29 juin 2009
Jour(nal) plombé
Ce matin réveil intempestif,
à quatre heures et demi. C’était bien trop tôt, mon manque de sommeil
s’accumule. Mais c’était trop tard pour prendre le petit cachet qui m’aurait
permis de compléter ma nuit.
Alors j’ai eu d’emblée le sentiment,
la sensation plutôt, d’entrer dans un jour qui serait un jour sans, un jour
sans énergie, sans joie, un jour plombé d’avance.
J’ai commencé, à défaut de
pouvoir me rendormir, par une tentative d’écriture mais sans succès.
J’ai le sentiment que mon
écriture, quoique toujours authentique dans ce que je dis, devient artificielle
dans la façon dont je l’écris.
Combien de fois ai-je écrit
un billet par « devoir » , avec cette idée qu’un journal ne vit que
d’être entretenu ? Sinon le lectorat s’étiole. D’ailleurs je le constate
déjà. Il me semble qu’il y a moins de vie autour de ce journal. Peut-être parce
que je l’investis moins. Ou bien est-ce que je l’investis moins parce que qu’il
y a moins de vie autour de lui ?
C’est comme si l’obligation
de venir écrire ici était devenu une habitude que je n’interroge plus, comme si
c’était une seconde nature. Sans pour autant que l’écriture soit facile,
naturelle, coulant de source. Il me faut mes deux ou trois billets pas
semaine ! Oh, ça, les sujets ne manquent pas ! Une sorte de réflexe
me fait voir des sujets partout. J’écris mais sans toujours en ressentir
vraiment l’envie, sans être porté par le sentiment de leur nécessité
intérieure, pire sans être sûr d’avoir vraiment quelquechose à dire.
J’ai par moments l’impression,
et là c’était tout à fait le cas, que j’en arrive à une sorte d’épuisement de
ce journal. C’est comme s’il se continuait sur sa lancée alors que sa source
profonde en serait tarie.
Mon intervention coming-out
de mars m’avait fortement stimulé. Elle m’a redonné de l’envie, de l’élan mais
d’une façon qui n’est pas forcément durable. Ça me fait penser à ces couples en
difficulté, qui croient se relancer par un grand projet commun, faire un enfant
par exemple, alors que la venue de celui-ci va simplement masquer
provisoirement les difficultés avant de les faire ressurgir avec d’autant plus
de force.
Ce week-end j’ai été
confronté à de sérieux ennuis dans ma famille proche. J’ai essayé d’aider comme
j’ai pu et l’affaire d’ailleurs n’est pas finie. Mais impossible d’en parler
ici car ce n’est pas moi qui suis concerné au premier chef par cette situation
plus que problématique, je ne le suis que par ricochet.
Mais du coup mes tentatives
de billets culturels sur mes derniers films vus ou livres lus, ou sur
l’exposition William Blake, vue hier, m’ont paru complètement à côté de la
plaque, décalés de mes ressentis réels.
Je n’ai donc pas poursuivi
et suis parti au bureau en
traînant la patte.
Pour la première fois ce
matin, il faisait une chaleur évoquant la canicule, un matin sans fraîcheur,
dès huit heures et demi le soleil était chaud. Ça ne m’a pas mis le cœur en
joie comme d’autres fois où je ressens ces premières chaleurs fortes comme un
avant-goût des vacances, où je pense aux escapades à venir. Non je me suis
traîné au bureau sans avoir rien d’autre en moi que ce sentiment de ma journée
plombée.
J’ai eu du mal à entrer dans
mon activité du jour, il faut dire essentiellement paperassière et
bureaucratique, rapports de fin d’année en bonne langue de bois.
J’ai été légèrement patraque
en plus, j’ai mal digéré mon repas pris trop vite à midi et j’ai traîné tout
l’après-midi une insupportable envie de dormir.
Inutile de dire que
l’efficacité n’était pas au rendez-vous.
Bon allez, je passe, tout ça
n’est peut-être que mauvaise impression d’un jour sans.
Demain est un autre
jour ! D’ailleurs ce soir déjà, ça va beaucoup mieux, je me sens sorti de
ma léthargie semi dépressive.
Oui, il faut bien se dire
ça, demain est un autre jour…
Commentaires
Même Julien Green, le modèle par excellence de l'endurance à tenir un journal (de 1919 à 1998), avait des passages à vide, des moments où il n'appréciait pas son journal et encore des périodes de silence assez prolongées. Il en parlait ensuite et se le reprochait parfois. Alors... :-)
Écris d'abord pour toi, comme si tu n'avais pas de lecteurs. C'est déjà une raison suffisante, excellente même je trouve. Et puis, en plus, nous en profiterons tous. :-)
Oui, je pense que ce n'était qu'une journée sans...
Amitiés
Surement pas une journée sans puisque déjà dire SANS c'est lui donner une qualité ! Reconnaitre le caractère Sans de ces jours là, c'est reconnaitre la fluidité de nos ressentis et de tout ce qui nous affecte parce que nous sommes en lien avec nos proches, c'est nous reconnaitre ce droit là et c'est bien. Accepter de vivre pleinement une journée sans, c'est la faire exister et votre écriture lui donne une épaisseur qui va bien avec la torpeur de l'été.
Je viens régulièrement vous lire et ce qui me nourrit c'est justement lorsque l'écriture correspond à un plaisir et un don. Je sais être patiente.
prenez soin de vous.
je suis d'accord avec Sylvia lorsqu'elle dit "Écris d'abord pour toi", mais ça, je l'ai déjà dit plusieurs fois...
On peut presque se renvoyer le souci: si j'écris moins, il y aura moins de vie, moins de passage, et pourtant, il y a toujours un passage et une vie. Le tout c'est, un moment donné, la question de savoir ce qui est le plus important? Apparemment pour toi, des préoccupations familiales. Ben, c'est logique qu'après ça on ait moins l'enthousiasme ou l'allant pour faire une belle entrée culturelle. Je visite quasi autant d'expos qu'avant, mais, hélas ou heureusement, j'investis moins dans l'écriture du journal...
un autre jour
petit plaisir égoïste de contater que l'on n'est pas seul dans cette galère!
toute proportion gardée s'entend quand demain n'est pas forcément un autre jour
Oui, vous avez raison, Wictoria, Sylvia, il faut toujours garder à l'esprit qu'on écrit d'abord pour soi mais j'ai aussi la conviction que pour moi désormais l'écrire pour soi et l'écrire pour mes lecteurs sont devenus quasi indissociables.
Lorsque j'ai des passages à blanc c'est souvent la pensée de mes lecteurs, vos retours précieux qui m'encouragent, qui me redonnent de la motivation. Je ne sais pas si j'aurai toujours un journal s'il était resté cantoné pendant toutes ces années au fond de mon disque dur sans être aussi source d'échanges.
Et donc merci à toutes de vos passages .
C'est vrai, Nicole86, que l'écriture d'une journée sans la fait vivre et donc l'allège, la rend moins vide. C'est vrai que j'étais mieux le soir après avoir écrit ce billet pourtant pas bien gai que le matin après avoir échoué dans mes tentatives d'écriture. Mais n'empêche l'un comme l'autre ne sont-ils pas parfois des pis aller.
En tout cas merci à toutes de vos passages appréciés.
Valclair...comment te dire?
Je sais pour l'avoir vécu que sortir de l'anonymat met des pressions. Il n'est plus vraiment possible de n'écrire QUE pour soi, surtout en ce qui concerne les billets plus perso.
Alors le tiraillement commence, on veut écrire, on en a le souhait, mais... comment va réagir l'entourage? Aucun problème pour la blogosphère qui connait le "jeu", c'est l'entourage qui, malgré soi, est un moteur(!) de freinage. Au point qu'on en arrive à "coumariniser" comme tu l'a dit chez Pierre un jour... disant par là que mes billets avaient perdu de leur allure strictement de journal intime (mais je trouve que c'est le cas de la plupart des blogueurs au long terme)
Alors oui, tu m'as dit et redit: ne te préoccupe pas de ton lectorat, écris pour toi... et je vois que toi aussi tu es en phase de doute...
Je suis de plus en plus persuadée qu'il y a un choix à faire: ou on reste résolument un simple pseudo, rien qu'un pseudo et on peut écrire dans les confidences, les considérations personnelles dans des mots qui touchent les gens dans leur intime à eux
Ou on sort de cet anonymat, et désormais le blog change de couleur, il vire dans le culturel ou le blogàidées, certes intéressant, et plus que ça, mais le personnel, vraiment personnel est désormais interdit
Moi je trouve que ton blog a évolué depuis ton coming-out, ce n'est pas négatif, comprends moi, c'est différent
Il y a des blogs très intéressants dont les auteurs ne parlent pas un mot d'eux-mêmes: c'est leur choix
Les blogs strictement journaux intimes ne durent qu'un temps (sauf rares cas) les autres durent si leurs auteurs aiment écrire...
Le blog de Valclair a peut-être évolué, mais il n'a pas fondamentalement changé. Pour le moment, les préoccupations personnelles familiales et autres, amicales ou "existentielles" comme j'ai parfois l'habitude de dire, sont peut-être à l'arrière-plan.
Mais Valclair le Parisien est toujours là. Et Valclair le blogueur aussi. Avec ce questionnement sur son blog et sur son écriture qui lui est propre (mais que d'autres blogueurs partagent, naturellement).
Et il parle aussi de lui-même. Dire qu'au fur et à mesure d'une journée on sort d'un état semi-comateux ou dépressif n'est pas si facile que cela à dire, surtout quand on est un blogueur très lu justement. Ou très suivi.
J'aime aussi bcp Julien Green... Et le journal de Virginia Woolf ! Si célèbre fût-elle, elle n'a jamais changé la teneur de son journal... Il y a de tout: la vie culturelle et littéraire de Londres, les rapports avec l'édition et la presse (bon, évidemment, ils s'éditaient eux-mêmes), avec sa traductrice o;))) et les histoires de famille et d'amis.
Là dessus je reste en désaccord avec toi Coum et me sens plus proche de ce que dit Pivoine.
En effet il n'était pas ici question de la part d'intime que l'on intègre à son journal. Je continue à penser que la distinction très absolue que tu fais, Coum, entre journal anonyme qui pourrait être intime et journal non anonyme qui ne le peut pas est trop tranchée. D'ailleurs contrairement à ce que tu dis il n'y a pas moins d'intime dans mon journal depuis mon (relatif) coming out, je reste sur ma ligne de crête et je gère les inévitables tensions ou contradictions à ce niveau d'une façon qui me satisfait plutôt sans avoir eu besoin de changer.
Ce billet avait plutôt pour objet de parler du poids du lectorat en général, que l'on soit anonyme ou pas, des attentes qu'il peut avoir (ou que l'on croit qu'il a) et auxquelles on sacrifie parfois malgré un certain manque d'envie. Il parle de la fatigue d'écrire et même plus généralement de la fatigue d'être, du manque d'énergie et de créativité à tout niveau dans les jours sans... Sujet intime s'il en est!
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