26 juillet 2009
Vacances!
Cette fois ci on est en vacances pour de vrai d’autant que le week-end a été merveilleux. Ciel absolument pur, fraîcheur le matin puis bonne chaleur estivale mais pas écrasante, le vent d’autan a cessé. On se la coule douce. Je passe de longs moments au jardin, je lis, il m’arrive même de tenter d’écrire mais surtout je me laisse aller au fil de mes rêveries me berçant du léger mouvement du rocking-chair et attentifs aux multiples agitations alentour dont sont principalement responsables deux couples de merles très actifs et peu farouches.
Hier nous avons fait dans une forêt à proximité une première randonnée un peu longue mais avec un dénivelée assez modeste. Pourtant je sentais sérieusement mes jambes le soir. Sérieux manque d’entraînement cette année !
Aujourd'hui nous sommes montés à un petit lac dont nous avons fait le tour et où nous avons passé plusieurs heures à buller, tout simplement. J’avais même du mal à lire le livre qui m’accompagnait, je me suis contenté d’alterner séances de nage pour me rafraîchir et moments où je réchauffait mes os, profitant à la fois de la chaleur douce diffusée par la dalle rocheuse sur laquelle j’étais allongé et des rayons plus violents du soleil. Pas très habituel pour moi ce genre de journées ! ça me lasserait assez vite, mais une fois de temps en temps, ça fait sacrément du bien !
Nous avons encore ici quelques rendez-vous avec les entreprises préparatoires à nos travaux, principalement mardi, puis nous remontons brièvement à Paris, nous y verrons l’Ingénieur qui fera un passage éclair à Paris avant de rejoindre l’Angleterre puis partirons pour la montagne pour une séquence un peu plus sportive ce qui me fera le plus grand bien.
25 juillet 2009
Exhumations
Ce coup-ci je crois bien qu’on en a fini ! Enfin fini pour ce qui est débarras et tri. Pour le reste au contraire tout commence… Nous avons eu la réunion avec les assurances, nous avons signé le montant de l’indemnisation finalement négociée sur des chiffres qui sont proches de ceux proposés par notre expert en liaison avec notre architecte, donc de ce point de vue, ça ne se présente pas trop mal.
Hier on a achevé de ranger la « cave » et « l’atelier », enfin ce que l’on appelle la « cave » parce que c’est là que mon grand père conservait son vin et ce qu’on appelle « l’atelier », parce qu’il stockait là des outils, un établi et tout son matériel de jardinage. En fait il s’agit au fonds du jardin d’une sorte de vaste appentis sans fenêtre, divisé en deux pièces, qui ont surtout servi de lieu où accumuler les choses dont on ne voulait pas dans la maison principale. Ranger a donc consisté principalement à repérer tout ce qu’il y avait, à séparer ce qui est à garder de ce qui est à faire débarrasser au moment où l’on fera aussi réhabiliter un minimum cet espace. Il y a là tout un bric à brac dépareillé, des sommiers et des matelas, des échelles en bois d’autrefois difficiles à manipuler tant elles sont lourdes, du mobilier démantibulé, des planches, des tôles, des tuiles cassées, des caisses de vaisselle venant de générations antérieures : certaines étaient là sans avoir été déballées depuis que mes grands parents s’étaient installés ici après leur retraite au début des années 70 ! Le tout bien sûr est sous d’impressionnantes couches de poussière qui nous saisissent à la gorge lorsqu’on manipule, au point parfois de nous faire perdre la respiration et nous faire sortir pour aller aspirer un bol d’air à l’extérieur.
De cet océan de saletés on a exhumé quelques éléments intéressants. Oh ce n’était pas la cave aux trésors, pleine de surprises ! Il y a certes les services de vaisselle mais eux nous savions de tout temps qu’ils étaient là.
Mais j’ai trouvé des bassines en cuivre dont, pour le coup, j’ignorais l’existence. L’une d’elle est d’une taille impressionnante, avec des crochets pour la suspendre dans une cheminée: Je me suis dit qu’on devait faire là-dedans des tonnes de confitures mais ma cousine m’a dit que plus vraisemblablement cet ustensile géant servait au moment où l’on « faisait le cochon ».
Sur une malle cloutée, très abîmée par ailleurs, j’ai été ému par la plaque en cuivre vissée sur le couvercle :
Léon B… , négociant à R…, Tarn.
Léon B. c’était le grand père de ma grand mère, un homme qu’elle vénérait, celui qui l’a élevée me disait-elle, parce que, petite fille à la santé fragile, elle supportait mieux la campagne que Toulouse où ses parents s’étaient installés. Cet homme était le premier de la lignée à avoir quitté le travail de la terre en montant un atelier et un magasin de chaudronnerie qui s’était bien développé, installé sur la place centrale d’un petit bourg tarnais à une soixantaine de kilomètres d’ici et à portée de carriole des métairies qu’il acquerrait alentour. Ma grand mère aimait beaucoup me parler de ses grands parents de R. Je me souviens de cette anecdote qu’elle adorait particulièrement : Mr de B…, qui habitait un petit château à l’écart du bourg appréciait manifestement la conversation du chaudronnier. Lorsqu’il arrivait le grand père sortait une chaise devant l’atelier pour le nobliau, il le faisait asseoir et, délaissant ses ouvriers, venait discuter avec lui, le charmait en lui racontant notamment les derniers bons mots de sa petite fille si vive et si intelligente. Quand l’homme partait, Léon se tournait vers l’enfant et lui disait : « hé, hé, ma Cécilou, tu vois, ils descendent et nous, nous montons », pensant sans doute à telle pièce de terre de l’aristocrate qu’il prévoyait de faire tomber bientôt dans son escarcelle.
J’ai trouvé aussi dans une valise toute défoncée des sacs de jute, de longs sacs oblongs, qui ont l’air d’une solidité à toute épreuve. Sur certains d’entre eux, il y a un nom en gros caractères, Louis C…, propriétaire, suivi d’un numéro. D’après ma cousine ces sacs devaient servir à porter du grain ou de la farine. Je connais le nom de ce Louis C. aussi. Si je ne me trompe, c’était un arrière grand père de mon grand père ! Quelqu’un qui a dû vivre dans la première moitié du 19° siècle ! Les sacs n’ont pas bougé, ils semblent comme neufs, ni usés, ni dévorés par les mites. C’est impressionnant ! J’en garderai au moins un ou deux, pour mémoire !
Il y a quelquechose de l’histoire qui se dit dans ces objets, quelquechose de mon histoire familiale mais aussi plus généralement de l’histoire de ce petit pays rural à la fin du 19° siècle et dans la première partie du 20°. J’ai toujours regretté de ne pas avoir interviewé et enregistré ma grand mère alors que j’ai souvent eu envie de le faire. C’était une merveilleuse conteuse, elle aurait été une source extraordinaire. (Je l’ai fait un petit peu mais pas assez et trop tard avec mon grand-père qui lui a survécu plusieurs années mais il n’avait pas sa faconde ni son goût de raconter).
Et puis j’ai trouvé aussi une trace plus récente mais encore bien plus émouvante pour moi. Accroché à un clou, au-dessus des bâches, des pelles et des râteaux, une petite carte portant l’écriture de mon grand père : « Cèdre bleu, planté en 1974, 8 août 1987, circonférence : 0,85m ». Mon grand père est mort assez peu de temps après. J’ai été ému de trouver cette marque du souci et manifestement du plaisir qu’il avait de la belle croissance de son arbre, ce fameux cèdre qui nous encombre maintenant et qu’on a hésité à faire abattre. Finalement on s’est contenté de faire couper les branches basses et d’étêter le sommet. Alors je me suis précipité à la recherche d’un mètre ruban : à la hauteur de mes épaules, le tronc en 2009 fait un mètre quatre vingt, je te le dis, mon vieux papi…
22 juillet 2009
...et doutes
Bien sûr ce serait un peu trop simple, voir légèrement malsain, s’il n’y avait que l’euphorie ! Il y a aussi les doutes voire le découragement.
Pendant deux jours nous n’avons quasi pas émergés, triant et vidant les endroits de la maison où ont été entassés toutes les choses qui ne sont pas parties au garde-meuble, à priori les moins précieuses et intéressantes. Nous sommes dans la poussière jusqu’au nez. C’est invraisemblable de voir tout ce qui a pu être accumulé dans des maisons où la place n’était pas un problème, par de vieilles personnes au long de toute une vie (voire de plusieurs puisque mes grands parents selon les habitudes d’accumulation propre à leurs familles paysannes et petites bourgeoises étriquées et malthusienne (peu d’enfants pour éviter les partages !) avaient eux mêmes largement conservé tout ce qui leur venaient de leurs parents). A côté de jolis services de table et de beaux meubles, on trouve des quantités extraordinaires de vaisselle dépareillée, d’outils inutilisables, de linges et de torchons, voire des sacs de ficelles ! On croyait avoir à peu près épuisé les gisements de cochonneries diverses lors de nos précédents passages mais que nenni !
On tente de trier entre ce qu’on veut garder, ce qu’on peut donner à Emmaüs et ce qu’il faut jeter. On met tout ça en cartons et dans ce genre d’activités, quand on est au milieu de gué, lorsque tout est sorti et que rien n’est rangé, on est parfois saisi de vagues de découragement qui font un instant baisser les bras et regarder le chantier bouche bée, volonté annihilée.
Pour faire bonne mesure le temps a changé. Il souffle un fort vent d’Autan qui abrutit et maintient une atmosphère chaude et lourde. Le vent d’Autan c’est la grande hantise de Constance dans ce lieu. Tant qu’il souffle il est capable de lui faire carrément détester la région. Et je sais bien qu’alors mes propres enthousiasmes sont sérieusement mis en doute de son côté, ce qui me rappelle au passage qu’on n’est tout de même pas tout à fait sur la même longueur d’onde par rapport à ces projets.
Je fais avec. Mon choix est fait. Mon découragement ne peut être que passager et mes doutes n’en sont pas vraiment.
Maintenant nous attendons la réunion décisive et conclusive avec les assurances. Incessamment sous peu !
20 juillet 2009
Euphorie
Par moments je me sens carrément euphorique ici. Je suis extrêmement heureux d’avoir repris pied dans cette maison en m’installant dans ce petit appartement. C’est déjà une reconquête et il importe bien peu qu’il nous manque certains éléments de confort. L’ouverture de plein pied sur le jardin est merveilleuse par ce beau temps d’été : on vit demi dedans, demi dehors. En plus cette part de sauvagerie qu’a repris le jardin de n’avoir pas été entretenu rajoute à son charme, même si depuis notre arrivée nous avons arraché quelques hautes herbes trop envahissantes et taillés quelques plantes.
Je viens de me régaler de bons produits achetés samedi sur le marché – un magret de canard grillé sur l’extérieur, rosé à l’intérieur, des haricots verts frais cueillis, un roquefort goûteux, un pain au levain à la pâte moelleuse et légèrement acidulée et à l’enveloppe bien croustillante, deux trois verres d’un rouge de Gaillac souple et rond - tout ça pour des prix qui chaque été m’étonnent : un bon tiers de moins que sur mon marché parisien. Ce coin n’a pas volé sa réputation de pays de cocagne !
Je laisse filer ma rêverie et me plais à imaginer tout ce qu’on pourrait faire de cette maison. Bien sûr je sais qu’il y aura de dures réalités, que les indemnités que nous toucherons plus ce qu’éventuellement nous serons en mesure de rajouter ne nous permettrons pas de faire tout ce qu’on pourrait rêver. N’empêche laisser courir l’imagination est merveilleusement plaisant. C’est un peu comme lorsqu’on fait des brain strorming dans la vie courante : on sait bien que tout ce qui jaillit ne sera pas applicable, mais, outre qu’il peut surgir une idée perle, l’exercice en lui-même offre ce grand plaisir de se sentir créatif.
En tout cas j’acquiers de plus en plus la conviction que je pourrai faire ici une belle maison à vivre, qui ne serait pas seulement une belle maison de vacances chargée de souvenirs, mais qui pourrait devenir véritablement ma maison !
La nuit tombe peu à peu pendant que j’écris. Mon écran scintille dans la nuit et bientôt il me faudra allumer ma lampe de poche pour continuer à écrire mais il fait toujours aussi bon dehors.
Par la fenêtre ouverte me parvient de l’intérieur le clapotement des abricots qui cuisent doucement et l’odeur, l’odeur surtout, la merveilleuse odeur de la confiture qui se fait !
18 juillet 2009
La chambre aux confitures
Après un bel orage hier soir, le temps est resté couvert et pluvieux toute la journée. Nous prenons nos marques et notre temps. Aujourd'hui j’ai écrit un peu et je continue. Tout à l’heure j’essaierai d’aller au cyber-café pour voir mes mails, faire un tour chez les blogueurs et poster mes deux derniers billets. J’ai aussi fini tranquillement la lecture du second opus que je lis de Jean François Parrot: « Le fantôme de la rue Royale ». Je me suis régalé cette fois encore. L’intrigue policière est bien menée et file vers son dénouement sans temps mort. Mais le bouquin vaut surtout par la formidable évocation que l’auteur fait du Paris du 18°, de son histoire, de ses mœurs. Parrot a une connaissance incroyable de cette période et il sait en plus se couler avec naturel dans la langue de l’époque. Quel plaisant voyage pour un vieux parisien comme moi, d’autant que la période m’a toujours fascinée. Si j’avais persévéré dans mes études d’histoire, il est bien possible que je sois devenu dixuitièmiste.
L’espace où nous nous sommes installés est décidément l’un des plus agréables de la maison, avec cette très grande pièce, cette ouverture de plein pied sur le jardin. Cela mérite d’être pris en compte dans nos gamberges pour penser les transformations du lieu.
Pendant l’orage j’étais à l’intérieur mais je m’étais installé devant la porte fenêtre ouverte, ressentant presque toutes les sensations de la furie du ciel, admirant les arbres secoués par le vent, la pluie crépitant et rebondissant sur le gravier, le ciel qui s’éclairait au moment des éclairs, m’imprégnant avec volupté de l’humidité bienfaisante sans être trempé pour autant.
Je me suis souvenu de cette partie de la demeure dans ma vingtaine, après que mes grands parents eussent acheté la maison et effectué la première rénovation. Cet appartement du rez de chaussée n’existait pas. Il y avait à cet endroit un cabinet paramédical loué et une petite chambre dont mes grands parents gardaient l’usage. On l’appelait la chambre aux confitures parce qu’il y avait là une grande armoire où ma grand mère stockait ses confitures, ses conserves et notamment les foies gras que tous les hivers elle préparait elle-même. Alors qu’à l’époque toute la vie de la maison se concentrait exclusivement au premier dans l’appartement principal occupé par mes grands parents, j’aimais venir là à l’heure de la sieste, m’allonger sur le lit étroit en face de la fenêtre aux volets presque clos et bouquiner. Il y avait une petite table aussi juste devant la fenêtre où il m’arrivait de m’installer parfois pour écrire un peu (oui, déjà !). La réminiscence m’en est revenu tandis que j’écris, exactement au même endroit, devant la même fenêtre.
Après le décès de mon grand père et lorsque le cabinet médical a déménagé l’espace a été restructuré pour faire un appartement plus grand, la petite chambre aux confitures a été fusionnée avec une autre pièce pour constituer la grande pièce actuelle où nous nous trouvons maintenant. Ma sœur a habité là quelques années lorsqu’elle a voulu s’éloigner de Paris et c’est là que son fils a passé ses premières années. Puis l’appartement a été loué. Depuis plusieurs années il était occupé par une vieille dame qui s’y plaisait énormément, elle a été choquée au moment de l’incendie, elle est relogée ailleurs bien sûr mais paraît-il elle n’y retrouve pas ses marques, c’est en pensant à elle que je suis le plus triste de cet incendie.
Etre dans le bain
Etrange impression hier lorsque j’ai été au cyber café. J’ai regardé mes mails. Ça c’était ok. Puis j’ai posté deux billets écrits depuis mon arrivée ici. En le faisant j’ai eu une désagréable sensation de décalage, d’artificialité, la sensation d’être à côté de moi-même. J’ai essayé d’aller lire quelques blogs . Même impression. Je n’ai lu qu’en diagonale sans pouvoir en rien m’attacher. Ici ou là j’ai retrouvé des discussions trop connues et qui m’ont parues, ainsi vues de loin, gratuites, biaisées. J’ai survolé avec un certain sentiment de malaise et n’ai pas persisté.
D’où me venait ce malaise ?
Les conditions matérielles ont dû jouer. Je n’étais pas bien installé, dans une salle resserrée où il faisait trop chaud. Ce que j’appelle cyber café n’en est pas un en réalité. C’est plutôt une salle de jeu remplie d’ados engagés dans toutes sortes de jeux, en ligne, en réseau mais aussi sur place. Les ordinateurs sont proches les uns des autres. Je ne pouvais m’empêcher de sentir des regards au-dessus de mon épaule, même si en fait je les fantasmais très largement : les petits ados avaient d’autres choses à s’occuper que d’aller lire les élucubrations d’un blogueur de passage.
Mais il y avait autre chose. Je me sentais loin, loin de ma communauté, loin de mon réseau : ceux qui me lisent, ceux que je lis, ceux avec lesquels j’échange. Peu de lecteurs apparemment sont passés chez moi ces derniers jours ou ont déposés des commentaires, je ne me suis pas senti en connivence avec le peu, le très peu de ceux que j’ai été moi-même lire. Bref je n’étais pas dans le bain. Or j’ai besoin maintenant d’être dans le bain pour que cette écriture du quotidien prenne sens et que je puisse mobiliser l’énergie nécessaire à la faire advenir.
Peut-être ma distance tient-elle aussi à ce que la communication avec la personne avec laquelle il m’importerait le plus ces jours ci de poursuivre un échange, ne passe pas, ne peut passer par le blog, ce qui relativise d’autant plus l’enjeu de mon écriture ici.
En tout cas tout ça est une autre façon de dire que cette écriture de journal tire désormais la plus grande partie de son sens pour moi du fait d’être une écriture de la communication. J’en avais plus ou moins la conviction depuis longtemps déjà mais ce genre de situation en est l’évidente démonstration. Je ne parviens plus, ou presque plus, à écrire, si ce n’est pour communiquer. Sauf à écrire carrément autre chose, le fameux écrire vraiment d’Eva. Ça, je sais que ça chemine. Mais que je n’y suis pas encore prêt. Le serais-je un jour ?
Pourtant toutes sortes de thèmes et d’idées me traversent qui feraient aisément billet. Mais je me sens découragé d’avance à l’idée d’écrire ces choses qui pourtant se pressent en moi. Alors tant pis ! J’ai juste envie de me glisser au lit, avec le livre que je viens de démarrer : « De la beauté » de Zadie Smith.
C’est ce que je fais !
16 juillet 2009
A pied d'oeuvre
Voilà, nous avons réintégré la maison brûlée et y avons passé notre première nuit…
A notre arrivée mardi nous sommes allés chez notre cousine qui nous a hébergés. Hier soir, nous avons été avec elle écouter sous la halle centrale un spectacle pas mal du tout métissant chansons françaises et musique noire américaine de l’après-guerre, organisé par le Conseil Général dans le cadre du festival 31 Notes d’été. Mais ensuite nous nous sommes séparés et nous sommes rentrés quant à nous dans notre grande maison vide et sombre. D’abord nous nous sommes mis dans le jardin, pour nous imprégner un moment de la fraîcheur et de la nuit, pour regarder en silence le ciel entre les arbres, pour profiter du calme profond de l’endroit, à deux pas de la place animée que nous venions de quitter. Nous étions chez nous, content de réintégrer cet espace. C’est un pas, c’est une étape.
Nous avions passé la journée à nettoyer l’appartement du rez de chaussée, un des endroits qui a le moins souffert de l’incendie (encore qu’un pan du faux plafond pende au-dessus de nos têtes) et dans lequel nous avons pu faire remettre l’électricité. Nous avons récupéré quelques bricoles non parties au garde meuble dans divers cagibis, un vieux sommier et un matelas, une table, un petit frigo, des plaques électriques et nous nous y sommes installés pour une forme de camping amélioré. On n’a pas de gaz et pas d’eau chaude mais bon, c’est l’été et la douche froide c’est stimulant et pas si désagréable.
L’appartement ouvre sur le jardin. C’est impressionnant de voir combien en un seul hiver et un seul printemps sans le moindre entretien la nature a repris ses droits. La pelouse (qui certes était loin d’être un gazon anglais !) est devenu un champ de graminées, des chardons qui nous arrivent à la poitrine ont poussé un peu partout, les massifs de fleurs disparaissent sous les grimpants, le petit chemin qui mène au garage à l’arrière du jardin est quasi impraticable. Mais le massif de laurier juste à notre fenêtre est en pleine floraison. Ce matin je me suis éveillé tôt, je me suis tenu au jardin un moment, parmi les chants d’oiseaux.
Maintenant la matinée est avancée. Le soleil déjà haut donne directement sur cette facade plein est. J’ai refermé presque complètement les lourds volets comme on le fait toujours ici pour protéger la fraîcheur de l’intérieur des maisons. La lumière pénètre par les interstices des volets, striant le plancher de diagonales dorées au-dessus desquelles dansent des flocons de poussières. J’aime ces jeux des lumières et des pénombres, l’été, dans les maisons du sud.
J’ai commencé d’écrire en attendant l’architecte avec lequel nous allons faire des plans sur la comète pour la rénovation du bâtiment. Enfin, j’espère pas trop sur la comète ! On attend la semaine prochaine la réunion finale entre les experts et les inspecteurs des assurances, qui va fixer le montant de l’indemnisation…
Tout commence donc et on n’est pas au bout de nos peines mais cette réintégration sur les lieux c’est un pas et c’est déjà un bonheur.
12 juillet 2009
Week-end de geekeries
J’ai joué au geek ce week-end. Enfin au geek sans l’être. C’est bien ça qui pose problème !
Après le crash de mon ordinateur j’ai d’abord tenté de voir si je pouvais le faire réparer. La boutique à laquelle je me suis adressé m’a, je le crains, pas mal arnaqué. Entre le devis d’une réparation que finalement je ne ferai pas, l’acquisition d’un petit disque de sauvegarde et la copie de quelques données perdues issue de mon disque dur, je m’en suis tiré pour 60€. Je pensais au moins récupérer l’intégralité de mon disque avec programmes, mails, carnet d’adresses et me suis aperçu à posteriori qu’il n’en était rien, qu’on ne m’a copié que des fichiers de documents que j’avais déjà presque tous sauvegardés. Mais presque tous seulement ! J’étais donc bien content quand même de récupérer quelques photos ou textes en cours non encore sauvegardés.
Après ça il m’a fallu trouver un ordinateur de secours. J’ai été prendre mon portable du bureau et j’ai commencé à installer les programmes, les liens, les adresses, les documents dont j’ai besoin pour mon usage personnel. Tout ça ne s’est pas révélé une mince affaire vu les diverses fausses manœuvres auxquels ma gaucherie informatique m’a conduite.
Enfin là je crois que j’ai à peu près tout ce qu’il me faut…
J’ai pris beaucoup de retard sur des choses que je voulais faire avant mon départ avec tout ça ! Du coup je viens seulement de publier tout à l’heure mon billet évoquant mon escapade ambarroise rédigé depuis plusieurs jours. Et j’ai commencé un petit survol de ma blogosphère…
Mais ce ne sera qu’un passage éclair. Dès mardi matin je pars vers des lieux aux connexions improbables.
Mais enfin je pars avec mon joli petit portable sous le bras et de temps en temps peut-être je viendrai pointer mon nez sur la toile et y laisser une petite trace…
08 juillet 2009
Week-end très prolongé
Le TGV file vers Paris. Je suis dans le sas qui marque la fin de la parenthèse. Première question : Écrire pour tenter de fixer quelque chose de ces jours ou bien seulement alterner les coups d’œil sur le paysage qui défile, les mots du livre que je lis et les rêveries ? Cette deuxième option serait plus reposante. Écrire demande une énergie, une concentration de l’esprit qu’il me faut un peu laborieusement solliciter mais j’en ai envie, je crois, puisqu’au final je m’y mets…
Je ressors des Journées de l’APA sur les Carnets de voyage moins enthousiaste que d’autres fois. Est-ce une forme de lassitude face à un type de rencontres maintenant presque routinières pour moi et dans lesquelles je n’éprouve plus le choc de la découverte ? Est-ce la thématique qui n’est pas de celles qui me mobilisent le plus ? Est-ce que ce sont les conditions matérielles de l’accueil moins porteuses de convivialité qu’en d’autres lieux ? Je préfère de loin les Journées qui se passent dans des endroits permettant la résidence des participants sur le lieu même des activités et qui offrent ainsi plus d’occasion d’échanges informels. On a également souffert de la chaleur lourde et de l’insuffisante aération de la salle principale où se donnaient les activités plénières, rendant l’écoute difficile et favorisant la somnolence !
Cela dit il y a eu beaucoup de moments très intéressants. Le spectacle du vendredi entremêlant lectures de journaux de voyage de « grands » auteurs comme d’anonymes ayant déposés à l’APA, interventions musicales et commentaires articulant historiquement les textes, était bien fait, plaisant et enrichissant. Le film « No passaran » d’Imbert, exact reflet de la démarche d’enquête méticuleuse de l’auteur à la recherche d’un passé fuyant m’a paru par trop statique et pour tout dire plutôt ennuyeux alors que j’ai bien aimé certaines autres réalisations de cet auteur construites sur le même principe. Les interviews de Charles Juliet et d’Alexandre Bergamini étaient intéressantes l’une comme l’autre mais c’est la seconde qui m’a le plus accroché par l’intensité émotive que l’auteur y mettait, par ce qu’il a dit de son écriture loin de toute joliesse ou de tout pittoresque, par la force de certaines de ses formules. Les paysages n’existent pas pour eux-mêmes, ils ne prennent sens qu’en étant des reflets du moi douloureux de l’auteur, de son errance à la recherche de lui-même et d’un frère défunt. Il ne s’agit pas de dire, de décrire, d’expliquer, il s’agit plutôt de ressentir et d’éprouver et c’est alors la forme du poème qui surgit à la place du récit impossible. Les mots viennent de la vacance, du silence, des espaces béants au fond de soi, l’auteur en vient à rêver à des « livres silenciaires ».
Comme la dernière fois que cette manifestation s’était tenue à Ambérieu j’étais accueilli, ainsi qu’une autre amie blogueuse de longue date, chez l’ami Pierre à une petite heure de route. Ça accroît d’autant la longueur des journées et la fatigue mais quel plaisir de se retrouver ainsi en tout petit comité amical et chaleureux dans la fraîcheur de ce beau lieu paisible après l’ambiance surchauffée d’Ambérieu et la promiscuité avec la foule des participants, quel plaisir que les odeurs d’herbe et de campagne, que la vue sur la Chartreuse le matin quand on s’éveille…
Pierre ne travaillait pas le lundi et nous avons donc pu faire une longue promenade avec lui dans les hautes collines, aux ambiances déjà presque alpines, qui dominent le pays.
Et nous avons discuté naturellement, beaucoup discuté.
Nos échanges nous ont porté bien plus loin que tout ce que nous pouvons écrire sur nos blogs. D’autant que nous avons eu là du temps, bien plus que ce que permet une simple soirée de blogueurs, nous avons donc pu laisser des silences et les mots surgir des silences en prenant le temps qu’il leur fallait.
Nous nous sommes replongés avec amusement mais aussi une pointe de nostalgie dans l’évocation des tous débuts de l’écriture en ligne. A un moment Pierre est parti fouiller dans sa bibliothèque pour en ressortir « Cher écran » et nous avons fait défiler les anciens, chacun disant ce qu’il en connaissait, les liens qu’il avait entretenu, gardé, perdu avec tel ou tel.
Nous avons parlé de nos façons d’écrire, des rapports passionnants mais parfois compliqués entre l’écriture et la vie, nous avons cherché quel était le fil conducteur de nos écritures ou, en tout cas, quelles étaient les sources profondes d’où elles jaillissaient, nous avons parlé des amitiés, des désirs et des amours et de leurs mouvantes frontières. Et de bien d’autres choses !
Lorsqu’on est ainsi en petit comité, dans une ambiance de confiance et d’écoute mutuelle on finit par atteindre à des parts très intimes, à ce « sanctuaire de nos mots non écrits », comme disait l’une d’entre nous. Les mots plus largement partagés, ceux que l’on met en jeu au grand vent de la toile n’en sont pas seulement enrichis ou complétés, ils se trouvent éclairés d’une toute autre lumière qui en modifie profondément le sens. Et cela était valable y compris pour notre hôte qui est celui d’entre nous pourtant qui va le plus loin dans son expression intime publique.
Tout ça ne remet pas en cause l’intérêt de cette expression publique, elle est pour chacun d’entre nous la source d’un formidable enrichissement. Mais ça nous rappelle simplement, alors que parfois on pourrait se laisser porter à l’illusion de l’oublier, qu’il reste toujours une part non dite. Et c’est le privilège de moments comme ceux-ci, non de la dévoiler entièrement, mais d’en laisser surgir certains aperçus jusqu’alors inconnus même des plus anciens, des plus fidèles et des plus attentifs lecteurs, et de porter ainsi l’échange bien au-delà de ce permet la lecture mutuelle, les commentaires ou les mails.
02 juillet 2009
Plantage!
Ça y est! Mon ordinateur est cette fois complètement planté. Ça me pendait au nez depuis pas mal de temps avec un écran vacillant qu'il me fallait parfois plusieurs minutes pour stabiliser avant de pouvoir travailler normalement. J'ai tardé à m'en occuper tant que ça marchait à peu près. Mais depuis hier soir rien à faire!
Je vais le porter demain chez un réparateur avec l'espoir de pouvoir au moins récupérer le contenu de mon disque dur. J'ai des sauvegardes des éléments les plus importants, mais pas de tout malheureusement. Il me manque notamment certains travaux récents ou en cours. Ça fait rager !
J’ai profité de moments volés au bureau, à mon arrivée ce matin pour répondre à un commentaire, maintenant, entre deux rendez-vous, pour poster ce nouveau message. Ce n'est pas mon habitude de bloguer au travail, je m’y sens mal à l’aise et c'est difficile ces jours ci qui sont tout sauf calmes et ce d’autant plus que j'ai compressé mon emploi du temps car que je m'échappe dès demain après-midi pour quelques jours.
Je pars ce week-end pour me bercer de Carnets de voyage à l'occasion des Journées nationales de l'APA. Je prolonge ensuite par deux journées d'escapade campagnarde et blogoconviviale avant de revenir à Paris pour trois journées de travail professionnel qui seront plutôt intensives. Puis ce seront les vacances et je partirai alors très vite m'occuper de la maison brûlée.
Bref avec tout ça je crains que l’ami Valclair ne soit présent qu’en pointillé. Et sans que ce soit forcément à cause de jours sans!






