Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

28 février 2008

Pulsion noire et joli dimanche

Samedi je me suis laissé emporter par une pulsion délétère…

Je suis réticent à écrire là-dessus parce que je ne veux pas ressasser. J’ai vécu le moment problématique, il a réactivé tout ce qui est là, trop présent au quotidien, ce que j’appelle ma ligne grise, cette sorte de fond un peu pessimiste, un peu masochiste dans lequel je me complais trop souvent en pensant à ma personnalité, à mes peurs, à mon immobilisme, ce sentiment d’être un peu à côté de la vie.

Et je suis réticent à publier en plus, à supposer que je finisse par l’écrire, parce que ce n’est pas génial pour l’image que ça peut donner de moi. On a beau dire, on veut être transparent, on veut être dans l’authenticité mais il y a des choses difficiles à dire. Parfois j’ai l’impression que mes gentilles historiettes, mes considérations posées de lecteur ou de cinéphile, ma volonté de mettre en lumière et en exergue les jolis moments de la vie et de m’en nourrir, finissent par donner de moi une image plus lisse que ce que je suis réellement. Je sais bien que la transparence absolue n’est pas possible et d’ailleurs même pas souhaitable mais tout de même je tiens à essayer d’en être au plus près, sinon toute cette écriture perdrait sens à mes yeux.

Bref ! Allons-y, assumons…

Samedi fin d’après-midi. Je suis chez un boucher, pas mon boucher habituel qui est en vacances pour la semaine. Je suis un peu à cran parce que plusieurs choses prévues dans la journée ont patiné et ne se sont pas faites. Je me sens fatigué, énervé. Il y a la queue. J’attends patiemment, enfin à peu près patiemment. Le boucher n’est pas pressé, il n’accélère en rien le rythme malgré la queue. Il papote comme souvent papote un boucher. Il fait du lien le monsieur, je devrais être content, mais non, je bouillonne de plus en plus intérieurement. Pourtant je n’ai pas un train à prendre. Je ne suis pas même spécialement pressé. C’est presque à mon tour. La dame devant moi prend une chose, c’est une bonne cliente du boucher, papotage à propos de la petite nièce qui accompagne la dame, « oh qu’elle vous ressemble », la dame prend un seconde produit, repapotage puis : « alors ce sera tout Madame Michu ? », « Voyons, voyons, ah je prendrai bien aussi trois côtes d’agneau », « Ah je n’en ai pas de faites, il faut que je vous les découpe, je vous fais ça tout de suite Madame Michu !). Je ne bouillonne plus, j’explose. C’est à dire que je tourne brusquement les talons, je sors sans demander mon reste…

Je me retrouve dans le rue, atterré ! Je fais un tour du quartier à grands pas en essayant de me défouler mais surtout en ressassant mon imbécillité. Le fait lui-même, tellement immensément dérisoire, passe vite à la trappe. Pas le comportement.

Suis-je parti parce que après avoir fait la queue dix minutes, j’allais devoir attendre deux-trois minutes de plus ? Sans doute pas. Ne serais-je pas parti justement parce que j’approchais du moment où j’allais être servi, où j’allais obtenir ce pour quoi j’étais là ? N’ai-je pas sauté sur une simple prétexte qui s’offrait à moi pour pouvoir continuer à me repaître masochistement de cette colère intérieure, peu à peu installée dans ma journée ? Hélas je crains bien que ce ne soit en effet le schéma : Plaisir à me faire mal. Me revient l’heautontimoroumenos de Baudelaire : « « Je suis la plaie et le couteau ! » et la suite…

Vieille affaire, toujours sous-jacente, vis à vis de laquelle le raison n’a que faire. Certains me disent : « tu es scorpion, ascendant scorpion; c’est typique ». Je n’y crois pas du tout. Mais je crois par contre à ce qui me vient de ma mère, elle que j’ai toujours vu fonctionner ainsi, et sous des formes plus exacerbées, plus douloureuses que chez moi.

C’est la mélancolie. Pas la mélancolie douce, sentiment finalement pas désagréable de tristesse douce et tiède qui nous étreint lorsqu’on se tourne vers un passé qui ne reviendra pas, non une mélancolie dure et profonde, celle que portait dans l’ancienne médecine une « humeur » délétère, l’excès de bile noire.

J’entends souvent de bonnes paroles dans mon cours de yoga. Nous y parlons du détachement nécessaire à l’égard des affects perturbants, du recours que peut apporter en cas de stress ou de pensée mauvaise une bonne respiration concentrée et une centration sur soi, de l’art de faire avec ce qui nous est donné et d’atteindre au « contentement »… C’est bel et bon. Intégré intellectuellement cinq sur cinq. Parfois utilisé dans des moments moins critiques. Mais d’aucun secours quand ça dérape vraiment. Au point de me dire : à quoi me sert-il ce foutu yoga, s’il n’est même pas capable de me préserver de comportement aussi débiles ?

Pulsion irrationnelle. Véritable « folie ». Qui reste assez « sage » cependant socialement parlant. Et qui ne me fera pas juger comme fou. Tout ça reste intérieur, bien calfeutré en moi, se traduisant juste par un air sombre, une gueule renfrognée, sûrement pas agréable pour l’entourage au moment où ça se produit mais sans plus. Je ne manifeste pas de colère violente à l’égard des autres. Je ne crie pas. Je ne frappe pas. Mais je ne me maîtrise pas. Absolument pas. Je suis dans l’absolu de la pulsion. Donc sur le fond est-ce que ce n’est pas aussi « fou » que des pulsions qui conduisent des hommes qui aiment leur femme à les frapper où à être incapables de réprimer des pulsions sexuelles mortifères.

Je dis que je ressasse. Oui. J’ai été jeter un œil au début de ce journal en ligne. Ça date, bon sang ! Tiens un exemple. Voici « l’art de rater ses dimanches », juillet 2003. Et il y en aurait d’autres, beaucoup d’autres et plus sans doute que ce que je raconte.

Je ressasse. Donc passons à autre chose. Mais il fallait que ce soit dit.

Changement de décor, changement d’humeur intérieure le lendemain dimanche.

Il fait beau. Nous avons chaussé nos grosses chaussures. Ce n’est pas que le lieu où nous allons les nécessitent. Au contraire elles font un peu ridicules. Mais ce sont des chaussures neuves et nous les testons, nous les faisons à nos pieds avant notre expédition dans les montagnes balkaniques. Les préparatifs c’est déjà un peu le voyage. Nous n’allons même pas jusqu’à Fontainebleau et ses escarpements, nous nous promenons avec nos gros godillots dans un parc policé aux vastes allées confortables, celui de Sceaux, à quelques stations de RER de la maison et très loin de la nature…

Il y a dans les jardins une exposition de photos sur le thème des arbres. C’est amusant ces arbres parmi les arbres, cette réplication du vivant sur l’à plat d’un panneau. A priori on se dit que l’un ne vaut pas l’autre, que le vivant écrase de sa présence réelle et vibrante la photo qui n’est que signe, que trace morte. Un peu de la même façon que le virtuel ne peut valoir le réel, que l’échange des mots derrière l’écran de l’ordinateur ne peut valoir les paroles vivantes et l’échange des regards. Mais la photo c’est aussi l’art qui approfondit la réalité, la transmute. Et il est bon alors que l’un dialogue avec l’autre, qu’ils s’enrichissent mutuellement.

Nous pique-niquons dans la lumière douce et presque printanière, devant le miroitement de l’eau dans les bassins.

Je me sens léger, autant que la veille j’étais plombé.

Je n’écris pas cette évocation pour faire joli et consensuel, pour faire en sorte que mes lecteurs ne restent pas sur les impressions sombres, sur cette image sinistre que j’ai donné de moi. Je l’écris simplement parce que c’est vrai. Je suis cette alternance de moments où me submerge la mélancolie destructrice et d’autres, vécus dans la fraîcheur et la légèreté du présent sans (trop) me poser de questions existentielles. Autant il aurait été faux de faire l’impasse sur la pulsion mauvaise, autant il le serait de la faire sur la journée ensoleillée.


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Photos cliquables bien sûr. Promenade argentée en forêt avec Cartier-Bresson, nuit sous la ramure au bord de l'océan californien...

De quoi rêver sous les arbres du Parc de Sceaux...

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23 février 2008

Mon cinéma 2007

Il m’est arrivé de tenter de faire des palmarès à la fin d’une année de cinéma. Puis j’ai adopté des pratiques plus souples. Je suis de plus en plus réticent à l’égard des palmarès car les films qui me paraissent de grandes réussites le sont pour des raisons si différentes qu’il me paraît impossible de les classer. Je pourrais dire la même chose pour les livres d’ailleurs. Quoique j’adorerai participer à un jury type jury du livre inter, j’imagine que je serais fort mal à l’aise quand il s’agirait, parmi plusieurs livres de qualité et faisant écho en moi, d’en primer un et un seul au détriment des autres.

Mais j’aime bien jeter un œil rétrospectif sur mon année cinéma. Car voir comment persistent en nous les films à une certaine distance temporelle est une autre approche qui complète et corrige l’impression du moment. On s’aperçoit alors que certains films restent en nous avec bien plus de force que d’autres qui peut-être sur le moment nous ont fortement séduits.

Si je me tourne vers mes films 2007, j’en vois trois qui se détachent et auxquels je pense spontanément sans aller farfouiller dans mes archives : « Persépolis », « La graine et le mulet » et, moins attendu sans doute, un film modeste que j’ai beaucoup aimé mais que j’avais à peine évoqué dans mon blog et dont je ne pensais pas qu’il laisserait à ce point trace : « Le fils de l’épicier ».

Allant dans mes archives j’en vois trois autres auxquels je n’ai pas repensé spontanément mais dont le souvenir et la force en moi sont néanmoins très forts : « La vie des autres », « Les climats » et « Le vieux jardin ».

Je m’aperçois que « Lady Chatterley » que j’avais d’abord fait figurer parmi les films me venant à l’esprit dans les tous premiers avait été vu par moi en 2006. Preuve de la trace particulièrement forte de ce film là ! A moins que ce ne soit parce que j’en ai vu en 2007 la version télévisuelle...

De tous ces films, en pleine contradiction avec ce que j’écrivais au début de ce billet, il me semble que cette année je n’ai aucun mal à en désigner un qui s’impose au-dessus du lot : le merveilleux Persépolis !

Mais je saisis aussi à travers ma sélection une des dimensions qui compte particulièrement pour me faire aimer un film. Ceux qui me marquent, m’émeuvent plus que d’autres sont avant tout des films que je dirai « humanistes », qui, même lorsqu’ils sont douloureux ou quasi désespérés, montrent des personnes dont le cœur est ouvert sur la vie, qui tentent maladroitement parfois d’aller vers du meilleur pour eux-mêmes et de répandre du meilleur autour d’eux. Les croiser, ne fut-ce que dans cet au-delà de l’écran, fait se sentir soi-même un peu meilleur. Ils aident à ne pas désespérer de l’humanité. On sort de ces films, même s’ils sont tristes, porté par une forme d’allégresse.

Et ceci explique sans doute aussi la place plus mineure que tiennent dans mes enthousiasmes des cinéastes culte pour certains comme Lynch ou Cronenberg. Je repense précisément à certaines discussions amorcées ici ou sur ses propres billets avec D&D. Je me demandais sans trop parvenir à me le formuler ce qui me laissait froid chez ces cinéastes que par ailleurs je peux apprécier beaucoup intellectuellement. Je peux sortir du film en admirant la performance, en me disant « c’est très fort, c’est très bon » mais je regarde ça d’une façon qui reste assez extérieure, avec les yeux de l’esprit plus qu’avec les yeux de l’émotion et c’est pourquoi finalement ils s’effacent assez vite.

Il n’y a pas que cet aspect bien sûr pour me faire apprécier un film ou un cinéaste. Je tiens par exemple « Orange mécanique », vu à l’adolescence, pour un chef d’œuvre marquant de même que presque tous les films de Kubrick qui est peut-être pour moi le plus grand des cinéastes. (J’ai revu il y a peu en salle Barry Lyndon, ressorti récemment en copie neuve : ce film est une absolue merveille : extraordinaire beauté plastique des images conçues comme autant de tableaux, description acérée de milieux sociaux, galerie de portraits à la Hogarth, c’est comme si le 18° siècle européen tout entier nous était rendu, méditation enfin sur l’histoire, les classes sociales et les destinées individuelles…).

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22 février 2008

Une femme sexuelle

Je visitais récemment une exposition...

Parmi les visiteurs passe une femme assez belle, plutôt grande, svelte, vêtue d’un jean et d’un débardeur assez échancré laissant ses épaules dénudées, son corps est assez fortement cambré, et ses seins se devinent assez gaillardement pointés sous son vêtement. Sa silhouette est très juvénile comme son look et la façon dont elle est habillée mais à regarder son visage, on voit qu’elle n’est pas si jeune, quarantaine avancée voire jeune cinquantaine. Cette femme a en elle quelque chose de violemment sexuel. Je l’observe du coin de l’œil avec comme toujours dans ces cas là une certaine fascination. Elle est assez belle certes mais sans rien d’exceptionnel. Alors d’où cela vient-il ? Quel est ce mystère ? Qu’est ce qui lui confère cette aura particulière ?

Elle est accompagné d’un homme, un grand et beau brun qui paraît plutôt plus jeune qu’elle. Ils semblent très amoureux. Ils s’éloignent parfois l’un de l’autre au cours de la visite mais se rapprochent aussi par moments, se tiennent alors serrés l’un contre l’autre ou s’embrassent. A un moment ils se posent sur des sièges, l’homme lui dit quelquechose à l’oreille et la femme se met à rire d’un grand rire sonore qu’elle ne se préoccupe pas de tenter de calmer. Je n’imagine pas qu’ils soient mari et femme ou compagnons au long cours, ils ne peuvent être qu’amants, ils portent en eux la vivacité d’un désir neuf ou à tout le moins récent.

J’aime assez ce genre de vision de hasard et les imaginations qu’elles déclenchent en moi. J’aime les écrire dans mon journal un peu de la même façon que j’aime à l’occasion écrire des nouvelles érotiques. En les écrivant je les arrête et leur confère un éclat peut-être plus brillant que dans la réalité même. Et je tente d’en retenir l’image, pour la collectionner, pour avoir le plaisir plus tard de la réactiver.

Je suis un homme de regards. Je sais que c’est ce qui fait de moi ce promeneur attentif, capable de capter ce qui passe d’une image ou d’une ambiance, capable de la poser dans les mots et capable aussi parfois de laisser mon imagination s’envoler à partir d’elle, indépendamment de toute éventuelle connotation sexuelle. Mais cette tension du regard s’accentue devant des scènes chargées d’érotisme (ou auxquelles moi-même je me plais à conférer une part d’érotisme). C’est mon petit côté voyeur ! Et je sais qu’il a un certain effet pervers, en contribuant à nourrir des frustrations car le regard n’est pas tout et ne comble pas ce qui me manque, mais ce n’est pas pour autant qu’il me faudrait bouder ces plaisirs légers de l’œil et de l’imagination.

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18 février 2008

Les deux faces de mon dimanche

Hier persistait sur Paris ce beau temps froid et sec qui s’est installé dans la durée. Bon, je sais, il ne pleut pas assez, on commence à parler de déficit pluviométrique et de nappes phréatiques qui se renouvellent insuffisamment, mais ne boudons pas ce qui par contre peut mener à notre plaisir de promeneur…

Et j’en ai bien profité hier en effet.

Nous avons été marcher à Fontainebleau. Cette forêt est un magnifique terrain de jeu, par sa variété, les zones de grandes futaies, les bassins sableux, les platières surélevées, les buttes dont certaines sont assez raides, les fameux rochers enfin, où, dans un autre temps, nous nous entraînions à la varappe. On s’est contenté de marcher cette fois-ci mais c’était une vraie marche de toute la journée, de celles dont on rentre en sentant ses muscles. On est recru de bonne fatigue, on sent que la machine a bien tourné, qu’elle s’est décrassée, mise en condition aussi pour la semaine de raquettes qui nous attend début mars dans les neiges balkaniques.

Il m’en faudrait plus des journées comme celle-ci ! Elles me font le plus grand bien. Mais il faut assumer ce qui va avec. S’obliger à se bousculer le dimanche matin, alors qu’avoir une matinée pour prendre son temps c’est aussi très précieux, assumer le temps de bagnole pour aller sur place et surtout le temps de retour inévitablement marqué par des embouteillages, ce sas obligé qui nous fait sentir à quel point, dans notre quotidien urbain, on est loin de la campagne et de la nature.

Nos promenades virtuelles, quels que soient leurs charmes, n’atteignent pas au bonheur du corps qui simplement se meut dans l’harmonie.

Pourtant en rentrant je me suis replongé dans les plaisirs des promenades internautiques. J’ai passé un très agréable moment à faire défiler les signatures musicales posées par les uns et les autres et qu’Ondine a organisé dans un véritable concert sur sa terrasse musicale. Je m’y suis promené, basculant d’une ambiance à une autre, retrouvant des morceaux très connus mais en découvrant d’autres aussi, devinant derrière les musiques un petit peu de celles et ceux qui les ont déposés. J’ai complété mon écoute à allant voir des blogs que pour beaucoup je ne connaissais pas. Et j’ai aussi pas mal navigué en glissant de cercles en cercles à partir de l’onde de tags qu’a également relayé Ondine. Certains de ces sites m’ont accroché, d’autres moins, ce qui est normal. Certains me donneraient l’envie d’aller y voir de plus près. Et je sais que je pourrai difficilement le faire. C’est là la limite du plaisir et c’est là qu’il peut se muer en frustration : on est devant des potentialités infinies mais le temps manque. On ne fera qu’entrouvrir beaucoup de ces lucarnes, on les refermera très vite non sans une pointe de regret.

Ondine est dans une phase très active de mises en liens internautiques. C’est très sympathique et je me réjouis de tout ce qu’elle fait, de tout ce qu’elle crée, de ces liens merveilleux que l’on pourrait saisir, actualiser, faire sien. Mais il faut savoir baliser le temps. Ondine l’a bien senti d’ailleurs, en évoquant au travers d’une lumineuse promenade, cette sorte de « post-partum » à laquelle elle s’est trouvée confrontée après son intense plongeon en sociabilité internautique.

J’ai pu associer dans mon dimanche le plaisir tranquille de mon pas dans la forêt et le plaisir du voyage et des mises en lien par écran interposé sans qu’ils soient en concurrence, sans qu’ils n’entrent en collapsus temporel. L’un a su équilibrer l’autre et c’était bien.


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(Les photos sont cliquables)

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16 février 2008

Fuite en avant

Je suis consterné comme je crois beaucoup de monde par la dernière initiative en date de notre président excité. Je partage très largement ce qu’en dit Samantdi, les termes qu’elle emploie pour résumer, « morbide et déraisonnable » me paraissent parfaitement bien choisis, ils disent avec calme et mesure ce qui doit l’être et je ne ferai pas un billet supplémentaire sur le fait lui-même. La réaction plus que vigoureuse de Simone Veil m’a aussi parue bienvenue, marque une fois encore de la rigueur et de l’indépendance de cette grande dame, au-delà du soutien politique qu’elle a accordé à Sarkozy au moment de la présidentielle.

Ce qui fait peur au-delà de cette initiative elle-même c’est la façon de fonctionner du personnage. Il est dans le réactionnel, fonctionnant de coups en coups, chacun des retours de bâton qu’il se prend l’entraînant à lancer autre chose, dans l’improvisation la plus totale, sans réflexion, sans concertation. Mais jusqu’où va-t-il aller ?

Cette dernière initiative s’inscrit dans un contexte d’accumulation de mesures et de déclarations de plus en plus inquiétantes. J’accorde le pompon à celle qui affirme « dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé et le pasteur ». Oui il l’a bien dit comme ça ! ça me paraît énorme, incroyable !

La déclaration de défense républicaine sortie hier est appréciable, indépendamment des arrière pensées politiciennes des uns et des autres. Y trouver Villepin comme signataire est sans doute surtout un signe de la haine véritablement mortelle que ces gens-là qui ont cohabité dans de mêmes équipes gouvernementales se portent, ce qui n’est pas spécialement ragoûtant, mais n’empêche réaffirmer de façon très large cette nécessité de la vigilance républicaine n’est pas un mal.

Oui décidément ce type est dangereux. Comme on le pressentait depuis très longtemps. On l’avait dit avant la présidentielle. Malgré tout ce qu’on n’a cessé de détester en lui et sans trop y croire on a tenté de se dire que le pire n’était pas certain, qu’il fallait lui laisser le bénéfice du doute, que peut-être la fonction lui permettrait de prendre une certaine hauteur. Il n’en est manifestement rien. La politique d’ouverture qu’il a esquissé n’est, comme c’était à craindre, que débauchage individuel, façon de jouer les uns contre les autres pour renforcer le pouvoir du prince et de ses coteries proches.

Et puis ceci, entendu ce matin à la radio, qui n’a rien à voir avec Sarko mais qui hélas a sans doute tout à voir avec une certaine évolution de nos sociétés. En Angleterre, pays pourtant de l’habeas corpus mais maintenant pays à l’avant-garde de l’utilisation sécuritaire de la technologie, ont été mis au point et sont d’ores et déjà utilisés des matériels qui diffusent des sons désagréables, audibles par les seules oreilles jeunes qui ont pour but de dissuader ceux-ci de stationner en certains lieux publics ! Si, si, vous avez bien lu ! Je n’ai pas sorti ça d’un récit de science-fiction et nous ne sommes pas le 1° avril ! Hélas !

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13 février 2008

Faire du lien

En allant au bureau chaque matin, je suis amené à traverser un carrefour à proximité d’une école au moment de l’entrée des enfants. Pour assurer la sécurité de la traversée la Mairie a mis en place des agents de sécurité. Certains font ça de façon mécanique et distante, le visage fermé, le regard au loin, il ne s’agit que d’arrêter des voitures et éventuellement de pousser un coup de gueule sur des piétons indisciplinés. Mais il y a souvent une petite dame formidable. Elle est souriante, elle échange éventuellement quelques mots avec des parents, elle parle aux enfants aussi avec gentillesse, fait des commentaires montrant qu’elle les a repérés au fil du temps, qu’elle les connaît comme des individus, chacun d’eux particulier et précieux, certains en passant lui font la bise. On a le sentiment que par ce seul fait d’être concernée par les autres et de le montrer elle crée, de façon certes infinitésimale, du lien social entre les gens.

Car c’est étonnant de voir combien sa simple présence chaleureuse fait que les gens se regardent, s’adressent des sourires. Moi même je me sentirais gêné de passer devant elle le visage fermé, avec cet air soucieux et pressé qu’on affiche trop souvent. Alors je lui souris et je la salue. Et ça me fait du bien, ça suffit à m’alléger (un peu !), à rendre mon pas plus allègre, ça m’aide à rentrer dans ma journée avec plus de positivité.

Si tout le monde en faisait autant dans nos villes où la tendance est à la déshumanisation, au « je suis dans ma bulle et je passe sans t’accorder un sourire, sans t’accorder un regard », ça ne changerait pas la face du monde mais tout de même ça ne serait pas si mal.

Dimanche j’ai assisté à une présentation et lectures de textes de Roger Vailland dans un café proche de la Bastille où je m’étais trouvé entraîné par l’invitation que Fuligineuse en avait laissé sur son Sablier. C’était un moment sympathique et intéressant, dans un lieu suffisamment petit pour que les participants auditeurs ou lecteurs se sentent en proximité. Cette soirée inaugure une série de rencontres littéraires du même type. Ce qui m’a frappé justement c’est que le patron du café et la personne qui lance ces rencontres ont insisté sur cette idée que créer et entretenir du lien, à travers cette médiation des textes et de l’échange qu’on pouvait avoir autour d’eux, était justement un des fondements de leur initiative et que c’était aussi leur façon à eux, toute modeste qu’elle soit, de faire de la politique.

Et je me souviens aussi que c’est sur ce thème que Samantdi nous avait adressé ses vœux pour 2008 : cultivons les liens, plutôt que les différences, favorisons tout ce qui rapproche.

Le sourire de cette modeste agente de sécurité en fait partie, merci à elle.

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11 février 2008

Le tag d'Ondine

Donc j’ai été « tagué » par Ondine puisque c’est ainsi qu’on dit. Elle m’a lancé dans une chaîne blogosphérique. Je ne pratique pas très souvent ce genre de jeu un peu artificiel mais tout de même ça m’amuse et puis c’est l’occasion de clins d’œil, l’occasion d’en recevoir, l’occasion d’en donner. J’aime bien justement que ce clin d’œil là vienne d’Ondine alors c’est avec plaisir que je joue le jeu.

C’est amusant aussi d’aller voir ceux avec qui on est co-tagué. Je ne connaissais pas ces blogs, à l’exception de celui de Claudio. Et c’est un peu la magie d’internet, passer par un détour d’au delà de l’océan pour découvrir le site de quelqu’un qui doit sans doute fréquemment hanter les mêmes quartiers que moi, que j’ai peut-être croisé sans le savoir…

La consigne c’est : Citer le blog qui vous a lancé dans le jeu, redonner le règlement, mentionner six choses sans importance sur soi puis trouver six autres personnes auxquelles passer le jeu et les en prévenir.

Six choses sans importance donc. Pas facile en fait de démarrer. Il faudrait réagir presque en écriture automatique. Or justement quand on se pose la question comme ça, de but en blanc, les idées se dérobent. Alors pour me lancer je m’amuse à ricocher (le ricochet c’est très pratiqué dans la blogosphère !) à partir des éléments donnés par Ondine :

Maladroit je le suis mais sans bleu, coupure, ni bosse parce que j’en évite largement les sources, je suis l’anti-bricolo par excellence, planter ne serait-ce qu’un clou ça fait lurette que ça ne m’est pas arrivé…

Mon grand café du matin, c’est mon démarreur ! Et j’aime aussi un petit expresso bien serré en fin de repas. Une bonne bière quand il fait soif mais surtout un verre de bon vin pour accompagner les repas…

Mon banquier c’est une abstraction. Je n’ai pas recours à des services personnalisés, signe d’une vie de fonctionnaire aux revenus réguliers et à l’aisance modeste qui n’est pas obligé de se bagarrer avec les découverts et les crédits, mais signe aussi peut-être d’une vie un peu trop popote, qui ne s’est jamais lancé dans le risque de projets échevelés…

Le banjo je ne déteste pas, souvenir de cet impressionnant duel des banjos ouvrant Délivrance et commençant à créer le climat de ce film terrifiant. Mais mon instrument préféré, celui qui m’émeut le plus, c’est encore la voix humaine, et celle de Kathleen Ferrier, pourquoi celle-ci plus que d’autres. Viendraient ensuite le violoncelle puis le piano.

Je n’ai pas de film, pas plus que de livre ou d’auteur cultissime, plutôt des admirations variées qui se sont empilées au cours du temps et auxquelles je retourne parfois mais plutôt rarement finalement, les chocs esthétiques et émotionnels, créés en moi, persistent, me nourrissent à distance. Mais peut-être que ça me manque le film, le livre culte auquel revenir comme à une source, à un morceau préservé d’enfance.

Je ne danse pas. Un blocage, une arythmie que je me suis inventée à l’adolescence, dans un temps ou sans doute j’avais besoin d’une carapace, celle-ci je n’en suis pas vraiment affranchie, c’est un des regrets de ma vie…

Maintenant savoir si tout cela est « sans importance »… Pas sûr finalement ! Et c’est l’intérêt de ces petits jeux. Au travers de ce qui semble anodin apparaissent des facettes des goûts, de l’histoire personnelle, de la personnalité, de qui s’y livre, contribuant au travers de leurs accumulation à dessiner un portait, allez, disons, une « esquisse » de portrait.

Je me suis amusé à retourner à ceux peu nombreux auxquels j’ai participé. J’ai retrouvé avec amusement la galerie des couettes et houpettes chez Traou, et puis un autre questionnaire en six points, un peu analogue à celui-ci finalement. Ça m’a fait sourire de voir ceux vers qui j’avais lancé le hameçon à l’époque, des personnes avec qui bien des liens se sont noués, sourire pour toi Ségo, « que je ne connais pas mais que j’approche à travers ses mots forts et que je me plais à deviner ».

A qui le tour maintenant ? Je lance le hochet, à prendre ou à laisser, vers Telle, vers Pivoine, vers Cassy, vers Ada et je le lance aussi vers Pati et vers Marie, spécialement pour ces deux là parce que pour des raisons différentes elles étaient en mal d’écriture ces derniers temps et que ceci aussi peut servir de perche pour des relances...

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08 février 2008

Mon vendredi buissonnier

Quel temps, mais quel merveilleux temps !

A peine sorti du bureau en tout début d’après-midi je file vers le Châtelet avec l’idée de voir l’exposition photo « Couleurs de Paris » à l’Hôtel de Ville. Il y a une longue queue. Je n’ai absolument pas envie de m’entasser, alors je passe mon chemin, je vais m’installer dans le petit square coincé entre la voie sur berge et le bord de la Seine. Dommage d’avoir derrière soi le bruit trépidant du flot de voitures mais à part ça, quelle beauté, le fleuve, le trafic des bateaux mouches et des navettes fluviales, les élégantes bâtisses des quais, la pointe de l’île Saint Louis s’abîmant entre les deux bras de Seine... Bonheur à être là, face au soleil encore haut et chaud. J’ai posé mon manteau, plaisir à cette simple légèreté. Je lis « La Fête » de Vailland. Je lis lentement, une petite goulée de Vailland, un regard sur ce qui m’environne. « Je veux la fête, pas le spectacle » fait-il dire à son héros Duc. Je comprends ça très bien moi qui suis tant un homme de regard. Juste à côté de moi un joli couple amoureux se fait fête à coup de baisers passionnés. Ils sont là et tellement loin en même temps, tout à leur fête. Moi qui suis du côté du spectacle je les regarde non sans une pointe de mélancolie…

Sur le Pont Saint-Louis comme presque toujours par les belles après-midi il y a un groupe de jazz qui joue, pas le même que la dernière fois mais c’est le même type de musique, la même ambiance, les vélos qui passent, les gens qui s’arrêtent et s’assoient au bord du trottoir. Je fais pareil, je m’arrête, je reste un long moment…

Ensuite ! partir à gauche, partir à droite ? Chaque direction me requiert. Je choisis. Choisissant je renonce. Il y aurait tellement de possibles, qui tous m’attirent. Mais l’heure tourne et déjà le soleil baisse. C’était cela qui se discutait chez Telle hier aussi. Apprendre à ne pas vouloir tout embrasser. Partir à droite et se détacher de cette envie qu’on avait aussi d’aller à gauche, ne pas en avoir de regret, être entièrement dans le plaisir de son pas, dans la direction qu’on a eu finalement l’impulsion de prendre, ne pas accaparer ce temps présent qui file par l’idée de ce qu’on aurait pu y mettre s’il était élastique.

Je reprends le bus à Maubert. Embarras de circulation rue Monge à la hauteur de Censier. Un gros accident dirait-on. Cars de police secours et de pompiers sont sur place. Les pompiers prodiguent des soins, penchés sur un corps au milieu de la chaussée que je ne distingue pas mais qui est sans doute très mal en point. Comme un dard me traverse la pensée du fiston qui prend toujours cette rue en vélo pour aller et revenir du lycée. J’imagine tout à coup la terreur que ce serait si c’était lui. Cette fois-ci ou une autre ! Pensée idiote mais pensée qui m’accompagne. Je me retiens de lui téléphoner pour me rassurer. Je n’ai rien dit mais enfin je n’étais pas mécontent quand je l’ai vu rentrer.


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(les images sont cliquables)

Posté par Valclair à 21:23 - Promenades et voyages - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 février 2008

Elle et son double

C’était il y a quelque temps déjà, pendant les vacances de Noël. Un autre croisement de hasard survenu le week-end dernier en a réactivé le souvenir et m’a donné l’envie de l’évoquer.

Nous avions passé avec Constance la journée au musée du Quai Branly, associant la visite des expositions (« Bénin » et « L’aristocrate et ses cannibales ») avec une nouvelle tentative pour appréhender un peu mieux les galeries permanentes (mais je suis resté sur ma première impression assez négative). Nous nous étions posés pour souffler et nous restaurer au café Branly. A côté de nous il y avait une famille, deux grands-parents, une mère et ses deux pré-ados, un gars encore petit-garçon et une fille déjà jolie demoiselle. Les a rejoints une femme d’une quarantaine d’années, à l’allure plutô juvénile, elle-même maman et qui semble-t-il était la tante des deux ados, une jolie femme à l’élégance simple, racée, aux cheveux blonds demi longs tombant en liberté sur ses épaules, à la parole vive et déterminée, plutôt joyeuse à sa surface mais laissant deviner je ne sais comment un sous-texte intime moins gai, plus tendu. Ça m’a fait un flash. J’ai cru voir avec une impressionnante intensité de présence une certaine amie...

Il y avait bien sûr une grande ressemblance physique. Mais il ne s’agissait pas d’une reproduction à l’identique, ce n’était ni un clone ni une jumelle homozygote. Et pourtant il y avait quelque chose d’encore plus fort, que je ne saurai vraiment définir, quelquechose de l’ordre de l’aura quoique je ne sache pas trop ce que ça peut vouloir dire. J’ai eu la conviction très forte que cette personne, bien au-delà de la ressemblance physique, partageait une sorte de communauté de vie, dans son positionnement culturel, social, et même psychologique, relationnel et affectif avec la personne qu’elle m’a si intensément rappelée.

Je n’ai guère détaché d’elle mon regard pendant tout le temps du repas ni mon oreille de ce qu’elle disait comme pour tenter de percer le mystère. Je ne pense pas qu’elle s’en soit aperçu, elle était entièrement accaparée par sa propre tablée. Et je continuais quant à moi à assurer, au travers d’un autre circuit mental, ma présence et mes paroles auprès de Constance.

Dans l’après-midi nous nous sommes recroisés dans l’espace d’exposition. Comme par hasard j’ai à ce moment là fait glisser pendant un petit moment notre propre visite dans ses pas, la suivant et l’observant à distance.

Bref j’ai été assez fasciné !

C’est très troublant ce genre d’impression. Bien sûr il ne s’agit sans doute que d’un fantasme. L’aurais-je interrogé, sans doute aurais-je trouvé une figure bien différente de la personne qu’elle m’avait évoqué. N’empêche c’est l’impression que j’ai eu et qui a perduré, et qui perdure au-delà de l’analyse rationnelle : elle et elle étaient, ne pouvaient être, même si elles l’ignoraient, qu’en intime proximité personnelle et affective !

Tiens, en écrivant ceci tout à coup un souvenir cinématographique me revient. « La double vie de Véronique » de Kieslowski. Oui ce film étrange peut aider à me faire comprendre et donner une idée du sentiment qui m’a saisi.

Posté par Valclair à 18:59 - Varia - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 février 2008

Varia du week-end

Week-end tranquille. J’étais seul à la maison presque tout le temps, ni femme, ni fils, occupés ailleurs l’un et l’autre. Au final un week-end plutôt agréable quoique un peu solitaire, marqué avant tout par la sensation de ne plus avoir mal au crâne après le chape de plomb de vendredi, par la jouissance de se sentir à nouveau simplement léger. Et j’ai l’impression du coup d’avoir presque l’obligation de rendre compte de mon week-end, comme un besoin de donner de mes nouvelles après que quelques un(e)s se soient gentiment manifestés par commentaires ou mails privés. Le voudrait-on, on échappe difficilement à l’aspect communicationnel du blog !  Mais après tout, c'est tant mieux!

Ça va mieux donc. Enfin ça va à peu près. Car si le mal s’est éloigné, je sens qu’il n’est pas loin. La douleur est prête à se réveiller. L’usage de l’ordinateur, l’effort visuel qu’il suppose, m’ont poussé à ne pas m’éterniser en visites blogosphériques et autres zappings pas plus qu’en tentatives d’écriture sur mon traitement de texte, je sentais la douleur revenir. Samedi comme dimanche j’ai décollé de la maison vers midi après un casse-croûte sommaire. Sortir, marcher, profiter d’un soleil plutôt généreux, se faire un peu secouer la tête par le vent, c’était la meilleure thérapie même si j’ai complété mes après-midi par salle obscure et visite d’expo…

J’ai vu samedi « Lust, caution ». J’ai bien aimé. Hong Kong et Shanghai pendant la seconde guerre mondiale, la Chine entre résistants nationalistes et collaborateurs pro-nippons, ça fait un bon sujet pour partir en voyage dans l’espace et le temps. Je suis plutôt bon public pour ce genre de film dès lors que la reconstitution est convaincante, ce qui est le cas ici. Ce n’est sûrement pas un grand film qui marquera mais c’est un bon film, très bien fait. Les acteurs principaux sont excellents, ils parviennent bien à faire ressortir l’ambiguïté des personnages. Tony Leung est impressionnant, il fait ressentir physiquement à la fois la dureté implacable du personnages et ses failles secrètes. La jeune Tang Wei est également excellente par sa capacité à faire ressortir les différentes facettes de son personnage : l’étudiante innocente, réservée mais déterminée, la jeune actrice qui prend conscience du pouvoir que lui confère son art et qui s’investit totalement dans le rôle de séductrice qu’elle est amenée à incarner, la femme amoureuse et très sexuelle dont la relation avec celui qu’elle devait piéger devient plus complexe qu’elle ne l’imaginait. C’est le vrai sujet du film d’ailleurs, au-delà de la reconstitution historique : où est la vérité de soi entre les rôles que l’on est amené à jouer, ces rôles ne finissent-ils par nous envahir, nous investir, ne devient-on pas ce rôle que l’on joue ? C’est un peu la même question que celle que j’avais posée il n’y a pas si longtemps à propos de l’écriture : les mots que nous produisons à propos de nous mêmes et qui parfois nous échappent, ne deviennent-ils par notre vérité plus que ce que nous sommes.

Lust_caution

Dimanche il y avait toujours un même généreux soleil quoique se voilant à mesure que l’après-midi avançait. Contraste entre ce soleil qui chauffe étonnamment lorsqu’on est à l’abri et le vent qui est fort et froid. En certains lieux comme l’esplanade de la Bibliothèque où se créent des appels d’air entre les tours il fait même glacial, mais on respire au moins, ça aère la tête. Une fois de plus j’ai déambulé entre Bercy et la Bibliothèque, profitant de ma passerelle favorite entre Seine et ciel…

J’ai été voir l’exposition « Eros au Secret », retraçant l’histoire de l’Enfer de la BnF et présentant quantité de manuscrits, d’éditions anciennes ou de superbes pièces bibliophiliques plus modernes et des « curiosa » de tous ordres. Il y a beaucoup d’illustrations très variées bien au-delà de ce qu’on connaît habituellement, gravures libertines du 18° siècles ou photos licencieuses de la belle époque. La foule est au rendez-vous, bien plus qu’à d’autres expos que j’ai pu voir dans ce lieu. Le sujet manifestement est porteur ! Cela dit le public est conforme dans sa diversité à un public classique d’exposition. Pas plus de vieux messieurs libidineux ou d’adolescents boutonneux qu’ailleurs ! Les gens visitent avec décontraction, sans rouge aux joue, quels que soient leur style, gentils couples, jolies étudiantes ou mamies coureuses d’expos, montrant bien par là combien tout ce qui a trait à la sexualité s’est dédramatisé et est désormais reconnu comme une part comme une autre de ce qui fait l’humain, susceptible de donner lieu à création artistique et à production de beauté. (Enfin, reconnu en surface en tout cas. Au fond des corps et des cœurs c’est sûrement plus compliqué. En plus la surexposition médiatico-publicitaire qu’induit une société qui place le bonheur dans la consommation, et cette sorte d’impératif du jouir qui l’accompagne, créent aussi d’autres problèmes). L’expo en tout cas se voit avec intérêt et plaisir. Elle montre naturellement que sur ce terrain notre époque n’a rien inventé, que la variété des pulsions et des désirs, que leur expression par les mots et par l’image n’est pas d’aujourd'hui, que ce qui change c’est leur exposition, leur rapport à l’espace public. On s’en serait douté !

Les fins d’après-midi, l’une comme l’autre, ont été plus languides. Avec cette impression que la journée se ferme comme la nuit tombe. Avec le retour à la maison où il n’est nulle surprise. Avec la perspective de la semaine à venir au bureau qui n’a rien d’enthousiasmant, une semaine qui s’annonce beaucoup plus calme que la précédente mais ce n’est pas forcément gage de me sentir mieux dans mes baskets professionnels. Enfin bref, tout ça…

BnF_et_Bercy__fev_08_007

Posté par Valclair à 21:36 - Varia - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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