28 février 2008
Pulsion noire et joli dimanche
Samedi je me suis laissé
emporter par une pulsion délétère…
Je suis réticent à écrire
là-dessus parce que je ne veux pas ressasser. J’ai vécu le moment
problématique, il a réactivé tout ce qui est là, trop présent au quotidien, ce
que j’appelle ma ligne grise, cette sorte de fond un peu pessimiste, un peu
masochiste dans lequel je me complais trop souvent en pensant à ma
personnalité, à mes peurs, à mon immobilisme, ce sentiment d’être un peu à côté
de la vie.
Et je suis réticent à
publier en plus, à supposer que je finisse par l’écrire, parce que ce n’est pas
génial pour l’image que ça peut donner de moi. On a beau dire, on veut être
transparent, on veut être dans l’authenticité mais il y a des choses difficiles
à dire. Parfois j’ai l’impression que mes gentilles historiettes, mes
considérations posées de lecteur ou de cinéphile, ma volonté de mettre en
lumière et en exergue les jolis moments de la vie et de m’en nourrir, finissent
par donner de moi une image plus lisse que ce que je suis réellement. Je sais
bien que la transparence absolue n’est pas possible et d’ailleurs même pas
souhaitable mais tout de même je tiens à essayer d’en être au plus près, sinon
toute cette écriture perdrait sens à mes yeux.
Bref ! Allons-y,
assumons…
Samedi fin d’après-midi. Je
suis chez un boucher, pas mon boucher habituel qui est en vacances pour la
semaine. Je suis un peu à cran parce que plusieurs choses prévues dans la
journée ont patiné et ne se sont pas faites. Je me sens fatigué, énervé. Il y a
la queue. J’attends patiemment, enfin à peu près patiemment. Le boucher n’est
pas pressé, il n’accélère en rien le rythme malgré la queue. Il papote comme
souvent papote un boucher. Il fait du lien le monsieur, je devrais être
content, mais non, je bouillonne de plus en plus intérieurement. Pourtant je
n’ai pas un train à prendre. Je ne suis pas même spécialement pressé. C’est
presque à mon tour. La dame devant moi prend une chose, c’est une bonne cliente
du boucher, papotage à propos de la petite nièce qui accompagne la dame,
« oh qu’elle vous ressemble », la dame prend un seconde produit,
repapotage puis : « alors ce sera tout Madame Michu ? »,
« Voyons, voyons, ah je prendrai bien aussi trois côtes d’agneau »,
« Ah je n’en ai pas de faites, il faut que je vous les découpe, je vous
fais ça tout de suite Madame Michu !). Je ne bouillonne plus, j’explose.
C’est à dire que je tourne brusquement les talons, je sors sans demander mon
reste…
Je me retrouve dans le rue,
atterré ! Je fais un tour du quartier à grands pas en essayant de me
défouler mais surtout en ressassant mon imbécillité. Le fait lui-même,
tellement immensément dérisoire, passe vite à la trappe. Pas le comportement.
Suis-je parti parce que
après avoir fait la queue dix minutes, j’allais devoir attendre deux-trois
minutes de plus ? Sans doute pas. Ne serais-je pas parti justement parce
que j’approchais du moment où j’allais être servi, où j’allais obtenir ce pour
quoi j’étais là ? N’ai-je pas sauté sur une simple prétexte qui s’offrait
à moi pour pouvoir continuer à me repaître masochistement de cette colère
intérieure, peu à peu installée dans ma journée ? Hélas je crains bien que
ce ne soit en effet le schéma : Plaisir à me faire mal. Me revient
l’heautontimoroumenos de Baudelaire : « « Je suis la plaie et le
couteau ! » et la suite…
Vieille affaire, toujours
sous-jacente, vis à vis de laquelle le raison n’a que faire. Certains me
disent : « tu es scorpion, ascendant scorpion; c’est typique ».
Je n’y crois pas du tout. Mais je crois par contre à ce qui me vient de ma
mère, elle que j’ai toujours vu fonctionner ainsi, et sous des formes plus
exacerbées, plus douloureuses que chez moi.
C’est la mélancolie. Pas la
mélancolie douce, sentiment finalement pas désagréable de tristesse douce et
tiède qui nous étreint lorsqu’on se tourne vers un passé qui ne reviendra pas,
non une mélancolie dure et profonde, celle que portait dans l’ancienne médecine
une « humeur » délétère, l’excès de bile noire.
J’entends souvent de bonnes
paroles dans mon cours de yoga. Nous y parlons du détachement nécessaire à
l’égard des affects perturbants, du recours que peut apporter en cas de stress
ou de pensée mauvaise une bonne respiration concentrée et une centration sur
soi, de l’art de faire avec ce qui nous est donné et d’atteindre au
« contentement »… C’est bel et bon. Intégré intellectuellement cinq
sur cinq. Parfois utilisé dans des moments moins critiques. Mais d’aucun
secours quand ça dérape vraiment. Au point de me dire : à quoi me sert-il
ce foutu yoga, s’il n’est même pas capable de me préserver de comportement
aussi débiles ?
Pulsion irrationnelle.
Véritable « folie ». Qui reste assez « sage » cependant
socialement parlant. Et qui ne me fera pas juger comme fou. Tout ça reste
intérieur, bien calfeutré en moi, se traduisant juste par un air sombre, une
gueule renfrognée, sûrement pas agréable pour l’entourage au moment où ça se
produit mais sans plus. Je ne manifeste pas de colère violente à l’égard des
autres. Je ne crie pas. Je ne frappe pas. Mais je ne me maîtrise pas.
Absolument pas. Je suis dans l’absolu de la pulsion. Donc sur le fond est-ce
que ce n’est pas aussi « fou » que des pulsions qui conduisent des
hommes qui aiment leur femme à les frapper où à être incapables de réprimer des
pulsions sexuelles mortifères.
Je dis que je ressasse. Oui.
J’ai été jeter un œil au début de ce journal en ligne. Ça date, bon sang !
Tiens un exemple. Voici « l’art de rater ses dimanches », juillet
2003. Et il y en aurait d’autres, beaucoup d’autres et plus sans doute que ce
que je raconte.
Je ressasse. Donc passons à
autre chose. Mais il fallait que ce soit dit.
Changement de décor,
changement d’humeur intérieure le lendemain dimanche.
Il fait beau. Nous avons
chaussé nos grosses chaussures. Ce n’est pas que le lieu où nous allons les
nécessitent. Au contraire elles font un peu ridicules. Mais ce sont des
chaussures neuves et nous les testons, nous les faisons à nos pieds avant notre
expédition dans les montagnes balkaniques. Les préparatifs c’est déjà un peu le
voyage. Nous n’allons même pas jusqu’à Fontainebleau et ses escarpements, nous
nous promenons avec nos gros godillots dans un parc policé aux vastes allées
confortables, celui de Sceaux, à quelques stations de RER de la maison et très
loin de la nature…
Il y a dans les jardins une
exposition de photos sur le thème des arbres. C’est amusant ces arbres parmi
les arbres, cette réplication du vivant sur l’à plat d’un panneau. A priori on
se dit que l’un ne vaut pas l’autre, que le vivant écrase de sa présence réelle
et vibrante la photo qui n’est que signe, que trace morte. Un peu de la même
façon que le virtuel ne peut valoir le réel, que l’échange des mots derrière
l’écran de l’ordinateur ne peut valoir les paroles vivantes et l’échange des
regards. Mais la photo c’est aussi l’art qui approfondit la réalité, la
transmute. Et il est bon alors que l’un dialogue avec l’autre, qu’ils
s’enrichissent mutuellement.
Nous pique-niquons dans la
lumière douce et presque printanière, devant le miroitement de l’eau dans les
bassins.
Je me sens léger, autant que
la veille j’étais plombé.
Je n’écris pas cette évocation pour faire joli et consensuel, pour faire en sorte que mes lecteurs ne restent pas sur les impressions sombres, sur cette image sinistre que j’ai donné de moi. Je l’écris simplement parce que c’est vrai. Je suis cette alternance de moments où me submerge la mélancolie destructrice et d’autres, vécus dans la fraîcheur et la légèreté du présent sans (trop) me poser de questions existentielles. Autant il aurait été faux de faire l’impasse sur la pulsion mauvaise, autant il le serait de la faire sur la journée ensoleillée.
Photos cliquables bien sûr. Promenade argentée en forêt avec Cartier-Bresson, nuit sous la ramure au bord de l'océan californien...
De quoi rêver sous les arbres du Parc de Sceaux...
23 février 2008
Mon cinéma 2007
Il m’est arrivé de tenter de
faire des palmarès à la fin d’une année de cinéma. Puis j’ai adopté des
pratiques plus souples. Je suis de plus en plus réticent à l’égard des palmarès
car les films qui me paraissent de grandes réussites le sont pour des raisons
si différentes qu’il me paraît impossible de les classer. Je pourrais dire la
même chose pour les livres d’ailleurs. Quoique j’adorerai participer à un jury
type jury du livre inter, j’imagine que je serais fort mal à l’aise quand il
s’agirait, parmi plusieurs livres de qualité et faisant écho en moi, d’en
primer un et un seul au détriment des autres.
Mais j’aime bien jeter un
œil rétrospectif sur mon année cinéma. Car voir comment persistent en nous les
films à une certaine distance temporelle est une autre approche qui complète et
corrige l’impression du moment. On s’aperçoit alors que certains films restent
en nous avec bien plus de force que d’autres qui peut-être sur le moment nous
ont fortement séduits.
Si je me tourne vers mes
films 2007, j’en vois trois qui se détachent et auxquels je pense spontanément
sans aller farfouiller dans mes archives : « Persépolis »,
« La graine et le mulet » et, moins attendu sans doute, un film
modeste que j’ai beaucoup aimé mais que j’avais à peine évoqué dans mon blog et
dont je ne pensais pas qu’il laisserait à ce point trace : « Le fils
de l’épicier ».
Allant dans mes archives
j’en vois trois autres auxquels je n’ai pas repensé spontanément mais dont le
souvenir et la force en moi sont néanmoins très forts : « La vie des
autres », « Les climats » et « Le vieux jardin ».
Je m’aperçois que
« Lady Chatterley » que j’avais d’abord fait figurer parmi les films
me venant à l’esprit dans les tous premiers avait été vu par moi en 2006.
Preuve de la trace particulièrement forte de ce film là ! A moins que ce
ne soit parce que j’en ai vu en 2007 la version télévisuelle...
De tous ces films, en pleine
contradiction avec ce que j’écrivais au début de ce billet, il me semble que
cette année je n’ai aucun mal à en désigner un qui s’impose au-dessus du
lot : le merveilleux Persépolis !
Mais je saisis aussi à
travers ma sélection une des dimensions qui compte particulièrement pour me
faire aimer un film. Ceux qui me marquent, m’émeuvent plus que d’autres sont
avant tout des films que je dirai « humanistes », qui, même
lorsqu’ils sont douloureux ou quasi désespérés, montrent des personnes dont le
cœur est ouvert sur la vie, qui tentent maladroitement parfois d’aller vers du
meilleur pour eux-mêmes et de répandre du meilleur autour d’eux. Les croiser,
ne fut-ce que dans cet au-delà de l’écran, fait se sentir soi-même un peu
meilleur. Ils aident à ne pas désespérer de l’humanité. On sort de ces films,
même s’ils sont tristes, porté par une forme d’allégresse.
Et ceci explique sans doute
aussi la place plus mineure que tiennent dans mes enthousiasmes des cinéastes
culte pour certains comme Lynch ou Cronenberg. Je repense précisément à
certaines discussions amorcées ici ou sur ses propres billets avec D&D. Je
me demandais sans trop parvenir à me le formuler ce qui me laissait froid chez
ces cinéastes que par ailleurs je peux apprécier beaucoup intellectuellement.
Je peux sortir du film en admirant la performance, en me disant « c’est
très fort, c’est très bon » mais je regarde ça d’une façon qui reste assez
extérieure, avec les yeux de l’esprit plus qu’avec les yeux de l’émotion et
c’est pourquoi finalement ils s’effacent assez vite.
Il n’y a pas que cet aspect
bien sûr pour me faire apprécier un film ou un cinéaste. Je tiens par exemple
« Orange mécanique », vu à l’adolescence, pour un chef d’œuvre
marquant de même que presque tous les films de Kubrick qui est peut-être pour
moi le plus grand des cinéastes. (J’ai revu il y a peu en salle Barry Lyndon, ressorti
récemment en copie neuve : ce film est une absolue merveille :
extraordinaire beauté plastique des images conçues comme autant de tableaux,
description acérée de milieux sociaux, galerie de portraits à la Hogarth, c’est
comme si le 18° siècle européen tout entier nous était rendu, méditation enfin
sur l’histoire, les classes sociales et les destinées individuelles…).
22 février 2008
Une femme sexuelle
Je visitais récemment une exposition...
Parmi les visiteurs passe
une femme assez belle, plutôt grande, svelte, vêtue d’un jean et d’un débardeur
assez échancré laissant ses épaules dénudées, son corps est assez fortement
cambré, et ses seins se devinent assez gaillardement pointés sous son vêtement.
Sa silhouette est très juvénile comme son look et la façon dont elle est
habillée mais à regarder son visage, on voit qu’elle n’est pas si jeune,
quarantaine avancée voire jeune cinquantaine. Cette femme a en elle quelque
chose de violemment sexuel. Je l’observe du coin de l’œil avec comme toujours
dans ces cas là une certaine fascination. Elle est assez belle certes mais sans
rien d’exceptionnel. Alors d’où cela vient-il ? Quel est ce mystère ?
Qu’est ce qui lui confère cette aura particulière ?
Elle est accompagné d’un
homme, un grand et beau brun qui paraît plutôt plus jeune qu’elle. Ils semblent
très amoureux. Ils s’éloignent parfois l’un de l’autre au cours de la visite
mais se rapprochent aussi par moments, se tiennent alors serrés l’un contre
l’autre ou s’embrassent. A un moment ils se posent sur des sièges, l’homme lui
dit quelquechose à l’oreille et la femme se met à rire d’un grand rire sonore
qu’elle ne se préoccupe pas de tenter de calmer. Je n’imagine pas qu’ils soient
mari et femme ou compagnons au long cours, ils ne peuvent être qu’amants, ils
portent en eux la vivacité d’un désir neuf ou à tout le moins récent.
J’aime assez ce genre de
vision de hasard et les imaginations qu’elles déclenchent en moi. J’aime les
écrire dans mon journal un peu de la même façon que j’aime à l’occasion écrire
des nouvelles érotiques. En les écrivant je les arrête et leur confère un éclat
peut-être plus brillant que dans la réalité même. Et je tente d’en retenir
l’image, pour la collectionner, pour avoir le plaisir plus tard de la
réactiver.
Je suis un homme de regards.
Je sais que c’est ce qui fait de moi ce promeneur attentif, capable de capter
ce qui passe d’une image ou d’une ambiance, capable de la poser dans les mots
et capable aussi parfois de laisser mon imagination s’envoler à partir d’elle,
indépendamment de toute éventuelle connotation sexuelle. Mais cette tension du
regard s’accentue devant des scènes chargées d’érotisme (ou auxquelles moi-même
je me plais à conférer une part d’érotisme). C’est mon petit côté voyeur !
Et je sais qu’il a un certain effet pervers, en contribuant à nourrir des
frustrations car le regard n’est pas tout et ne comble pas ce qui me manque,
mais ce n’est pas pour autant qu’il me faudrait bouder ces plaisirs légers de
l’œil et de l’imagination.
18 février 2008
Les deux faces de mon dimanche
Hier persistait sur Paris ce
beau temps froid et sec qui s’est installé dans la durée. Bon, je sais, il ne
pleut pas assez, on commence à parler de déficit pluviométrique et de nappes
phréatiques qui se renouvellent insuffisamment, mais ne boudons pas ce qui par
contre peut mener à notre plaisir de promeneur…
Et j’en ai bien profité hier
en effet.
Nous avons été marcher à
Fontainebleau. Cette forêt est un magnifique terrain de jeu, par sa variété,
les zones de grandes futaies, les bassins sableux, les platières surélevées,
les buttes dont certaines sont assez raides, les fameux rochers enfin, où, dans
un autre temps, nous nous entraînions à la varappe. On s’est contenté de
marcher cette fois-ci mais c’était une vraie marche de toute la journée, de
celles dont on rentre en sentant ses muscles. On est recru de bonne fatigue, on
sent que la machine a bien tourné, qu’elle s’est décrassée, mise en condition
aussi pour la semaine de raquettes qui nous attend début mars dans les neiges
balkaniques.
Il m’en faudrait plus des
journées comme celle-ci ! Elles me font le plus grand bien. Mais il faut
assumer ce qui va avec. S’obliger à se bousculer le dimanche matin, alors
qu’avoir une matinée pour prendre son temps c’est aussi très précieux, assumer
le temps de bagnole pour aller sur place et surtout le temps de retour
inévitablement marqué par des embouteillages, ce sas obligé qui nous fait
sentir à quel point, dans notre quotidien urbain, on est loin de la campagne et
de la nature.
Nos promenades virtuelles,
quels que soient leurs charmes, n’atteignent pas au bonheur du corps qui
simplement se meut dans l’harmonie.
Pourtant en rentrant je me
suis replongé dans les plaisirs des promenades internautiques. J’ai passé un
très agréable moment à faire défiler les signatures musicales posées par les
uns et les autres et qu’Ondine a organisé dans un véritable concert sur sa
terrasse musicale. Je m’y suis promené, basculant d’une ambiance à une autre,
retrouvant des morceaux très connus mais en découvrant d’autres aussi, devinant
derrière les musiques un petit peu de celles et ceux qui les ont déposés. J’ai
complété mon écoute à allant voir des blogs que pour beaucoup je ne connaissais
pas. Et j’ai aussi pas mal navigué en glissant de cercles en cercles à partir
de l’onde de tags qu’a également relayé Ondine. Certains de ces sites m’ont
accroché, d’autres moins, ce qui est normal. Certains me donneraient l’envie
d’aller y voir de plus près. Et je sais que je pourrai difficilement le faire.
C’est là la limite du plaisir et c’est là qu’il peut se muer en
frustration : on est devant des potentialités infinies mais le temps
manque. On ne fera qu’entrouvrir beaucoup de ces lucarnes, on les refermera
très vite non sans une pointe de regret.
Ondine est dans une phase
très active de mises en liens internautiques. C’est très sympathique et je me
réjouis de tout ce qu’elle fait, de tout ce qu’elle crée, de ces liens
merveilleux que l’on pourrait saisir, actualiser, faire sien. Mais il faut
savoir baliser le temps. Ondine l’a bien senti d’ailleurs, en évoquant au
travers d’une lumineuse promenade, cette sorte de « post-partum » à
laquelle elle s’est trouvée confrontée après son intense plongeon en
sociabilité internautique.
J’ai pu associer dans mon dimanche le plaisir tranquille de mon pas dans la forêt et le plaisir du voyage et des mises en lien par écran interposé sans qu’ils soient en concurrence, sans qu’ils n’entrent en collapsus temporel. L’un a su équilibrer l’autre et c’était bien.
(Les photos sont cliquables)
16 février 2008
Fuite en avant
Je suis consterné comme je
crois beaucoup de monde par la dernière initiative en date de notre président
excité. Je partage très largement ce qu’en dit Samantdi, les termes qu’elle
emploie pour résumer, « morbide et déraisonnable » me paraissent
parfaitement bien choisis, ils disent avec calme et mesure ce qui doit l’être
et je ne ferai pas un billet supplémentaire sur le fait lui-même. La réaction
plus que vigoureuse de Simone Veil m’a aussi parue bienvenue, marque une fois
encore de la rigueur et de l’indépendance de cette grande dame, au-delà du
soutien politique qu’elle a accordé à Sarkozy au moment de la présidentielle.
Ce qui fait peur au-delà de
cette initiative elle-même c’est la façon de fonctionner du personnage. Il est
dans le réactionnel, fonctionnant de coups en coups, chacun des retours de
bâton qu’il se prend l’entraînant à lancer autre chose, dans l’improvisation la
plus totale, sans réflexion, sans concertation. Mais jusqu’où va-t-il
aller ?
Cette dernière initiative
s’inscrit dans un contexte d’accumulation de mesures et de déclarations de plus
en plus inquiétantes. J’accorde le pompon à celle qui affirme « dans
l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne
pourra jamais remplacer le curé et le pasteur ». Oui il l’a bien dit comme
ça ! ça me paraît énorme, incroyable !
La déclaration de défense
républicaine sortie hier est appréciable, indépendamment des arrière pensées
politiciennes des uns et des autres. Y trouver Villepin comme signataire est
sans doute surtout un signe de la haine véritablement mortelle que ces gens-là
qui ont cohabité dans de mêmes équipes gouvernementales se portent, ce qui
n’est pas spécialement ragoûtant, mais n’empêche réaffirmer de façon très large
cette nécessité de la vigilance républicaine n’est pas un mal.
Oui décidément ce type est
dangereux. Comme on le pressentait depuis très longtemps. On l’avait dit avant
la présidentielle. Malgré tout ce qu’on n’a cessé de détester en lui et sans
trop y croire on a tenté de se dire que le pire n’était pas certain, qu’il
fallait lui laisser le bénéfice du doute, que peut-être la fonction lui
permettrait de prendre une certaine hauteur. Il n’en est manifestement rien. La
politique d’ouverture qu’il a esquissé n’est, comme c’était à craindre, que
débauchage individuel, façon de jouer les uns contre les autres pour renforcer
le pouvoir du prince et de ses coteries proches.
Et puis ceci, entendu ce
matin à la radio, qui n’a rien à voir avec Sarko mais qui hélas a sans doute
tout à voir avec une certaine évolution de nos sociétés. En Angleterre, pays
pourtant de l’habeas corpus mais maintenant pays à l’avant-garde de
l’utilisation sécuritaire de la technologie, ont été mis au point et sont
d’ores et déjà utilisés des matériels qui diffusent des sons désagréables,
audibles par les seules oreilles jeunes qui ont pour but de dissuader ceux-ci
de stationner en certains lieux publics ! Si, si, vous avez bien lu !
Je n’ai pas sorti ça d’un récit de science-fiction et nous ne sommes pas le 1°
avril ! Hélas !
13 février 2008
Faire du lien
En allant au bureau chaque
matin, je suis amené à traverser un carrefour à proximité d’une école au moment
de l’entrée des enfants. Pour assurer la sécurité de la traversée la Mairie a
mis en place des agents de sécurité. Certains font ça de façon mécanique et
distante, le visage fermé, le regard au loin, il ne s’agit que d’arrêter des
voitures et éventuellement de pousser un coup de gueule sur des piétons
indisciplinés. Mais il y a souvent une petite dame formidable. Elle est souriante,
elle échange éventuellement quelques mots avec des parents, elle parle aux
enfants aussi avec gentillesse, fait des commentaires montrant qu’elle les a
repérés au fil du temps, qu’elle les connaît comme des individus, chacun d’eux
particulier et précieux, certains en passant lui font la bise. On a le
sentiment que par ce seul fait d’être concernée par les autres et de le montrer
elle crée, de façon certes infinitésimale, du lien social entre les gens.
Car c’est étonnant de voir
combien sa simple présence chaleureuse fait que les gens se regardent,
s’adressent des sourires. Moi même je me sentirais gêné de passer devant elle
le visage fermé, avec cet air soucieux et pressé qu’on affiche trop souvent.
Alors je lui souris et je la salue. Et ça me fait du bien, ça suffit à
m’alléger (un peu !), à rendre mon pas plus allègre, ça m’aide à rentrer
dans ma journée avec plus de positivité.
Si tout le monde en faisait
autant dans nos villes où la tendance est à la déshumanisation, au « je
suis dans ma bulle et je passe sans t’accorder un sourire, sans t’accorder un
regard », ça ne changerait pas la face du monde mais tout de même ça ne
serait pas si mal.
Dimanche j’ai assisté à une
présentation et lectures de textes de Roger Vailland dans un café proche de la
Bastille où je m’étais trouvé entraîné par l’invitation que Fuligineuse en
avait laissé sur son Sablier. C’était un moment sympathique et intéressant,
dans un lieu suffisamment petit pour que les participants auditeurs ou lecteurs
se sentent en proximité. Cette soirée inaugure une série de rencontres
littéraires du même type. Ce qui m’a frappé justement c’est que le patron du
café et la personne qui lance ces rencontres ont insisté sur cette idée que
créer et entretenir du lien, à travers cette médiation des textes et de
l’échange qu’on pouvait avoir autour d’eux, était justement un des fondements
de leur initiative et que c’était aussi leur façon à eux, toute modeste qu’elle
soit, de faire de la politique.
Et je me souviens aussi que
c’est sur ce thème que Samantdi nous avait adressé ses vœux pour 2008 :
cultivons les liens, plutôt que les différences, favorisons tout ce qui
rapproche.
Le sourire de cette modeste
agente de sécurité en fait partie, merci à elle.
11 février 2008
Le tag d'Ondine
Donc j’ai été
« tagué » par Ondine puisque c’est ainsi qu’on dit. Elle m’a lancé
dans une chaîne blogosphérique. Je ne pratique pas très souvent ce genre de jeu
un peu artificiel mais tout de même ça m’amuse et puis c’est l’occasion de
clins d’œil, l’occasion d’en recevoir, l’occasion d’en donner. J’aime bien
justement que ce clin d’œil là vienne d’Ondine alors c’est avec plaisir que je
joue le jeu.
C’est amusant aussi d’aller
voir ceux avec qui on est co-tagué. Je ne connaissais pas ces blogs, à
l’exception de celui de Claudio. Et c’est un peu la magie d’internet, passer
par un détour d’au delà de l’océan pour découvrir le site de quelqu’un qui doit
sans doute fréquemment hanter les mêmes quartiers que moi, que j’ai peut-être
croisé sans le savoir…
La consigne c’est :
Citer le blog qui vous a lancé dans le jeu, redonner le règlement, mentionner
six choses sans importance sur soi puis trouver six autres personnes auxquelles
passer le jeu et les en prévenir.
Six choses sans importance
donc. Pas facile en fait de démarrer. Il faudrait réagir presque en écriture
automatique. Or justement quand on se pose la question comme ça, de but en
blanc, les idées se dérobent. Alors pour me lancer je m’amuse à ricocher (le
ricochet c’est très pratiqué dans la blogosphère !) à partir des éléments
donnés par Ondine :
Maladroit je le suis mais
sans bleu, coupure, ni bosse parce que j’en évite largement les sources, je
suis l’anti-bricolo par excellence, planter ne serait-ce qu’un clou ça fait
lurette que ça ne m’est pas arrivé…
Mon grand café du matin,
c’est mon démarreur ! Et j’aime aussi un petit expresso bien serré en fin
de repas. Une bonne bière quand il fait soif mais surtout un verre de bon vin
pour accompagner les repas…
Mon banquier c’est une
abstraction. Je n’ai pas recours à des services personnalisés, signe d’une vie
de fonctionnaire aux revenus réguliers et à l’aisance modeste qui n’est pas
obligé de se bagarrer avec les découverts et les crédits, mais signe aussi
peut-être d’une vie un peu trop popote, qui ne s’est jamais lancé dans le
risque de projets échevelés…
Le banjo je ne déteste pas,
souvenir de cet impressionnant duel des banjos ouvrant Délivrance et commençant
à créer le climat de ce film terrifiant. Mais mon instrument préféré, celui qui
m’émeut le plus, c’est encore la voix humaine, et celle de Kathleen Ferrier,
pourquoi celle-ci plus que d’autres. Viendraient ensuite le violoncelle puis le
piano.
Je n’ai pas de film, pas
plus que de livre ou d’auteur cultissime, plutôt des admirations variées qui se
sont empilées au cours du temps et auxquelles je retourne parfois mais plutôt
rarement finalement, les chocs esthétiques et émotionnels, créés en moi,
persistent, me nourrissent à distance. Mais peut-être que ça me manque le film,
le livre culte auquel revenir comme à une source, à un morceau préservé
d’enfance.
Je ne danse pas. Un blocage,
une arythmie que je me suis inventée à l’adolescence, dans un temps ou sans
doute j’avais besoin d’une carapace, celle-ci je n’en suis pas vraiment
affranchie, c’est un des regrets de ma vie…
Maintenant savoir si tout
cela est « sans importance »… Pas sûr finalement ! Et c’est
l’intérêt de ces petits jeux. Au travers de ce qui semble anodin apparaissent
des facettes des goûts, de l’histoire personnelle, de la personnalité, de qui
s’y livre, contribuant au travers de leurs accumulation à dessiner un portait,
allez, disons, une « esquisse » de portrait.
Je me suis amusé à retourner
à ceux peu nombreux auxquels j’ai participé. J’ai retrouvé avec amusement la
galerie des couettes et houpettes chez Traou, et puis un autre questionnaire en
six points, un peu analogue à celui-ci finalement. Ça m’a fait sourire de voir
ceux vers qui j’avais lancé le hameçon à l’époque, des personnes avec qui bien
des liens se sont noués, sourire pour toi Ségo, « que je ne connais pas
mais que j’approche à travers ses mots forts et que je me plais à
deviner ».
A qui le tour
maintenant ? Je lance le hochet, à prendre ou à laisser, vers Telle, vers
Pivoine, vers Cassy, vers Ada et je le lance aussi vers Pati et vers Marie,
spécialement pour ces deux là parce que pour des raisons différentes elles
étaient en mal d’écriture ces derniers temps et que ceci aussi peut servir de
perche pour des relances...
08 février 2008
Mon vendredi buissonnier
Quel temps, mais quel
merveilleux temps !
A peine sorti du bureau en
tout début d’après-midi je file vers le Châtelet avec l’idée de voir
l’exposition photo « Couleurs de Paris » à l’Hôtel de Ville. Il y a
une longue queue. Je n’ai absolument pas envie de m’entasser, alors je passe
mon chemin, je vais m’installer dans le petit square coincé entre la voie sur
berge et le bord de la Seine. Dommage d’avoir derrière soi le bruit trépidant
du flot de voitures mais à part ça, quelle beauté, le fleuve, le trafic des
bateaux mouches et des navettes fluviales, les élégantes bâtisses des quais, la
pointe de l’île Saint Louis s’abîmant entre les deux bras de Seine... Bonheur à
être là, face au soleil encore haut et chaud. J’ai posé mon manteau, plaisir à
cette simple légèreté. Je lis « La Fête » de Vailland. Je lis
lentement, une petite goulée de Vailland, un regard sur ce qui m’environne.
« Je veux la fête, pas le spectacle » fait-il dire à son héros Duc.
Je comprends ça très bien moi qui suis tant un homme de regard. Juste à côté de
moi un joli couple amoureux se fait fête à coup de baisers passionnés. Ils sont
là et tellement loin en même temps, tout à leur fête. Moi qui suis du côté du
spectacle je les regarde non sans une pointe de mélancolie…
Sur le Pont Saint-Louis comme
presque toujours par les belles après-midi il y a un groupe de jazz qui joue,
pas le même que la dernière fois mais c’est le même type de musique, la même
ambiance, les vélos qui passent, les gens qui s’arrêtent et s’assoient au bord
du trottoir. Je fais pareil, je m’arrête, je reste un long moment…
Ensuite ! partir à
gauche, partir à droite ? Chaque direction me requiert. Je choisis.
Choisissant je renonce. Il y aurait tellement de possibles, qui tous m’attirent.
Mais l’heure tourne et déjà le soleil baisse. C’était cela qui se discutait
chez Telle hier aussi. Apprendre à ne pas vouloir tout embrasser. Partir à
droite et se détacher de cette envie qu’on avait aussi d’aller à gauche, ne pas
en avoir de regret, être entièrement dans le plaisir de son pas, dans la
direction qu’on a eu finalement l’impulsion de prendre, ne pas accaparer ce
temps présent qui file par l’idée de ce qu’on aurait pu y mettre s’il était
élastique.
Je reprends le bus à Maubert. Embarras de circulation rue Monge à la hauteur de Censier. Un gros accident dirait-on. Cars de police secours et de pompiers sont sur place. Les pompiers prodiguent des soins, penchés sur un corps au milieu de la chaussée que je ne distingue pas mais qui est sans doute très mal en point. Comme un dard me traverse la pensée du fiston qui prend toujours cette rue en vélo pour aller et revenir du lycée. J’imagine tout à coup la terreur que ce serait si c’était lui. Cette fois-ci ou une autre ! Pensée idiote mais pensée qui m’accompagne. Je me retiens de lui téléphoner pour me rassurer. Je n’ai rien dit mais enfin je n’étais pas mécontent quand je l’ai vu rentrer.
(les images sont cliquables)
07 février 2008
Elle et son double
C’était il y a quelque temps
déjà, pendant les vacances de Noël. Un autre croisement de hasard survenu le
week-end dernier en a réactivé le souvenir et m’a donné l’envie de l’évoquer.
Nous avions passé avec
Constance la journée au musée du Quai Branly, associant la visite des
expositions (« Bénin » et « L’aristocrate et ses
cannibales ») avec une nouvelle tentative pour appréhender un peu mieux
les galeries permanentes (mais je suis resté sur ma première impression assez
négative). Nous nous étions posés pour souffler et nous restaurer au café
Branly. A côté de nous il y avait une famille, deux grands-parents, une mère et
ses deux pré-ados, un gars encore petit-garçon et une fille déjà jolie
demoiselle. Les a rejoints une femme d’une quarantaine d’années, à l’allure
plutô juvénile, elle-même maman et qui semble-t-il était la tante des deux
ados, une jolie femme à l’élégance simple, racée, aux cheveux blonds demi longs
tombant en liberté sur ses épaules, à la parole vive et déterminée, plutôt
joyeuse à sa surface mais laissant deviner je ne sais comment un sous-texte
intime moins gai, plus tendu. Ça m’a fait un flash. J’ai cru voir avec une
impressionnante intensité de présence une certaine amie...
Il y avait bien sûr une
grande ressemblance physique. Mais il ne s’agissait pas d’une reproduction à
l’identique, ce n’était ni un clone ni une jumelle homozygote. Et pourtant il y
avait quelque chose d’encore plus fort, que je ne saurai vraiment définir,
quelquechose de l’ordre de l’aura quoique je ne sache pas trop ce que ça peut
vouloir dire. J’ai eu la conviction très forte que cette personne, bien au-delà
de la ressemblance physique, partageait une sorte de communauté de vie, dans
son positionnement culturel, social, et même psychologique, relationnel et
affectif avec la personne qu’elle m’a si intensément rappelée.
Je n’ai guère détaché d’elle
mon regard pendant tout le temps du repas ni mon oreille de ce qu’elle disait
comme pour tenter de percer le mystère. Je ne pense pas qu’elle s’en soit
aperçu, elle était entièrement accaparée par sa propre tablée. Et je continuais
quant à moi à assurer, au travers d’un autre circuit mental, ma présence et mes
paroles auprès de Constance.
Dans l’après-midi nous nous
sommes recroisés dans l’espace d’exposition. Comme par hasard j’ai à ce moment
là fait glisser pendant un petit moment notre propre visite dans ses pas, la
suivant et l’observant à distance.
Bref j’ai été assez
fasciné !
C’est très troublant ce
genre d’impression. Bien sûr il ne s’agit sans doute que d’un fantasme.
L’aurais-je interrogé, sans doute aurais-je trouvé une figure bien différente
de la personne qu’elle m’avait évoqué. N’empêche c’est l’impression que j’ai eu
et qui a perduré, et qui perdure au-delà de l’analyse rationnelle : elle
et elle étaient, ne pouvaient être, même si elles l’ignoraient, qu’en intime
proximité personnelle et affective !
Tiens, en écrivant ceci tout
à coup un souvenir cinématographique me revient. « La double vie de
Véronique » de Kieslowski. Oui ce film étrange peut aider à me faire
comprendre et donner une idée du sentiment qui m’a saisi.
04 février 2008
Varia du week-end
Week-end tranquille. J’étais
seul à la maison presque tout le temps, ni femme, ni fils, occupés ailleurs
l’un et l’autre. Au final un week-end plutôt agréable quoique un peu solitaire,
marqué avant tout par la sensation de ne plus avoir mal au crâne après le chape
de plomb de vendredi, par la jouissance de se sentir à nouveau simplement
léger. Et j’ai l’impression du coup d’avoir presque l’obligation de rendre
compte de mon week-end, comme un besoin de donner de mes nouvelles après que
quelques un(e)s se soient gentiment manifestés par commentaires ou mails
privés. Le voudrait-on, on échappe difficilement à l’aspect communicationnel du
blog ! Mais après tout, c'est tant mieux!
Ça va mieux donc. Enfin ça
va à peu près. Car si le mal s’est éloigné, je sens qu’il n’est pas loin. La
douleur est prête à se réveiller. L’usage de l’ordinateur, l’effort visuel
qu’il suppose, m’ont poussé à ne pas m’éterniser en visites blogosphériques et
autres zappings pas plus qu’en tentatives d’écriture sur mon traitement de
texte, je sentais la douleur revenir. Samedi comme dimanche j’ai décollé de la
maison vers midi après un casse-croûte sommaire. Sortir, marcher, profiter d’un
soleil plutôt généreux, se faire un peu secouer la tête par le vent, c’était la
meilleure thérapie même si j’ai complété mes après-midi par salle obscure et
visite d’expo…
J’ai vu samedi « Lust, caution ». J’ai bien aimé. Hong Kong et Shanghai pendant la seconde guerre mondiale, la Chine entre résistants nationalistes et collaborateurs pro-nippons, ça fait un bon sujet pour partir en voyage dans l’espace et le temps. Je suis plutôt bon public pour ce genre de film dès lors que la reconstitution est convaincante, ce qui est le cas ici. Ce n’est sûrement pas un grand film qui marquera mais c’est un bon film, très bien fait. Les acteurs principaux sont excellents, ils parviennent bien à faire ressortir l’ambiguïté des personnages. Tony Leung est impressionnant, il fait ressentir physiquement à la fois la dureté implacable du personnages et ses failles secrètes. La jeune Tang Wei est également excellente par sa capacité à faire ressortir les différentes facettes de son personnage : l’étudiante innocente, réservée mais déterminée, la jeune actrice qui prend conscience du pouvoir que lui confère son art et qui s’investit totalement dans le rôle de séductrice qu’elle est amenée à incarner, la femme amoureuse et très sexuelle dont la relation avec celui qu’elle devait piéger devient plus complexe qu’elle ne l’imaginait. C’est le vrai sujet du film d’ailleurs, au-delà de la reconstitution historique : où est la vérité de soi entre les rôles que l’on est amené à jouer, ces rôles ne finissent-ils par nous envahir, nous investir, ne devient-on pas ce rôle que l’on joue ? C’est un peu la même question que celle que j’avais posée il n’y a pas si longtemps à propos de l’écriture : les mots que nous produisons à propos de nous mêmes et qui parfois nous échappent, ne deviennent-ils par notre vérité plus que ce que nous sommes.
Dimanche il y avait toujours
un même généreux soleil quoique se voilant à mesure que l’après-midi avançait.
Contraste entre ce soleil qui chauffe étonnamment lorsqu’on est à l’abri et le
vent qui est fort et froid. En certains lieux comme l’esplanade de la
Bibliothèque où se créent des appels d’air entre les tours il fait même
glacial, mais on respire au moins, ça aère la tête. Une fois de plus j’ai
déambulé entre Bercy et la Bibliothèque, profitant de ma passerelle favorite
entre Seine et ciel…
J’ai été voir l’exposition
« Eros au Secret », retraçant l’histoire de l’Enfer de la BnF et
présentant quantité de manuscrits, d’éditions anciennes ou de superbes pièces
bibliophiliques plus modernes et des « curiosa » de tous ordres. Il y
a beaucoup d’illustrations très variées bien au-delà de ce qu’on connaît
habituellement, gravures libertines du 18° siècles ou photos licencieuses de la
belle époque. La foule est au rendez-vous, bien plus qu’à d’autres expos que
j’ai pu voir dans ce lieu. Le sujet manifestement est porteur ! Cela dit
le public est conforme dans sa diversité à un public classique d’exposition.
Pas plus de vieux messieurs libidineux ou d’adolescents boutonneux
qu’ailleurs ! Les gens visitent avec décontraction, sans rouge aux joue,
quels que soient leur style, gentils couples, jolies étudiantes ou mamies
coureuses d’expos, montrant bien par là combien tout ce qui a trait à la
sexualité s’est dédramatisé et est désormais reconnu comme une part comme une
autre de ce qui fait l’humain, susceptible de donner lieu à création artistique
et à production de beauté. (Enfin, reconnu en surface en tout cas. Au fond des
corps et des cœurs c’est sûrement plus compliqué. En plus la surexposition
médiatico-publicitaire qu’induit une société qui place le bonheur dans la
consommation, et cette sorte d’impératif du jouir qui l’accompagne, créent
aussi d’autres problèmes). L’expo en tout cas se voit avec intérêt et plaisir.
Elle montre naturellement que sur ce terrain notre époque n’a rien inventé, que
la variété des pulsions et des désirs, que leur expression par les mots et par
l’image n’est pas d’aujourd'hui, que ce qui change c’est leur exposition, leur
rapport à l’espace public. On s’en serait douté !
Les fins d’après-midi, l’une comme l’autre, ont été plus languides. Avec cette impression que la journée se ferme comme la nuit tombe. Avec le retour à la maison où il n’est nulle surprise. Avec la perspective de la semaine à venir au bureau qui n’a rien d’enthousiasmant, une semaine qui s’annonce beaucoup plus calme que la précédente mais ce n’est pas forcément gage de me sentir mieux dans mes baskets professionnels. Enfin bref, tout ça…








