06 mars 2009

A l'approche

J’arrive dans une vaste salle de réunion où se pressent déjà de nombreuses personnes. On me dit : « ça va être à toi dans une demi heure ». Bon sang, mais c’est bien sûr, c’est aujourd'hui que j’interviens, que je présente mon blog ! J’ai totalement oublié, je n’ai rien préparé. Je sors précipitamment, il y a du soleil, il fait bon, il y a un jardin public pas loin, je vais aller m’y mettre au calme, essayer de rassembler mes idées, les griffonner sur le petit carnet que j’ai avec moi. Des gamins jouent. Ils dispersent mon attention. Certains même viennent me parler, je ne veux pas, ne peux pas les chasser. Mais les idées me fuient, l’heure tourne, l’angoisse m’envahit…

Là dessus je me réveille…

Voilà au moins un rêve qui n’est pas bien difficile à interpréter ! La perspective de mon intervention du 14 mars me remue manifestement sérieusement. Il n’y a pas de risques que j’oublie de la préparer. Bien sûr l’anxiété ne vient pas du seul fait de devoir parler en public, chose à laquelle je suis assez accoutumé (mais qui néanmoins chaque fois me stresse un peu même si je sais qu’ensuite en général je passe plutôt bien). Elle vient surtout du fait de parler publiquement de mon blog, de faire ce coming out, de porter ce nouveau coup violent à mon anonymat. Je sais si bien que le sujet est délicat pour moi que, contrairement à mon habitude, je vais cette fois rédiger complètement mon intervention, pour avoir sous les yeux le support auquel me rattacher si je me sentais déstabilisé.

Finalement au moment de ce nouveau passage, je retrouve à peu près le même type d’émotion qu’à chacune des étapes de ma blogovie : Lorsque j’ai fait le premier clic de la première mise en ligne, lorsque j’ai ouvert le premier mail qu’on m’a adressé, lorsque je suis entré presque tremblant dans un café où pour la première fois je rencontrais « en vrai » quelqu’un du blogomonde, à chaque fois j’ai ressenti ce pincement au cœur, mélange d’anxiété et d’excitation, qui me saisit là encore, me surprend par moments lorsque je m’y attends le moins : « mais bon sang qu’est-ce que tu fais là mon pauvre gars, qu’est ce que c’est que cette folie d’aller étaler tes histoires ? »

Il y aura la tribune et les autres intervenants, il y aura surtout la salle en face de moi. Je sais que j’aurai une écoute plutôt amicale, que je susciterai une curiosité plutôt bienveillante mais mâtinée chez certains d’un peu d’incompréhension, voire de malaise face à une pratique que d’aucuns jugent malsaine ou exhibitionniste. Je sais qu’il y aura sûrement aussi quelques uns de mes blogamis qui connaissent pour eux mêmes ces interrogations sur les mouvantes frontières du dicible et de l’indicible dans l’expression publique sur internet et leur présence forcément concernée et empathique me sera un secours. Peut-être aussi y aura-t-il des lecteurs/lectrices bien connus dans les mots, inconnus de visu, qui écouteront silencieusement ? Je ne pourrai sûrement m’empêcher balayant la salle de me dire : tiens cette tête inconnue, est-ce que ce pourrait être celle-ci ou celle là…

J’ai sacrifié mon après-midi de vendredi, mon joli moment de liberté, de promenades rêveuses ou de salles obscures pour, outre écrire ces mots, commencer à rédiger mon topo. Ça vient sans trop de difficulté. Je voudrais avoir bouclé ça à la fin du week-end pour m’en sentir libéré car la semaine qui s’annonce sera plus que chargée au boulot.

Hier j’ai eu très froid, alors ce matin j’avais ressorti l’écharpe car le col de mon manteau reste désespérément béant suite à la perte d’un bouton (petit clin d’œil privé). Sur le chemin du bureau, sous un soleil bienvenu, j’ai arraché l’écharpe et l’ai fourré dans ma poche et ça m’a fait du bien de sentir comme un air de printemps quoique l’air soit très vif encore. Et cette légèreté du temps a contribué tout le jour à la légèreté de mon humeur, a éloigné l’anxiété sous-jacente, matrice de mon rêve de ce matin.

Posté par Valclair à 18:57 - - Commentaires [9] - Rétroliens [0]
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