27 février 2009
Visite à la ferme
Hier je suis allé au Salon
de l’Agriculture, que les slogans aiment à présenter comme la plus grande ferme
de France.
C’était pour moi une
première. Je suis à priori rétif à ces manifestations monstres où l’on est noyé
par la multitude des sollicitations. J’en ai souvent fait l’expérience au Salon
du Livre où je ne vais plus que rarement. Et c’était d’autant plus vrai
concernant l’agriculture : aller voir des bestiaux entassés dans des
hangars parisiens, et traverser des stands de marchands fussent-ils de produits
gastronomiques des régions, bof, très peu pour moi…
Cette année j’y suis allé un
peu par curiosité (ça fait plusieurs années que je me dis : quand même il
faudrait aller y voir) et un peu par occasion, puisque le fiston y passe la
semaine, jouant comme tous ses camarades de promo les petites mains dans
l’organisation dans le cadre d’un partenariat entre son école et le Salon.
Et bien j’y ai passé un très
bon moment, surtout en début de matinée avant que la foule ne devienne vraiment
trop compacte. Il y a une vraie ambiance et un vrai dépaysement dans cette
promenade. Et ce n’est pas l’ambiance commerciale qui domine même si elle est
aussi naturellement présente. Le salon draine des parisiens comme nous (sans
parler des gens qui viennent pour s’y montrer), mais aussi quantité de gens de
province et des campagnes, montés à Paris pour l’occasion. C’est sensible
d’emblée dans l’habillement, dans les visages hâlés par le grand air, dans les
accents variés que l’on entend. C’est assez chouette ce mélange, c’est autre
chose que les expos au Grand Palais ou que le Salon du Livre. A l’intérieur, du
moins lorsque, comme nous, on entre par le hall numéro un où sont regroupés les
bovins, on est saisi par une solide odeur de ferme. On a parcouru le salon en
long et en large mais c’est bien ce qui tourne autour des animaux qui est le
plus intéressant. On peut se dire que c’est un peu monstrueux pour les bêtes de
se retrouver dans cette ambiance, elles doivent se demander ce qui leur arrive,
on les préfèrerait paissant dans leur prairies. N’empêche il y a là ce plaisir
de voir réunis les plus beaux spécimens des races diverses, certaines que je ne
connaissais même pas. Nous avons assisté à une partie du concours pour les
Salers. Quelles bêtes magnifiques ! Il y a aussi la fierté palpable des
éleveurs qui sont là qui fait plaisir à voir, il y a quelquechose de beau dans
le rapport qu’ils entretiennent avec leurs bêtes (même si l’on sait que tout ça
finit à l’abattoir pour le plus grand plaisir des carnivores que nous
sommes !). Et je n’ai pu m’empêcher non plus de ressentir cette pointe
d’envie que j’ai parfois à l’égard de gens dont la pratique professionnelle est
enracinée dans le concret, dont le geste professionnel produit un résultat visible,
et d’autant plus s’ils entretiennent un rapport proche avec la nature vivante,
moi qui ne suis professionnellement qu’un homme assis, qu’un homme de papiers
et de mots, des mots dont on ne sait jamais trop s’ils pèsent de façon
quelconque dans la réalité.
24 février 2009
"Et l'Eternel sentit une odeur agréable"
J’ai lu aussi pendant ces
vacances et quasi d’une traite ce roman de Jacques Chessex.
Le narrateur est un homme à
l’odorat exceptionnel, une sorte de Jean-Baptiste Grenouille en moins extrême.
La composante olfactive tient en tout cas une grande part dans le rapport qu’il
entretient aux êtres, aux femmes notamment. L’écriture aussi en est marquée,
richement sensualisée, un peu comme l’écriture de Colette qui sait être
magnifiquement goûtue quand elle parle de mets et de vins. Dans sa jeunesse, en
1960, ce narrateur, Mangin, un homme de foi, vivant de surcroît dans un milieu
dans lequel la religion et ses interdits étaient très prégnants se trouve
initié au libertinage. Mais, et c’est là que le roman prend un tour
particulièrement intéressant, son initiateur n’est autre que Roger Vailland, un
écrivain qui m’avait assez fasciné dans mon adolescence, que j’avais totalement
oublié, mais que j’ai retrouvé et relu ici et ici dans la récente période.
Voici donc Vailland à la fois très crédible et très réel et en même temps
propulsé en personnage de fiction. « Qui était Monsieur
Vailland ? » s’interroge Mangin, le narrateur du livre et c’est
l’occasion d’un portrait qui me semble assez conforme à ce qu’on peut connaître
de l’écrivain, de son aspect physique (l’homme sec au profil de rapace), de son
aura (« une qualité d’aimantation très au-dessus de la moyenne »),
des moments et des facettes de sa vie (le résistant, le communiste, le
botaniste, le libertin), de son éthique de la « souveraineté » et de
la « riche austérité ». Bien sûr, il a une odeur aussi :
« l’odeur sèche, de pierre à feu, de Monsieur Vailland »,
« Monsieur Vailland a une odeur de sainteté », à opposer à l’odeur
mortifère de son épouse Elisabeth, « la vipère » (Autant Vailland est
présenté positivement, presque amoureusement, par Mangin qui reste fasciné et
séduit par le personnage par delà les années, autant Elisabeth Vailland en
prend pour son grade !)
Comme souvent pour les
récits qui surfent aux limites du réel et du fictionnel, on aimerait savoir ce
qu’il en est au juste, quel jeu joue Chessex dans ce livre, s’il y a une part
de lui dans Mangin, (forcément, mais laquelle ?), s’il a personnellement
connu Vailland, etc… Je serais curieux de savoir aussi l’opinion qu’ont de ce
livre les vaillantistes patentés (récupération éhontée ? hommage
indirect?) Pour ma part j’y verrais plutôt une forme d’hommage en effet,
légèrement ironique et un peu provocatrice sans doute, mais qui n’aurait sans
doute pas été pour déplaire au retiré de l’Ain. En tout cas j’ai pris plaisir à
ce livre bien conduit et bien écrit.
Tout de même je suis resté
sur une sacrée frustration. Tout un coup à la page 120, en plein milieu d’une
phrase et alors qu’en plus semblaient s’annoncer des pages assez plaisamment
libidineuses, on bascule dans un tout autre récit sans aucun rapport.
Manifestement il s’agit d’une erreur de montage, un cahier provenant d’un autre
livre s’est substitué à celui où devait se trouver la fin du récit de Mangin !
Ah les Livres de poche, faits à la va-vite auraient protesté les anti-poche
d’autrefois ! Bref il faut que je me mette en quête de cette fin.
Etrangement cela m’a fait remonter un souvenir d’enfance. Là il ne s’agissait
pas d’une erreur mais bien d’une frustration organisée. C’était un conte sur un
disque, je crois me souvenir qu’il s’agissait d’un prince qui devait raconter
une histoire laquelle délivrerait d’un sortilège, tout le disque lentement y
préparait, le prince ouvrait la bouche, et puis, rien, rien, le disque se
terminait, de cela en tout cas je me souviens bien, de cette bouche qui restait
muette, de cette histoire qu’on ne connaîtrait jamais, au grand jamais…
23 février 2009
Là-bas
Cette semaine c’était la vie
hors connexion et même hors écriture, hors souci de l’écriture, du rapport à
l’écriture, de toutes ces questions qui me tarabustent depuis un long moment et
de façon accentuée, envahissante, ces dernières semaines dans la perspective de
la prise de parole publique à laquelle je vais procéder dans quelque temps.
J’ai séjourné deux jours à
Toulouse et outre le plaisir d’y passer d’agréables moments avec les cousins de
Constance qui nous y ont reçus, j’ai découvert en touriste quelques aspects de
la ville que je ne connaissais pas, que ce soit le site du Bazacle qui permet
de mieux comprendre le système garonnaire autour duquel Toulouse s’est
développé au Moyen âge, ou l’hôtel d’Assézat avec la fondation Bamberg, très
intéressant musée, spécialement dans sa partie ancienne qui contient des pièces
exceptionnelles présentées au surplus dans le contexte des époques qui les ont
vu naître (meubles, objets d’arts décoratifs, livres). Le second étage
présentant des toiles du 19° et du 20° dans un espace nu et sans charme est
bien moins séduisant.
Ensuite nous sommes allés
dans la petite ville de notre maison brûlée. On a travaillé là-bas pendant 3
jours de 9h du matin à 7h du soir, alternant les rencontres indispensables avec
architecte, banquier, assureurs, et travail très matériel dans la maison où
nous nous sommes occupés à procéder à des tris, mises au rebut ou tentatives de
sauvetage de divers objets. Les meubles et leur contenu ont été transférés au
garde meuble peu de temps après l’incendie mais il restait cependant beaucoup
de choses ici et là dans des cagibis ou dans des cartons qui ont séjourné deux
mois déjà dans les gravats et dans l’ambiance ultra humide de la maison fermée.
Evidemment c’est aux choses qui parlent que je me suis le plus attaché. Ainsi
ai-je retrouvé le train électrique Hornby de mon enfance, personne peut-être ne
s’en servira plus jamais et pourtant j’ai tenu à essayer de le récupérer du
mieux que j’ai pu. Et j’ai dépoussiéré le chapeau haut-de-forme de mon arrière
grand-père et enlevé les moisissures qui avaient envahi le magnifique carton
galbé dans lequel il était rangé.
La maison reste glacée par
l’humidité qui tombe des murs. Mais au moins il faisait beau et sec dehors.
C’était bonheur de voir ce soleil se déverser à l’intérieur de la maison figée
dans le froid. A plusieurs reprises nous sommes descendus dans le jardin pour
de courts breaks, oiseaux chanteurs, fleurettes légères pointant dans la
pelouse, douceur du soleil tiède plus chaud d’emblée que le soleil parisien,
cela donnait envie et consistance à cette idée que nous avons d’essayer de
faire quelquechose de cette maison, à tenter de tirer un bien de ce mal.
En rentrant après le
« turbin », chez la cousine qui nous a hébergé je n’avais que l’envie
de me poser et de me détendre. J’étais loin de mes questionnements habituels et
loin de la tentation de les mettre par écrit. C’est la revanche heureuse, ça,
du travail concret qui laisse abruti de fatigue! Parmi mes bouquins c’est Parrot
et l’Enigme des Blancs Manteaux qui m’a semblé le plus adapté à mes besoins.
Plaisir de l’évasion, plaisir de la plongée dans le temps, plaisir de se
laisser balader au gré des mouvements de l’intrigue, plaisir de la lecture
divertissement, sans me soucier de noter des phrases et de penser à ce que
j’aurais envie d’en dire. Très agréable moments, mais assez brefs toutefois,
car très vite chaque soir je suis tombé dans les bras de Morphée.
16 février 2009
Le temps de digérer
Là je digère un peu…
Je digère ma décision quant
à la présentation de mon intervention publique le 14 mars, une décision cette
fois prise avec une absolue clarté et surtout actée puisque l’annonce en est
parue en ligne. Plus moyen donc de reculer. C’est un joli plateau je trouve, ça
devrait être intéressant. J’espère avoir le plaisir d’accueillir à cette
occasion quelques uns d’entre vous, blogamis ou lecteurs encore anonymes ou
inconnus. Je reparlerai de toute façon ici de cette Table Ronde lorsque nous
approcherons du jour J.
Et je digère aussi ma
journée d’hier passée avec la sympathique bande des dotcleariens à l’occasion
de l’install party qui était organisée au café du Bon Pêcheur. Outre d’avoir
mieux compris le fonctionnement du logiciel et appris beaucoup de choses j’ai
eu le plaisir d’y voir plusieurs chèr(e)s blogami(e)s dont la guest-strar
toulousaine qui fut plus spécialement chargée de la nursery dédiée aux plus
débutants d’entre nous. Je vais bien finir par y passer à ce Dotclear moi
aussi ! A la fois parce que le logiciel offre une souplesse d’utilisation
et des fonctionnalités très intéressantes et parce qu’il permet d’être maître
chez soi, et non pas dépendant d’un prestataire commercial. J’aime bien aussi
cette idée de participer à la dynamique d’un logiciel libre, avec tout ce que
ça comporte d’échange et de partage. Rien pour que ça, j’ai envie d’aller sous Dotclear.
Je ne vois pas trop ce que je pourrais apporter. Mais qui sait, peut-être que
dans quelques temps je pourrais faire le nurse moi aussi ! Enfin pour
l’instant que tous les organisateurs et animateurs de cette excellente
initiative soient chaleureusement remerciés ici.
J’ai quelques jours de
vacances, je vais m’éloigner de tout ça, de mon ordinateur et de tout contact
internet. C’est excellent ça pour la digestion quelques jours au vert. Ils ne
me feront pas de mal, quoiqu’il y ait plus alléchant comme programme de voyage
que d’aller s’occuper de la maison brûlée. Mais enfin, il le faut, et puis tout
de même on ne fera pas que ça, ça n’empêchera pas les promenades, avec qui sait
quelques rayons de soleil qui seraient les bienvenus…
Et je prépare les bouquins
que j’emporte. J’hésite : « L’énigme des Blancs-Manteaux » de
Jean-François Parot (par Samantdi et par Wictoria , qui est une afficionada des policiers historiques: je ne suis pas très amateur de polars
mais elles m’ont donné envie et puis le « beau 18° » fut un temps mon
siècle de prédilection, « Le train de nuit pour Lisbonne », de Pascal
Mercier par Fuligineuse, mais j’avais entendu de grandes louanges de ce livre
bien avant, « L’Éternel sentit une odeur agréable » de Chessex à
cause du lien avec Vailland, « L’été du sureau » de Marie Chaix parce
que je n’ai rien lu d’elle et que j'ai bien envie d’avoir une idée des auteurs
avec lesquels je vais tablerondiner…
13 février 2009
Option C
B ou C, C ou B, B ou C…
ainsi était-ce, ad nauseam, au cours d’une insomnie la nuit dernière.
Je vais intervenir
publiquement le 14 mars dans le cadre d’une Table Ronde de l'APA à propos de l’intime,
du privé et du public. J’ai
déjà écrit ici les hésitations que j’avais à propos de cette intervention. Non
pas sur son contenu : je vais partir de mon expérience concrète de
blogueur, des inflexions de ma pratique et des interrogations diverses qui ont
été le miennes au fil du temps. Mais sous quel nom vais-je parler ? Dans
la revue de l’association annonçant la Table Ronde j’ai déjà laissé paraître
mon nom d’état civil (option B). Mais à cette étape ce n’est pas bien
gênant : la diffusion de la revue est assez confidentielle, et de toute
façon je n’aurais pas les moyens de cacher mon nom aux gens qui seront présents
et qui pour la plupart me connaissent. Par contre pour ce qui est d’internet
c’est autre chose. La diffusion est potentiellement infinie et surtout par le
biais des moteurs de recherche elle peut conduire vers moi des gens que je
connais dans des contextes complètement autres. Donc je penche plutôt pour
parler finalement en tant que Valclair (option C) et pour m’annoncer sous ce
nom sur le site de l’association. D’autant que c’est bien évidemment forcément
sous ce nom que j’en parlerais ici. Vu comme ça le choix paraît une évidence.
Je crois avoir décidé et
pourtant l’instant d’après j’ai une espèce de panique en imaginant ce moment
bizarre où je dirais « coucou, ce type qui est devant vous, ne croyez pas
que c’est celui que vous connaissez, ce type qui va vous parler c’est le
blogueur Valclair », ce moment bizarre où, tout à coup, je serai double.
Jusqu’à présent je suis Valclair pour les gens qui me lisent (même si pas mal
de mes blogamis connaissent mon nom d’état civil), je suis celui qui porte mon
nom d’état civil pour les gens que je fréquente dans l’association (même si
quelques uns, mais peu, savent que je suis aussi Valclair). Et là je serai
d’emblée, dans le regard que les gens porteront sur moi, complètement et
totalement les deux.
Bien sûr vous direz :
ben quoi, il n’y a là rien d’extravagant, plein de gens jouent de plusieurs
identités sans que l’une soit forcément étanche à l’autre. N’empêche je ressens
ce moment comme très troublant. Je croyais être à l’aise avec ça, pouvoir
assumer sans difficulté la situation et finalement ce n’est pas si simple.
En fait il faut que je
décide. Une fois que ce sera fait, annoncé sur le site de l’association, il n’y
aura plus de problèmes. Enfin, plus d’hésitations en tout cas, car plus de
retour en arrière possible mais il y aura sûrement des moments où je me
dirais : « Mais quel idiot ! Pourquoi as-tu donc ainsi cramé ton
anonymat ? ». mais ça n’ira pas plus loin, les dés auront été jetés,
il y aura juste à assumer ce choix.
C’est de toute façon un
mouvement engagé. Il est possible, et même vraisemblable qu’il conduise à une
inflexion de mon écriture, à conserver plus de billets hors ligne ou, qui sait,
à créer un blog parallèle, maintenu celui-ci dans un anonymat plus rigoureux,
ouvert aux seuls blogamis autorisés. Ça m’attriste un peu car j’étais assez
content de cette sorte d’équilibre difficile auquel j’étais parvenu, en allant
dans l’intime jusqu’au bord d’aller trop loin, ce que j’appelle ma ligne de
crête. J’avais toujours refusé la solution du double blog. Peut-être que j’y
serais contraint. Je verrais bien. Au fond c’est l’expérimentation, c’est
l’aventure qui continue.
Allez, c’est l’option C,
c’est évident dès que je réfléchis, elle présente bien moins d’inconvénients
que l’option B. Il me suffit de passer par-dessus ces bouffées de panique liées
à ce qui n’est en fait que le sentiment ou plutôt le pressentiment d’un moment
un peu anxiogène à vivre.
12 février 2009
"Chaînes conjugales"
J’ai acheté récemment le DVD
du film de Mankiewicz à la suite de ma lecture de « Paradis
conjugal » et je l’ai regardé hier. Je ne l’ai pas vu du tout comme Alice
Ferney ou plus exactement comme Elsa Platte, l’héroïne de son livre.
Elsa partage avec les
héroïnes du film la peur de l’abandon mais c’est à peu près tout. Elle réfère
cette peur à l’amour, à son usure et à son épuisement ainsi qu’au
vieillissement du corps. L’amour est présent bien sûr dans les couples de
Mankiewicz, mais d’une façon seconde, quasi marginale. La figure possible de
l’amour véritable, puissance déstabilisatrice des couples constitués, est
incarnée par une absence oh combien présente, c’est la voix off, c’est la
mystérieuse, l’insaisissable Annie Ross.
Je vois pour ma part ce film
surtout comme une analyse constamment ironique des rapports sociaux et de leur
sourde violence dans la bonne société américaine provinciale de l’après-guerre,
des rapports hommes femmes, des efforts pour préserver la conjugalité et les
statuts sociaux acquis grâce à elle. Dans le livre j’avais l’impression d’une
happy end parce qu’était affirmé la possibilité de « la restauration de
l’amour ». C’est nettement plus ambigu chez Mankiewicz. Ce qui est
préservé c’est la conjugalité et pas forcément l’amour ou alors un amour
tellement indissociables de liens et de rapports sociaux d’une grande violence
qu’on ne sait plus si c’est vraiment de l’amour. Ces chaînes conjugales
qu’évoquent le titre, c’est bien au premier degré qu’il faut les lire.
Mankiewicz observe et décode
avec un œil d’entomologiste les réactions contrastées de personnages qui se
débattent dans les situations à la fois drôles et cruelles dans lesquelles ils
sont plongés. L’ironie tourne même à la franche satire quand il présente le
couple ridicule de la redoutable Madame Manley et de son petit mari, qui
symbolisent avec une réjouissante modernité l’accaparement des médias par les
publicitaires : ce dont il est question, c’est, dit avec d’autres mots,
« l’achat de temps de cerveau disponible » selon la célèbre formule
d’un patron de TF1.
C’est curieux tout de
même : l’analyse du film dans le livre est très fine, très détaillée. Il y
a certains détails dont je suis sûr que je ne les ai perçus à la vision que
parce que mon attention avait été attiré sur eux par le récit dans le livre. Et
pourtant j’ai ressenti le film comme profondément différent de ce à quoi je
m’attendais. Je n’ai pas eu du tout l’impression d’une redite et l’inquiétude
que j’avais en me disant qu’il était dommage d’avoir lu le livre et d’en avoir
ainsi défloré le film ne s’est pas révélé du tout fondée.
Je me demande simplement si
Alice Ferney en l’écrivant a joué sciemment de ce décalage. Ce serait alors une
dimension supplémentaire à son livre, ce jeu sur la différence entre la vision
« objective » du film et sa vision dans le regard d’une femme en
proie à sa propre angoisse de perte d’amour.
En tout cas c’est sacrément
enrichissant de se confronter aux deux œuvres. Mais dans quel sens est-il
préférable de le faire, ça je n’en sais fichtrement rien…
09 février 2009
Réminiscences
De nouveau aujourd'hui il
fait un temps pourri avec une pluie qui n’a pas cessé de la journée. Et ce soir
en plus le vent s’y met ! Ras le bol ! Mais hier dimanche, dans
l’après-midi le temps s’était levé. Frais encore mais avec un joli brin de
soleil. Après plusieurs jours à forte consommation cinématographique (trois
films en trois jours, trop peut-être, sentiment d’accumuler de la consommation,
qu’elle soit culturelle ne change rien ), ça m’a fait un sacré bien de marcher
un peu longuement. J’ai traversé le 13°, parcouru le parc de Bercy, pris mon
temps sur la passerelle pour finir en allant visiter à la Bnf l’exposition sur
les livres d’enfants.
C’est une exposition très
sympathique et bien présentée, comme le sont en général ces expos de la Bnf
mais celle-ci en plus déclenche chez qui la voit tout un jeu de réminiscences.
C’est curieux la façon dont
fonctionnent les souvenirs d’enfance, la façon dont ils remontent avec une
formidable présence, une formidable intensité. Il y a des choses qui
paraissaient totalement oubliées et qui, à la vue d’une simple image,
ressurgissent d’un coup avec une étonnante fraîcheur. En revoyant l’image on la
revoit telle qu’en elle-même, comme si on l’avait gardée en soi avec tous les
détails, alors que la minute d’avant on aurait été incapable de dire qu’on
avait eu, lu et relu le livre dont elle est issue.
Me souvenais-je de Parana le
petit indien d’Amazonie ? Certainement non mais d’en revoir une seule
image il m’est revenu que j’avais adoré cette série de livres évoquant les
enfances d’ailleurs au travers de belles photos en noir et blanc.
J’ai vu ressurgir aussi la
carte de l’île rose de Charles Vildrac et je me suis souvenu de mes rêveries à
suivre du doigt ses courbes, ses plages et ses caps (et du coup ça m’a rappelé
ce goût que j’avais enfant pour les cartes sur les livres, dans les Jules Verne
par exemple, ce goût que j’avais eu aussi de construire et de dessiner mes
territoires imaginaires pour y installer mes propres histoires).
J’ai vu un numéro ouvert du
journal de Mickey, page 2, page 3, celles sur lesquelles je tombais d’abord en
ouvrant mon hebdomadaire. Voici « Mickey à travers les âges », cet
interminable feuilleton que j’avais adoré où le petit héros vivait des aventures
diverses en changeant d’époque, préfiguration de Mortimer du Piège diabolique
que je ne lirais que plus tard. Et sur la page faisant face voici l’évocation
du club Mickey et de ses activités. Mais oui, je me souviens, j’en ai été
membre, je revois la petite carte qu’on recevait attestant de notre qualité,
j’en étais tout fier et me revient aussi mais plus vaguement une visite au
salon de l’enfance où l’essentiel pour moi avait été de traîner mes parents au
stand du club Mickey…
Et voici un « Femmes
d’Aujourd’hui », avec Moustache et Trottinette du dessinateur Calvo.
Chaque fois que j’arrivais chez ma grand mère de Haute Savoie la première chose
que je faisais c’était de prendre toute la collection des « Femmes
d’Aujourd’hui » et d’avaler tous les Moustache et Trottinette !
J’adorais cette série mais elle n’était pas anodine, j’y ressentais des choses
dramatiques ou qui me faisait peur, je ne saurais pas dire pourquoi.
Quand était-ce tout
cela ? Comment est-ce que ça s’articule dans le temps. Impossible de
savoir exactement. Impression de temps long alors que ce devait être du temps
relativement court. Je n’ai pas dû lire bien longtemps le journal de Mickey ni
rester bien longtemps membre du club, deux-trois ans peut-être, pas plus, car
je suis passé assez vite au journal de Tintin. Deux-trois ans qu’est-ce que
c’est alors que huit ans sont passés déjà comme une flèche depuis l’an
2000 !
Bien sûr j’ai vu aussi des
livres plus récents, qui ont été surtout des livres que j’ai lu et relu et avec
un vrai plaisir pour mes enfants petits. « Les 3 brigands » de Toni
Ungerer, « Max et les maximonstres » ou « La belle lisse poire
du prince de Motordu ». Mais ce n’est pas pareil. Il n’y a pas eu rupture
du souvenir pour ces livres là et les revoir ne crée pas la même magie.
Il y avait aussi dans
l’exposition des documents qui n’étaient pas dans des vitrines, des documents
que tout un chacun pouvait toucher et manipuler. Ce sont de jolis albums à
destination de jeunes enfants aveugles ou mal-voyants, des abécédaires ou bien
des histoires avec des textes en braille et des images en reliefs réalisées
avec divers matériaux, avec des textures différentes sous le doigt. J’ai fermé
les yeux, suivi quelques images pour essayer de sentir ce que ça pouvait être
de faire marcher « les doigts qui rêvent » selon le joli titre de la
collection à laquelle appartiennent la plupart de ces ouvrages. Ça m’a plu de
faire ça même si forcément c’était sans succès faute d’entraînement mais
c’était aussi une façon d’envoyer une pensée…
06 février 2009
Les écritures essentielles
Dans un de ses derniers
billets Samantdi évoque un moment douloureux de son histoire et la façon dont,
à partir de lui, à partir « du jour d’après », passé le moment de
stupéfaction qui met à terre, elle s’est construite, par sa propre capacité de
rebond mais grâce aux mots aussi. Et depuis dit-elle « je me suis
accrochée aux mots ». Mots lus, mots écrits, mots transmis…
Mais au récit de son expérience Samantdi ajoute ceci : « En écrivant ce billet, je pense, curieusement, à vous qui le lirez, à ce jour d'après que vous portez aussi, pour la plupart, car rares sont ceux à avoir été épargnés dans la corporation des blogueurs. Peut-être même que chacun de nos blogs est né de ce jour d'après, ou de son lendemain, quand la stupéfaction fait place au long temps de l'endurance. »
Elle touche à un point clé
avec cette magnifique dernière phase. Je l’élargirai un peu pour ma part.
L’élément sous-jacent fondateur peut-être en effet « un jour
d’après » identifié, le moment d’une cassure et d’un apprentissage d’après
la cassure, il peut être aussi le permanence de nœuds antérieurs profondément
inscrits en soi et jamais dénoués mais qui demandent aussi, et qui sait,
peut-être plus difficilement encore, à être portés, travaillés, sublimés, dans
l’endurance.
C’est cela un blog
« intime », un blog qui s’arrime à une source profonde et essentielle
de la personne, qui tire du cœur de soi l’énergie nécessaire à l’écriture et à
la pérennité de la pratique, une source qui ne se camoufle pas mais qui au
contraire irradie l’ensemble de l’écriture sur quelque terrain qu’elle se
place.
C’est une écriture
nécessaire, essentielle, non certes à qui la lit mais, en tout cas, à qui la produit.
Un blog de simple
communication sociale, de jeux sur l’image de soi, de réflexion générale ou de
partage culturel, pour intéressant qu’il puisse être, n’aura pas pour moi le
même attrait que ces blogs chevillés à la vie profonde de ceux qui les écrivent.
Un blog « intime »
ce n’est donc pas forcément, comme cela peut être parfois perçu de l’extérieur,
un blog qui voudrait tout dire, qui raconterait dans le détail l’expérience
relationnelle des gens ou s’appesantirait continuellement sur leurs états
d’âme. Il peut être, comme l’est d’ailleurs celui de Samantdi, un blog pétillant
et plein d’humour, à la plume enlevée, riches de dimensions multiples, mais il
a, et jamais il ne l’oublie, sa puissante source sous-jacente.
C’est de là que naît cette
connivence profonde qui nous lie par delà nos différences d’expériences, de vie
ou d’écriture, qui nous fait nous sentir en pays de connaissance et qui donne
d’emblée cette charge affective puissante aux rencontres des blogueurs qui sont sur ce terrain, c’est ce qui rend
exceptionnel, merveilleux, magique – et j’assume ces mots surgis sous ma plume
qui pourraient paraître excessifs – cette aventure d’une écriture personnelle
et intime en ligne.
Je suis reconnaissant à
Samantdi d’avoir pointé de façon si lumineuse, à partir de cet exemple qui
n’appartient qu’à elle, ce qui fait profondément cette part commune à notre
« corporation ». C’est à cette blogosphère là que je me sens
appartenir, c’est de celle là que je tire l’énergie qui me permet de poursuivre
et de passer par delà les moments de doute et les envies d’arrêter qui ne
manquent pas.
04 février 2009
"Paradis conjugal"
J’ai assez apprécié ce livre
d’Alice Ferney, avec quelques réserves cependant.
Une femme, Elsa Platte,
confrontée aux défis de la mi-vie, (fin de son activité professionnelle de
danseuse, usure du sentiment amoureux et de toutes ses envies) qui a glissé
dans une forme de dépression sourde, fait face à l’angoisse qui l’étreint en
s’enfermant dans une confrontation quasi exclusive au film de Mankiewicz
« Chaînes conjugales » qu’elle ne cesse de regarder. Elle provoque
ainsi l’exaspération croissante de son mari qui finit par lui dire un matin
qu’elle ne l’attende plus, qu’il ne rentrera pas. Le récit s’inscrit
entièrement dans cette soirée particulière, la femme revoit une énième fois son
film fétiche, en compagnie de deux de ses enfants. Elle scrute les personnages,
cherchant dan leurs situations et dans leur psychologie des échos à sa propre
histoire. Le déroulement du film et les réflexions et rêveries d’Elsa mais
aussi de ses enfants s’intriquent profondément tout au long de la soirée et
constituent la matière même du récit. Le film est à la fois pour elle « un
carrousel de diversions possibles » et une façon de revenir sans cesse sur
ce qui la préoccupe.
Alice Ferney est d’une
grande finesse dans l’analyse du sentiment amoureux, de la vie de couple, de
ses évolutions, des défis notamment auxquels conduisent le passage du temps et
l’usure de l’habitude. Elle développe aussi une analyse scénaristique et
stylistique très détaillée du film ainsi que de la psychologie de ses personnages.
Elle a de jolies formules ramassées qui disent beaucoup en peu de mots et que
j’ai envie d’accrocher ici pour le plaisir de pouvoir les retrouver plus
tard :
« Les mots, l’air de
rien, quels mensonges ils tricotaient, avec leur bonne volonté » (p
79) ;
« Une mère pareille au
creux de soi était une étrave qui toute la vie aidait à fendre les vagues que
le sort apportait » (p 259) ;
« La tragédie du
mariage c’est le temps qu’il dure » (p 95) ; « Ils étaient déjà
serrés (étouffés) dans le lien amoureux » (p 272) ;
« Elle voulait être
parlée par le désir de l’autre » (p 97) ; « le corps aime, le
corps est la proue qui ouvre la vie comme une mer » (p 343) ;
« La routine de la
séduction existe bel et bien et pèse tout le poids de ce qu’elle
désenchante » (p 216).
Le procédé de la
confrontation entre la vie d’Elsa et le déroulement du film est assez
artificiel, il apparaît un peu comme un truc permettant à l’auteure de déployer
diverses figures de la psychologie amoureuse d’une façon un peu trop
systématique. (J’avais déjà eu une impression similaire à la lecture de
« La conversation amoureuse » où était mis en place une série de duos
amoureux, chacun représentatif d’une figure possible du couple). Mais
l’ensemble est prenant et finit par se tresser astucieusement.
Comme dans le film de
Mankiewicz la fin semble heureuse. Sur la question qui court tout au long du
livre « les couples peuvent-ils se restaurer ?», la réponse donnée
est positive. Le livre conclut finalement au triomphe de la conjugalité au-delà
des incompréhensions et des crises. Mais il y a dans le contexte social,
culturel, historique des personnages de Mankiewicz quelquechose de très daté et
qui paraît en contraste avec la conjugalité moderne du couple d’Elsa. Mais ce
décalage peut-être est voulu pour affirmer que les sentiments, leurs usures
mais aussi la possibilité de leur restauration sont de tous temps.
Je me permets de me sentir
un peu plus dubitatif…
A moins qu’il n’y ait aussi
derrière tout ceci une bonne dose d’ironie, ce dont témoignent après tout les
titres : les « Chaînes conjugales » fonctionnent parfaitement
d’un côté et de l’autre «Paradis conjugal » peut difficilement être lu
autrement que comme une anti-phrase.
Cette lecture en tout cas me
donne très envie de voir le film de Mankiewicz que je ne connais pas. En fait
il faudrait le voir avant de lire le livre, car la lecture déflore le film,
puisque on connaît tout de son déroulement et notamment sa fin, lui enlevant
ainsi une part du suspense qui contribue sûrement à son intérêt.
02 février 2009
Restaurants
Je suis dans une ville
lointaine quelque part en France, dans le midi, peut-être à Bordeaux. Je
cherche une maison à acheter. Je ne sais plus si ma recherche a été positive,
toujours est-il que je me retrouve avec un nombre indéterminé de personnes,
sans visage, sans individualité reconnaissable mais avec lesquelles je sais que
je dois reprendre le train vers Paris dans la soirée.
Nous cherchons un
restaurant. Nous sommes au centre ville. Aucun de ceux devant lesquels nous
nous arrêtons ne convient. Pour l’un c’est l’aspect que nous trouvons sinistre,
pour un autre c’est le prix, menu banal de simple brasserie : « 78 €
le menu! vraiment non, qu’est ce que c’est que ça, c’est bien plus cher qu’à
Paris, c’est incroyable ! »
Nous décidons de remonter
vers la gare. Là nous trouvons une grande brasserie presque vide avec un étage
qui fait restaurant plus cossu. Nous montons à l’étage : on nous dit qu’il
y a trois heures d’attente. On s’étonne. On nous répond : « ah mais
c’est qu’il y a beaucoup de réservations, les gens vont arriver ». Même
chose en bas. Mais là on nous parle de six heures d’attente ! Les
serveuses nous répondent en ayant l’air d’être désolées mais tout en affichant
des sourire niais qui nous donnent l’impression qu’elles se moquent franchement
de nous. Les personnes qui sont avec moi disent : « d’accord on
attend » et s’installent à une table avec une placidité qui m’exaspère.
Moi je ne veux pas, je m’énerve, je bouillonne. Je dis : « nous
allons rester assis des heures dans le train tout à l’heure, je ne veux pas
passer en plus des heures scotché ici, c’est insupportable ». Une serveuse
un peu plus compatissante me dit : « mais non le train ça va vite,
votre voyage ne va pas durer des heures ». Je dis : « si car notre train a plein d’arrêts ». Je cite des villes selon un parcours pour le
moins fantaisiste : Angoulême, Saintes, Limoges, Poitiers, Vierzon... Je
discute pied à pied avec la serveuse sur l’ordre des gares. Je me rends compte
que je me trompe et je m’en veux de mes erreurs. La serveuse me tourne le dos
en disant : « de toute façon il y avait beaucoup plus rapide, vous
vous êtes fait avoir en prenant votre billet ».
Je suis de plus en plus en
colère. Je sors du restaurant et abandonne ma troupe. Je traîne dans les rues
de la ville. ma valise derrière moi. Ma colère ne décroît pas, bien au
contraire j’ai l’impression qu’elle me submerge de plus en plus. A un moment je
m’arrête et pour me défouler je donne des coups de pied dans ma valise jusqu’à
la faire éclater. Son contenu se répand sur le trottoir.
Là dessus je m’éveille…
Je voudrais vite noter les
images qui me restent de ce rêve. J’allume. Je réalise qu’il est 8 heures, nous
ne nous sommes pas réveillés. Là je ne suis plus dans le cauchemar mais dans la
réalité tangible du retard ! J’ai oublié hier, fin de week-end, de
rebrancher mon réveil et Constance manifestement aussi. On se lève
précipitamment. La rue est presque vide, tout est amorti, il a neigé assez
abondamment pendant la nuit. Peut-être est-ce aussi pour ça qu’on ne s’est pas
réveillé, il y a un silence inhabituel dans la rue, la lumière qui perce dans
la maison est plus chiche que d’habitude à la même heure sous cette aube très
grise.
Je pars très vite. Le temps
est sinistre. La neige se transforme en pluie. Au sol c’est une détestable
gadoue puis de véritables mares dans lesquelles on patauge. Crispé sous mon
parapluie, je rejoins à pas pressés mon bureau. Il fait un temps vraiment
épouvantable. C’est comme si la météo s’acharnait à prolonger le cauchemar.
La matinée s’est avancée.
J’ai fait ce que j’avais à faire mais étrangement et contrairement à l’habitude
le souvenir du rêve ne s’est pas dissout. Du coup à l’heure du déjeuner j’ai
pris un moment pour l’écrire. Je me doute bien que je reconstruis, rationalise,
réorganise sans doute plus que je ne l’aurais fait dans l’instant du réveil,
pourtant j’éprouve le besoin quand même de poser ces mots avant que le rêve ne
se soit totalement effacé.