Il m’est arrivé de tenter de faire des palmarès à la fin d’une année de cinéma. Puis j’ai adopté des pratiques plus souples. Je suis de plus en plus réticent à l’égard des palmarès car les films qui me paraissent de grandes réussites le sont pour des raisons si différentes qu’il me paraît impossible de les classer. Je pourrais dire la même chose pour les livres d’ailleurs. Quoique j’adorerai participer à un jury type jury du livre inter, j’imagine que je serais fort mal à l’aise quand il s’agirait, parmi plusieurs livres de qualité et faisant écho en moi, d’en primer un et un seul au détriment des autres.

Mais j’aime bien jeter un œil rétrospectif sur mon année cinéma. Car voir comment persistent en nous les films à une certaine distance temporelle est une autre approche qui complète et corrige l’impression du moment. On s’aperçoit alors que certains films restent en nous avec bien plus de force que d’autres qui peut-être sur le moment nous ont fortement séduits.

Si je me tourne vers mes films 2007, j’en vois trois qui se détachent et auxquels je pense spontanément sans aller farfouiller dans mes archives : « Persépolis », « La graine et le mulet » et, moins attendu sans doute, un film modeste que j’ai beaucoup aimé mais que j’avais à peine évoqué dans mon blog et dont je ne pensais pas qu’il laisserait à ce point trace : « Le fils de l’épicier ».

Allant dans mes archives j’en vois trois autres auxquels je n’ai pas repensé spontanément mais dont le souvenir et la force en moi sont néanmoins très forts : « La vie des autres », « Les climats » et « Le vieux jardin ».

Je m’aperçois que « Lady Chatterley » que j’avais d’abord fait figurer parmi les films me venant à l’esprit dans les tous premiers avait été vu par moi en 2006. Preuve de la trace particulièrement forte de ce film là ! A moins que ce ne soit parce que j’en ai vu en 2007 la version télévisuelle...

De tous ces films, en pleine contradiction avec ce que j’écrivais au début de ce billet, il me semble que cette année je n’ai aucun mal à en désigner un qui s’impose au-dessus du lot : le merveilleux Persépolis !

Mais je saisis aussi à travers ma sélection une des dimensions qui compte particulièrement pour me faire aimer un film. Ceux qui me marquent, m’émeuvent plus que d’autres sont avant tout des films que je dirai « humanistes », qui, même lorsqu’ils sont douloureux ou quasi désespérés, montrent des personnes dont le cœur est ouvert sur la vie, qui tentent maladroitement parfois d’aller vers du meilleur pour eux-mêmes et de répandre du meilleur autour d’eux. Les croiser, ne fut-ce que dans cet au-delà de l’écran, fait se sentir soi-même un peu meilleur. Ils aident à ne pas désespérer de l’humanité. On sort de ces films, même s’ils sont tristes, porté par une forme d’allégresse.

Et ceci explique sans doute aussi la place plus mineure que tiennent dans mes enthousiasmes des cinéastes culte pour certains comme Lynch ou Cronenberg. Je repense précisément à certaines discussions amorcées ici ou sur ses propres billets avec D&D. Je me demandais sans trop parvenir à me le formuler ce qui me laissait froid chez ces cinéastes que par ailleurs je peux apprécier beaucoup intellectuellement. Je peux sortir du film en admirant la performance, en me disant « c’est très fort, c’est très bon » mais je regarde ça d’une façon qui reste assez extérieure, avec les yeux de l’esprit plus qu’avec les yeux de l’émotion et c’est pourquoi finalement ils s’effacent assez vite.

Il n’y a pas que cet aspect bien sûr pour me faire apprécier un film ou un cinéaste. Je tiens par exemple « Orange mécanique », vu à l’adolescence, pour un chef d’œuvre marquant de même que presque tous les films de Kubrick qui est peut-être pour moi le plus grand des cinéastes. (J’ai revu il y a peu en salle Barry Lyndon, ressorti récemment en copie neuve : ce film est une absolue merveille : extraordinaire beauté plastique des images conçues comme autant de tableaux, description acérée de milieux sociaux, galerie de portraits à la Hogarth, c’est comme si le 18° siècle européen tout entier nous était rendu, méditation enfin sur l’histoire, les classes sociales et les destinées individuelles…).