Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

29 octobre 2008

Mélancolie d'automne

Nous voici donc dans notre maison du sud-ouest.

Il vente, il fait froid, les feuilles tombent. Il a fait sombre toute la journée mais sur le soir le vent a chassé en partie les nuages et la pierre du beffroi s’est colorée d’une timide touche de soleil. Mais à l’instant le carillon de la halle vient de sonner la demi de cinq heures et la nuit désormais approche.

De plus loin dans la maison me parvient la musique que Constance a mis sur le lecteur de cd, des chants d’église, de la musique ancienne, une déploration, très belle, accordée à ce climat pas particulièrement gai du moment, l’année qui bascule dans l’hiver, le jour qui bascule dans la nuit…

Comme toujours lorsque j’arrive ici je ressens une certaine tristesse, une mélancolie plutôt qui me fait me réinterroger sur ce que je voudrais faire de cette maison.

Nous attendons d’un moment à l’autre l’élagueur avec qui nous allons discuter du travail à faire sur le cèdre de mon grand- père. L’option qui a la côte ces derniers temps ce serait de le réduire drastiquement en supprimant toutes les branches basses. Je ne sais si c’est le bon choix. Une demi-mesure en tout cas. Ça me ressemble assez ça, les demi-mesures !

Hier sous la pluie battante nous avons été rendre visite à Bilbo et aux fermiers qui l’hébergent. Impression étrange de retour dans le passé. L’homme de ma génération que je n’avais pas vu depuis dix ou quinze ans ressemble désormais beaucoup à son propre père au point que c’est lui que je croyais voir. Samedi nous récupérons le fiston qui aura terminé la première partie de son stage, nous remonterons ensemble dimanche vers Paris.

Ce sont des vacances reposantes, tranquilles, pourquoi cette insidieuse tristesse…

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27 octobre 2008

Paralysie

Millau, à l’hôtel, cinq heures du matin, réveil intempestif…

Nous faisons une étape ici, histoire de faire un petit tour de ville demain matin et de voir de près le fameux pont que je ne connais pas encore. Nous avons passé un week-end agréable à une fête d’amis dans l’Allier et nous descendons demain, dans la région toulousaine.

Mon esprit s’est mis en mouvement. Je réfléchis au billet que je voudrais écrire, à ces billets auxquels j’ai pensé ces derniers jours avant même mon départ de Paris, et dont je sens que je les laisse échapper. Par lequel commencer ? Et c’est justement de ce que je ne parvienne pas à me décider que finalement j’amorce un billet…

Je suis dans l’envie et la paralysie d’écrire.

Il ne serait pas exact de dire comme l’autre jour que je suis à distance de mes mots. Non, ils bataillent pour sortir. Ils bataillent en créant du malaise, de la souffrance même. A quoi servent-ils alors ? Ils occupent les heures d’insomnies qui se sont désagréablement succédées ces derniers jours.

J’ai esquissé plusieurs notes qui n’ont pas abouti.

J’achoppe parce que je ne sais pas pour quel destinataire je veux les écrire. J’évolue dans le fil même de l’écriture. Alors le billet part dans plusieurs directions à la fois, le billet se charge de potentialités contradictoires, je coince, le billet finit par imploser, il s’autodétruit, me laissant un goût amer d’échec dans la bouche.

Trois destinataires au moins se font concurrence dans ces esquisses sans débouché…

J’ai envie d’écrire pour moi, le billet de mon for intérieur, une entrée de journal destinée à rester hors ligne, pour décrire certains évènements évoquant mon dernier week-end à Lyon où j’ai pu retrouver mon amie très chère, pour fixer la succession des moments afin de les mémoriser pour l’avenir, pour analyser mes ressentis avec la plus grande précision possible, et me questionner à partir d’eux jusqu’à l’os…

J’ai envie d’écrire pour elle, une écriture qui serait d’abord une lettre, une écriture pour parler de ce que nous vivons, pour réfléchir à comment concilier cet amour avec nos autres attachements, pour trouver les moyens d’entretenir, d’approfondir, d’embellir une relation dont la modalité dominante est l’absence.

J’ai envie d’écrire pour partager avec mon blogomonde, je sens bien que la communication est désormais mon carburant principal, que c’est ce qui me donne l’énergie d’écrire. Mon journal est pour moi mais il est aussi pour mes lectrices, pour mes lecteurs, les proches et les connus, le cercle des blogamis qui savent plus ou moins qui est l’animal, ceux qui déposent ici leurs mots à l’occasion comme les discrets qui me suivent silencieusement depuis longtemps, les épisodiques, les passants de hasard me croisant sur l’océan de la toile. Je voudrais le faire sur tous les terrains, y compris sur ceux que l’on qualifié d’intime. Mais alors je me heurte à cette difficulté : jusqu’où aller dans l’intime ? Comment être suffisamment explicite pour être dans l’authenticité, pour que les interrogations personnelles soulevées vaillent aussi et fassent écho pour d’autres sans pour autant entrer dans des détails trop précis, sans créer les effets pervers de collapsus mal venus ?

J’ai toujours dit que ce n’était pas facile cette écriture là. Je l’ai toujours décrite comme un cheminement difficile mais passionnant sur une ligne de crête. Je ressens cette difficulté plus fortement encore aujourd'hui au point de me trouver quasi paralysé, de ne pouvoir produire que cette note qui ne dit rien, qui n’est que le reflet de mes hésitations.

Mais ce que je constate c’est que cette tentative si laborieuse m’occupe, m’envahit, qu’elle prend la place de ce qui pourrait être dialogue, tentative de dialogue, hic et nunc, avec celle qui est près de moi, ma compagne au long cours, ma compagne des jours ordinaires. Fuite une fois de plus ?

23 octobre 2008

A distance

Ces jours ci je me sens à distance de mes mots…

J’ai des sujets en tête, des films, des livres, dont je voudrais plus ou moins parler, j’ai assisté hier à une jolie scénette qui aurait pu faire un pétillant billet, j’aurais des réflexions plus personnelles aussi à faire sur ce qui, en ce moment, occupe mon cœur. Mais je n’ai pas l’énergie d’écrire, ou plutôt je n’en ai pas vraiment le désir, qui est la vraie source de l’énergie.

Curieusement j’ai le sentiment que je ne suis pas le seul dans ce cas. J’ai l’impression qu’autour de moi, une part de ma blogosphère, celle avec laquelle je suis le plus en interaction connaît aussi une sorte de reflux : billets moins fréquents, moins investis par leurs auteurs, moindre présence des uns et des autres sur le terrain des commentaires… Á vrai dire je n’ai guère d’éléments objectifs pour dire ça. Peut-être mon impression ne provient elle en réalité que de moi, que de ma moindre présence personnelles aux interactions relationnelles dont, aussi, se nourrissent nos blogs ? Je ne sais pas.

En aucun cas je ne traduis cela en « j’arrête mon blog » ou même « je fais une pause ». Je constate seulement que je me sens moins présent, que je suis moins présent. Je ne me force pas. Surtout il ne faut pas se forcer. Tant pis si des lecteurs s’éloignent...

Je laisse aller pour laisser revenir…

Reflux en attendant le flux…

Flux, reflux, après tout c’est la caractéristique de ce qui est vivant.

Mais en y réfléchissant je me dis que cette distance à laquelle je me suis installé vient aussi de ce que je suis requis profondément par d’autres sujets d’attention. Ils ne se traduisent pas pour le moment intellectuellement ou verbalement par des mots écrits, qu’ils soient offerts en partage sur mon blog ou même qu’ils restent de ces mots hors ligne que je ne donne qu’à mes tiroirs secrets. Pour l’instant ces sujets d’attention s’accommodent de la simple écoute de ressentis complexes et mouvants, d’interrogations pas même vraiment formulées, de latence et de rêverie. Je laisse les choses travailler en profondeur, effectuer leur souterrain cheminement.

Et en plus je pars en vacances pour une semaine ce week-end. Ce sera un autre éloignement. Une autre mise à distance.

Le temps peut-être de mûrir d’autres mots…

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17 octobre 2008

L'agronome aux champs

Bilbo est passé à la maison hier soir. Brève étape chez ses vieux parents avant d’aller prendre son train pour Toulouse. Il part en stage « ouvrier » pour quinze jours dans une ferme du Tarn.

Mais ce n’est pas n’importe quelle ferme…

Quand j’étais enfant, tous les ans, lorsque nous allions à Toulouse voir mes grands parents il y avait un pèlerinage obligé vers cette ferme, mon grand père n’aurait pas imaginé que nous le manquions. Nous y sommes passés aussi avec les garçons petits, nous avons continué à y faire des visites, quoique plus irrégulièrement après la mort de mon grand-père. Je me souviens encore des hauts-le-cœur de Bilbo en entrant dans l’étable, ce ptit gars délicat des villes était très sensible aux odeurs. Et de ses pleurs lorsque le fermier avait éclaté de son rire sonore et l’avait gentiment houspillé d’une phrase un peu moqueuse, prononcée d’une voix de stentor et avec le vigoureux accent local.

Mon grand père gardait quelquechose de profondément rural même s’il a vécu la plus grande partie de sa vie active à Castres puis à Toulouse. Enfant il avait vécu dans une propriété campagnarde, dans la maison de maître à côté de la ferme puis dans un petit bourg où mon arrière grand-père avait fait construire une maison, s’éloignant un tout petit peu plus de la terre. Il avait suivi des études d’agronomie puis avait bifurqué vers des activités plus urbaines, d’abord comme agent d’assurances puis ensuite comme industriel en créant une petite entreprise de bonneterie. Mais il avait gardé longtemps la « métairie », cette propriété lui venant de son père. Il était très attaché à cette terre et à la famille qui travaillait dessus. C’était un homme plutôt progressiste pour son milieu et il avait bien perçu ce qu’il y avait d’archaïque, dans ce statut du métayage, tant du point de vue économique, que dans les rapports que cela induisait entre les « maîtres » et les travailleurs. Il avait donc aidé son métayer à reprendre la ferme en pleine propriété au début des années 60 mais il avait continué ensuite à le conseiller régulièrement, techniquement et financièrement, notamment en l’incitant à aller dans le sens du développement et de la modernisation de ses équipements.

Il y avait correspondance de génération presque parfaite. Mon grand père était né exactement la même année que le métayer, et son fils, qui est récemment décédé, exactement la même année que mon père. Le fils qui est maintenant l’exploitant a deux ou trois ans de plus que moi, et son propre fils auquel il est associé, quelques années de plus que Bilbo qui va justement loger chez lui, dans la deuxième maison construite sur la propriété pour la jeune génération.

Ce n’était plus le métayage mais il restait des traces des anciennes relations. Mes grands parents, mes parents tutoyaient alors qu’ils étaient eux même vouvoyés. Mon grand père c’était Monsieur et mon père Monsieur Jacques. Lorsque mon grand père est mort mon père est devenu Monsieur. Nous, nous appelions indifféremment tous les membres de cette famille simplement par leurs prénoms. Lorsqu’ils venaient dans la petite ville proche où mes grands parents avaient fini par s’installer pour leur retraite, ils ne manquaient pas de porter un poulet qu’il n’était pas question de payer.

Tout cela fort heureusement a changé. Si l’homme de ma génération en a encore comme moi le souvenir (voire, qui sait, une once de ressentiment), ce ne doit pas être le cas de son fils qui hébergera Bilbo, ce sera juste un petit gars de la ville et un petit gars de la campagne. Avec tout de même cette césure qui continue, la reproduction sociale par le biais de la reproduction scolaire, l’arrière-petit-fils de métayer, producteur sur le terrain qui a fait de courtes études techniques agricoles, l’arrière-petit-fils de propriétaire que de longues et hautes études mèneront à des fonctions d’encadrement.

N’empêche à l’heure où j’écris c’est à mon vieux grand père que je pense avec tendresse. Il n’a jamais imaginé sans doute que cet arrière petit-fils qu’il a à peine connu, (il est mort peu de mois après la naissance de Bilbo) viendrait se coltiner à cette terre dont lui-même était issu. J’imagine bien la joie qu’il aurait pu en ressentir. Dommage qu’on ne puisse parler aux morts.

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14 octobre 2008

Les livres de Coumarine

Samedi je me suis rendu à un petit salon du livre, organisé par la Mairie du 11° à l’occasion de Lire en Fête. Entre d’autres participants, l’auteure Nicole Versailles y présentait ses deux livres, récemment publiés. Pour ma part j’allais surtout y voir ma déjà ancienne blogamie Coumarine, heureux de la rencontrer dans cette peau nouvelle d’auteure désormais éditée, heureux de pouvoir lui acheter ses deux ouvrages.

Je connaissais déjà les textes de ces deux bouquins, ayant eu l’opportunité de les lire avant qu’ils ne soient publiés. Je les ai relus avec plaisir sous leur forme définitive. Les textes se laissent mieux approcher dans l’objet livre que sur l’écran ou sur les feuilles volantes de tirages papier personnels. Le texte se ramasse, se concentre, trouve plus naturellement son unité. Décidément je crois que je resterai définitivement un homme du livre, du bon vieux livre traditionnel, dont je peux tourner les pages, que je peux emporter partout avec moi, qui m’accompagne sur l’oreiller et berce mes endormissements.

« Tout d’un blog » raconte l’expérience de blogueuse de Coumarine. J’aime bien. C’est une approche vivante et parfois drôle à partir de sa pratique qui peut faire comprendre assez bien à des personnes très éloignées, qui regardent parfois avec scepticisme ces gens étranges qui se mettent à raconter plus ou moins leur vie au grand vent d’internet, ce qui se passe lorsqu’on se lance dans l’aventure. Les questions qu’elle rencontre sont celle que tout blogueur est amené à se poser : Quelle part accorde-t-on à la communication et au retour que l’on suscite chez autrui ? Le souci d’accroître son lectorat, le besoin de reconnaissance, la quête de l’approbation ne risquent-t-elles pas d’influer le contenu même du blog ? Comment gérer les paradoxes de la mise en ligne de l’intime, jusqu’où peut-on aller, comment évoquer autrui tout en le préservant, comment le blog peut-il évoluer lorsque l’anonymat disparaît ? Elle évoque les satisfactions que l’on peut y trouver, et d’abord celle, fondamentale, d’être lu, d’être reconnu dans son écriture, celle ensuite des échanges qui se créent, des amitiés qui se nouent. Elle montre aussi les illusions qui peuvent exister et les désappointements qui peuvent survenir. Coumarine fait état bien sûr de ses propres choix, de ses propres réponses qui ne sont pas forcément les miennes. Mais elle ne le fait pas en donneuse de leçon, elle ne présente jamais ses propre réponses comme un modèle mais simplement comme sa propre expérience au pays du blog.

« L’enfant à l’endroit, l’enfant à l’envers » est un livre très différent, qui touche à l’intime le plus profond, à ce qui fait la source de nos personnalités et de nos vies, les traces que les générations passées laissent en nous et les secrets de l’enfance. Coumarine dans ce livre se penche sur son histoire familiale et sur sa propre enfance, elle va à la rencontre de ses douleurs, elle les affronte, elle les dépasse. Elle évoque son enfance étouffée sous les conventions catholiques et bourgeoises bien pensantes, aggravées encore par l’absence apparent d’amour d’une mère dépressive. Á force de traquer ses non-souvenirs d’enfance elle finit par en trouver de très éclairants, de très douloureux. Elle dirige son regard au-delà d’elle-même vers une grand mère qu’elle n’a pas connue, elle en évoque l’histoire, elle cherche à comprendre ce qui, dans l’histoire de cette aïeule, a pu peser sur sa mère à elle, nouant ainsi un émouvant et très parlant dialogue entre trois générations de femmes.

Cette quête est par elle-même forte et émouvante mais les techniques littéraires employées me paraissent moins convaincantes. Les reprises à partir des lancinants « je recommence » finissent par lasser. Je n’aime pas trop le jeu des voix multiples, ou plutôt son systématisme qui finit par faire procédé : c’est la voix de Coumarine toujours mais donnée en Tu dans l’adresse à la grand mère, en Je dans les explications de la Coumarine d’aujourd'hui, en Elle dans les séquences évocatrice du ressenti de l’enfant. Il y a là une volonté de clarification, d’explicitation, qui rend le texte moins fort, me semble-t-il, que s’il n’avait été cousu que de récits sous des formes simples qui auraient porté leur signification en eux-mêmes, à partir des évocations de l’enfance ou d’un passé plus lointain. Peut-être ce dispositif s’est-il imposé à Coumarine pour pouvoir mener une sorte de dialogue intérieur, pour pouvoir avancer dans son propos, pour se mettre en partie à distance, notamment par l’usage du Elle (que décidément je n’aime pas). Cela alors le justifie même s’il ne produit pas d’un point de vue littéraire un résultat tout à fait satisfaisant, du moins à mes yeux.

Il me semble qu’il faut lire ce livre avant tout comme un acte de réconciliation. Coumarine pactise enfin avec sa mère douloureuse, elle perçoit enfin ce qu’il pouvait y avoir d’amour malgré tout, d’amour à sa façon, derrière la dureté apparente de cette femme. Coumarine a gardé de tout temps la poupée méprisée de son enfance. Et, en la regardant aujourd'hui, elle comprend soudain ce que valait comme preuve d’amour le petit chandail tricoté des mains même de sa mère dont sa poupée est habillée. Pour moi c’est cela, ce cheminement, cette révélation, qui importe, qui fait la valeur du livre même si du point de vue de la forme, ce texte ne me paraît pas être le meilleur de ce qu’elle a pu écrire. C’est ce cheminement de conscience qui, j’imagine, rend ce livre spécialement précieux pour elle. Je comprends qu’elle puisse se sentir très blessée par le fait que ses frères n’aient pas perçu sa démarche pour ce qu’elle était. Mais ça ce sont les aléas des écritures touchant à la famille, on n’est jamais sûr de ce qui en sera perçu, chacun a la lecture qu’il veut ou qu’il peut avoir. Il reste à souhaiter que ses frères plus tard sauront la relire avec d’autres yeux.

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12 octobre 2008

Où va-t-on?

La crise semble devenir totalement incontrôlable et menace d’avoir des conséquences de plus en plus douloureuses, de plus en plus dangereuses. On est dans le noir le plus total sur l’évolution des choses. Qui peut prétendre y comprendre quelquechose ? Pas moi en tout cas.

Les gouvernements libéraux, à contrario de tous leurs présupposés idéologiques garantissent les créances pourries et nationalisent à tout va. Il faut se pincer pour y croire ! La gauche, toute la gauche, la sociale-démocrate comme la radicale est parfaitement inaudible. Les économistes donnent des analyses et des prévisions totalement divergentes quant à la durée, la profondeur, les hypothèses de sortie de crise.

Comme c’était reposant ce temps où on savait, où on croyait savoir, où on comprenait ou croyait comprendre. Et rassurant, en donnant le sentiment qu’on pouvait avoir des idées claires et sûres (trop sûres !), les défendre, s’inscrire dans une direction, dans un projet, dans un combat. Aujourd'hui rien. On peut qu’observer passivement ce qui se passe.

Cette crise fait peur aussi en ce qu’elle montre que le pire semble se réaliser. Au-delà de la seule crise du capitalisme financier, elle donne crédibilité à tout ce qu’on peut imaginer de pire dans d’autres domaines : les tensions sociales gravissimes entre riches et pauvres, l’épuisement des ressources, la crise climatique, la crise écologique majeure qui se profile, comme conséquence de cette économie prédatrice, destructrice, entraînée dans une spirale incontrôlable. On savait bien que tout ça n’était pas seulement fantasme de catastrophistes mais on essayait de détourner les yeux en se disant : « le pire n’est jamais certain ». Certes mais cette crise renforce singulièrement la crédibilité des plus pessimistes.

La crise est pour nous mais au-delà surtout il y a nos enfants et les enfants de nos enfants. Quel monde leur sera-t-il laissé ?

Dans ce maelstrom Le Clézio a reçu le prix Nobel. Ça me plaît bien que cet homme là soit distingué. J’ai lu pas mal de livres de lui, certains m’ont beaucoup plu, d’autres moins et j’ai un peu tendance à les mélanger. Je me souviens en tout cas avec force de « Désert » qui m’avait beaucoup marqué. Le Clezio au-delà de ses qualités d’écrivain a une conscience aigue, profonde du monde, de la terre et des hommes, des liens entre eux au-delà de ce qu’en efface les vernis civilisateurs, la technostructure, la frénésie productive. Il est ainsi dans l’actualité, presque en contrepoint.

Je me faisais ces réflexions pas gaies, gaies, hier en me baladant par ce merveilleux beau temps de début d’automne, air frais mais soleil encore généreux. Je m’étais arrêté sur le port de l’Arsenal, j’y avais sorti mon carnet, commencé à noter ces réflexions, à la fois jouissant du soleil, du paysage, des visages, tentant de happer ce que je pouvais de bonheur mais taraudé en profondeur par ce mal-être du monde qui se développe implacablement et auquel on ne peut rien.

Dans tout ça naturellement il faut tenter de vivre. Sourire. Parler. Echanger. Cultiver les petits bonheurs à notre portée. Se régaler de ce soleil qui doucement me chauffe. Penser aux tendresses, penser aux amours. J’y parviens couci-couça dans l’ensemble même si par moment je ne peux empêcher que la pensée inquiète du monde vienne me bousculer un peu méchamment…


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09 octobre 2008

Un spectre

Un rêve cette nuit, un rêve dont je me souviens, c’est si rare.

Pas franchement gai comme rêve…

Un rêve bref, coup de poing, un rêve comme une lame...

Je suis à la maison au salon, je discute avec quelqu’un, un homme il me semble, une discussion de choses et d’autres, sans enjeu, dans un climat paisible, qui ne laisse en rien présager de ce qui va suivre.

Soudain j’entends un cri violent, déchirant. Le cri de quelqu’un qui tombe, se fait mal, se blesse. Je crois reconnaître la voix de Constance. Je me précipite. J’entre dans un long couloir à la lumière blanche qui n’a plus rien à voir avec ma maison. Au loin je vois s’avancer vers moi, une personne qui semble inerte, elle n’avance que parce qu’elle est portée par deux hommes qui la tiennent, chacun sous une épaule, ses jambes à peine touchent terre. Constance ? Non, c’est ma mère, avec son visage des derniers temps, blafard, émacié, mais terriblement présent.

C’est un spectre surgi d’entre les morts…

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07 octobre 2008

Météo et pétition

Temps pourri. La pluie bat sur mes velux. C’était déjà comme ça dimanche, un peu moins humide toutefois. J’ai plaisir bien à l’abri dans mon cocon à tracer des mots, à reprendre une note commencée dimanche soir et laissée en plan…

Cocooning du dimanche. A peine suis-je sorti, juste pour aller au marché le matin puis pour une brève échappée en milieu d’après-midi pour prendre un peu l’air et me sortir de mon engourdissement.

Vrai temps d’automne. Nuages menaçants et brusques paquets d’averse. Grosses rafales de vent. Les feuilles qui tourbillonnent sur les trottoirs. Je passe à côté d’un échafaudage dont les bâches protectrices secouées par la tempête font un bruit d’enfer. J’avance précautionneusement en surveillant ce qui éventuellement pourrait me tomber sur la tête…

Ma promenade ne s’éternise pas et je rentre assez vite.

Pourtant j’aime le temps vigoureux. Mais je ne l’aime pas à Paris. En pleine nature ou au bord de la mer ce serait différent. J’aime sentir la présence vive des éléments, j’aime être bousculé par eux, j’aime sentir la morsure du froid sur mon visage, avoir le souffle à demi coupé, avancer raidi contre le vent. Je m’y imagine. Et j’imagine, après la marche décoiffante, le retour dans une vieille maison confortable avec l’odeur du feu dans la cheminée et la chaleur vivante des flammes, avec le chocolat brûlant et les tartines beurrées qu’on y trempe…

Vieilles réminiscences ! Rares réminiscences. Ce n’est pas une situation que j’ai souvent connue, vieux citadin que je suis.

Mais là j’ai soudain cette envie. J’ai repensé à l’idée de m’installer loin de la ville…

Avec tout ça, la journée a coulé…

Je n’en ai pas fait grand chose sauf me reposer. Mais peut-être en avais-je très besoin ?

J’ai zappé aussi ici et là. Et j’ai trouvé chez Anita cet appel de la fédération des maladies orphelines.

Je ne suis pas un grand signataire de pétitions. Je les lis, je me dis le plus souvent : « oui, oui, sûrement ils ont raison… » et puis je laisse passer, un peu par flemme, un peu par sentiment que signer une pétition est une façon de se dédouaner à bon compte d’actions plus impliquantes, un peu par sentiment que de toute façon ça ne sert pas à grand chose, qu’une petite voix de plus, une de moins n’est pas ce qui va changer les choses. Sentiment erroné naturellement. Si on se disait toujours ça on ne ferait rien.

J’ai laissé passer Edvige par exemple malgré tout le mal que j’en pensais.

Mais là je n’ai pas laissé passer. J’ai signé.

La mobilisation pour préserver les budgets de recherche et la mobilisation sur les maladies rares me paraît d’autant plus importante que c’est un combat moins connu que d’autres et moins médiatisé. Ces maladies sont rares prises individuellement, voire rarissimes. N’empêche toutes ensemble elles concernent un grand nombre de malades. Si chacun d’entre nous regarde bien, il trouvera à distance plus ou moins rapprochée quelqu'un qui est touché pour lui-même ou pour ses proches. C’est ce qui m’est arrivé : une amie très chère est directement concernée et me voici quant à moi tout à coup beaucoup plus sensibilisé. Allez donc savoir pourquoi !

De toute façon les progrès obtenus dans la connaissance et le traitement de chacune de ces maladies, même s’ils ne concernent directement que peu de personnes, peuvent indirectement contribuer à des avancées décisives sur des questions apparemment très éloignées et par là au progrès général de la médecine.

Faites moi, faites nous plaisir, signez et relayez…

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03 octobre 2008

"Les mains gamines"

Je viens de lire cet excellent roman d’Emmanuelle Pagano, une auteure que je ne connaissais pas et que je découvre grâce à « Lignes de Fuite ».

Le récit est constitué de quatre monologues intérieurs successifs de quatre femmes d’âge et de conditions sociales très différentes, qui s’approchent peu à peu d’une histoire qui traverse, taraude tous les personnages, les marque dans leurs corps. Les récits mêlent l’évocation du passé avec la préparation près de trente plus tard d’une rencontre des anciens élèves du CM2 de l’école locale. Les personnages s’inscrivent dans un lieu très présent, où contraste l’ambiance rude de la châtaigneraie et le monde censé être plus policé de la vigne. La construction est habile qui tient en haleine et nous plonge d’emblée dans une ambiance lourde de trouble et de secret, loin de cette légèreté enfantine auquel pourrait faire croire le titre.

Les récits des femmes ont des tonalités différentes. Mais, chez toutes, les évocations corporelles sont intensément présentes, dans la crudité des sensations ou des douleurs, dans la puissance symbolique qui leur sont conférées. Il y a les acouphènes et les présences sonores intempestives, il y a des enfantements troubles, il y a des sexes malmenés et des sexes au bord de l’éveil, il y a le sang et les règles…

Les hommes ne sont présents qu’en creux, ils ne sont que l’ignominie de leurs « mains gamines », sauf un peut-être, le seul nommé de son prénom, celui qui justement n’est pas comme les autres, celui qui n’a pas fait comme les autres.

C’est une écriture dense, sans graisse, d’où rien ne diverge : chaque mot, chaque situation, chaque image, chaque souvenir évoqué, chaque malaise corporel ressenti, contribue à la progression du récit. Il ne faudrait pas raconter l’histoire car la réussite du livre tient justement dans la façon dont on approche progressivement de signe en signe, à la fois d’un traumatisme du passé, que d’abord on pressent puis qu’on devine de façon de plus en plus précise, et de l’événement qui lui fait pendant dans le présent, souterrainement organisé par celle qui fait le lien entre les diverses narratrices.

Quatre monologues disais-je. Cinq en fait. Car la quatrième de couverture, contrairement à l’habitude, n’est pas un extrait, mais une page supplémentaire, une voix supplémentaire, celle de la protagoniste principale, celle de laquelle toutes les autres ont parlé, celle qui fut la victime, celle qui lorsque c’était trop dur tenait en disant « plus tard j’écrirai », celle qui évoque ses mains écrivaines avec lesquelles elle peut aller beaucoup plus loin en elle « que cet endroit dont leurs doigts n’ont aucun souvenir ».

Emmanuelle Pagano tenait aussi un beau blog « Les corps empêchés », un beau titre pas innocent et qui fait rudement écho aux thématiques présentes dans ce livre. C’était un blog d’évocations personnelles mais aussi une chambre d’essai pour l’écriture, un atelier pour les romans futurs. Il est suspendu sous sa forme d'origine. Le blog qui le prolonge n’est qu’entrouvert mais pour y accéder il suffit de montrer patte blanche en écrivant à l'auteure.

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02 octobre 2008

La crise

Elle est impressionnante tout de même cette crise financière !

Je la regarde passer sans m’en sentir plus que ça concerné et je m’en étonne. Elle est le signe que décidément le capitalisme dans sa version financière dérégulée est un système porteur de crises majeures ce dont certes je ne doutais pas mais sans imaginer qu’elles puissent se traduire de cette façon là.

Je ne me fais aucun souci pour les boursicoteurs, pas plus que pour les jeunes aux furieux appétits de fric qui se sont précipités vers les postes de traders aux rémunérations indécentes (et je suis heureux de penser que la côte que ce type de fonction avait dans les écoles d’ingénieurs va sans doute en prendre un coup au profit des vrais métiers d’ingénieurs). Mais la crise financière peut-être matrice de beaucoup d’autres et avoir des conséquences dramatiques dans d’autres secteurs de l’économie.

Il est un peu triste de voir que les dénonciations, les mobilisations semblaient totalement inopérantes à faire bouger quoi que ce soit dans le système. Là par contre la panique qu’il entraîne chez les dirigeants semble faire bouger les lignes et remettre à l’ordre du jour la nécessité d’une certaine régulation du système.

Il est piquant de voir les thuriféraires du libéralisme le plus débridé faire appel à l’état pour garantir ce qui peut l’être. Comme souvent un dessin dit bien des choses en un trait de plume. Le Plantu qui montrait une troupe de patrons manifestant comme de vulgaires cégétistes sous une banderole « nationalisez nos banques » était fort bien vu.

Peut-être de cela sortira-t-il quelque chose de bon. Je n’en suis plus à remettre en cause un fonctionnement de l’économie basée principalement sur les lois du marché mais encore faut-il que celui-ci soit un minimum régulé, un minimum encadré, que les états dotés d’une puissance publique significative soit en mesure de participer au jeu et d’assurer que les besoins essentiels des populations soient pris en compte. Bref un capitalisme régulé. Finalement Stauss-Kahn n’est peut-être pas si mal là où il est.

Du temps où je professais le marxisme, je me serais emparé d’un tel événement comme une preuve de la faillite généralisée du capitalisme. J’en aurais fait des gorges chaudes triomphantes, sans trop me soucier de la situation concrète des gens jetés hors de leur logement ni des conséquences humaines de l’aggravation de la crise. Sans doute même m’en serais-je réjoui, voyant dans la crise le plus sûr ferment de révolutions à venir.

Bien sûr il est tout à fait positif que ce genre de vieille lune ait été balayée par l’histoire. Mais de là à se retrouver complètement déconcerné comme je le suis il y a un trop grand pas qu’au cours des années j’ai fini par franchir. Je me sens ailleurs, totalement. C’est comme si je m’en lavais les mains de tout ça, comme si je renonçais à peser, ne fut-ce qu’infinitésimalement, sur la société sauf par délégation en votant lorsque j’y suis convié. Tout ça pour ne penser qu’à mon petit train-train, à mes petites interrogations égotistes, à mes petites écritures peu ou prou nombrilistes (car encore, comme dirait Eva, s’il s’agissait d’écrire vraiment !). Je trouve ça un peu triste et ne peux m’empêcher d’en ressentir un peu de culpabilité mais bon, c’est comme ça, je ne me sens pas en capacité de faire autrement.

Posté par Valclair à 07:58 - La vie du monde - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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