué, ou peut-être justement à cause de cette imperfection qui donne la vérité d’un moment plus que ne le ferait un enregistrement épuré, nettoyé, professionnalisé, c’était une présence tout à coup qui m’était donnée. Beaucoup plus forte que dans les mots. Comme une incarnation. Merci Ondine.

C’est étrange la force de ce sentiment de proximité au moment où arrive le son. Il y a des formes diverses de progressive dévirtualisation avant que, peut-être, on ne finisse par rencontrer les personnes en face à face. La photo que l’on échange en est une. Mais le son, qu’il soit celui de la voix ou, ici, celui transmis par les doigts courant sur les touches du clavier musical, me paraît intensément plus puissant, plus charnel.

Je me souviens d’avoir eu déjà ce sentiment, il y a longtemps à l’échelle d’internet. C’était Lou, je ne sais si elle s’en souvient, il me semble que c’était pour souhaiter des vœux mais je n’en suis plus très sûr, en tout cas elle disait une courte phrase et en un instant elle était là, avec la rondeur de sa voix, avec son accent québécois, ça m’avait fait une impression incroyable, le sentiment d’une première et puissante dévirtualisation en un temps où ma pratique d’internet ne m’avait encore fait rencontrer personne.

Depuis Ondine a mis aussi un prélude de Debussy arrimé à sa jolie nouvelle « ce que dit le vent d’ouest » et à la météo québécoise du moment, ici la sonorité est parfaite.

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11 janvier 2008

"Femmes du monde"

C’est gênant de ne pas écrire sur le moment notamment pour retranscrire une émotion. Quand on le fait une quinzaine de jours plus tard, il est difficile de la retrouver dans son intensité.

Mais je tenais à m’y essayer quand même à propos de l’exposition « Femmes du monde » de Titouan Lamazou pour retrouver et partager l’enthousiasme que j’ai ressenti sur le moment. C’était un sentiment inhabituel pour une simple exposition qui allait bien au-delà d’une émotion esthétique, je me sentais en sortant « ravi » au sens propre, emporté sur un petit nuage.

Titouan Lamazou est connu surtout comme navigateur qui a participé à quantité de grandes courses au large en solitaire ou en équipage. Mais c’est en fait d’abord un homme parti à la rencontre du monde et un artiste. Il avait d’ailleurs depuis longtemps déjà tiré de ses voyages de beaux albums de croquis. Depuis quelques années il a cessé de naviguer professionnellement et s’est consacré à un projet considérable dont cette exposition est, avec deux énormes livres, un aboutissement concret. Il a effectué de nombreux voyages aux quatre coins du monde où il a rencontré quantité de femmes de toutes conditions, il a pris le temps de les approcher avec lenteur, de sympathiser avec elles, il les a interviewées, il les a photographiées, il les a dessinées.

L’exposition est conçue selon une forme très organisée de désordre, associant des panneaux centrés sur une personne ou un lieu à d’autres qui rapprochent au contraire délibérément des images venues de partout, mêlant des productions achevées et des états successifs qui laissent voir le travail en train de se faire. Il s’en dégage alors, au-delà de la qualité propre de telle ou telle photo ou dessin, le sentiment exaltant de se trouver soudain, à travers toutes ses femmes, confronté au monde lui-même dans son extrême diversité, confronté aussi aux conflits qui le traversent, aux drames individuels auxquels ceux-ci conduisent et aux formes de résistance qui peuvent leur être opposées.

Le regard n’est jamais compatissant ou misérabiliste pas plus qu’il n’est méprisant ou porteur d’une quelconque condamnation, il est toujours absolument respectueux et ne trahit jamais la confiance de celles qui ont accepté d’être portraiturées. Il place tous ces lieux, toutes ces situations, toutes ces femmes exactement sur le même pied, il les revêt d’une même et grandiose dignité. Il y a une distance incommensurable entre la favella brésilienne, la villa californienne, la tente du désert, entre la femme docker d’Indonésie, la fonctionnaire onusienne, la marchande d’amour colombienne, la reine du quat djiboutienne, la soldate française en Afrique, la chanteuse gothique californienne, la réparatrice de téléphones portables mauritanienne, l’artiste aborigène d’Australie, la rockeuse chinoise, et tant et tant d’autres (200 au total), autant de provenances, de parcours, d’histoires radicalement individuelles, radicalement différentes mais qui disent mieux l’état du monde que bien des analyses géo politiques, qui le disent au plus près des êtres, certaines qui peuvent désespérer et d’autres au contraire qui font surgir l’espoir.

Le monde est de plus en plus dangereusement clivé. Il ne s’agit pas de le nier, cela transparaît d’ailleurs au travers des interviews des femmes comme des textes mis en légende par Lamazou. Il est conscient que «les derniers peuples nomades rejoignent l’enclos » et en ressent de la mélancolie et il voit avec douleur que « la misère remplace l’honorable pauvreté ».

Mais en montrant simplement, en décrivant avec sympathie, il contribue, sans aucun prêche, à faire prendre conscience de cette proximité qui nous relie, nous tous, être humains. « Ma famille est immense. Je pense au monde comme à une seule famille «  (citation d’une des femmes mise en exergue de l’exposition). Il a réalisé « une œuvre sur le monde en général à travers des portraits de femmes en particulier ».

Mais pourquoi, spécialement, des femmes ?

Titouan Lamazou a le sentiment que les femmes se révèlent souvent plus capables que les hommes de résister aux folies engendrées par les conflits idéologiques et raciaux ou par les prédateurs de tous ordres et qu’elles sont plus tenaces et plus efficaces pour tenter de protéger ou de reconstruire. On ne peut qu’être d’accord avec lui en voyant quantité de réalisations ou mouvements initiées par des groupes de femmes (je pense par exemple aux mères irlandaises catholiques et protestantes ou à ces femmes qui montent quantité de micro-projets économiques coopératifs en Afrique ou en Inde). D’ailleurs il y a de très belles figures de ce type parmi celles dont il fait le portrait, par exemple Safia qui lutte contre les mutilations sexuelles à Djibouti, Ice, marchande d’amour en Indonésie et animatrice d’une association de lutte contre le sida, Puspha une intouchable indienne qui milite contre les mariages arrangés, Esmeralda, militante de la mémoire tsigane et tant d’autres. Les femmes comme avenir de l’homme, j’y crois de plus en plus.

Mais au-delà de cet aspect si Titouan Lamazou a choisi de peindre les femmes c’est tout simplement qu’il les aime. Cela se sent, c’est ce qui donne à son regard son intensité et crée l’empathie, c’est presque d’un regard amoureux qu’il s’agit. Il se concentre sur les visages mais il aime aussi caresser les corps de son objectif et de ses gouaches.

Constance qui était avec moi pendant cette visite a beaucoup apprécié aussi. Mais moi plus encore, attiré peut-être plus spécifiquement par cette beauté des femmes. Il en est en effet de vraiment superbes selon des canons classiques ou selon d’autres qui le sont moins, beauté d’attitude, noblesse d’un regard. Et puis j’ai été fasciné aussi par cette confrontation avec l’homme Lamazou, avec son type de vie si différent du mien, cette vie à la fois voyageuse, baroudeuse, créative, ouverte sur le monde et sur les gens, sur les femmes, cette capacité à entrer apparemment facilement en communication réelle, profonde, empathique par dessus la barrière des modes de vie et des civilisations. Je me doute bien qu’il y a aussi là-dessous des contraintes multiples, une logistique qui n’est pas seulement celle du voyageur nez au vent et sans doute plus d’une contradiction et plus d’une douleur à porter ce regard de riche, même s’il est empathique, sur des femmes parfois enfermées dans des situations tragiques. N’empêche, quelle formidable réalisation ! Un tel projet doit donner sens à ce qu’on vit, le voyage alors n’est pas, comme il peut l’être parfois, une fuite. Au-delà du plaisir de la découverte et de l’imprévu, il est bonheur d’un projet construit, de l’émergence d’une œuvre qui est miroir du monde et non de son seul petit ego et qui est même une façon d’agir sur ce monde, aussi modestement que cela soit.

Ma fascination a été telle que j’ai eu envie d’acheter le livre qui accompagne l’exposition, un énorme pavé en deux volumes. Je ne n’ai pas fait mon achat sur le moment, effrayé par le prix, supérieur au raisonnable compte tenu de mon budget et gêné par cette soudaine envie de posséder. Cela dit il y a bien des gens qui n’hésitent pas à dépenser ça pour des fringues ou une paire de godasses, alors… Bref j’y suis revenu deux jours après. Je l’ai finalement acheté me disant que cela ferait un superbe cadeau pour Constance et je lui ai mis dans ses souliers au pied du sapin (de très, très gros souliers !). Je me suis quelque peu arraché le bras sur le chemin du retour (je viens de m’amuser à peser : dix kilos !). Je pense que Constance a vraiment apprécié. Et moi aussi. Le coup de cœur c’est moi qui l’ai ressenti. Et moi qui ai eu cette pulsion vaguement culpabilisante de posséder. Tout ça me fait repenser à ce débat qui s’est épanoui sur quelques uns de nos blogs à l’approche de Noël à propos des cadeaux, c’est une dimension qu’on n’avait pas évoquée, cette idées des cadeaux que l’on donne à autrui mais qu’en fait on s’offre aussi et peut-être d’abord à soi même.

Je ne regrette pas cet achat. Par rapport à l’aspect volontairement un peu fouillis de l’exposition il permet de replacer chaque figure dans son contexte, de comprendre comment se sont faites les rencontres entre Titouan et ces femmes et de percevoir au moins des bribes de chacune de leurs histoires singulières. Et puis ça ne fait vraiment pas partie des bouquins dits de table basse, que l’on feuillette négligemment, en tout cas pour nous. On a retapé un espèce de mini lutrin à moitié démantibulé qui traînait à la cave afin de poser dessus le volume que l’on veut explorer. Et de temps en temps, je me prends une heure, je regarde de près une série d’images, je lis une série d’histoires, pas trop

Allez voir cette exposition, c'est jusqu'au 30 mars au Musée de l' Homme au Trocadéro, prenez le temps de vous y immerger, c'est à cette condition seulement qu'on peut en ressentir la force, en attendant vous pouvez en avoir un aperçu ici

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03 janvier 2008

"la graine et le mulet"

J’ai beaucoup aimé ce film, le dernier que j’ai vu en 2007. Avant qu’il ne s’éloigne trop de moi je vous en donne une chronique pour vous inviter à y aller à votre tour.

Slimane, ouvrier vieillissant licencié par le chantier de réparation de bateaux qui l’emploie depuis trente ans, conçoit, appuyé par sa famille (ses familles) le projet un peu fou de monter un restaurant sur un vieux raffiot et dont le plat principal sera le couscous de poisson dont son ex-femme, la mère de ses enfants, est une admirable cuisinière.

Ce couscous c’est le ciment, le lien maintenu, c’est lui qui lors des repas dominicaux relie tous les enfants de Slimane, autour de leur mère laquelle ne manque pas d’en faire toujours porter une assiette à son ex mari (comme d’ailleurs elle ne manque jamais d’en réserver une assiette pour un pauvre).

La famille de Slimane est une famille ordinaire, modelée par son histoire, éloignée des clichés que l’on pourrait avoir d’une famille maghrébine type. Elle est profondément marquée par sa culture d’origine mais elle est enrichie par sa progressive intégration, par la vie de travail et les solidarités sociales qui s’y sont nouées et par l’agrégation de « pièces rapportées » d’autres origines. Les déterminants sociaux prévalent sur les déterminants communautaires, pas de retour au voile ici, pas du tout, c’est le meilleur signe d’une intégration véritable en cours, il reste juste à espérer que cette vision, qui correspond à l’expérience du réalisateur n’est pas en train d’être mise à mal par les régressions actuelles.

Le cinéastes filme ses personnages au plus près, le plus souvent en très gros plan. Il n’a pas peur de se coltiner à tout ce qu’ils sont, à les montrer dans leur réalité saisie presque en temps réel, dans les situations les plus prosaïques (apprendre à bébé à rester sur le pot) ou les plus douloureuses (la crise hystérique de la belle-fille trompée). Les acteurs sont excellents. Ce sont presque tous des débutants et c’est bien ça la vraie réussite du film que de parvenir à transmettre sur l’écran la fougue et l’énergie qui a dû irriguer toute cette équipe pendant le tournage. Hafsia Herzi qui joue Rym, la jeune fille qui est la véritable porteuse du projet mérite une mention particulière, elle sait où elle veut aller et y va avec une détermination qui crève l’écran. Elle est particulièrement impressionnante dans le scène où elle tente (et parvient) à convaincre sa mère de participer à la fête de Slimane.

Il y a des défauts. Le film est sans doute un peu trop long. C’est certainement voulu. Il s’agit de faire percevoir les choses dans toute leur pesanteur, de faire ressentir l’attente et le suspense qui va avec dans sa durée réelle. La graine du couscous égarée arrivera-t-elle à temps ? Cela conduit le réalisateur à un montage parallèle un peu trop mécanique et répétitif entre les scènes où Slimane poursuit interminablement (et absurdement) les gamins qui lui ont piqué sa mobylette et celles où Rym tente par sa danse du ventre de faire patienter les convives. La fin par contre est abrupte mais parfaitement explicite : « l’autre » femme va sauver la situation mais Slimane ne sera plus là pour en bénéficier. Slimane échoue pour lui-même mais sans doute il réussit pour ses enfants.

C’est, on l’imagine, le message qu’Abdelatif Kéchiche veut faire passer, pas le message d’ailleurs, l’hommage, car c’est bien cela d’abord ce film, un hommage de Kéchiche à la génération sacrifiée des pères. Il pensait à son père d’ailleurs quant il a élaboré le scénario, bien avant de pouvoir tourner. Il comptait même faire jouer le rôle de Slimane à son père mais celui-ci est mort entre-temps.

Les film en devient profondément émouvant. Et sentir cette fraternité, cette solidarité qui unit les personnages malgré les tensions, les conflits, les déchirements même, sentir cette solidarité qui est leur carburant et leur force est ce qui nous rend, nous spectateurs, heureux, même si on a eu les tripes nouées pendant une bonne partie de son déroulement et même si on suppute que le film se termine dans le drame.

Il y a eu des applaudissements à la fin de la séance ce qui est plutôt rare au cinéma. Je les comprends très bien mais j’admets aussi qu’on puisse ne pas aimer ce film parce qu’il peut mettre mal à l’aise, par sa crudité, par sa frontalité, par son absence de toute joliesse. Il a eu un accueil critique vraiment excellent mais manifestement certains spectateurs ne sont pas rentrés du tout dedans comme en attestent les points de vue que j’ai lu sur certains sites cinéma où les avis d’internautes se divisent entre enthousiastes (la majorité) et gens qui ont franchement détestés, certains ne voyant dans l’emballement positif des critiques que du politiquement correct pour bobos parisiens. Mais c’est bien Kéchiche qui a réalisé cette œuvre, pas des bobos parisiens, il parle de ce monde qui l’a porté avec tout son cœur et en toute authenticité, ça se sent sans aucune ambiguïté.

J’avais beaucoup aimé aussi « L’esquive », le précédent film de Khéchiche, plus difficile à appréhender pourtant, certains dialogues m’étant, surtout au début, presque incompréhensibles. Mais tout passait là aussi grâce aux comédiens, il y avait cette magie de passer des mots rêches et du phrasé bousculé de la langue des banlieues à la langue primesautière de Marivaux. J’ai replongé dans les profondeurs de mon blog pour retrouver ce que j’en disais. C’est là.


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Posté par Valclair à 21:26 - Films - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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