Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

30 mars 2009

et giboulées...

Samedi matin nouvelles tentatives infructueuses et agacement à l’unisson.

Je réagis. Ne te laisse pas bouffer ta journée mon garçon ! Je veux attendre de voir le fiston pour avoir une idée de diagnostic avant de porter la machine à réparer. Il vient en fin d’après-midi. En attendant il me faut choisir un petit quelquechose sympathique à faire. J’hésite entre les primitifs italiens à Jacquemart André et les expos de la Maison européenne de la photographie.

Je choisis celles-ci car elles sont proches de se terminer.

Je pars sous le soleil, j’arrive dégoulinant de pluie.

Comme toujours j’aime beaucoup ce qui se fait dans ce lieu. Le fait de présenter plusieurs photographes sans qu’il y ait aucune logique particulière dans leur association est très stimulant et toujours intéressant. On apprécie plus certains que d’autres naturellement mais tous gagnent à cette présentation croisée. Ils sont suffisamment bien représentés chacun pour qu’on puisse entrer dans un style, dans une œuvre et suffisamment peu nombreux pour qu’on n’ait pas le sentiment de zapping en passant de l’un à l’autre. Et ces confrontations donnent la mesure de la variété et des ressources de la photographie, un art que j’apprécie de plus en plus.

J’ai commencé avec Combas, lumineux, festif, décoratif mais qui ne m’émeut pas vraiment. J’ai vu les photographies de Giorgia Fioro fixant au quatre coins de la terre des hommes manifestant leur rapport au sacré. J’ai vu celles aussi de Minot-Gormezzano, jouant des ombres, des reflets, des lumières et des présences ténues des figures humaines dans la nature. Certaines me paraissait porter un rapport à la transcendance qui m’émeut bien plus que les visages extatiques des orants de Fioro. Ainsi dans la magnifique série des Hautes Terres avec ces présences humaines fortes, puissamment mises en valeur malgré leur petitesse devant d’amples paysages de montagnes. Je me suis laissé embarquer par l’exposition de François Rousseau : l’Atelier. Il y a la beauté des corps, il y a le nu et l’habillé, le voile et la transparence, la travail du photographe et celui du peintre, le jeu des reflets avec des miroirs arrondis qui évoquent Van Eyck, la musique de la bande son qui accompagne. Tout ça donne des images aux multiples résonances. Certaines sont des chorégraphies suspendues dont les mouvements figés en plein mystère font démarrer l’imaginaire. J’ai eu l’occasion dans des ateliers d’écriture de constater que j’aimais bien me lancer à partir d’images : celles-ci donnent vraiment envie de raconter des histoires.

Ciel noir à ma sortie. Puis déchirure des nuages et soleil éclatant quand j’arrive place des Vosges où je m’attarde un moment. Je sors mon appareil. Je fais quelques photos paysages pour capter cette belle lumière sur l’ocre des bâtisses. C’est beau. Mais ce qui est plus intéressant c’est d’accrocher les gens, de tenter de fixer quelque chose d’une ambiance. Je reste à distance, toujours gêné. Mon téléobjectif n’est pas très puissant. Est-ce que je vole l’image, est-ce que je dépasse mes droits en les déposant ici ? Peut-être mais il n’y a là rien que de très doux, rien qui puisse mettre à mal, alors malgré tout je m’autorise…

Et puis figurez-vous, rentré chez moi et en présence du fiston, je rallume l’ordinateur ! Démarrage au quart de tour, écran parfaitement stable ! J’ai du mal à en croire mes yeux et mes doigts tandis que je pianote sur le clavier. Mais c’est incontestable, le problème a disparu. Insondable mystère ! (Je ne me fais aucune illusion, la menace est là, il faut que je fasse les sauvegardes nécessaires, mais n’empêche, pour l’instant, ça marche, aussi vrai que le soleil est revenu après la pluie.)

Place_des_Vosges_008a


Place_des_Vosges_012a

Posté par Valclair à 17:36 - Expositions et musées - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags :

Giboulées...

Ça y va les giboulées en ce moment, giboulées dans le ciel et giboulées dans l’animal…

C’est plutôt soleilleux pourtant en moi en ce moment. Je me sens plutôt porté. C’est l’effet toujours de ma prise de parole de l’autre jour, pas tant pour ce qu’elle a été en elle-même que pour ce qu’elle exprime en profondeur d’un cheminement à l’œuvre. Non décidément ce n’est pas tout à fait l’homme immobile. D’autant que là-dessus sont venus se greffer d’autres éléments de nature à me booster sérieusement et dont je parlerai quand il sera temps.

Mais quelle cyclothymie aussi !

Vendredi et une bonne partie de la journée de samedi je me suis senti totalement abattu. La cause immédiate en a été une panne d’ordinateur. Imprévisibles, exaspérantes machines ! Enfin pas si imprévisible que ça, la catastrophe me pendait au nez. Depuis un moment mon écran faisait des siennes, manifestant une inquiétante instabilité, pâleur soudaine ou zébrures et zig-zag puis rideaux défilants verts/bleus/blancs. J’ai pensé que c’était un problème de connexion électrique, un faux contact entre l’écran et le reste du portable puisque en manipulant délicatement l’écran, je parvenais quoique de plus en plus laborieusement, à trouver la position idoine permettant de retrouver la stabilité. Mais vendredi rien à faire. L’instabilité tourne au blocage total, qui entraîne le blocage de l’ordinateur. Je tente en vain des redémarrages sous divers modes. Rien à faire. Et moi qui n’est pas fait toutes les sauvegardes nécessaires ! En tout cas voilà que mon vendredi après-midi, moment normalement de plaisantes escapades et qui n’est plus qu’agacements informatiques.

J’avais pas mal de tâches prévues sur l’ordinateur pour ce week-end. Alors je passe sur celui de Constance. Mais je n’aime pas. Je ne suis pas chez moi. Je n’ai pas les fichiers, les liens, les programmes dont j’ai besoin. Je reconstitue certaines choses à partir de sauvegardes que j’ai sur ma clé. Je me sens maladroit. Je ne suis pas à l’aise avec Vista auquel je ne suis pas habitué. Pertes de temps ! Et puis il y a autre chose. Je me sens mal à l’aise. Je ne me sens pas chez moi. Je ressens souvent l’envie « d’une chambre à moi », alors là, ne même plus avoir mon ordinateur ! Je me sens dépossédé !

Mais aussi je m’agace de mon agacement. Il dit la dépendance dans laquelle on est, dans laquelle on se met avec ces machines infernales et globalement avec toute la technologie qui nous entoure. J’ai des pensées d’allègement, d’espace, de silence alentour, d’une simple plume crissant sur le papier. Mais j’ai aussi la pensée que je me plais à ces dépendances que je me suis données et que l’idée de m’en affranchir n’est qu’un fantasme.

N’empêche pendant tout ce temps, tout le reste, tout ce qui m’avait porté est comme éteint, effacé. Et même un coup de fil important que j’avais à donner avant le week-end à propos de la maison brûlée est passé à la trappe, je l’ai totalement oublié.

Et je m’en veux terriblement de m’être laissé piéger, de n’avoir pas mieux réagi, avec plus de mesure, avec plus de distance.

C’était là ma méchante bourrasque…


PS: il n'y a aucune raison pour que certains paragraphes apparaissent en plus gras! J'ai copiér/collé deux fois à partir de word pour essayer de rétablir. Rien à faire. Encore une facétie informatique. Je ne m'acharne pas. C'est comme une illustration du billet ça , la malice des choses! et encore un truc qui me donne envie de passer chez dotclear pour contrôler ce que je fais.

Posté par Valclair à 17:24 - Varia - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

27 mars 2009

Puissance de la littérature

J’ai lu le week-end dernier« Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil » d’Haruki Murakami.

C’était vraiment une lecture de hasard. J’ai récupéré ce bouquin à l’occasion d’une promotion de la collection dix/dix-huit. Un livre était offert dans un choix de trois. J’ai choisi celui-ci par curiosité, justement parce que je ne connaissais pas l’auteur et parce que globalement je suis très ignorant du monde japonais dans son ensemble et de sa littérature en particulier.

On lit beaucoup de livres, certains sont médiocres et vite oubliés, d’autres sont bien menés, bien écrits, leur lecture est plaisante, ils nous enrichissent et puis pour quelques uns c’est encore autre chose, il y a une sorte de magie qui emporte sans qu’on sache toujours très bien pourquoi et là on se dit « ce n’est pas juste un récit, un roman, là, c’est de la littérature ».

Récemment j’avais eu ce sentiment avec « Les mains gamines » d’Emmanuelle Pagano et je viens donc de l’avoir à nouveau avec ce livre-ci, tellement différent.

A quoi cela tient-il ? Un style, un ton, une musique, une sorte d’harmonie intérieure qui court sans hiatus tout au long du texte, la correspondance parfaite entre les moyens mis en oeuvre (qui peuvent être d’une extrême simplicité comme c’est le cas ici) et l’objet du récit. Rien à rajouter, rien à retrancher, on est embarqué…

Ici toute l’histoire est baignée d’une impalpable nostalgie, portée par une narration à l’imparfait, très simple, très linéaire qui suit la chronologie de l’histoire d’une vie. Le souvenir ébloui d’un amour d’enfance et de quelques moments précieux, l’écoute d’un disque ensemble, des mains frôlées, traversent les années. L’enfant aimée, Shinamoto-San, devenue femme apparaît à plusieurs reprises au narrateur. Celui-ci, installé dans une vie familiale, professionnelle « parfaite » à laquelle « il ne manque que l’essentiel » est de plus en plus bouleversé par les apparitions et disparitions de cet amour essentiel qui deviennent le cœur de sa vie. Il faudrait revenir, reprendre cet amour là où il s’est manqué mais, « c’est vraiment dommage, les choses ne peuvent pas aller à reculons ». Cette femme retrouvée est intensément douce, souriante mais mystérieuse, inaccessible. Lors d’un voyage au bord d’un fleuve dans la montagne où s’accomplit un acte essentiel (magnifique dixième chapitre, cœur du livre), « une porte s’était entrouverte, une fois, une seule fois, puis s’était refermée hermétiquement ». Qu’y a-t-il derrière cette beauté et cette douceur ? On ne le saura pas mais on devine des abîmes, « un silence glacé », « le spectacle de la mort ». Shinamoto-San réapparaît une dernière fois, effectue un nouveau voyage avec le narrateur, un seul jour, une seule nuit, un accomplissement charnel enfin réalisé puis une nouvelle disparition qu’on suppute cette fois définitive, comme si cet amour là ne pouvait être de ce monde.

Il reste au narrateur à reprendre pied dans le monde réel, auréolé à jamais d’une infinie nostalgie et de ses souvenirs éblouis.

Peut-être aussi ai-je été à ce point sensible à ce livre parce qu’il a fait écho à des pensées d’écriture que j’ai en moi depuis longtemps. Parmi celles-ci en effet figure un récit où brilleraient des femmes croisées, rencontrées, aimées parfois de loin, parfois dans la pure rêverie, je voudrais partant de souvenirs, certains infiniment ténus, minuscules mais qui ont rayonné en moi puissamment au cours des années m’envoler dans l’imaginaire, prendre des chemins que je n’ai pas pris, voir où ils me mènent. Je n’ai pas écrit une page de ce récit, par même choisi le point de départ, je n’ai que le titre qui flotte en moi depuis plusieurs années : « Femmes manquées ».

Croiser ce roman de Murakami sur un sujet qui n’est pas si différent à la fois me stimule et me paralyse à voir l’immensité de l’écart entre ce que fait un écrivain de talent et les pauvres petites fictions qu’il a pu m’arriver de produire.

En tout cas il me faudrait prendre le temps, m’immerger totalement, m’éloigner donc de ce journal.

Il faudrait basculer dans cet écrire vraiment dont parle souvent Eva et dans lequel semble-t-il elle est aujourd'hui parvenue à entrer.

Bon, je m’éloigne de ma petite note de lecture là…

Posté par Valclair à 14:53 - Livres - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 mars 2009

"Le temps des amoureuses"

J’ai vu « Mes petites amoureuses » de Jean Eustache, il y a fort longtemps, au moment de sa sortie. Je ne m’en souviens évidemment pas bien, aucune image directe ne m’en remonte. Mais je sais que j’avais beaucoup aimé, je sais que ce film a laissé trace en moi même si ce n’est pas une trace précise. Je l’avais beaucoup plus apprécié en tout cas que « La maman et la putain », l’opus le plus connu et le plus célébré d’Eustache. « Mes petites amoureuses », moins sophistiqué, moins bavard, moins intello m’avait paru beaucoup plus vrai, il m’avait beaucoup plus ému, sans doute aussi parce qu’il faisait plus directement écho à des affects que j’avais pu connaître en tant qu’adolescent malgré un contexte complètement différent.

J’ai donc été voir l’autre jour avec beaucoup de curiosité « Le temps des amoureuses », un film de Henri-François Imbert, né de sa rencontre de hasard avec un homme, Hilaire Arasa, qui trente ans plus tôt jouait l’un des adolescents du film d’Eustache.

Imbert est coutumier d’une forme de documentaire très particulière dans laquelle il s’implique lui-même avec sa propre histoire et ses propres souvenirs. Il raconte comment il se cherche et se construit lui même au travers des enquêtes qu’il conduit pour ses films. J’avais beaucoup aimé certains de ses précédents films, notamment « Doulaye, une saison des pluies »

Peu à peu, par de multiples rencontres étalées sur plusieurs années Imbert se lie de façon de plus en plus amicale et profonde avec Hilaire, il retrouve d’autres protagonistes du film et retourne sur les lieux où celui-ci a été filmé. Il monte ensuite le récit de cette enquête en la ponctuant par des photos de tournage prises pendant la réalisation du film d’Eustache.

Ce film n’est pas sans défaut. Il est parfois un peu ennuyeux, notamment au début, où la mise en place me parait assez laborieuse (mais peut-être le fallait-il pour rendre compte du caractère laborieux, hasardeux de l’enquête elle-même) mais il est passionnant par la façon dont il tresse le passé avec le présent, l’histoire individuelle et l’histoire collective. Car ce retour sur tournage est aussi et surtout une réflexion sur les effets que la rencontre avec le cinéaste et la brève expérience vécue par les adolescents à ce moment là ont eu sur leur vie, spécialement sur celle d’Hilaire qui remarque qu’il n’y a pratiquement pas de jour depuis cette rencontre où il n’y ait pensé d’une façon ou d’une autre. L’Hilaire d’aujourd'hui, éducateur travaillant avec des adolescents difficiles (tiens, comme par hasard !), compositeur de musique et chanteur à ses heures, jeune grand-père, est sorti aussi de cette expérience, il en a conscience et c’est sans doute ce qui explique la grande implication avec laquelle il rentre dans le projet d’Imbert. Le cinéaste et son principal personnage cocréent le film mais aussi se créent eux-mêmes à travers ce dialogue du passé et du présent. Ainsi la séquence intercalée qui montre Imbert enfant lui-même à partir d’une vieille vidéo d’une classe de neige ne paraît pas du tout gratuite.

Le film se termine sur une séquence dans laquelle on voit Hilaire dans la Maison d’enfants dont il a la charge en Cerdagne avec des adolescentes d’aujourd'hui, les images et les propos font à la fois violemment contraste avec celles des adolescents du temps d’Eustache et en même temps font continuité et élargissent le propos d’une quête individuelle à un regard sur les évolutions de la jeunesse, elles-mêmes reflets des évolutions de la société.

Du coup j’ai pensé moi aux ados de « Entre les murs ». Un des aspects les plus intéressants de ce film par ailleurs contesté, est la façon dont il a été fait en associant dans un travail d’assez long cours des adolescents et des personnels d’un collège au projet et à la réalisation du film. Au-delà des effets immédiats je suis sûr que ces adolescents en seront marqués. Et je me prenais en voyant « Le temps des amoureuses » à penser au film qu’un autre Henri-François Imbert pourrait en faire dans trente ans.

C’est un petit film forcément fragile, précaire, qui restera bien peu de temps en salle, qui risque fort de passer très inaperçu et c’est pourquoi, plus que sur d’autres films plus facilement séduisants et plus assurés de trouver un public, j’ai eu envie de faire ce billet.

Et j’ai aussi surtout très envie de revoir « Mes petites amoureuses ».


18460637_w434_h_q80


19050867_w434_h_q80

Posté par Valclair à 18:28 - Films - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 mars 2009

Les jours sans...

Ce matin en allant au bureau il n’y avait en moi aucun pétillement porté par la marche, aucune envie à l’égard de la journée qui s’ouvrait, il n’y avait que des pensées pesantes…

Est-ce le temps redevenu gris, froid et venteux, est-ce l’ennui face à mon travail professionnel à l’égard duquel je me sens désormais tellement usé qu’il serait temps que je m’en aille, est-ce un problème de santé, minime, mais qui m’agace, est-ce l’annonce pendant ce week-end du décès d’une cousine âgée, (mais qui ne l’était pas il y a si peu de temps, avancée inexorable du temps !), est-ce une certaine solitude parmi la foule, est-ce la pensée des contraintes matérielles qui rendent si compliquées mes rencontres avec une amie très chère, est-ce une simple et inévitable descente d’énergie après des journées fortes et qui m’avaient vivifiées ?

Un peu de tout cela sans doute.

Il faut faire aussi avec les jours sans, ils ont leur place et ne peuvent tout à fait être passés sous silence !

Posté par Valclair à 22:15 - Sentiments et coetera... - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

20 mars 2009

Grève et manifestation

Cette fois j’ai fait grève.

Non que j’ai été saisi d’un soudain enthousiasme militant mais j’avais tout simplement l’impression que je ne pouvais pas ne pas en être, que je me serais senti trop mal à l’aise à rester coincé toute la journée à mon bureau, à ne pas manifester ma solidarité avec ceux qui luttent et mon souhait d’une autre politique, même si je ne sais pas trop ce qu’elle pourrait être, c’est bien là où le bât blesse.

Toutes ces nouvelles qui tombent jour après jour, l’approfondissement de la crise, l’aggravation de la précarité, de la montée du chômage, cet argent que l’on donne si libéralement d’un côté et si difficilement d’un autre, ce refus toujours inébranlablement affirmé de toucher aux privilèges de quelques uns font qu’on ne peut que se sentir interpellé. Je suis particulièrement révolté par cette position de principe sur le bouclier fiscal défendue becs et ongles en affirmant que ce n’est pas ça qui coûte cher au budget de l’état. Peut-être mais que le Trésor Public puisse rembourser dans une telle période de crise à quelques uns des sommes qui représentent pour le précaire ou pour le travailleur pauvre une somme astronomique me paraît tout simplement indécent et mérite qu’on le crie.

Ce qu’il faudrait faire je n’en sais rien. J’ai soupé des yakas et les fauquons et c’est bien ce qui m’a conduit à rester le plus souvent à l’écart des précédentes mobilisations. Il n’y a pas de solution magique mais on pourrait faire sûrement moins mal. La crise est tellement profonde, multiforme, les vieilles recettes ne marchent pas, on n’en voit pas de nouvelles. C’est très difficile de changer de paradigme. Je suis tombé au cours de la manif sur un distributeur de tract d’un « Parti de la décroissance ». Il y avait là des réflexions intéressantes. Mais comment effectuer la transition entre notre modèle industriel et un nouveau modèle à inventer, sachant toutes les résistances qu’il y a à affronter, celles de ceux qui nous gouvernent, celles des profiteurs du système industriel et financier actuel à la recherche des plus grands profits immédiats par l’exploitation à tout crin des hommes et de la nature mais aussi celle de ceux qui vivent, oh combien douloureusement, la casse des outils industriels qui jusqu’à présent leur offrait du travail ?

Je suis toujours aussi dubitatif sur les résultats de ce type de mobilisation mais je ne souhaite pas pour autant les explosions radicales dont rêve le NPA qui ne règleraient rien et pourraient conduire au pire. Je ne vois aucune solution politique à court terme, entre un PS toujours aussi occupé de ses bisbilles, un front de gauche trop antieuropéen, un NPA dont la radicalité ne mène à rien.

Le matin je suis passé au bureau pour faire les déclarations de grève afin que nos absences se marquent dans les statistiques et pour que, comme il est normal, notre ayons à subir un retrait de salaire. Ensuite je suis rentré paisiblement chez moi en cours de matinée, jouissant du beau temps et heureux de me sentir plus en accord avec ma conscience qu’au mois de janvier. On a pu déjeuner sur notre terrasse pour la première fois cette année. A l’ombre il faisait encore frisquet mais avec un bon pull ça allait. Oui c’est le printemps… Et ce printemps météorologique compte aussi pour effacer en moi cette froidure à l’égard du monde qui en janvier m’avaient fait rester de côté.

L’après-midi donc j’ai été à la manif ce qui pour moi était le plus important.

J’ai d’abord commencé à y errer comme à mon habitude, plutôt en voyeur qu’en participant. Il y avait un étrange contraste entre les deux versants du Boulevard du Temple, un côté ombre où on caillait, et un côté soleil où il faisait presque trop chaud lorsqu’on se retrouvait immobile, coincé dans les paquets de foule.

J’étais content de coller sur mon blouson le « Casse toi, pov’con », distribué par le Parti de Gauche sans manifester pour autant un soutien particulier à cette organisation mais crier cela était aussi le sens de ma présence.

J’ai fini par rejoindre le petit cortège des représentants de ma corporation. Habituellement je n’aime pas trop défiler avec eux car je suis loin de partager toutes les positions du syndicat majoritaire, mais bon, j’ai préféré me glisser tout de même avec eux, marcher avec des collègues. On a chanté les chansons inventées pour l’occasion, forcément un peu démagogiques mais il y en avait de bien tournées, et ça fait du bien de se sentir tout de même dans la participation même si je me sens souvent décalé de mon monde professionnel, en difficulté d’appartenance. J’y ai revu des collègues que je n’avais pas vu depuis très longtemps et rien que ça c’était un plaisir à ne pas bouder.

Bref je suis revenu fatigué et un peu rompu par les heures de piétinement mais finalement, sur un plan purement personnel j’ai passé un bon moment, sans être perturbé par les doutes et les malaises identitaires qui ont souvent rendu mes participations à des manifestations pénibles et amères.

Manif_19_mars_006

Un peu de musique pour réchauffer les coeurs

Posté par Valclair à 20:05 - La vie du monde - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 mars 2009

Mon intervention

Donc comme annoncé voici le texte de mon intervention de samedi, telle que je l’avais écrite et telle que je l’ai lu à quelques bricoles près. (J’ai un peu raccourci et accéléré, notamment vers la fin).

Bon ça fait un pavé mais promis demain je vous parle d’autre chose…


D’abord une petite chose, pour ceux qui me connaissent ici par mon nom d’état civil, et qui sont nombreux, hop, vous fermez les yeux, là vous les rouvrez, ce n’est plus XX qui est devant vous, c’est Valclair, apaïste et blogueur… ça c’est juste pour vous demander un minimum de discrétion, de ne pas associer les deux noms de façon écrite surtout sur internet, je veux essayer de conserver, autant que faire se peut, au moins ce petit lambeau là d’anonymat.

Je tiens mon journal en ligne « les échos de Valclair » sans interruption depuis janvier 2003, donc depuis plus de six ans, ce qui fait de moi dans ce monde mouvant d’internet un quasi dinosaure. J’ai commis environ 1 millier de billets sur des sujets très divers et sur un rythme toujours relativement régulier, entre 10 et 15 billets par mois environ, ce qui, imprimé dans une police assez serrée, représente un millier de pages. J’ai d’abord eu un site classique jusqu’en octobre 2005 date à partir de laquelle je suis passé au blog.

J’ai tenu des journaux intimes, à différents moments de ma vie, à l’adolescence puis comme jeune adulte, ensuite je me suis longuement interrompu et j’ai repris cette pratique à partir de 1998 pour ne plus l’interrompre. C’était un journal intime assez classique, mêlant comptes-rendus de mes lectures, émotions esthétiques, évènements de ma vie, réflexions diverses et questionnements existentiels.


Mais d’abord d’où et comment m’est venu cette drôle d’idée ?

Passer brusquement du journal pour moi seul, journal absolument privé à une mise ligne qui en fait un objet public, radicalement public, puisque ouvert à tous vents, à tous les clics…

Il faut dire que cette aventure a un peu commencé à cause de Philippe Lejeune, si, si, je dois le dénoncer, c’est lui qui sans le savoir m’a inoculé ce terrible virus…

J’ai lu son livre « Cher écran » en 2000 et j’ai tout de suite été fasciné par ce monde qu’il me révélait. Philippe donnait des extraits et analysait les premiers journaux en ligne, apparus dès 1995-1996 principalement au Québec puis commençant à se développer en France, notamment avec le journal de Mongolo qui est d’ailleurs déposé dans le fonds de notre association. J’ai eu très vite la conviction qu’internet allait se développer de façon considérable, et là manifestement je ne me suis pas trompé, qu’il préludait à une révolution dans les modes de communication et qu’il serait intéressant d’observer les conséquences que cela pouvait avoir sur les relations entre les personnes et sur l’écriture, notamment sur l’écriture personnelle.

Et donc j’ai moi-même commencé à observer tout ça de loin et en silence. J’étais intrigué par le paradoxe : qu’est ce que ça pouvait vouloir dire d’écrire un journal supposé intime et de le mettre en ligne ?

Assez vite je me suis dit : Tu observes. Mais quelle meilleure façon d’observer y aurait-il que de t’y lancer toi-même ? Bref comme un ethnologue je me suis senti des envies « d’observation participante ». Au départ c’était une démarche presque expérimentale : voir ce qui allait se passer, ce qui adviendrait de mon écriture, ce qui changerait…

Je ne me doutais pas que je me prendrais à ce point au jeu !

Ce n’était pas évident de démarrer. J’avais de grandes résistances. J’ai préparé matériellement mon site, j’ai cherché un pseudonyme, je me suis fixé la date du 1° janvier 2003, j’ai commencé à écrire mes billets de début janvier sur mon site mais en local comme on dit, sur le disque dur de mon ordinateur, encore fallait-il pour qu’il soit vraiment sur internet faire ce clic décisif qui allait propulser le site sur un serveur distant, j’ai fait ce geste le 20 janvier, j’y vais, j’y vais pas, j’y vais, hop, c’est fait, je m’en rappelle comme si c’était hier, je me suis dit : « là ça y est, quelqu’un est peut-être en train de te lire, mais qu’est-ce que tu as fait, tu es complètement fou, mon pauvre garçon ! » Il y avait un avant, il y avait un après, et c’était comme un changement de paradigme, l’intime, l’intérieur, le privé qui devenait extime, extérieur, public…

Bon, évidemment tout ça restait très théorique, très virtuel, c’est le cas de le dire, personne n’a dû tomber comme ça sur mes écrits, ce n’est qu’après quand je me suis inscrit dans un cercle de cyberdiaristes puis quand j’ai reçu un premier mail de quelqu’un me lisant que je suis passé dans le vif du sujet, mais j’ai eu envie quand même de rappeler cette émotion du premier clic parce qu’elle me semble significative.


Avant de rentrer dans la présentation de ma pratique, je vais préciser quelques points plus généraux:

De façon simple je dirai que l’intime est ce qui m’est le plus intérieur, mes sentiments les plus profonds. Ce qui est considéré comme intime varie selon les cultures et les époques, Michelle Perrot nous le dirait très bien. Dans cette acception l’intime s’oppose plutôt à l’extime, à des considérations plus extérieures, m’impliquant certes mais moins profondément, un compte-rendu de lecture par exemple ou des considérations sociétales.

Ce qu’on fait de cet intime alors, dans un contexte culturel donné, dépend de chacun de nous, des limites que l’on se donne, en fonction de notre propre histoire, de notre évolution. Ainsi on peut choisir de garder l’intime intérieur, dans notre for privé ou choisir d’en révéler une partie à autrui dans les cercles proches du dialogue de personne à personne ou dans les cercles plus éloignés d’un partage public plus ou moins large.

J’aboutis ainsi plutôt qu’à la trilogie intime, privé, public à deux couples de polarités, intime/extime d’un côté et privé/public de l’autre et tout mon réglage de blogueur va consister à savoir à chaque moment où je fais passer le point de rencontre entre ces lignes.

Je trouve important de poser les choses ainsi et de ne pas faire une assimilation quasi synonymique comme c’est parfois le cas de l’intime et du privé qui conduirait à poser d’emblée un regard méfiant sur tout dévoilement de l’intime, à le poser d’emblée comme une transgression.

Tant que tout ça ne concerne que moi ou que je parle de ce qui est relationnel de façon générale, désincarnée, j’ai toute liberté d’étaler mes interrogations et mes états d’âme. En tout cas c’est à moi de fixer mes limites, en ayant réfléchi aux conséquences possibles, à d’éventuels retours de bâton ou effets pervers, à la façon dont je saurais y faire face ou pas.

Ça se complique sérieusement lorsque des autruis précis entrent dans la partie que ce soit les proches de la vie quotidienne ou des relations qui se sont construites sur internet à travers la pratique commune du cyberdiarisme.

On ne peut plus alors se permettre d’être « effrontément désinvoltes avec les confidences » pour citer notre ami Pierre du blog Alterego. Il faut avoir le plus grand respect de l’intimité d’autrui. Et pas seulement de ce que je crois moi être l’intimité d’autrui mais ce que lui-même va considérer comme son intimité avec une vision peut être différente, plus restrictive que la mienne. Le respect ce n’est pas seulement ce que je crois devoir à l’autre mais aussi ce que cet autre considère comme lui étant dû. Et ça même si ça doit me frustrer dans mon expression et contribuer à limiter la part d’intime que j’aurais souhaité aborder…


Donc, et là je reviens à mon propre journal, comment est-ce que j’ai procédé, est ce que j’ai modifié ma façon d’écrire ?

En commençant je me suis dit : à priori je veux essayer de garder mon journal le plus proche de ce qu’il était.

Au départ j’ai simplement introduit des pseudonymes, j’ai décontextualisé les récits, j’ai évité certains noms de lieux ou d’activités trop précis, notamment ceux qui risquaient de me faire reconnaître dans mon monde professionnel.

Mais je n’ai pas modifié le fond, j’ai continué à traiter des mêmes sujets, je ne m’en suis interdit aucun à priori.

Mais dire que je n’ai pas de sujet tabou, ce n’est pas dire que je dis tout et que je le dis n’importe comment.

D’abord, et ça pour moi c’est très important, je n’écris pas directement en ligne. Je n’écris pas et ne publie pas sous le coup de l’impulsion. D’ailleurs je n’ai jamais pratiqué le journal défouloir ou déversoir, j’ai toujours relu et corrigé pour m’assurer que j’étais clair et lisible ne serait-ce que pour moi. Je n’ai donc fait qu’accentuer cette tendance en devenant cyberdiariste. J’écris sur un fichier word. Je relis soigneusement mon billet avant de le publier, je le relis avec la pensée qu’il sera lu, ce qui m’amène parfois à le modifier légèrement, à atténuer des formulations, à arrondir certaines aspérités, à préférer l’allusif au trop explicite. Et je me réserve aussi la possibilité de conserver certaines entrées hors ligne. Mais ces entrées réservées ne sont pas très nombreuses quoique leur nombre ait tendance à s’accroître.

Mais j’ai aussi et surtout appris à manier l’allusion. Ça je m’y attendais moins, c’est venu peu à peu et je crois que j’ai acquis une certaine habileté dans ce domaine, ce qui me permet d’aller sur des terrains très intimes tout en restant suffisamment discret.

J’ai des lecteurs de tous ordres, lecteurs de passage arrivés sur le blog à partir d’une recherche dans google, lecteurs fidèles, certains depuis le tout début et qui finissent par connaître beaucoup de moi, lecteurs enfin que j’ai rencontré, avec qui se sont développés des relations, certaines importantes et profondes. Ainsi dans un même billet certains ne verront que des considérations générales, d’autres supputeront des arrière plans au-delà de ce qui est explicite sans trop savoir lesquels et pour d’autres enfin l’allusion sera un clin d’œil évoquant un fait précis connu, ce sera alors comme un petit message privé glissé dans la parole publique.

J’aime bien cette sorte d’écriture à tiroirs. Du point de vue de l’exercice d’écriture lui-même, je trouve que c’est assez excitant, ça a un petit côté ludique qui est très plaisant, je souris souvent en écrivant telle ou telle phrase dont je me dis, tiens, ça c’est pour un tel ou pour une telle…

Ce qui compte pour moi c’est de m’assurer que je reste dans l’authenticité, que je ne déforme pas consciemment. Dans ma relecture avant de mettre en ligne, il y a toujours cette question : est-ce que là tu es bien toi même, même si bien sûr tu n’y es pas tout entier ? Ou bien, au contraire, est-ce que pour ménager tel ou tel, ou pour t’attirer de la sympathie ou du lectorat, ou pour te construire une image, est-ce que tu ne serais pas départi de ta véracité ? C’est le critère fondamental. Si je ressens à la lecture que je ne suis pas en accord profond avec le billet je ne le publie pas. C’est arrivé, quelquefois, rarement. En tout cas si j’avais le sentiment que ce décalage devenait trop fréquent, que j’étais en train de me construire une image pour le public, que j’étais en train de perdre la personne au profit du personnage, alors je me dirais que je perds ce qui fait pour moi le sens même de cette écriture et j’arrêterais.

Evidemment c’est difficile de parvenir à cet équilibre et d’ailleurs il est toujours mouvant. Mais c’est aussi cette difficulté qui rend les choses passionnantes. Souvent je parle de ligne de crête. J’ai l’impression d’avancer sur un chemin étroit de montagne, avec deux précipices à mes côtés, celui de la déformation, de l’inauthenticité d’un côté, celui du trop dire de l’autre, parfois je glisse un peu d’un côté, parfois je sens que ça menace de l’autre, mais l’un dans l’autre j’avance toujours sur cette ligne de crête, j’essaie de trouver chaque fois le réglage qui convient et quand j’y parviens, comme c’est la cas le plus souvent, j’ai alors une grande satisfaction : je n’ai rien caché de ce que j’avais profondément envie de dire, je ne me suis pas mis en danger en en disant trop et je n’ai pas malmené de tierce personne.


Bien sûr avec le temps des choses ont changé et continuent de changer :

C’était plus facile au début lorsque j’étais protégé par un anonymat absolu, lorsque mon lectorat était lointain, quasi abstrait. Les choses deviennent plus complexes lorsque cet anonymat se lézarde, lorsque aussi se créent des interactions véritables avec les lecteurs, lorsqu’on commence à les rencontrer, lorsque se créent des dynamiques relationnelles individuelles ou de groupe qui comportent fatalement leur part de tensions, de conflits, de jeux d’images, bref lorsque le fait de tenir journal en ligne commence à s’articuler avec la vie elle-même.

Je m’étais attendu à ce que franchissant cette étape je sois amené à mettre moins en avant les aspects les plus intimes de mon journal. C’est vrai en partie. Mais l’intime néanmoins résiste fortement. Plusieurs fois j’ai commencé à écrire en me disant « oh là je pars dans quelquechose qui ne sera pas publiable », et puis finalement, parfois sous réserve de minimes retouches notamment au regard des tiers, je me suis dit : « tout de même, ça c’est moi, au fond il n’y a là rien d’illicite, rien d’indicible, rien de honteux, allez, allons-y, publions... ».

Les interactions avec le lectorat contribuent à entretenir avec force la présence de l’intime. C’est sur les sujets intimes que les dialogues sont les plus nourris. Les contributions y sont plus nombreuses parce qu’on touche là à des questions plus universelles. Les échanges rassurent en montrant combien les questions sont partagées. Mais aussi ils pointent des aspects qu’on n’avait pas forcément vu soi-même, ils font donc réfléchir, parfois au prix d’une certaine déstabilisation. Mais donc, ils font avancer, disons ils peuvent aider à avancer, restons modestes.

Les liens qui se créent avec les blogueurs avec lesquels s’effectuent ce type d’échange se placent d’emblée au-delà de la convivialité superficielle, on s’y trouve dépouillé, au moins en partie, des oripeaux de notre personnage social. C’est spécialement frappant lorsqu’on rencontre dans le réel pour la première fois une personne avec qui on a eu un dialogue de ce type, on se trouve d’emblée sur un plan d’intimité qu’on n’atteint que bien plus lentement avec les personnes rencontrées dans la vie courante et ça c’est assez extraordinaire.

René Rioul dans un texte référence pour notre association « le désir d’autobiographie » évoque comme source profonde de ce désir « ce mixte du même et de l’autre » qu’on rencontre en fréquentant les textes autobiographiques. Il citait cette réflexion paradoxale qu’on se fait parfois en lisant un texte: « pour moi c’est exactement la même chose et pourtant c’est entièrement différent ». C’est tout à fait ça et c’est ce qui a fait de moi un passionné d’autobiographie puis un adhérent de l’APA et un déposant dans notre fonds.

Or je retrouve ce « mixte du même et de l’autre », cette articulation du semblable et du différent, de l’alter et de l’ego, de façon décuplée dans ma pratique de cyberdiariste intimiste. Car l’écriture en ligne et les échanges qu’elle autorise fonctionnent dans l’immédiateté, ce qui leur confère une plus grande puissance, les rendant certes plus problématiques et plus dérangeants mais aussi plus enrichissants.

Cela dit j’ai certainement fait bouger les frontières du dicible et de l’indicible sur mon blog. J’ai constaté en effet que le nombre d’entrées de mon journal que je laissais hors-ligne avait augmenté : presque pas en 2003-2004 au temps de l’anonymat profond, pas loin de 10% au temps des premières fissures de cet anonymat et près de 20% en 2008, là ça commence à faire beaucoup. Et évidemment ma prestation de ce jour devant vous risque de ne pas arranger les choses.

C’est pourquoi j’ai hésité, avant de prendre la décision de venir parler ici, j’ai pesé les intérêts que j’y trouvais et les craintes que j’en avais. J’ai évoqué mes hésitations dans plusieurs billets qui m’ont d’ailleurs valu pas mal de réactions et de mises en garde : « attention Valclair, tu vas perdre ton âme, nous allons perdre le Valclair que nous aimons, celui qui donne vraiment de sa personne… »

Je sais qu’il y a un risque. Ce qui est sûr c’est que je souhaite qu’une part d’intime reste présente dans mon journal. Je ne souhaite pas basculer vers un blog qui serait uniquement extime, composé de notes culturelles ou de considérations consensuelles sur les petits bonheurs de la vie, sur le temps qui passe ou sur des sujets en vogue, en tout cas dans la blogosphère que je fréquente, du genre la surconsommation c’est mal ou Monsieur Sarkozy n’est pas gentil etc, etc…


Alors que dire pour conclure ?

Je ne parle que pour moi évidemment. Je n’ai pas de modèle à proposer. Je peux juste dire que je trouve mon compte dans cette pratique puisque je la poursuis sans désemparer depuis maintenant plus de six ans.

Parfois j’ai des envies d’arrêter, parce que je la trouve trop envahissante, parce que je me dis : à quoi ça rime, toutes ces pages, toutes ces heures passées à les écrire, est-ce que ce n’est pas du temps pris à la vie ?

Mais ce que je remet en cause alors c’est le fait de tenir journal plus que de le tenir publiquement. Et je pense même au contraire que parce que je le tiens publiquement que je parviens à le continuer.

Je serais incapable désormais d’écrire ce journal s’il n’était que pour moi, si je ne le partageais pas avec un lectorat qui souvent m’encourage, si je ne l’inscrivait pas dans un échange. D’ailleurs même parmi mes billets qui restent hors ligne, rares sont ceux qui n’ont jamais quitté mon disque dur. Presque tous ont donné lieu à des échanges, cette fois privés, avec certains de mes lecteurs privilégiés, pas les mêmes naturellement selon les billets, selon les moments. Mais ces échanges privés se sont construits avec des personnes qui sont devenus des amis après m’avoir découvert au travers de mon expression publique.

Je pense donc que cette démarche d’expression publique de soi peut être profondément bénéfique dès lors qu’on la fait en toute connaissance de cause des risques, des contraintes et des limites, dès lors qu’on respecte certaines précautions, règles de prudence vis à vis de soi, règles de discrétion vis à vis d’autrui.

On avance soi-même à travers un tel parcours. On se libère. Jamais lorsque je me suis lancé dans cette expérience, en un temps où j’étais terrorisé à l’idée de la moindre faille qui pourrait compromettre un tant soit peu mon anonymat, je n’aurais pas imaginé pouvoir venir parler de tout ça, devant vous, comme je le fais aujourd'hui, de façon décontractée, enfin relativement décontractée, n’exagérons rien.

J’ai appris à donner publiquement de moi des choses qui m’auraient paru inconcevables il y a quelques années et qui me paraissent aujourd'hui quasiment anodines, normales. Il n’y a pas honte à évoquer telle intermittence de cœur ou à reconnaître telle fragilité ou telle fêlure, à être soi plutôt que le personnage dans lequel on reste le plus souvent enfermé. S’accepter au regard des autres c’est profondément accepter d’être soi.

Et voilà pourquoi, sans trop savoir où je vais, je continue l’aventure…

Printemps

Comme vous l’avez peut-être constaté c’est le délire dans l’affichage des commentaires sur canalblog depuis hier. Sur l’interface tout paraît normal, les commentaires ont le statut « publié » et pourtant certains apparaissent puis disparaissent mystérieusement. Bref tout ça pour dire que si vous constatez des bizarreries ça ne vient pas de moi ni de vous. (Enfin c’était, car ce soir, au moment où je publie, ça a l’air de fonctionner normalement)

C’est assez agaçant et voilà en tout cas de quoi renforcer mon envie de déménagement et de migration vers le système Dotclear…

En attendant c’est le printemps, enfin… Cette année le temps froid ou maussade a été plus continu que de coutume ce qui fait que ces premiers beaux jours attendus avec plus d’impatience sont d’autant plus appréciés. Il fait un temps idéal, l’air encore frais, léger et le soleil qui commence à chauffer mais avec douceur. J’en ressens un formidable bienfait. J’ai le sentiment qu’avec les années mes humeurs deviennent de plus en plus météodépendantes. Ma marche vers le bureau ce matin en était toute teintée d’allégresse.

En deux jours le forsythia de notre cour est passé de timides bourgeons à une formidable explosion lumineuse. Il est à son optimum avant la pousse des feuilles et avant qu’un coup de vent et de pluie un peu violent ne lui fasse perdre une partie de ses fleurs. Je l’aurais bien pris en photo pour vous l’offrir pour le plaisir des yeux mais à mon retour du bureau l’ombre tombée des immeubles avoisinants avait déjà terni son éclat.

Tout à l'heure j’ai accompagné l’Anglais vers son Eurostar. Il vient de faire une halte de trois jours à Paris après son séjour au ski et on en a profité pour lui faire souffler, presque dans les temps, ses bougies d’anniversaire. Vingt-six ans ! Un peu effrayant de voir comme ça a filé. Mais le moment a été plaisant, avec mon père, avec la mère de Constance, même si l’Agronome qui avait lui dû déjà rejoindre son école n’était pas avec nous.

Contrepoint indispensables de nos interrogations et coupages de cheveux d’intello et de gens de mots, ne pas oublier, ne jamais oublier de se régaler des choses simples…

Posté par Valclair à 22:01 - Varia - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 mars 2009

Alors, cette Table ronde...

Voilà cette fameuse journée est passée…

C’est fait donc. C’est un soulagement. Et en même temps me voici presque dépité que toute cette tension et cette excitation soit terminée. Ce n’est pas « post-coïtum animal triste » mais pas loin…

Globalement pendant la Table ronde c’est le plaisir de l’intervention qui l’a emporté, l’excitation joyeuse d’y être enfin et de m’exprimer sans détour devant une salle bien remplie, plus de 150 personnes, un peu plus que les Tables rondes des autres années, avec un public plus varié et pas mal de gens qui nous étaient inconnus. Les annonces passées, sur le site de l’association mais aussi sur quelques blogs y ont peut-être contribué, annonce sur le Sablier de Fuligineuse par exemple ou dans les Lignes de fuite de Christine Genin, un blog qui devient une véritable référence dans la blogsophère littéraire, j’ai bien aimé d’ailleurs le ton enlevé et gentiment humoristique sur lequel y était annoncée mon intervention.

Le public blogueur cela dit est resté certainement encore bien minoritaire dans cette assemblée. J’ai eu le plaisir cependant de voir quelques blogamis avec qui j’ai échangé au moment où ils rentraient des sourires complices. J’ai balayé la salle cherchant à deviner si je pouvais en suspecter d’autres parmi les têtes inconnues mais l’exercice est difficile et très vite je n’y ai plus pensé. Mais je me suis amusé aussi des visages stupéfaits de quelques apaïstes interloqués de réaliser tout à coup qui était ce mystérieux Valclair. Il y a un petit côté assez jouissif dans un coming out !

J’ai bien aimé les diverses interventions de la Table ronde avec leur tonalité très différentes, sur le fond comme dans la forme: la promenade plaisante de Michèle Perrot dans les chambres d’écrivains (ou d’écrivants) et plus largement dans les espaces privés ou publics où se génère l’écriture ; le récit simple, clair et fort de la façon dont l’écriture pour Marie Chaix s’enracine dans une nécessité vitale, voire comme condition même de la survie, « écrire pour sauver sa peau » ; les réflexions très fines de Philippe Vilain sur la fictionnalisation de l’intime et la mise en roman (Et voilà que j’ai très envie de rajouter « Défense de Narcisse » à une Pile à Lire déjà plus haute que moi !)

Ensuite il a fallu que je me lance. A vrai dire je n’ai pas eu beaucoup de difficulté car je n’ai fait que lire un texte entièrement écrit à l’avance, contrairement à mon habitude. Sur un sujet pareil j’avais besoin de cette sécurité. Je crains toujours que la lecture donne un côté soporifique à l’intervention mais il faut reconnaître que l’assurance que donne le papier est bien agréable. J’ai essayé d’y mettre un peu de ton et de vivacité et je crois que j’y suis à peu près parvenu.

Il y a eu un léger couac. Marie Chaix apparemment me trouvait trop long et s’impatientait, elle m’a brusquement interrompu en disant à peu près « mais enfin donnez des exemples, plutôt que tout ce blabla ». J’ai eu un blanc, très bref, l’esprit traversé par « oh là, là, catastrophe, je dois être affreusement rasoir, je suis à côté de la plaque, j’emmerde tout le monde, etc, etc… ». Les idées perturbantes dans un moment comme ça fusent à toute vitesse. La déstabilisation a été de courte durée et sans doute intérieure plutôt que visible. J’ai répondu quelque chose du genre « c’est déjà pas si facile de raconter ça alors pour le détail et les exemples libre à chacun d’aller y voir », puis j’ai repris mon texte en accélérant un peu et en passant à la trappe quelques phrases vers la fin et en me demandant si j’ennuyais mon monde. Mais j’ai eu l’impression que la salle restait plutôt attentive et que c’est une exaspération personnelle de Marie Chaix qui s’est manifestée plutôt qu’un sentiment qui aurait été largement partagé dans la salle.

Je ne lui en ai pas voulu de cette intervention un peu intempestive. Elle m’est apparu au fond comme un pendant de ce qui fait la qualité de son positionnement et donne sa force à ses livres, ce côté direct, fonceur, un peu brut de décoffrage, cette part écorchée liée à son histoire qu’à la fois elle semble avoir parfaitement dépassée mais dont on sent que les blessures restent malgré tout si vives, près de la surface, prêtes à saigner. Elle semble un peu agacée aussi par la réflexion théorique (ce qui est apparu aussi dans certaines divergences dans la discussion entre elle et Philippe Vilain (« vous vous posez bien des questions ! »). Je regrette un peu avec toutes les sollicitations de la fin de séance de ne pas avoir eu l’occasion d’aller la saluer en partant pour neutraliser avec un sourire le souvenir de ce petit moment de tension.

Je me suis interrogé ensuite pour essayer de percevoir ce qu’il y avait à la source de cette exaspération. Je me suis demandé s’il n’y avait pas chez elle des réticences liées à une méfiance viscérale à l’égard d’internet. En tout cas j’ai souligné moi dans les discussions qui ont suivi l’apport d’internet comme source positive d’élargissement et de démocratisation des pratiques culturelles, malgré les scories inévitables et là dessus il m’a semblé ressentir plutôt une approbation de la salle ce qui va aussi tout à fait dans le sens de l’approche de l’APA et de sa promotion des écritures ordinaires. Marie Chaix ne niait pas cet aspect mais on sentait il me semble quand même comme une sorte de résistance ou d’inquiétude de l’écrivain patenté devant ce surgissement aux formes imprévisibles.

En tout cas je crois que la discussion entre tous les participants et avec la salle a été très vivante, ce n’était vraiment pas quatre monologues juxtaposés.

J’ai été ensuite prendre un pot bienvenu avec les blogamis venus m’écouter. Ils m’ont tous rassuré en me disant que mon intervention était passée plutôt bien mais c’était un public un peu acquis d’avance. D’autres échanges ave des membres de l’APA que j’ai vu hier, à priori moins susceptible de blogocomplaisance m’ont également rassuré comme Constance de son côté. Donc, bon, je pense qu’au final tout ça a été plutôt intéressant pour les gens qui y ont assisté et mon intervention pas moins que les autres.

Je n’ai pas de regret d’être intervenu. Pour le moment en tout cas. J’imagine ce qu’aurait été ma frustration et combien j’aurais rongé mon frein si, sur une question comme celle-là, avec l’expérience et les réflexions que j’ai eu depuis des années sur le sujet, je n’avais été qu’un simple spectateur.

Demain je pense que je posterai le texte de mon intervention. C’est sans doute un peu redondant avec des tas de choses que j’ai déjà écrites ici mais ça fait une synthèse et ça a l’avantage d’être un billet tout écrit. Et puis comment me soustraire à une demande que m’a formulée Dame Telle : il faut quand même lui donner de quoi s’occuper, à cette chère Telle, entre deux tétées…

13 mars 2009

J-1

Je passe par toutes les couleurs de l’arc en ciel émotif.

Hier je me sentais complètement au top, à l’aise, très content, excité mais au bon sens du terme, ressentant ma prise de parole à venir comme un soulagement, comme un aboutissement, comme une heureuse et attendue réunification de deux aspects de ma personne.

Et cela malgré un élément nouveau et pas des moindres ! Madame Valclair, alias Constance, va assister à la Table ronde. Je lui ai proposé pensant que c’était bien le moins et sans savoir si je souhaitais qu’elle me réponde positivement ou négativement. Elle est assez éloignée de mes préoccupations autour de l’écriture. Elle connaît mon intérêt pour les blogs, elle sait sans qu’on n’en ait jamais parlé vraiment ouvertement que j’en tiens un mais qu’elle ne lit pas. Elle a croisé très épisodiquement certains de mes blogamis et une fois au moins s’est trouvé plongée au cœur de nos problématiques, cet été, lorsque nous avons fait étape chez l’ami Pierre.

Etrangement je n’ai ressenti aucune angoisse particulière à la perspective de la présence de cette auditrice pas comme les autres. Là aussi il y a comme une forme de soulagement, celle de sortir de ce vague non-dit autour de mon blog et des mes écritures. Lira-t-elle ensuite, ne lira-t-elle pas ? Avec quelles conséquences ? C’est un autre chapitre et pas du tout anodin mais sur lequel, pour l’instant, je refuse de me pencher. Mais tout de même je me demande si derrière tout cela il n’y a pas une façon, certes étrange, certes contournée, de sortir des fameux silences que j’ai souvent évoqués.

C’était hier. Mais aujourd'hui le topo a été assez différent !

J’avais une réunion professionnelle à l’autre bout de Paris. La météo annonçait une journée enfin plus printanière. Je suis sorti en petite veste. Temps printanier, tu parles ! Il bruinait vaguement, j’ai eu froid en chemin puis pendant toute ma réunion.

En sortant je me suis senti patraque, dans le flou, à côté de mes pompes, avec l’impression d’être légèrement fiévreux. Pensée du grand écart : moi le matin dans mon personnage professionnel, et moi dans ce que je serai demain : sensation vaguement schizophrène.

Je suis rentré à la maison en début d’après-midi et j’ai déjeuné rapidement. La sensation bizarre a persisté. Ce n’est pas la première fois que ça arrive juste avant des échéances qui me secouent émotionnellement. En général ça passe quand je suis dans l’action. C’est ce que je me dis et je ne panique pas plus que ça. N’empêche ce n’est pas agréable et tout de même vaguement inquiétant.

Pour mon vendredi après-midi de liberté, je me suis tâté entre la Salon du Livre et un ciné. Finalement j’ai été au ciné et j’ai vu « Le temps des amoureuse », un film très intéressant sur le tressage du passé dans le présent à partir d’une rencontre avec des gens qui, adolescents, ont joué dans le film « Les petites amoureuses » de Jean Eustache. Il faudra que j’en reparle. Si je trouve le temps !

Me voici rentré à la maison alors que la nuit tombe. Ça va plutôt un peu mieux. J’écris ces quelques lignes. Je ne fais pas la tournée des blogs. J’ouvre juste le mien, je réponds d’une ligne au dernier commentaire. Je me tâte. Est-ce que je mets en ligne ou pas ce que je viens d’écrire ? Non, pas tout de suite en tout cas. Je ne veux pas en rajouter une couche. Après peut-être, une fois que ce sera passé. Tiens ça c’est encore une modalité que je n’avais pas utilisée (sauf pendant les vacances, mais là c’était uniquement par impossibilité matérielle) : la publication décalée dans le temps, histoire de ne pas susciter la réactivité dans l’immédiateté de l’instant.

Après ça je ferme, je m’éloigne tout à fait de mon écran. Jusqu’à dimanche soir. Au moins…

Posté par Valclair à 18:15 - Ecriture, diarisme et blogosphère - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,
« Accueil  1  2   Page suivante »