30 août 2009
Le journal d'Hélène Berr
C’est vraiment un texte poignant que ce journal !
Il est composé de deux parties, l’une rédigée entre avril et novembre 1942, l’autre entre fin août 43 et février 44, séparés donc par une interruption de quelques mois. Le changement de climat psychologique entre les deux parties est spectaculaire et cet écart contribue à rendre le texte bouleversant.
Dans la première partie on voit vivre une jeune fille juive de bonne famille bourgeoise assimilée, étudiante en anglais à la Sorbonne, qui parle de ses auteurs favoris, de son goût de la musique, de ses promenades à la campagne, de ses amitiés et de ses hésitations sentimentales. On se voit, on s’invite à goûter, on devise, on écoute et on joue de la musique (c’est une découverte la place de ces goûters dans la convivialité de ce milieu et de cette époque, pour moi le goûter ne me semblait être qu’un repas spécifique aux petits enfants). Bien sûr les ombres, déjà, sont là. Il y a les lois antijuives qui se multiplient, le port de l’étoile jaune à laquelle Hélène est confrontée, les rafles dont on entend parler. Le père d’Hélène est lui même interné pendant quelques temps avant d’être finalement libéré et le climat devient de plus en plus angoissant. Mais malgré les craintes, malgré les angoisses, il reste une certaine place pour les projets, pour des espoirs, pour des moments de vie insouciante tout simplement, de vie d’une jeune femme de vingt ans.
Á la reprise du journal la tonalité est très différente. La tristesse, l’angoisse désormais dominent absolument. Ceux qui restent parlent surtout de ceux qui sont pris, des abominations que l’on devine (on sait beaucoup de choses des conditions atroces de la déportation, de la mort par maladie ou épuisement, des assassinats de sang froid… mais on ne peut penser quand même l’inimaginable, la solution finale !). L’éloignement du fiancé engagé dans les forces françaises libres est pour Hélène comme un redoublement intime de la douleur liée à l’aggravation de la situation. L’étau se resserre. Hélène se sent en sursis mais, au-delà de la peur qu’elle peut avoir pour elle-même, ce qui lui brise le cœur c’est de voir les douleurs autour d’elle. La mort naturelle et douce de Bonne Maman est un contrepoint paisible, ressenti comme presque bienfaisant, aux disparitions qui ne résultent que de la folie meurtrière des hommes. Hélène tente encore de s’intéresser à sa thèse, mais le travail n’est qu’un palliatif qui n’a plus de sens, qui lui permet seulement parfois de dire «j’oublie que je mène une vie posthume ». Elle se culpabilise presque à ressentir encore par moment de l’émotion devant la beauté d’un texte ou d’une musique et écrit « le sens de l’humour me paraît un sacrilège ». Si elle reprend le journal c’est aussi dans l’idée de le transmettre, de le faire passer à son fiancé pour témoigner, c’est « la main vivante par-dessus le tombeau » dit-elle en citant longuement Keats, son poète favori. Les dernières pages sont des lettres à sa sœur, depuis Drancy, dans lesquelles elle tente de rassurer et qui en sont d’autant plus poignantes.
Evidemment en lisant ces pages je n’ai pu m’empêcher de penser au journal d’Etty Hillesum dont j'ai parlé ici et là et de constater la façon différente dont ces deux jeunes femmes ont vécu la même tragédie. Force est de constater qu’il y a en Etty, grâce à sa foi, une sorte de lumière qui se maintient et même s’approfondit, quelle que soit l’horreur de la situation. Mais il est certain que le désespoir qui irrigue l’écriture d’Hélène est sûrement plus représentatif que la lumière intérieure d’Etty des sentiments de la majorité de ceux qui étaient dans la nasse.
Une autre chose, indépendante du texte lui-même, contribue à mon émotion. Il y a sur l’édition de poche une photo d’Hélène. Elle ressemble de façon très frappante, même coiffure brune, même regard et même forme de visage, aux photos de ma mère à la même période. C’est très troublant.
26 août 2009
Dernière rentrée?!
C’est vraiment déprimant ce retour. Je suis confronté à quantité de dysfonctionnements du vaste système dans lequel mon service est un intervenant marginal, on essaie tant bien que mal de régler des situations mais on rencontre parfois des impossibilités administratives quasi kafkaïennes. Dans ces périodes la part gestionnaire de nos tâches l’emporte, la part humaine, celle qui peut être attachante, est réduite à la portion congrue.
Dans ce tournis je ne me suis même pas arrêté plus que ça sur l’idée que c’était ma dernière vraie rentrée !!!
A vrai dire je ne l’ai même pas encore intégré profondément. Ça me paraît tellement étrange, improbable, irréel, que j’atteigne au cours de l’année à venir ce temps de ma vie où il va devenir possible que je demande « à faire valoir mes droits à la retraite » comme on dit. C’est pour ça que j’ai mis un point d’interrogation, j’ai du mal à croire moi-même que j’en suis là, je n’ai encore acté nulle part cette décision, elle reste en quelque sorte virtuelle. Mais ma décision est prise depuis longtemps, ça fait plusieurs années que je sais que je partirai dès que je pourrai et mon vécu professionnel de cette rentrée ne fait qu’accentuer les choses. Je serai loin d’avoir les annuités nécessaires pour toucher une retraite complète mais, basta, je ferai avec ce que j’aurai, le privilège de ne pas avoir de loyer à payer et d’être propriétaire de ma maison (et même de deux) m’y autorise.
Mes collègues au bureau commencent à me questionner. Je resterai muet le plus longtemps possible. Ils savent qu’une personne dont, disons, le style de management est très différent du mien et beaucoup moins cool, lorgne sur le service. Ils me disent : « tu ne t’avises pas de prendre ta retraite, hein, reste longtemps encore ». C’est plutôt plaisant de s’entendre dire ça mais bien sûr ça ne changera rien à mes choix.
Hier je disais qu’il était temps que je passe à autre chose. Et je savais bien qu’il y avait cette perspective. Mais il est un peu plombant de penser que cette autre chose c’est la « retraite » avec tout ce que porte ce mot. Naturellement je n’ai nullement l’intention de le prendre à la lettre, j’essaierai de vivre ce temps comme un nouveau départ, comme un plus de liberté, comme l’occasion de faire des choses rêvées, remises depuis longtemps. Mais cela me renvoie tout de même à cette incapacité que j’ai eu de rebondir professionnellement lorsque j’ai réalisé que je ne m’épanouissais pas vraiment dans mon boulot. Et ça ne date pas d’hier. Vraiment pas. A part le fait de candidater puis d’obtenir une fonction de responsable de service au sein de ma petite corporation, toutes mes autres envies de remises en cause plus radicales n’ont jamais été que des rêveries, au mieux des amorces de préparatifs de changement, jamais je n’ai été au bout d’un projet. Ma peur du changement et de la prise de risque m’a vissé à ce qui n’était pas si mal, à ce qui m’offrait un salaire décent, la sécurité, de bonnes conditions de travail. J’ai eu quelques satisfactions professionnelles naturellement mais jamais, sauf au tout début, je n’ai été passionné par mon travail. Je me fais l’effet de Swann constatant après trop d’années à propos d’Odette: « décidément elle n’était pas mon genre ». Ce qui est douloureux ce n’est pas tant finalement de n’avoir pas bougé que le sentiment de ma propre pusillanimité que cet immobilisme réactive sans cesse en moi. Je pense avec une sorte d’envie ou plutôt avec de l’admiration à mon ami aux quatre métiers. Non tant pour les métiers par lesquels il est passé (ou va passer) mais pour ce que son parcours révèle de sa capacité personnelle à oser des remises en cause parfois aventureuses mais sources de rebonds et finalement d’avancées. Cela vaut pour la vie professionnelle mais sans doute pas seulement pour elle !
Valclair retraité l’an prochain ! Non, j’y crois pas…
24 août 2009
La rentrée, la vraie
Cette fois c’est la rentrée, la vraie ! Ce ne sont plus les passages en pointillé au bureau de la semaine dernière pour préparer les choses, pour lire le courrier et y répondre dans la quiétude, mais la présence soutenue de toute la journée, le téléphone sonnant sans arrêt, le nouveau logiciel pourtant soigneusement vérifié les jours précédents qui justement ne fonctionne plus aujourd'hui au moment où on en a effectivement besoin, l’accueil d’un public nombreux et parfois difficile à gérer avec des situations à la limite de l’agressivité, les rapports de convivialité un peu forcés avec les collègues présents, certes sympathiques, mais avec lesquels je me lasse de faire assaut, entre deux tâches, des banalités d’usage post vacancières.
Ce matin sur le chemin alors que je n’avais aucune anxiété ou déprime apparente à l’idée de ce redémarrage, je me sentais néanmoins physiquement mal à l’aise, j’avais la tête qui me tournait légèrement, je me sentais un peu vaporeux. Pourtant je suis en bonne forme physique ces derniers temps, mes petits soucis de santé d’avant les vacances ont fondu d’eux-mêmes, je me sens reposé mais aussi reboosté par mes marches en montagne et des vacances plutôt toniques. Je n’ai donc pas attaché d’importance à ce léger sentiment de malaise et naturellement il s’est effacé dès que j’ai été dans le bain. Mais ce coup de mou dit assez à quel point la tête influe sur le corps. Et dit aussi, un peu plus fort à chaque rentrée, qu’il serait plus que temps pour moi de passer à autre chose !
Le midi, alors que les collègues restaient sur place, je me suis échappé et ai été m’installer à une terrasse de brasserie. Je préférais être seul, tout à moi-même, à la dégustation de mon steak tartare et de mon verre de Morgon, tout aux spectacles et discussions attrapés autour de moi. J’aime à me laisser aller ainsi, l’attention flottante, au fil d’une rêverie qui parfois me fait deviner ou à tout le moins imaginer des personnalités, des métiers, des rapports de force ou de séduction entre les gens et même à broder des amorces d’histoires à partir des bribes de conversation entendus, de regards ou d’attitudes corporelles saisies au vol. En tout cas ça fait une coupure bien plus que si j’étais resté dans le service à papoter dans le vide ou à geindre sur les difficultés de la rentrée.
Le temps qui était beau le matin s’est chargé et assombri progressivement toute la journée. Tout un symbole ! Á cinq heures et demi je suis sorti du bureau au moment où se déclenchait l’orage. Malgré quelques arrêts sous des abris de fortune je suis arrivé complètement rincé chez moi. Mais au fond ça nettoyait finalement et, passé le désagrément du moment, j’en ai souri.
21 août 2009
"Partir"
Non, non, je ne repars pas, ce n’est que le titre d’un film ! Au contraire je reprends « la vie parisienne ». Rien de bien folichon là-dedans, ce n’est pas de l’Offenbach !
Mis à part le contact avec le bureau, resté assez homéopathique, je suis senti plutôt vacant cette semaine et ne sais trop comment m’y faire après le temps très intensément occupé de mon séjour montagnard. Difficile d’être à l’équilibre, c’est comme si j’alternais les moments manquants de respiration avec d’autres qui en offrent trop et laissent trop largement la place à mes récurrentes et inutiles interrogations existentielles.
J’ai repris mes activités de « loisirs » habituels, la lecture intensive de la presse et de bouquins en cours, l’écriture d’un article qui m’était commandé, la promenade dans le blogomonde mais sans en ressentir une très grande appétence, des promenades dans Paris sans grand but, avec des pauses dans les jardins, le genre de balade que j’appelle musardage quand je les vis bien et plutôt errance quand je les vis mal, aujourd'hui ça a plutôt glissé du côté de l’errance, j’ai hésité à aller au cinéma, laissé passer l’heure, fini par ouvrir mon carnet dans un square et voici…
J’ai tout de même hier vu un très beau film, « Partir », de Catherine Corsini. Très réussi dans sa première moitié surtout, dans la mise en place d’une belle rencontre amoureuse, moins convaincant dans la seconde qui met en avant de façon un peu trop systématique les oppositions de classe et présente du mari délaissé une image uniformément odieuse qui paraît un peu caricaturale. (Quoique ! je sais que des comportements de ce type ça existe et parfois chez des personnes que l’on aurait cru civilisées !).
Mais ce n’est pas ça que j’ai vu d’abord mais la merveilleuse tombée en amour de Kristin Scott Thomas, la force de son désir et la beauté des moments partagés avec son amant. L’actrice est absolument magnifique, elle sait faire ressentir par de minuscules détails ‑ un sourire à peine amorcé, un léger mouvement de main, un rayonnement du regard – la façon dont la passion la transfigure, son visage comme son corps en deviennent d’une beauté et d’une sensualité bouleversante. Le partenaire, Sergi Lopez, joue bien aussi mais d’une façon moins subtile, disons qu’il affiche son charme et fait du Sergi Lopez.
J’étais avec Constance. Elle n’a pas aimé. Elle a trouvé l’histoire terriblement banale, le scénario sans subtilité, les personnages forcés et les oppositions sociales caricaturales. Elle a seulement consenti à reconnaître que Kristin Scott Thomas jouait très bien. C’est assez curieux car habituellement Constance est modérée dans ses jugements. Du coup je me suis demandé à posteriori si quelquechose l’avait gêné en profondeur dans ce film. Une projection négative ? Ou peut-être un malaise à ne pouvoir se projeter en aucune façon ? Ou la crudité de certaines scènes sensuelles ? Un peu comme si elle avait eu une vision en miroir négatif de ma propre vision. Comme si tout ce qui chez moi pouvait faire des tilts positifs avait fait chez elle des tilts négatifs. Enfin je n’en sais rien, c’est une élucubration qui m’est venue comme ça, maintenant, en écrivant, mais tout de même j’ai l’intuition qu’il y a quelquechose de cet ordre…
Mais tout ça pour dire qu’un jugement objectif sur un film comme sur un livre est à peu près inatteignable. On ne le voit qu’avec nos propres yeux, notre histoire, nos besoins, voire nos névroses. C’est une évidence tellement évidente que ce n’est pas la peine de le rappeler, mais là tout de même le côté criant de la distorsion entre deux personnes qui ont une culture et des goûts cinématographiques habituellement assez proches m’a interpellé.
19 août 2009
Atterrissage
Ça y est me voici revenu à Paris. J’ai profité de la journée d’hier pour faire un atterrissage en douceur. Reprise du boulot également en douceur demain et après-demain avant le vrai redémarrage plus intensif lundi.
Il y a toujours une ambivalence à ces retours. Mon contact avec Annecy m’a tant séduit que j’aurais bien prolongé d’un ou deux jours. Retrouver la maison, les tâches qui m’attendent, mon ordinateur, internet, à la fois me réjouis et me pèse. J’ai transféré et organisé mes photos, j’ai repris et transcris mes deux brefs billets de voyage, j’ai commencé, un peu sur la pointe des pieds, à faire ma tournée de blogosphère entre réserve et attirance, je regarde tout ça d’un œil encore un peu distant avant, peut-être, sans doute, de m’y replonger avec plus d’intensité.
Dans l’après-midi hier nous sommes partis faire un petit tour pour nous aérer. Aérer est un grand mot ! Je suis saisi à chacun de mes retours par la pesanteur de l’air ici, par les odeurs de macadam chauffé et de bagnoles et pourtant ce n’était pas la canicule. Après l’air vivifiant des hauteurs j’ai l’impression d’étouffer et de ressentir presque une difficulté à respirer. Ça n’a été mieux qu’au Parc Montsouris où nous nous sommes arrêtés un moment dans la verdure pour lire nos journaux en regardant à nos pieds « le lac », joli certes mais si pâle succédané de lacs véritables.
Hum, décidément, il me semble que mûrit de plus en plus en moi l’envie de vivre plus près de la nature que dans cette trop grande ville que j’aime pourtant et dans laquelle je n’ignore pas que je bénéficie de conditions de vie très privilégiées.
16 août 2009
Halte souvenirs
Voilà le séjour est terminé. Le temps s’est très vite remis au beau et j’ai repris les randonnées quotidiennes après mon suspens d’une journée lundi dernier. Malgré mon peu d’entraînement cette année je me suis rendu compte que je marchais encore bien, et mieux que certains gamins ou gamines quarantenaires ! Je me suis surpris à ne pas être trop ratatiné après un seize-cent mètres de dénivelée (1400-3000). Du coup j’ai un peu regretté de ne pas m’être intégré au petit groupes de marcheurs confirmés qui sont partis en refuge et ont fait une sortie haute montagne avec un 3800 à la clef. Je me suis dit en pestant que j’avais laissé passer une occasion unique qui ne se représenterait peut-être plus de refaire un peu de haute montagne (bonne mise en jambe de la première semaine, météo idéale et stable, présence de personnes compétentes pour mener les cordées). Mais je me suis repris et j’ai pu profiter pleinement de deux très belles randos auxquelles j’ai participé pendant que se faisait cette ascension. J’ai repensé pour m’y aider à la phrase exergue du blog de Paquita !
Sur le chemin du retour nous faisons une étape à Annecy. Annecy c’est la ville de mes grands parents maternels. J’y ai passé de très nombreuses vacances petit garçon puis adolescent. Nous alternions les vacances chez les deux paires de grands parents, les paternels à Toulouse et en Espagne, les maternels à Annecy. Nous étions, ma sœur et moi, les deux seuls petits enfants des deux couples et ils voulaient nous avoir un maximum, si bien que nous n’avons jamais passé de vacances en colonie ni dans de larges cousinades : belles vacances dans de beaux lieux certes, mais avec des adultes et beaucoup de vieilles personnes. Ils croyaient bien faire, les pauvres, et n’ont sans doute jamais imaginé à quel point les apprentissages qu’implique une vie collective ont pu nous manquer par la suite, je parle pour moi, mais je suis quasi sûr qu’il en est de même pour ma sœur.
L’appartement de mes grands-parents appartient désormais à ma sœur et il est loué mais par accord avec la locataire qui est là depuis plus de vingt ans, nous gardons la jouissance de deux pièces et d’un petit cabinet de toilette. Tant que ma mère vivait et qu’elle n’était encore pas trop malade, mes parents ont utilisé relativement souvent ce pied à terre. Maintenant c’est devenu plus exceptionnel. Je n’étais moi-même pas repassé ici justement depuis l’enterrement de maman en novembre 2002. J’ai redécouvert la ville avec plaisir ainsi que les berges du lac, c’est vraiment un très beau lieu. Mais aussi des souvenirs ressurgissent, parfois à travers des éléments minuscules qu’on croyait oublié, ainsi le grincement caractéristique de la robinetterie dans le cabinet de toilette, un jeu de diamino dans un tiroir, quelques livres d’enfants lus et relus : les madeleines ne sont pas que gastronomiques ! J’ai feuilleté aussi quelques vieux albums photos des années 20, avec ma mère bébé et petite fille, avec les voyages en Belgique (ma grand mère maternelle était belge et avait atterri à Grenoble où mon grand père occupait son premier poste au sortir de la première guerre mondiale) et en Roumanie (en voiture, une inévitable traction avant Citroën, passage du Danube par bac et routes approximatives dans les Carpates ; mon grand père, mondialisé avant l’heure, était ingénieur dans les pétroles dans ce pays, il y est resté jusqu’à l’approche de la seconde guerre, ma mère y a passé son adolescence). J’ai trouvé aussi une carte postale que je n’avais jamais vue, représentant un groupe de poilus dont un de mes arrières oncles que j’ai bien connu, avec, d’une petite écriture serré mais merveilleusement lisible, quelques nouvelles de la vie dans les tranchées adressé à mes arrière grands parents, Jules et Lucrèce C., instituteurs à L. commune de D. (Haute Savoie), les prénoms, la profession, c’est déjà tout un programme qui fleure bon la troisième république laïque et militante ! Trésors des armoires familiales !
Du plein midi à la tombée de la nuit autour du lac d'Annecy. Images cliquables bien sûr
10 août 2009
Respiration
J’ai été m’installer dans une petite combe très plate, très douce, à une dizaine de minutes du chalet où nous logeons. Devant moi, au-delà d’une épaule herbue, la moraine glaciaire, des pentes rocheuses abruptes, puis le glacier et les sommets qui apparaissent et disparaissent en fonction des mouvements des nuages, nombreux aujourd'hui. D’autres montent depuis la vallée, le temps menace, il y a même eu quelques gouttes tout à l’heure…
Profitant de ce temps incertain, je ne suis pas parti en rando ce matin. C’est la première fois depuis notre arrivée ici et, en ce début d’après-midi, je me suis échappé seul, je suis venu m’asseoir dans ce petit coin à l’écart des sentiers et du passage et je jouis de ce moment de solitude.
J’ai terminé la lecture du Dieu des Petits Riens d’Arundathi Roy, puis j’ai sorti mon carnet et voici…
C’est la première fois depuis que je suis ici. Non que les envies ou les sujets m’auraient manqué mais m’a manqué l’envie de m’y mettre. Il faut dire que le contexte ne s’y prête pas : la vie la plupart du temps collective sans beaucoup de moments d’isolement possible, le temps très beau qui nous fait démarrer tôt le matin et rentrer assez vannés, la participation aux tâches collectives de courses, de ménage et de cuisine… Lorsque je monte me coucher je lis quelques pages, mes yeux clignotent et je n’ai nulle envie de me lancer dans les réflexions de tous ordres que m’inspire ce séjour.
Alors il y a plein de billets auxquels vous échappez, outre des récits de randos et des comptes-rendus de lectures : par exemple sur mon rapport au groupe et à la vie collective, sur ma difficulté à entrer en communication avec les gens sur des terrains profonds dans des groupes de ce type alors même que je parais parfaitement à l’aise et « bon et joyeux camarade » dans tout ce qui est la vie concrète du groupe, sur l’éloignement vertigineux auquel est renvoyée toute activité d’écriture par rapport à tous ces gens qui me paraissent plus que moi dans la « vraie » vie, à voir la façon dont ils semblent plus de plein pied dans leurs multiples engagements professionnels, familiaux, associatifs et dans le vécu de leur présent. Je sais que mon rapport au monde est ce qu’il est, qu’il n’est pas moins licite que d’autres et que je n’ai pas à m’en culpabiliser, n’empêche quand je suis dans des contextes comme celui-ci j’ai par moments du mal à me dire que je ne suis pas un peu à côté de la plaque.
01 août 2009
Passage éclair
Me voici à Paris pour un bref passage de trois jours mais déjà presque achevé. J'ai été plutôt bousculé.
A vrai dire on a été assez pris (agréablement!) par la présence de nos djeuns avec lesquels on a essayé de passer pas mal de temps. Il n’est pas si fréquent que nous puissions nous retrouver tous les quatre autour de la table familiale et là entre deux avions ou deux eurostars la conjonction s’est faite. Cela dit le Physicien est déjà reparti vers ses pénates anglaises, ne nous reste que l’Agronome en attente de départ pour l’Irlande.
J’ai réuni quelques documents pour un article qui vient de m’être commandé fort tardivement. J’ai essayé de me coller à la rédaction ce matin mais ça ne vient pas.
J’ai aussi sur le feu un billet sur « La beauté » de Zadie Smith dont j’ai terminé la lecture et que j'ai bien aimé finalement après un départ laborieux mais je crains fort qu’il ne reste dans les limbes.
J’ai fait un tour de blogosphère. Etrange, j’ai eu du mal à y entrer, je me sens loin même de mes plus proches. Etrange ou pas si étrange peut-être, j’ai quelques explications en tête mais là aussi je ne me sens pas l’envie d’essayer de développer quoique ce serait sûrement enrichissant.
J’ai fait quand même un petit ménage dans ma liste de liens. J’aime bien la modifier pour rendre compte de l’évolution de mes lectures et surtout pour pointer certaines de mes découvertes récentes. Un peu paradoxal au moment où j’ai du mal à me remettre dans le bain blogosphérique ? C’est qu’en fait ce sont des modifications que j’avais prévues d’intégrer au mois de juin, mais le crash de mon ordinateur m’avait obligé à parer à plus pressé.
Je note au milieu de ces découvertes cette définition du bonheur en exergue du blog de Pakita : « le bonheur c’est de continuer à désirer ce qu’on possède ». Une jolie formule qui mérite qu’on la médite et qu’on la garde quelquepart au fond du crâne !
Enfin j’en reste là. Car on en est déjà à refaire les valises à peine défaites, on prend les affaires de montagne et dès demain, en route, on part crapahuter.
Mais là ma coupure pour une bonne quinzaine va être plus radicale. Je ne prends même pas l’ordinateur avec moi. Juste quelques livres, un carnet si me viennent tout de même d’impérieuses envies d’écrire ou de meubler d’éventuels jours de grand mauvais temps, si, si ça peut arriver…







