Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

10 octobre 2009

Vie provinciale

J’ai fini de vider le petit appartement du rez de chaussée que nous avions équipé de bric et de broc cet été pour pouvoir nous y installer. J’ai tout entassé dans une autre pièce de l’autre côté du hall pour laisser place nette. C’est cet appartement qui sera refait en premier, qui servira ensuite d’espace de stockage et qui pourra nous accueillir pendant le reste des travaux.

Avant de tout refermer et d’aller faire visite à ma cousine et à sa vieille mère à la maison de retraite, je me suis installé devant la porte fenêtre ouverte sur le jardin ensauvagé, je regarde la pluie tomber, je respire la bonne odeur des feuillages mouillés, tandis que me parviens de la fenêtre opposée la rumeur des conversations sur la place.

Je goûte, avant de reprendre tout à l’heure le train de nuit pour Paris, le calme de ce moment de suspens, le bien-être de ma tranquillité, le plaisir de faire courir mon stylo sur le papier. J’ai pu faire tout ce qui était prévu pendant ce bref séjour et j’ai donc l’esprit tranquille.

Il y a quelquechose de pacifiant dans ce rythme de la vie de province. J’en ai eu encore des exemples pendant ces quelques jours. Les gens sont tout de même sérieusement moins stressés ici qu’à Paris !

J’ai été hier midi acheter quelques bonnes cochonailles à rapporter à Paris. Le charcutier est un être qui fonctionne sur un tempo d’une extraordinaire lenteur, il semble comme physiologiquement lent, lent dans ses gestes, lent de le débit de sa parole. Mais en plus il est bavard et tient à faire de son échoppe une annexe du café du commerce. Autant dire qu’on y passe parfois un certain temps mais autant je pourrai m’en exaspérer à Paris, autant ici je m’adapte. Ainsi pendant que j’étais là est passé un groupe de collégiens devant la boutique, ce qui nous a valu des interrogations partagées avec ses pratiques sur le point de savoir s’il s’agissait des jeunes cinquièmes ou des petits sixièmes du collège voisin. Il s’est extasié ensuite sur le très jeune chien d’une de ses clientes et sur le regard suppliant que, de là où il était attaché à l’extérieur du magasin, il jetait sur sa patronne. Quand ce fut mon tour bien sûr il a évoqué l’incendie. Je lui ai donné quelques informations que j’ai tenu à laisser dans le vague mais que j’ai enrobé cependant de quelques considérations générales et consensuelles pour ne pas avoir trop l’air d’un ours parisien restant par trop sur son quant à soi.

L’après-midi en sortant de mes rendez-vous il y avait un joli rayon de soleil. J’ai donc été marcher un peu jusqu’au mini-canal qui fait un joli but de promenade aux limites de la ville et porte les eaux de la Montagne Noire jusqu’au Canal du Midi. J’ai croisé à un moment deux papys engagés dans une grande discussion et qui m’ont arrêté.

« Ah, vous sauriez peut-être, vous, comment appelle-t-on déjà ces maladies que l’on choppe à l’hôpital ? »

Je le sais bien sûr. Mais, sous le coup de l’émotion de la question posée à brûle pourpoint, le mot me fuit et je ne peux après quelques instants de conversation avec eux que reconnaître mon incapacité à les aider. Tandis que je m’éloigne, approche un autre promeneur, qu’ils arrêtent à son tour. Et dans la seconde qui suit j’entends, crié dans mon dos un triomphant et rugueux « nosocomiales ». Je me retourne, fais un petit signe de la main à leur endroit et lance à mon tour un jovial :

« Nosocomiales, mais bien sûr ! »

Et oui on peut même prendre un ton jovial en évoquant des sujets aussi peu plaisants que celui-ci !

Je poursuis mon chemin, le sourire aux lèvres. Ce n’est rien naturellement que cet échange légèrement surréaliste sur un bord de canal, mais c’est un événement quasi inconcevable dans un flux de parisiens, même en promenade et c’est un mini bonheur dont j’embarque avec moi le souvenir...

Posté par Valclair à 17:30 - Varia - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Je n'ai jamais reellement vécu à Paris, je ne me l'imagine pas bien. En revanche, à la campagne, oui beaucoup.

Posté par valérie, 12 octobre 2009 à 19:40

Ce qui t'étonne me semble si évident ici... à tel point que je n'en fais plus cas.

(et ce titre, va savoir pourquoi, m'évoque autre chose, quelqu'un plus précisément)


Bises !

Posté par Telle, 12 octobre 2009 à 21:39

Ton billet, c'est un peu un billet inversé, celui du provincial en visite à Paris.

Posté par Telle, 12 octobre 2009 à 21:39

Je suis un peu lent du cervelet ce matin, mais je ne vois pas du tout à quoi, à qui,ce titre te fait penser. Blogomonde ou autre chose? Tu sais que je suis friand des allusions qui traversent les échanges dans la blogosphère mais surtout quand je les comprends. Sourire!

Posté par valclair, 13 octobre 2009 à 08:25

pas d'ac, val, pas d'ac..
dieu sait pourtant si je préfèrerais une vie en province, mais ce genre de mini-échanges, moi je les vis quasiment quotidiennement. (encore cet aprem avec une maman à qui j'ai ramené son petit qui boudait sur le trottoir)))

peut-être est-ce seulement toi qui abordes le monde autrement "ailleurs" qu'à paris...?


un billet qui te ressemble tant...! :)

(contente de te lire et contente pour toi que tu aies réussi à faire tout ça)

Posté par b., 13 octobre 2009 à 20:00

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