20 mars 2008
A distance
Je me sens à distance de mon
clavier comme je me sens à distance de mon cyber monde.
J’ai peu été lire mes
blogamis ces derniers temps, je ne suis pas du tout passé sur les ateliers
d’écriture de mes amies Cassymary ou Coumarine depuis mon retour (sans parler
des Ricochets), le peu que j’ai lu je ne l’ai fait qu’en diagonale, je ne me
suis pas arrêté pour poser des commentaires, je n’ai pas écrit non plus de
mails privés. Ça ne veut pas dire que je ne pense pas à mes blogamis, que je ne
pense pas à vous, mais j’y pense à distance et sans volonté d’interagir. Je
sais très bien que toute prise de distance entraîne le risque d’un éloignement,
que tout ce qui n’est pas entretenu court le risque de délitement mais sans
doute ai-je assez confiance dans ce qui s’est noué de relations profondes pour
croire qu’elles peuvent supporter les intermittences.
Pas plus d’ailleurs n’ai-je
eu vraiment l’envie d’écrire alors que bien des sujets de billets me sont
passés par la tête ces derniers jours, textes dont j’ai la conviction qu’ils
auraient pu intéresser ici ou là, entretenant le goût de mon lectorat à venir
me lire régulièrement. Mais je ne me suis pas forcé à écrire et n’en ressens
pas de culpabilité.
C’est aussi d’ailleurs une
façon de me prouver que je ne suis pas trop dépendant de mon cyber monde, que
je ne suis pas blog-addict. J’écris peu, j’interagis peu, on viendra moins me
lire, cela m’ennuie sûrement un peu mais pas suffisamment pour que je m’impose
d’écrire seulement pour entretenir ma présence. Ouf je reste conforme à ce que
j’ai toujours voulu : pouvoir être content et satisfait d’être lu et
apprécié, ça je ne le nie pas du tout, mais ne pas pour autant me rendre
dépendant de cette envie d’être lu.
Mais au-delà et plus
profondément j’ai l’impression que ce retrait partiel a quelque chose à voir
avec mon rapport au temps. Je ne veux pas me laisser bousculer par lui, je ne
veux pas tenter de le retenir, je le laisse juste filer, je me laisse filer
avec lui, me contentant d’une simple présence à mon présent y compris dans ses
aspects les moins exaltants. Ce n’est pas donc un triomphant « carpe
diem », car ce présent n’est pas forcément spécialement agréable, il y a
eu certes la caresse du soleil sur ma peau ce matin en partant au bureau mais
il y aussi l’enfermement dans mes rituels quotidiens ou dans mes tâches
professionnelles répétitives.
C’est une sorte de mise à
l’écart de la volonté de faire, de produire, d’obtenir un résultat, dans
quelque domaine que ce soit, produire de l’action, produire des écrits,
produire ou vivifier des relations, produire ou vivifier des désirs.
Ce n’est pas pourtant de la
dépression. Je ne vis pas cela mal comme parfois où j’ai pu ressentir cette
sorte de passivité comme une abdication, comme le signe d’un engourdissement
mauvais de la volonté et de la capacité d’action.
Peut-être pourrait-on y voir
une forme de sagesse, celle de l’acceptation profonde de ce qu’on est et du
quotidien qu’on s’est construit.
Je ne le vois pas comme ça
non plus. Je ne veux pas valoriser cet état d’esprit et le poser en alternative
d’un autre qui serait plus volontaire, voire excessivement volontariste.
Non je ressens plutôt cet
éloignement comme lié à un rythme, j’ai ce besoin temporaire de relative mise à
l’écart, il durera ce qu’il durera, peut-être très peu longtemps, comme
l’atteste déjà ce billet que j’ai éprouvé le besoin d’écrire et que j’ai
produit ce soir agréablement et sans effort.
Commentaires
Tu auras toujours tes fidèles Val. Même si nous avons nous aussi une route à suivre, les mêmes interrogations que toi, le même éloignement parfois.
Quelque part, il y a ce lien, un lien qui fait que nous ne sommes pas si différents que ça, pas si éloignés que ça. Laisse bien la lumière allumée, qu'on puisse la voir de loin, et nous ferons de même :o)
Bien sûr Cassy. Ton com, si rapide en plus, me va droit au coeur tu sais. Oui je laisse la lumière allumée.
Au fond, ce n'est pas la régularité des écrits qui m'attire sur un blog, plutôt la densité de son contenu. Et cette idée d'intermittences me plait beaucoup, tu t'en doutes. Encore plus en ce moment, où moi aussi je laisse juste filer. Mais dans mon cas, c'est par incapacité...
Bonne journée cher Valclair, et beau week-end.
Rythmes
Je trouve que tu arrives très bien à rendre dans ce billet l'ambigüité de ta position, et ce n'était certainement pas facile. Les notions de distance/éloignement, continuité/intermittence, présence contemplative/action éclairent ton propos. Tout est lié à des questions de rythme, en fait.
une retraite n'est pas un déni et n'entraine pas d'éloignement quand les liens sont sincères.
enfin je crois...
c'est parfois juste un besoin d'apaisement avec soi-même.
des retrouvailles...?
des trouvailles parfois.
Merci passantes par ici, merci Fuli, merci aussi vous qui êtes plus rares donc dont le passage est d'autant plus précieux, dame Amaily et dame B.
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