29 juin 2009
Jour(nal) plombé
Ce matin réveil intempestif,
à quatre heures et demi. C’était bien trop tôt, mon manque de sommeil
s’accumule. Mais c’était trop tard pour prendre le petit cachet qui m’aurait
permis de compléter ma nuit.
Alors j’ai eu d’emblée le sentiment,
la sensation plutôt, d’entrer dans un jour qui serait un jour sans, un jour
sans énergie, sans joie, un jour plombé d’avance.
J’ai commencé, à défaut de
pouvoir me rendormir, par une tentative d’écriture mais sans succès.
J’ai le sentiment que mon
écriture, quoique toujours authentique dans ce que je dis, devient artificielle
dans la façon dont je l’écris.
Combien de fois ai-je écrit
un billet par « devoir » , avec cette idée qu’un journal ne vit que
d’être entretenu ? Sinon le lectorat s’étiole. D’ailleurs je le constate
déjà. Il me semble qu’il y a moins de vie autour de ce journal. Peut-être parce
que je l’investis moins. Ou bien est-ce que je l’investis moins parce que qu’il
y a moins de vie autour de lui ?
C’est comme si l’obligation
de venir écrire ici était devenu une habitude que je n’interroge plus, comme si
c’était une seconde nature. Sans pour autant que l’écriture soit facile,
naturelle, coulant de source. Il me faut mes deux ou trois billets pas
semaine ! Oh, ça, les sujets ne manquent pas ! Une sorte de réflexe
me fait voir des sujets partout. J’écris mais sans toujours en ressentir
vraiment l’envie, sans être porté par le sentiment de leur nécessité
intérieure, pire sans être sûr d’avoir vraiment quelquechose à dire.
J’ai par moments l’impression,
et là c’était tout à fait le cas, que j’en arrive à une sorte d’épuisement de
ce journal. C’est comme s’il se continuait sur sa lancée alors que sa source
profonde en serait tarie.
Mon intervention coming-out
de mars m’avait fortement stimulé. Elle m’a redonné de l’envie, de l’élan mais
d’une façon qui n’est pas forcément durable. Ça me fait penser à ces couples en
difficulté, qui croient se relancer par un grand projet commun, faire un enfant
par exemple, alors que la venue de celui-ci va simplement masquer
provisoirement les difficultés avant de les faire ressurgir avec d’autant plus
de force.
Ce week-end j’ai été
confronté à de sérieux ennuis dans ma famille proche. J’ai essayé d’aider comme
j’ai pu et l’affaire d’ailleurs n’est pas finie. Mais impossible d’en parler
ici car ce n’est pas moi qui suis concerné au premier chef par cette situation
plus que problématique, je ne le suis que par ricochet.
Mais du coup mes tentatives
de billets culturels sur mes derniers films vus ou livres lus, ou sur
l’exposition William Blake, vue hier, m’ont paru complètement à côté de la
plaque, décalés de mes ressentis réels.
Je n’ai donc pas poursuivi
et suis parti au bureau en
traînant la patte.
Pour la première fois ce
matin, il faisait une chaleur évoquant la canicule, un matin sans fraîcheur,
dès huit heures et demi le soleil était chaud. Ça ne m’a pas mis le cœur en
joie comme d’autres fois où je ressens ces premières chaleurs fortes comme un
avant-goût des vacances, où je pense aux escapades à venir. Non je me suis
traîné au bureau sans avoir rien d’autre en moi que ce sentiment de ma journée
plombée.
J’ai eu du mal à entrer dans
mon activité du jour, il faut dire essentiellement paperassière et
bureaucratique, rapports de fin d’année en bonne langue de bois.
J’ai été légèrement patraque
en plus, j’ai mal digéré mon repas pris trop vite à midi et j’ai traîné tout
l’après-midi une insupportable envie de dormir.
Inutile de dire que
l’efficacité n’était pas au rendez-vous.
Bon allez, je passe, tout ça
n’est peut-être que mauvaise impression d’un jour sans.
Demain est un autre
jour ! D’ailleurs ce soir déjà, ça va beaucoup mieux, je me sens sorti de
ma léthargie semi dépressive.
Oui, il faut bien se dire
ça, demain est un autre jour…
24 juin 2009
Expositions Cartier-Bresson
Lundi et mardi j’étais censé
être toute la journée en conclave professionnel. Par la grâce d’un nombre de
dossiers à traiter moins important que prévu nous avons terminé plus tôt.
Naturellement je ne me suis pas précipité pour repasser au bureau, j’ai au
contraire profité, alors que le soleil brillait sur Paris, de cette
demi-journée qui se dégageait pour m’offrir une balade et une expo. Ces moments
de loisirs imprévus ont un charme tout particulier que n’ont pas les week-end,
on jouit d’abord, et indépendamment même de ce qu’on en fait, du sentiment de
liberté qu’offre ce moment arraché à un planning corseté.
J’ai été visiter
l’exposition Cartier-Bresson qui vient d’ouvrir au Musée d’Art moderne de la
Ville de Paris. Elle reprend une exposition créée en 1975 et présentée à
l’époque à Fribourg, à Marseille, à Milan. Elle comporte moins d’une centaine
de clichés choisi par Cartier-Bresson lui-même et représente donc ce qu’il
considérait comme le plus représentatif de son œuvre à cette époque.
L’exposition est constituée de grands formats, présentés de façon sobre,
simplement collés sur des supports cartonnés sans encadrement ni vitre. J’aime
beaucoup Cartier-Bresson et j’ai pris un grand plaisir à cette déambulation
dans ses oeuvres majeures, certaines très connues mais d’autres que je n’avais
jamais vues.
Il y a toujours chez lui une
harmonie particulière entre la composition géométrique, le jeu des contrastes
de lumières que seul permet le noir et blanc, et son art formidable pour capter
l’instant, le moment précis où la scène qui pourrait être banale se charge de
sens et de force.
Il se tient en même temps
une autre exposition Cartier-Bresson à la Maison européenne de la Photographie
que j’ai vu il y a quelque temps. La MEP est un lieu que j’aime beaucoup avec
ses espaces diversifiées et relativement intimes qui permettent la présentation
simultanée d’expositions offrant à chaque fois des confrontations intéressantes
entre des techniques et des langages photographiques différents. Lors de cette
visite justement il m’était apparu comme une évidence que Cartier-Bresson
dominait pour moi et de loin les autres photographes présents et je m’étais
interrogé sur la raison de cette impression. Je crois que c’est parce que lui
seul créait en moi une émotion, pas seulement un plaisir esthétique ou
documentaire. C’est de la vie même que j’y vois, toute chargée d’humanité,
d’une humanité partagée dans laquelle on se reconnaît. De la vie aussi
immobilisée, arrachée au temps et c’est ce suspens précisément qui crée
l’émotion. Voyant les personnages de Cartier-Bresson il m’arrive d’être
traversé par cette pensée : ce jeune garçon qu’est-il devenu ? Cette
jeune fille, éclatante de jeunesse, de beauté, doit être maintenant une très
vieille femme, à moins qu’elle ne soit morte !
Toute photo bien sûr est un
suspens du temps et de la mort. Mais ce n’est pas pour rien que ce sont
précisément devant ces photographes « humanistes » que nous sommes
saisis par cette émotion. (Je sais que Cartier-Bresson réfutait ce terme qu’il
trouvait réducteur, n’empêche il me semble qu’il lui convient très bien).
« Le temps court et
s’écoule et notre mort seule parvient à la rattraper. La photographie est un
couperet qui dans l’éternité saisit l’instant qui l’a éblouie ».
« Photographier c’est
mettre sur la même ligne de mire, la tête, l’œil et le cœur ».
Les deux expositions ont
chacune leur force particulière. Les grands formats offrent une visibilité plus
grande et permettent de saisir de loin des ensembles. Mais à la MEP la qualité
bien supérieure des tirages donne des images qu’il faut scruter de plus près
mais qui sont bien meilleure, plus franches, plus fortes notamment grâce à la
plus grande profondeur des contrastes.
Si vous voulez voir du Cartier-Bresson , voyez les deux expositions et tirez plaisir de leur comparaison même. Mais si vous n’en voyez qu’une, voyez celle de la MEP.
21 juin 2009
Corne ou marque page ?
Je me suis fait taguer, par
Kyrann, et même deux fois plutôt qu’une, sur l’amitié ici et sur la lecture là.
Merci à elle, c’est toujours agréable de sentir que nos éventuelles réponses
suscitent l’intérêt. Maintenant quant à répondre c’est selon ! Il faut que
ça colle avec l’envie qu’on en a. L’amitié c’est très compliqué et ça me
mènerait sûrement bien plus loin, donc ce n’est pas pour tout de suite mais ça
viendra peut-être. La lecture c’est plus ludique, c’est plus facile, les
réponses sortent très spontanément. Alors voilà, je joue le jeu, c’est une
bonne activité de dimanche matin paisible, après le marché et avant d’aller se
remplir les oreilles à la Fête de la Musique. Et finalement ça dit aussi
beaucoup sur les gens et ce n’est pas anodin. Alors voilà…
1° Plutôt corne ou marque
page ?
Je parie que vous auriez
deviné : marque page, terriblement marque-page ! De la même façon que
je ne note rien sur les bouquins. Je déteste que l’intégrité physique des
livres soit malmenée, même de simples livres de poche. C’est même un peu
névrotique ça ! Faut que je me soigne ! Mais je commence un peu, je
deviens un peu moins maniaque, savoir se détacher de l’aspect matériel des
choses.
2° As-tu déjà reçu un livre
en cadeau ?
Ça oui ! C’est même le plus fréquent des cadeaux qu’on me fait.
3° Lis-tu dans ton
bain ?
Oh non ! certainement
pas ! cf. réponse 1 !
4° As-tu déjà pensé à écrire
un livre ?
Oui quand j’étais
adolescent, je me disais même que peut-être je serais écrivain ! Et puis
j’ai totalement éliminé ça de ma tête quand je suis devenu un adulte sage. J'ai écrit des chose qui ont presque la forme d'un livre mais dont je n'ai jamais envisagé la publication. Et
maintenant ça revient et qui sait, ça se concrétisera peut-être.
5° Que pense-tu des séries à
plusieurs tomes ?
Rien de spécial. Je n’en ai
pas lu beaucoup. Mais quelques très gros pavés littéraires peuvent fonctionner
un peu comme ça, par exemple La recherche, que je n’ai pas lue en entier,disons
les 2/3 , par immersion pendant quelques temps à certains moments de ma vie,
sans suivre forcément l’ordre (bref j’ai lu "Le temps retrouvé "sans avoir lu en
entier tous les volumes précédents). Et puis aussi, ce qui est plus une série
au sens classique, "Les chroniques de San Francisco " d’Amistead Maupin, que j’ai
beaucoup aimé.
6° As-tu un livre
culte ?
Non, pas un, plutôt quelques
livres phares ou qui ont spécialement comptés mais souvent liés à l’époque où
je les ai lus, dont le souvenir ou la trace reviennent plus ou moins selon les
moments.
7° Aimes-tu relire ?
Je ne le fais pas souvent
mais les quelques expériences que j’ai eu ont toujours été intéressantes par la
confrontation de ce que je perçois en relisant et du souvenir que j’avais
gardé. Il y a plein de grands livres que j’aimerais relire (par exemple Guerre
et Paix) mais comme il y a les PAL par ailleurs c’est le neuf qui l’emporte en
général.
8° Rencontrer ou ne pas
rencontrer les auteurs des livres qu’on a aimés ?
Ça ne m’est jamais arrivé. A
priori j’aimerais plutôt. Enfin je parle de romanciers connus et que je juge à priori inaccessibles, bien sûr j'ai rencontré et parlé en privé avec pas mal de gens ayant écrits et publiés des livres.
9° Aimes-tu parler de tes
lectures ?
Oui, beaucoup. Ça m’arrive
même d’écrire dessus !
10° Comment choisis-tu tes
livres ?
Par les critiques des
journaux, par le bouche à oreille et spécialement maintenant par les notes de
mes amis blogueurs, ces critiques incarnées, produites par des gens que je
connais pèsent bien plus que les critiques professionnels des journaux. Le
livre lu se charge de l’image de la personne qui me l’avait recommandé. Et
c’est pour ça aussi que j’aime transmettre mes propres bonheurs de lecture, ça
me rend heureux de savoir que tel ou tel à découvert tel livre grâce à moi.
Tiens d’ailleurs j’avais déjà écrit un billet plus détaillé là-dessus, suite à
un tag déjà.
11° Une lecture
inavouable ?
A priori, je ne vois pas.
12°Des endroits préférés
pour lire ?
Le lit, ah le lit ! Le
moment magique où on laisse sa journée derrière soi et où on part en voyage
avec les livres. Quand il fait beau, la chaise longue sur ma terrasse en rentrant du
bureau, mais là en général c’est plutôt la lecture du journal. Et puis parfois,
à mon bureau (le meuble, chez moi, naturellement, pas le bureau au sens lieu du boulot), quand j’éprouve le besoin d’une lecture vraiment
réfléchie en notant des choses, donc plutôt pour les essais.
13° Un livre idéal pour toi
serait ?
Il y en a plusieurs sortes.
Disons que les plus indispensables sont ceux qui à la fois m’entraînent loin,
dans d’autres temps, d’autres mondes, me sortent de moi, et en même temps, m’y
ramènent parce qu’ils déclenchent en moi une émotion qui fait écho à des choses
profondes. Donc des romans, mais des romans capables de faire écho, ce qui est
loin d’être le cas de tous même parmi certains dont on reconnaît qu’ils sont de
bons romans.
14°Lire par-dessus
l’épaule ?
Je déteste qu’on le fasse
derrière moi. Je ne le fais pas, sauf un peu dans le métro, je ne lis pas
vraiment, c’est juste de la curiosité pour voir ce que lis mon voisin, surtout
ma voisine d’ailleurs, va savoir pourquoi !
15°Télé, jeux vidéos et
livres ?
Télé : non, je ne la
regarde qu’exceptionnellement. Jeux vidéos : je n’ai jamais pratiqué du
tout, ben oui, je suis un vioque moi ! Livres donc et bien sûr les blogs,
la vraie concurrence est là, une concurrence que je vis parfois mal, lorsque
j’ai le sentiment de me laisser envahir par les blogs plus que je ne le
souhaiterais au détriment d’autres lectures.
16° Lire et manger ?
Certainement pas. J’accorde
trop d’importance à l’une et l’autre activité pour les mélanger, j’aime jouir
pleinement de l’une et de l’autre.
17° Lecture en musique, en
silence, peu importe ?
Plutôt en silence. Pour les
mêmes raisons qu’à la question précédente. Mais de façon moins radicale, ça
m’arrive d’avoir parfois une petite musique en fond sonore mais je ne l’écoute
pas vraiment. Décidément je ne suis pas du tout multitâches.
18° Lire un livre
électronique ?
Non. Je reste un homme du
papier, des pages que l’on tourne. Même pour le lecture des blogs, quand il
s’agit de textes longs et suffisamment profonds pour que j’ai besoin de les
lire à fond, il m’arrive de faire un tirage papier.
19° Livres empruntés ou
livre achetés ?
Livres achetés. Trop de
livres achetés d’ailleurs ! Et pour mon budget et pour mon espace vital.
Et ensuite j’ai une très grande difficulté à m’en séparer définitivement (pas à
les prêter quand même heureusement, je prête facilement), à les vendre, à les
donner, voire à les jeter pour certains dont personne ne veut. Les étagères
croulent. Parfois je me mobilise pour essayer d’en éliminer quelques uns. J’y
passe des heures et la montagne accouche d’une souris, car au dernier moment
après avoir mis de côté une pile importante, je finis toujours par dire :
oh, celui-là, quand même je le garde, il peut encore servir ou il me parle, il
me rappelle celui ci ou celle là, ou tel moment de ma vie. Absurde
accumulation, c’est un point qui a sûrement à voir avec le point 1.
20° Quel est le livre que tu
lis actuellement et quel sera le prochain ?
Je viens de terminer
« Un nouvel amour » de Philippe Forest, impression mitigée, je
n’arrive pas à savoir trop pourquoi, peut-être que ça fera une note. Je
commence « Le désespoir des singes » de Françoise Hardy, hum, style
plutôt plat et j’ai peur que ça soit un peu people. Je lis aussi à petites
doses « le métier de vivre », le journal de Pavese, pas gai, pas gai…
D’ailleurs c’est une caractéristique j’ai souvent plusieurs bouquins en cours
en même temps pour pouvoir lire ce qui me parait le mieux adapté en fonction de
l’humeur du moment.
21° As-tu déjà abandonné la
lecture d’un livre ?
Il y a deux cas de
figures : le bouquin que je trouve mauvais. Je ne l’abandonne pas
paradoxalement, je veux vraiment aller jusqu’à la fin pour voir si ça va
s’améliorer, prendre sens mais je le lis rapidement et en diagonale, sautant
même des passages pour être plus vite au bout. Et puis il y a des livres que je
trouve beaux, auxquels ils n’est pas question de faire subir le même sort mais
auxquels je n’accroche pas, souvent parce qu’ils ne sont pas faciles, qu’ils
demandent du temps ou de la disponibilité d’esprit pour qu’on puisse entrer
dedans. Je les mets en stand by, me promettant de les reprendre, peut-être des
mois, voire des années après, je reprends alors depuis le début. Ça m’était
arrivé avec « Neige » de Pamuk, que j’ai ensuite beaucoup apprécié
ici et là quand j’ai pu le reprendre tranquillement en vacances. Plus difficile :
deux tentatives infructueuses à dix ans d’intervalle avec « Au dessous du
volcan » de Lowry, pourtant livre culte pour beaucoup, là j’ai déjà fait
deux tentatives je n’y suis pas arrivé mais tout de même je voudrais le
reprendre un jour.
22° Tu tagues qui ?
Allez Pierre, pour le fun,
histoire d’en rajouter une couche. dans le complot de tags ourdi contre lui!Et puis notre chère Telle pour la faire
sortir un peu de l’accaparement par la jeune classe (dont au demeurant elle a
absolument raison de profiter au maximum), Ondine parce qu’elle est loin et
navigue plutôt dans d’autres cercles que le mien, Med’céline parce que je l’ai
découverte depuis peu et que j’ai envie de la découvrir un peu plus, Incertaine
un peu pour les mêmes raisons et d’autant plus que c’est une toute nouvelle
blogueuse. Enfin Cgat, dont je ne sais s'il lui arrive de se livrer à ce genre de pratique, mais parce que c'est une lectrice quasi professionnelle que j'imagine presque compulsive et en tout cas une remarquable passeuse de littérature. Si vous voulez bien, Monsieur, Mesdames…
19 juin 2009
L'Iran, demain...
Que va-t-il se passer en
Iran ? Je suis aux aguets non sans inquiétude. On a le sentiment d’une
situation limite, qui pourrait tourner tout aussi bien à la répression
sanglante pouvant faire peser la chape de plomb de la répression pendant encore
des années ou au contraire à une implosion du système de l’intérieur, miné par
la contestation et par les contradictions mêmes de ses couches dirigeantes.
Est-on à la veille d’un Tian An Men ou d’une chute du mur ? Ma crainte est forte, très forte que ça ne tourne mal. Cela dit qui imaginait la chute du mur quelque temps avant qu'il ne se produise? En tout cas si un basculement positif se produisait sans drame se pourrait être
un événement considérable, pour les iraniens d’abord, et plus encore pour les
iraniennes mais aussi pour le monde compte tenu des dangers que le nationalisme
et l’islamisme extrêmes font peser sur la paix. A côté de ça les enjeux de nos
élections européennes, il faut bien reconnaître que c’était du léger, léger…
En plus j’ai une attirance
particulière pour ce pays où je n’ai jamais été, mais qui m’a toujours fait
rêver par son antique civilisation, sa succession de civilisations plutôt, par
ses penseurs, ses mystiques et ses poètes, par ce que j’imagine de ses paysages
et de ses villes dont les noms seuls sont des invitations au voyage :
Chiraz, Ispahan, Persépolis… J’irai un jour. Lorsque les voiles seront tombés.
Pas avant !
Je me rends compte aussi que
pour moi le goût, l’intérêt que j’ai pour un lieu, pour un pays se renforce
d’autant plus que j’ai un lien de sympathie avec une personne qui en est
originaire, comme si alors le pays s’incarnait véritablement, cessait d’être
seulement une référence géographique, culturelle ou géopolitique. J’ai lu plus
de livres turcs, suivi l’actualité de ce pays avec plus d’intérêt depuis que je
connais Ada. Pour l’Iran c’est un peu pareil avec Marjane Satrapi. Oh, je ne la
connais pas en vrai, je ne l’ai jamais rencontré pas plus que je n’ai échangé
de correspondance avec elle mais j’ai lu sa bande dessinée dès la parution du
premier volume alors qu’elle n’était pas encore connue, achetant les autres au fur
et à mesure de leur sortie. J’ai eu ainsi le sentiment de la voir grandir tout
en assistant aux troubles de son pays. J’ai entendu des interviews d’elle qui
me l’ont rendu sympathique et puis j’ai énormément aimé le film qu’elle a tiré
de ses bandes dessinées et qui me semble apporter des dimensions
supplémentaires, un enrichissement aux livres, ce qui n’est pas courant,
habituellement c’est plutôt l’inverse qui se produit. Avec tout ça j’ai
l’impression de presque la connaître !
Alors, pour Marjane, pour
Chirin, pour tous ceux et toutes celles qui luttent et espèrent là-bas et pour
nous tous, je croise les doigts à défaut de pouvoir faire autre chose…
18 juin 2009
"La ballade de l'impossible"
J’ai terminé il y a quelque
temps déjà ce livre de Murakami. Je voulais le chroniquer depuis plusieurs
jours mais le temps passe, passe…
J’ai beaucoup aimé. J’ai été
moins profondément touché et séduit cependant que par « Au sud de la frontière,
à l’ouest du soleil » qui m’avait enthousiasmé. Peut-être est-ce
simplement parce que cette fois n’a pas joué l’aspect découverte d’un style,
d’un ton, d’un univers qui sont en fait très proches dans les deux livres.
On retrouve des rapports au
monde analogues entre les narrateurs des deux romans, lesquels ont sans doute
quelque chose à voir avec l’auteur. Il s’agit de jeunes hommes qui sont
intégrés dans le monde social mais qui vivent néanmoins dans une sorte de
distance qui les met à part. En eux vibrent plus que ce que le présent leur
apporte la présence nostalgique du passé, d’amours d’enfance ou d’adolescence à
demi accomplis mais qui traversent le temps. Ces amours sont partagés et
lumineux mais quelque chose qui dépasse la volonté même des protagonistes les
rend impossibles. Les femmes aimées, restent impénétrables, mystérieuses,
inaccessibles.
Ici après que le narrateur
ait enfin fait l’amour avec Naoko, son amie de longue date, celle-ci disparaît
brusquement et sans explication, laissant le jeune homme avec « une
caverne dans le cœur ». Cet amour en absence reste en lui, intense,
absolu, il polarise toute sa vie, il est à la fois son souvenir précieux et
l’horizon de son espérance. Il rencontre d’autres femmes, Midori, Reiko, aux
personnalité très différentes et dont les histoires de vie peu banales
s’enchâssent dans le récit principal. Mais avec toutes reste une irrémédiable
distance, comme un plafond de verre, qui est sans doute au cœur du narrateur
lui-même, comme un signe de l’incommunicabilité radicale entre les êtres, les
mieux disposés, les plus amoureux qu’ils soient.
Il y a dans ce livre les
mêmes bonheurs d’écriture que dans « Au sud… », une musique, des
images, des scènes qui nous emmènent très loin. Une mélancolie douce et
prégnante baigne l’ensemble du récit et nous projette loin de notre quotidien,
vers nos propres souvenirs, vers nos propres rêves inaccomplis.
Le sommet du livre est
constitué par les chapitres 6 et 7 au cours duquel le narrateur se rend dans
une étrange maison de santé, perdue dans la montagne ou Naoko s’est réfugiée
pour tenter d’apaiser ses démons. C’est un monde clos, paisible, à la fois très
concret et précis mais qui semble aussi comme rêvé, un monde qui serait celui
de l’amour possible. Le narrateur lit « La Montagne Magique » de
Thomas Mann pendant son voyage, ce qui est tout sauf un hasard, j’y ai retrouvé
en effet comme un écho assourdi de ma lecture de ce maître livre, il y a bien
des années.
Je suis curieux de lire un
autre roman de Murakami. Je voudrais m’assurer que sa palette et son imaginaire
le conduisent sur d’autres territoires, qu’il n’écrit pas toujours le même
livre. A moins qu’il ne faille considérer, si l’on va y regarder de près, que
tout auteur écrit toujours au final à peu près le même livre !
16 juin 2009
L'horreur, le matin...
Hier matin je me suis
réveillé sur un des plus terribles cauchemars qu’il me soit arrivé de faire…
Je ne me suis pas réveillé
en sursaut sur une image horrible, facile à décrire, facile à délimiter et plus
facile du coup à renvoyer dans les limbes de la nuit. Non, je suis resté
longuement dans une phase de demi sommeil, j’ai émergé petit à petit, il n’y a
pas eu de cassure nette entre rêve et non rêve. J’étais là, sur mon lit,
oppressé, en sueur, regardant le velux au-dessus de moi avant de commencer à me
dire : ah, mais c’était un rêve. Il ne m’est même pas sorti ce ouf de
soulagement que l’on prononce d’habitude lorsqu’on réalise que ce qu’on croyait
vivre n’était qu’un mauvais rêve de la nuit.
Les évènements du cauchemar,
ses images me sont inatteignables, j’ai eu l’impression d’un très long déroulé
dont je n’ai gardé que le final. J’ai essayé au réveil de prendre mon carnet à
côté de mon lit, de noter des choses pour tenter de remonter vers des éléments
précis du rêve mais sans y parvenir. Et je me demandais d’ailleurs s’il fallait
le faire, ou bien s’ébrouer, se lever, aller boire un verre d’eau, s’efforcer
donc de le chasser plutôt que de le retrouver malgré la curiosité que j’en
avais.
En très gros, il me semble
que j’avais fait quelquechose d’horrible, tuer un enfant ou laisser tuer un
enfant. Était-ce l’un des miens, ça je ne parviens plus à le savoir, mais c’est
bien possible. J’étais dans une maison, effondré, j’entendais des gens, toutes
sortes de gens, des proches comme des inconnus, parler de moi, sans que je les
vois, sans qu’ils me voient, ils découvraient ce que j’avais fait, j’entendais
leur stupéfaction devant un acte qui me ressemblait si peu, totalement à
l’opposé de l’image qu’ils avaient de moi, je n’étais pas celui qu’on croyait,
c’était comme Docteur Jekyll et Mister Hyde, ils découvraient dans mes actes
mais aussi dans mon journal intime dont ils lisaient des pages des signes du
trouble de ma personnalité qui avaient échappé à tous, à eux comme à moi, et
moi j’étais là, prostré, immobile, entendant leur discours et découvrant
moi-même avec horreur et en même temps qu’eux que je n’étais pas celui que je
croyais.
Parmi ces gens qui étaient
là, innombrables, il y avait aussi mon père il me semble et une femme surtout
et qui était tantôt ma mère, tantôt ma femme et moi j’étais tantôt moi enfant
et tantôt moi adulte (à moins que ce ne fut en même temps ?). Était-ce
sous le regard de ma mère pour le moi enfant et sous le regard de ma femme pour
le moi adulte ? C’est l’impression que j’ai, mais c’est sans doute trop
simple, ça ressemble trop à une rationalisation du réveil.
J’étais dans une sorte de
catalepsie, incapable de bouger, de parler, je ne faisais que subir ces
défilements de parole, en pensant à la fois : il n’y a plus rien à faire,
il n’y a plus qu’à se laisser mourir, et en même temps : il faudrait
qu’ils fassent quelquechose, qu’ils fassent irruption, qu’ils cassent ce cocon
dans lequel je suis paralysé, qu’ils aillent chercher des flics, qu’ils me
confient à un psy, mais qu’ils me sortent de là, qu’ils me sortent de là, que
s’arrête cette litanie qui n’en finit pas, que s’arrête cette douleur de ne pas
cesser de découvrir ma propre horreur.
Je n’ai pas écrit cette note
sur le moment ou peu après mon lever. J’aime le faire d’habitude, j’y prends un
certain plaisir même si ce sont des rêves cauchemardeux, parce que la
satisfaction de la découverte surpasse le désagrément de ce que je remue. Là
c’était trop oppressant. J’ai juste noté quelques phrases et j’ai ressenti très
vite que je ne parviendrai pas à tirer les fils, que c’était trop douloureux et
qu’il valait mieux que je me lève. Ce n’est qu’aujourd'hui, mardi soir, le
lendemain soir, que je le tente de fixer quelquechose de ce rêve mais sans bien
sûr pouvoir en faire vraiment récit, l’essentiel m’en a échappé.
14 juin 2009
Murs peints
Ce fut un dimanche paisible
après une semaine surbookée, elle-même suivie d’un samedi essentiellement
consacré à mes activités associatives. Ça m’a fait du bien de me poser un peu,
de fonctionner à rythme lent, En plus notre fils l’anglais faisait un bref
passage à Paris avant de rejoindre ses pénates après une semaine de colloque à
Strasbourg. C’est toujours un plaisir de le voir même si ce sont des passages
courants d’air.
J’ai flemmardé sans faire
grand chose mais sans le sentiment que j’ai parfois d’agacement parce que je
n’arrive à me mettre à rien. Là j’assumais ma flemme, je me l’autorisais, et ma
foi c’est bien agréable même si ça ne contribue pas à réduire la masse des
choses en projet, toujours remises. Tant pis !
Je n’ai donc guère bougé,
préférant le calme de ma terrasse à l’agitation de la ville. En fin de matinée
j’ai juste fait une petite promenade dans le quartier, appareil photo en
bandoulière. Je souhaitais attraper quelques unes des nouvelles peintures
murales apparues ces derniers temps.
Tous les ans l’association
Lézarts de la Bièvre confie à un artiste le soin de décorer quelques murs. Ce
n’est pas de l’art éphémère à proprement parler, mais c’est de l’art
provisoire, de l’art fragile, ce sont des peintures qui s’abîment très vite,
qui perdent leur éclat avec les poussières, les pollutions, l’éclat du soleil
ou les intempéries. A moins qu’elles ne soient brutalement taguées ou
recouvertes, comme c’est déjà arrivé. Alors il faut essayer de les attraper
pendant qu’il est temps.
Cette année il y est
beaucoup question de regards, de photographie, de fenêtres s’ouvrant sur la
ville et sur le paysage. Le photographe nous fixe le photographiant.
J’ai repéré un pan de mur
devant lequel je m’étais déjà promené et sur lequel je me souviens très bien
qu’il y avait un MissTic pendant toute une période. La ville est un palimpseste
mais dont les états antérieurs sont irrémédiablement perdus. D’où l’intérêt de
photographier. Et il m’amuse de penser que le jeune photographe souriant est
précisément sur la maison qui fut celle de Beck.
Il y a avait aussi ce week-end, organisé par la même association, les portes ouvertes dans les ateliers d’artistes du quartier. Je n’y ai pas mis les pieds. En fait j’avais zappé la date, je n’ai réalisé que ça se passait ce week-end que tout à l’heure en allant voir le site pour pouvoir mettre le lien dans mon billet. La preuve que j’étais quand même sacrément dans ma bulle aujourd'hui !
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(Les photos sont cliquables pour être vues plus grandes. Mais mystère de Canalblog, il refuse désormais de me les centrer, et en plus il les colle l'une à l'autre malgré les sauts de ligne que je laisse, suis obligé de mettre des séparateurs. M'agace de plus en plus ce Canalbog! )
11 juin 2009
Blogueurs du temps court, blogueurs du temps profond
Dans un billet qui commence à dater Coumarine se disait surprise, voire un peu inquiète de s’apercevoir que des lecteurs plongeaient dans ses archives, menant une exploration dans le profondeur temporelle de son blog. J’étais quant à moi surpris de sa surprise et étonné de ses inquiétudes. Ma réaction est tout à fait différente, voire opposée. Je suis ravi que des gens aillent se balader dans mes archives, j’y vois une sorte de reconnaissance, une marque d’intérêt qui va au-delà du billet du jour lu par habitude (pour ceux qui me pratiquent régulièrement) ou par intérêt pour un sujet précis (pour ceux qui y auront été conduit par une requête Google). D’autres commentaires déposés chez Coumarine montraient bien que toutes sortes de réaction existaient sur ces questions. Ainsi lisait-on à quelques lignes d’intervalle : « Moi j'aime bien quand on lit mes vieilles choses, même si certaines ont mal vieilli. Je n'ai pas envie d'effacer ma vie qui a existé. » (Ppm) ou au contraire « Je ne relis jamais mes anciens messages. Ils sont l'expression d'un moi momentané perpétuellement remplacé par un autre » (Mèd’céline).
J’ai pensé qu’il valait la peine de creuser un peu la question me rendant compte que ces réactions contrastées renvoyaient à des conceptions assez différentes de l’écriture en ligne et des rapports que l’on entretient soi-même avec sa propre écriture et avec le passé de son écriture. J’avais donc commencé un billet là-dessus que j’ai ensuite laissé en plan. Je l’ai repris ce soir et le voici.
Il me semble qu’on pourrait opposer ceux que j’appellerais, faute de mieux, des blogueurs du temps court à d’autres que je dirais blogueurs du temps profond.
Pour les premiers ce qui
compte surtout c’est le billet du jour, ou en tout cas les billets récents,
ceux qui sont vivants dans l’immédiat, qui puisent leur saveur dans leur
actualité, qui existent avant tout en tant qu’ils sont support d’une
communication. Ils valent par l’exercice d’écriture qu’il représente (écrire le
blog c’est comme faire ses gammes, je crois que Coum a employé cette expression
quelquepart). Ils valent par la valeur propre, individuelle, à laquelle chaque
billet atteint, leur empilement n’est que le fruit du temps qui passe et n’apporte
pas de dimension supplémentaire.
Pour les seconds
l’accumulation des billets fait sens. Se sculpte alors progressivement
quelquechose qui tire sa valeur des continuités ou des évolutions qui
apparaissent ainsi que des allers et retours qui s’effectuent entre le passé et
le présent. La succession des billets s’inscrit dans un « work in
progress » et finit par former œuvre si je peux employer ce terme sans
qu’on y mette aucun jugement de valeur qui en ferait quelquechose de supérieur
aux blogs du temps court. Et au-delà ce travail en regard du texte passé
contribue à la construction permanente de soi : le moi d’aujourd'hui est
informé, enrichi, par le moi d’hier.
Etre blogueur du temps court
ne signifie pas qu’on n’attache pas d’importance à ce qui a été écrit et qu’on
ne verrait pas son site disparaître avec déplaisir en cas par exemple de crash
de son hébergeur mais néanmoins on n’aura pas la même obsession de la
conservation de ce qu’on a écrit. Enlever un billet dans lequel on ne se
reconnaît plus, voire effacer carrément un blog passé ne sera pas inconcevable.
Il en est tout autrement pour les blogueurs du temps profond. J’aurais pour ma
part le sentiment de me mutiler ou d’être infidèle à moi-même en enlevant la
moindre ligne de ce que j’ai écrit. J’ai eu d’ailleurs la même réaction quand
j’ai déposé à l’APA, mon texte Traces. Il y avait là des pages dont j’étais
gêné qu’elles puissent être lues et dans lesquelles je ne me reconnaissais
plus, mais il m’a paru impossible de remanier ce texte d’une quelconque façon
(ou alors il aurait fallu réécrire complètement, en faire tout autre chose,
n’utiliser ces vieux textes que comme un matériau).
Ces deux conceptions
induisent plus d’une différence. Les blogueurs du temps profond intègrent
souvent au sein de leur texte des liens vers des pages passées, ils attachent
de l’importance à la présentation de leurs archives pour faciliter la
navigation temporelle dans le texte. Je complète pour ma part l’archivage
basique qu’offre canalblog par une page particulière, hébergée sur mon ancien
site, dans laquelle je fais figurer non seulement les dates de mes billets,
mais leur titre, voire une explicitation de leur sujet. Cela me sert à moi
d’abord bien sûr, mais il me plaît que d’autres aussi puisse de la sorte aller m’explorer
sous toutes mes coutures dans la profondeur du temps. Cette possibilité de
navigation dans le temps est une des vertus principales que j’ai trouvé à
l’écriture en ligne dès que j’ai commencé à la
pratiquer. C’était quelquechose d’impossible à réaliser avant l’informatique.
Enfin presque impossible : Qu’est ce que « Le temps immobile »
de Claude Mauriac sinon une magnifique approche intertextuelle, avant même qu’existent les moyens techniques que
l’informatique nous a depuis offert ?
Les blogueurs du temps long
attachent aussi sans doute moins d’importance à la communication immédiate avec
leur lecteur, en tout cas celle-ci pèse moins dans la détermination des billets
qu’ils écrivent. Il est significatif que certains refusent même la forme du
blog et préfèrent en rester à des sites classiques, n’offrant pas la
possibilité de déposer des commentaires. Je pense à Eva bien sûr qui s’est
souvent exprimée sur le sujet mais à d’autres anciens aussi comme par exemple,
Ophélia l’Immédiate ou d’autres.
Bien sûr comme toute
opposition celle-ci n’a rien d’absolue. Chaque blog se situe sur un continuum
entre les deux extrêmes. N’empêche il me semble que poser cette dichotomie est
pertinent pour expliquer bien des différences dans nos façons de bloguer et
fécond pour permettre à chacun de mieux comprendre sa propre pratique.
08 juin 2009
Content, mais...
Je devrais être très
satisfait puisque les listes que je soutenais ont fait un score inespéré. Je
m’attendais à ce que les listes Europe-Écologie soient au coude à coude avec le
Modem, mais pas du tout à un tel écart. Et je m’attendais encore moins à ce
qu’elles soient au coude à coude avec le PS.
Cela dit cette victoire
brillante a aussi un goût amer !
Le rapport de force global
au parlement européen comme le rapport de force national reste favorable à la
droite et l’est même encore plus qu’auparavant. La poussée dans plus d’un pays
de partis populistes ou nationalistes est un mauvais signe. En France les
sièges emportés par Europe Ecologie ne compensent pas ceux perdus par le PS.
Cela dit ce n’est pas pour autant un triomphe pour Sarkozy, contrairement à ce
qu’on entend, car 28% de 40% ça ne fait pas lourd !
Car c’est là l’autre aspect
très profondément négatif de ce scrutin : le taux d’abstention très élevé
témoigne qu’une part importante de la population, et ce qui est grave spécialement
parmi les jeunes et dans les couches populaires, ne se sent pas ou peu
concernée. C’est une abstention qui ne marque pas une hostilité à l’Europe.
Celle-ci se serait traduite plutôt par des votes pour les partis souverainistes
ou nationalistes. Mais elle témoigne de la fracture sociale, culturelle,
comportementale grave entre ceux qui considèrent qu’on peut peser et ceux qui
ont le sentiment que de toute façon tout ça n’est pas leur affaire et qu’il n’y a
rien à attendre des politiques et de la politique en général.
Il reste que la partie de la
population qui a été voter l’a fait de façon réfléchie, mature, se centrant sur
des enjeux européens plutôt que sur des considérations de politique nationale
et ça c’est très sain. La percée des écologistes est évidemment une excellente
chose qui témoigne d’une prise de conscience croissante et qui va peser sur
l’ensemble des forces politiques qui seront plus qu’avant contraintes de tenir
compte de la dimension environnementale. Au delà il faut souhaiter que les
vieilles querelles partisanes entre les divers groupes et sensibilités du
courant écologiste soient dépassées, que le rassemblement qui s’est esquissé à
cette occasion soit pérenne, que l’électrochoc qu’ont subi d’autres forces,
spécialement le PS, contribuera à une recomposition future beaucoup plus large.
Allez, soyons optimistes.
Voyons le verre à moitié plein. Mais sans oublier qu’il est aussi à moitié,
voire plus qu’à moitié, vide !
06 juin 2009
Retour sur une "redite"
J’ai repensé à ces deux
billets, qui, ici et là, à quelques semaines d’intervalle, commençaient de
façon presque semblable à partir d’un même micro-événement sans que j’en m’en
sois aperçu. Je me suis interrogé sur ce que pouvait signifier cette double
occurrence, sur ce qu’elle disait de moi même et de mon rapport à l’écriture.
Le fait que ce soit des clés
oubliées qui aient déclenché l’écriture n’est pas le plus important même si
c’est bien cet élément et certaines formulations de départ presque semblables
qui ont rapproché les billets dans l’esprit des lecteurs.
Ce qui est en jeu en réalité
dans l’un et l’autre billet, c’est plutôt la colère, enfin cette forme de
colère qui m’est assez spécifique, une exaspération intense tournée
exclusivement contre moi-même et née de sujets qui n’en valent pas la peine.
(Mais y a-t-il des sujets qui valent la peine de la colère ?) Les oublis
de clés ne sont qu’un élément déclencheur, il peut d’ailleurs y en avoir
d’autres tout aussi futiles. Je me souviens, entre autre, d’une drôle
d’histoire dans une boucherie (enfin drôle ?!)
Ces pulsions colériques ne
sont pas fréquentes heureusement et elles ne se voient guère puisque elles se
traduisent surtout par un bouillonnement et un mal être intérieur. Dans les
relations sociales je suis d’une humeur plutôt facile et en général joyeuse.
Mais ces colères sont un élément sous-jacent de ma personnalité qui me sont
particulièrement odieuses. Je voudrais pouvoir les éradiquer sans trop croire
que cela soit vraiment possible. En parler de ce point de vue constitue une
sorte de thérapie. Et c’est pourquoi aussi lorsque de tels incidents
surviennent, aussi brefs soient-ils, j’ai tendance à les pointer en les
évoquant dans le journal, pour ne pas les laisser passer, pour mieux les
conscientiser, en quelque sorte pour me dire « alerte » à moi même.
Je pense que c’est la
brièveté du temps de l’incident qui fait que la dernière fois il ne s’était pas
inscrit dans mon souvenir. Cette fois ci aussi la pulsion a été très brève.
D’ailleurs ce n’est tant sur la colère que j’ai écrit, mais plutôt sur ce qui
m’en a prémuni alors qu’elle menaçait. C’est l’écriture justement qui m’a aidé
à basculer dans un état, disons, contemplatif, et qui m’a permis finalement de
jouir de ce moment volé au quotidien professionnel plutôt que de bougonner. Car
ma jouissance de l’instant surgissait de cette attention que j’étais contraint
d’accorder à ce qui m’entourait pour pouvoir en gribouiller le récit sur mon
carnet. C’était donc d’une écriture avant tout pour moi-même, pour mon propre
confort et ma propre satisfaction qu’il s’agissait.
Rentré à la maison, alors
que l’incident avait été largement recouvert et annihilé par les évènements et
les actes de la suite de ma journée, j’ai néanmoins pris le temps de
retranscrire mes pattes de mouche, tout en améliorant la forme de l’écriture
avant de mettre en ligne. J’y ai donc consacré un certain temps dans le but
cette fois de la donner à lire. Rétrospectivement je me demande si j’aurais eu
la même motivation à le faire si je m’étais souvenu du précédent billet. Ne me
serais-je pas dit : voilà, j’ai déjà parlé de ce genre de chose il y a
peu, pas la peine d’en remettre une couche, de bassiner mes lecteurs avec ça
encore une fois, autant laisser ces mots là où ils sont, maintenant qu’ils ont
épuisé la fonction qu’ils avaient vis à vis de moi-même ?
Ce n’est pas ce qui s’est
passé. Et heureusement. C’est signe que cette écriture reste bien aussi dans
l’authenticité du journal de soi. Même si le fait d’écrire dans la perspective
d’être lu, même si le plaisir du partage et de la communication, est devenu un
moteur essentiel de mon écriture, ce genre de surgissement, presque impromptu,
lié au besoin d’écrire, contribue à préserver le journal d’un affadissement
auquel pourrait conduire son caractère de plus en plus public, de plus en plus
communicationnel. Et même si c’est au prix de quelques répétitions ou
redondances que j’assume, et qui sont quasi consubstantielles à la forme journal.






