Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

30 octobre 2009

Journées bretonnes

Il a fait plutôt beau tous ces jours-ci ! Quel bonheur que ce soleil, cette lumière bretonne ! Il fait frais le matin mais doux aux meilleures heures, on peut se débarrasser de la parka et du gros pull, ouvrir le col de chemise et offrir sa peau à la caresse du soleil. A l’aube de novembre ça fait plaisir !

Bon, beau presque tous les jours, n’exagérons pas tout de même ! Mercredi le brouillard ne s’est pas levé, la campagne est restée noyée de gris, tout se trouvait amorti, poussé à l’assoupissement, les humains aussi, mais tout de même la marche dans le bois dans l’après-midi parmi les odeurs d’automne était agréable et revigorante.

Aujourd'hui c’était mitigé, brouillard matinal, laborieusement levé en fin de matinée. Tout à l’heure j’étais sur le port où j’avais été, d’un coup de vélo, faire les courses à la supérette. Je me suis posé là un moment. J’ai eu un assez long coup de téléphone avec une amie lointaine et très chère et dont je n’avais pas de nouvelles depuis un moment. C’étaient des nouvelles heureuses et cela m’a infiniment réjoui. Et juste à ce moment là le ciel s’éclaircissait. C’était beau de voir ces teintes très douces s’avivant peu à peu, la découpe des ombres d’abord à peine devinée, puis plus nette, plus tranchée, les formes des maisons, des arbres, des bateaux qui en prenait plus de relief, le gris du ciel virant peu à peu à un bleu amorti. Ça n’a pas été plus loin cependant, la journée est resté dans l’entre deux, le soleil est resté timide même l’après-midi, mais cette lumière ouatée avait son charme. Comme mon cœur aussi était dans un entre deux à la fois plaisant et légèrement mélancolique.

Ce sont des vacances tout ce qu’il y a de plus cool. J’avais amené pas mal de choses à faire et Constance aussi auxquelles nous ne touchons guère. Mais sans culpabilité. Je flemmarde. Je ne manque pas de céder chaque jour au plaisir de la sieste pendant lesquelles inévitablement je m’endors. On se balade dans le secteur, pas de grandes randonnées (sauf hier où on a fait une grande marche de toute la journée autour de la Pointe de la Torche), ce sont plutôt des petits tours sur la plage, dans le bois, à portée de pied de la maison. Je bouquine. J’avale à longues goulées « Dans la main du diable » d’Anne-Marie Garat. C’est le genre de livre pour lequel il faut avoir du temps, une lecture trop hachée ne convient pas, il faut pouvoir s’y immerger suffisamment pour entrer dedans mais alors quel voyage…

Je me suis installé sur la terrasse pour écrire. C’est la nouveauté de l’année, cette terrasse, et on en profite le plus qu’on peut. Ça faisait des années qu’on la souhaitait, il a fallu beaucoup de discutailleries dans la copropriété pour qu’enfin tous soient d’accord mais nous y sommes et les terrasses ont pu être réalisées sur la façade côté mer de notre petit immeuble. La fenêtre est devenue porte fenêtre, notre pièce donne désormais sur l’extérieur, sur les toits des villas, sur les arbres du polder, sur l’arc que dessine la mer un peu plus loin et sur le ciel. J’écris mais lève aussi beaucoup la tête pour regarder. Je devine le grondement continu des vagues qui déferlent sur la plage. Mais cette rumeur est plaisante, elle ne casse pas le silence et la paix du lieu, elle la meuble au contraire, lui donnant ainsi paradoxalement une profondeur, une présence plus grande.

Ce petit appartement est un endroit où nous avons de beaux souvenirs et nos garçons, je crois, de merveilleux souvenirs. Il y a eu le temps du canapé jaune, celui du confort très sommaire et des chahuts d’enfants, nous entrons dans le temps de la terrasse…

Décidément, je l’adore ce pays là, aussi…

*

le_bois

Bretagne des bois

la_mer

Bretagne de la mer

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27 octobre 2009

Halte sur le chemin

Notre voyage vers la Bretagne s’est fait à petites étapes. Du moins la première. J’ai été comme un voyageur des temps anciens qui se serait posé au premier relais de poste venu !

Car nous nous sommes arrêtés en grande banlieue sud, nous avons dîné et dormi chez des amis après avoir été avec eux assister à Longjumeau à un concert de Gilles Vigneault.

Je me suis régalé. Je craignais comme cela arrive parfois lorsque par nostalgie on va revoir ou on écoute les productions tardives d’un chanteur qui a marqué nos jeunes années, d’être déçu par une voix, une présence qui n’aurait plus été celle qu’on a connu (j’ai eu ce genre de déception à l’écoute du dernier disque de Barbara par exemple ou des Ten New Songs de Léonard Cohen).

Rien de ça ici. Vigneault a gardé une énergie, une présence en scène, un timbre et une puissance de voix qui semblent défier les années. Il est resté deux heures en scène, sans interruption, enchaînant les chansons sans même laisser au spectateur le temps de souffler. Il arrive sur scène en courant, il se tient immobile devant son micro ou bondit comme un diable, amorçant ici ou là quelques pas de danse, il déploie sans cesse mimiques et gestuelles très élaborées, il repart en courant pour marquer la fin d’un morceau, on croît qu’il s’éloigne mais déjà il est revenu ! Il y a derrière tout ça bien sûr un grand métier, un show parfaitement maîtrisé, faisant se succéder habilement différentes ambiances et climats sonores, réclamant plus ou moins d’engagement physique ou vocal de sa part. Mais quand même il faut pouvoir. Quelle pêche. Le bonhomme a tout de même 80 ans. Il fait plaisir à voir, pour ça aussi.

Les textes sont très variés, certains très beaux. Alternent chansons d’amour et chansons à thèse, descriptions poétiques, chansons mélancoliques et chansons joyeuses et humoristiques, méditations douces-amères sur le temps qui passe. S’intercalent quelques récits, parfois relativement longs mais pendant lesquels, il sait nous tenir en haleine, Vigneault étant aussi un excellent conteur. Et bien sûr il porte avec lui toujours cet imaginaire du Québec profond, qui nous fait rêver nous gens de la ville, les grands espaces, la présence de la nature, les forêts et la neige, , le village des ancêtres perdu au bout de la longue, longue route, le village où l’on revient immanquablement, le village que l’on n’a jamais vraiment quitté, « c’est à Natashquan là où le temps s’arrête, c’est à Natashquan, là où le temps m’attend ».

Il y avait beaucoup de chansons que je ne connaissais pas, sans doute des chansons nouvelles ou relativement nouvelles mais avec quelques grands classiques enchâssés au milieu pour faire vibrer encore plus le public, heureux de se retrouver en pays de connaissances. « Je t’ai…aime » ou le « Mon pays, ce n’est pas un pays… »

Ce spectacle était le point d’orgue de la semaine québécoise de Longjumeau, qui a vu diverses animations, spectacles, manifestations dans la ville et ses écoles. Il s’est donc terminé par discours des édiles, remise de cadeaux au chanteur, réponse de celui-ci qui a tourné un joli compliment plutôt émouvant, manifestant une émotion qui semblait sincère à l’accueil qui lui était fait. J’aime aussi cette ambiance que donne au spectacle une salle relativement petite, un public majoritairement local, cela crée une plus grande proximité que dans de grandes salles forcément plus anonymes.

J’ai beaucoup aimé ce refrain qui dit tant en peu de mots: « Sortir de sa cage, et trouver sa voie, c’est un long voyage, pour arriver chez soi… »

*

gilles_vigneault_marie_claude_tetreault

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24 octobre 2009

Je m'en vais voir l'océan

J’ai l’impression que bientôt je finirai par ne venir sur ce blog que pour dire que je m’en vais ici ou là et que je n’écris pas !

Pourtant plusieurs fois dans la semaine j’ai eu envie de parler de choses ou d’autres. Mais de là à faire le pas de rédiger ! Le week-end dernier j’ai repris à deux reprises le chemin du cinéma. Pendant les bandes annonces j’ai réalisé qu’il n’y en avait aucune que j’avais déjà vue. Signe que ça faisait un moment que je n’avais pas mis les pieds dans une salle obscure. J’ai vu « Mères et filles » et « Fish tank », deux films que j’ai apprécié avec certaines réserves pour l’un comme pour l’autre. J’aurais voulu dire ce qu’en eux j’avais aimé et ce que j’avais moins aimé. J’aurais voulu aussi développer les réflexions qu’avaient fait naître en moi ces deux façons de faire du cinéma, si différentes, le contraste étant rendu frappant par le fait de voir ces films de façon si rapprochée, à quelques heures d’intervalle. Ce genre de billet ne sort pas au premier coup de plume, il nécessite un certain travail, je n’en ai pas eu le temps, ou, plus exactement, je n’en ai pas pris le temps.

A défaut de ce billet je me suis dit qu’il fallait au moins – et là c’est de la fonction mémorielle pour soi-même du journal qu’il s’agit – noter le titre, l’impression qu’ils m’ont fait en quelques mots lapidaires. Mais ça n’a guère d’intérêt de publier ça. J’ai pensé alors à un autre fichier possible, une sorte de mémento, où noter ce que j’ai vu, ce que j’ai lu, qui j’ai rencontré, en une ligne, comme on le ferait dans les marges d’un agenda. J’ai même commencé ça une fois sans m’y tenir. J’y repense chaque fois que ce journal se fait peau de chagrin. Ainsi, n’arrivant pas à faire de vrais billets sur ces films vus, ai-je voulu reprendre ce fichier mémento mais non sans immédiatement me questionner sur le sens d’une telle pratique. A quoi ça rime ces prothèses de la mémoire, cette volonté dérisoire de retenir ce qui s’enfuit ? Ça aussi ça aurait pu faire un billet !

Bref pour l’heure je pars m’aérer une dizaine de jours, me gorger d’air marin, du grand vent, m’imprégner du rythme de l’océan, me sentir au plus près des éléments, ça, ça vous aère les neurones et remet les pendules à l’heure.

Pas de connexion, l’ordinateur tout de même des fois que je veuille écrire, plusieurs livres à bouquiner sous la couette (dont certains arrivés par porteur spécial depuis la Belle Province), ma parka, de bonnes chaussures…

En route !

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16 octobre 2009

Quand la vieillesse est un naufrage

Samedi dernier, pendant mon séjour dans le midi, j’ai rejoint en fin d’après-midi ma cousine à la maison de retraite pour aller rendre visite à sa vieille mère.

J’essaie de passer la voir à chacun de mes séjours là-bas. La très vieille dame me paraît à chaque fois un peu plus tassée sur elle même, un peu plus réduite, un peu plus évanescente. Même sa tête dont les joues fripées semblent rentrer dans les mâchoires, paraît rapetisser. On pourrait imaginer qu’à force, bientôt il ne restera presque plus rien, comme une tête réduite de Jivaro, comme un corps momifié.

Elle garde les yeux le plus souvent fermés, les mains recroquevillés sur ses draps. Elle ne lit plus, elle ne regarde plus la télévision. Quand elle a des visites elle ouvre un peu les yeux, dodeline de la tête pour marquer qu’elle a perçu le visiteur, parfois prononce dans un souffle une bribe de parole.

Pendant les beaux jours ma cousine, aidée d’une infirmière, l’assoit sur sa chaise roulante et la descend un moment dans le jardin, pour qu’elle puisse ressentir un peu l’air, le feuillage, le ciel.

Ma cousine reste quatre heures avec elle, chaque jour, sans exception, entre 15 et 19h. Et le dimanche elle vient même prendre son déjeuner avec elle. Elle est là, elle l’assure de sa présence, elle lit son journal ou des magazines, lui parle de temps en temps, répond à ses sollicitations, profite des visites s’il y en a, qui sont autant des visites pour elle que pour la vieille dame. A l’heure du dîner elle la nourrit, lui donnant quasiment la becquée, utilisant toutes sortes de moyens pour essayer de la faire manger, des ruses même, un peu comme on le ferait à un très petit enfant. C’est comme ça depuis plusieurs années. Enfin plutôt c’est de pire au pire, au début la vieille dame était un peu plus mobile, un peu plus active, un peu plus présente.

Après avoir posé doucement mes lèvres sur sa joue fripée, je m’assois, je donne à voix forte quelques nouvelles de mon père, de mes enfants, je parle de la maison, des travaux, de ma journée. Je sais qu’elle entend, elle le manifeste à quelques petits signes, lève parfois sa paupière et porte son regard dans ma direction.

J’échange avec ma cousine et je sais que la vieille dame nous écoute.

Et dans les blancs – il y a forcément beaucoup de blancs – je pense. Je me demande le sens que ça a cette lente, interminable défaite. Ne vaudrait-il pas mieux pour elle-même, pour sa fille, qu’elle se retire, qu’elle éteigne ce qui lui reste de souffle vacillant ? Je pense à Montherlant, à Madame Jospin mère, à d’autres, qui ont fait des choix radicaux, indépendamment même de toute grave maladie et de la souffrance, simplement pour prévenir la déchéance, pour partir avant le naufrage. Je pense mais ne sais que penser !

Ma cousine évoque un point d’histoire familiale dont nous avions parlé à table la veille sans trouver la réponse. Elle se penche vers sa mère :

« La femme de l’oncle Paul – mon arrière grand père – c’était une quoi déjà, on ne le retrouvait plus… »

C’est à peine audible mais ça sort dans la seconde : « une Pagès ».

Ma cousine reprend :

« Et la tante Marie-Rose, elle était morte jeune, n’est ce pas, la tuberculose ? »

« Non… typhoïde… à trente deux ans »

Il faut s’approcher pour entendre mais elle continue

« Et sa sœur, jeune aussi… malheureuse… suicide… le père méchant… la maison coupée en deux »

Ainsi dans cette coque si percluse, si cabossée, si souffrante sûrement, il reste des noms, des images, des personnes. Peut-être que le plus clair de sa vie consiste à se mouvoir parmi ces ombres encore bien dessinées, au fil de ses rêveries et de ses assoupissements, et qui sait, peut-être que malgré tout, elle y fait de beaux voyages.

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10 octobre 2009

Vie provinciale

J’ai fini de vider le petit appartement du rez de chaussée que nous avions équipé de bric et de broc cet été pour pouvoir nous y installer. J’ai tout entassé dans une autre pièce de l’autre côté du hall pour laisser place nette. C’est cet appartement qui sera refait en premier, qui servira ensuite d’espace de stockage et qui pourra nous accueillir pendant le reste des travaux.

Avant de tout refermer et d’aller faire visite à ma cousine et à sa vieille mère à la maison de retraite, je me suis installé devant la porte fenêtre ouverte sur le jardin ensauvagé, je regarde la pluie tomber, je respire la bonne odeur des feuillages mouillés, tandis que me parviens de la fenêtre opposée la rumeur des conversations sur la place.

Je goûte, avant de reprendre tout à l’heure le train de nuit pour Paris, le calme de ce moment de suspens, le bien-être de ma tranquillité, le plaisir de faire courir mon stylo sur le papier. J’ai pu faire tout ce qui était prévu pendant ce bref séjour et j’ai donc l’esprit tranquille.

Il y a quelquechose de pacifiant dans ce rythme de la vie de province. J’en ai eu encore des exemples pendant ces quelques jours. Les gens sont tout de même sérieusement moins stressés ici qu’à Paris !

J’ai été hier midi acheter quelques bonnes cochonailles à rapporter à Paris. Le charcutier est un être qui fonctionne sur un tempo d’une extraordinaire lenteur, il semble comme physiologiquement lent, lent dans ses gestes, lent de le débit de sa parole. Mais en plus il est bavard et tient à faire de son échoppe une annexe du café du commerce. Autant dire qu’on y passe parfois un certain temps mais autant je pourrai m’en exaspérer à Paris, autant ici je m’adapte. Ainsi pendant que j’étais là est passé un groupe de collégiens devant la boutique, ce qui nous a valu des interrogations partagées avec ses pratiques sur le point de savoir s’il s’agissait des jeunes cinquièmes ou des petits sixièmes du collège voisin. Il s’est extasié ensuite sur le très jeune chien d’une de ses clientes et sur le regard suppliant que, de là où il était attaché à l’extérieur du magasin, il jetait sur sa patronne. Quand ce fut mon tour bien sûr il a évoqué l’incendie. Je lui ai donné quelques informations que j’ai tenu à laisser dans le vague mais que j’ai enrobé cependant de quelques considérations générales et consensuelles pour ne pas avoir trop l’air d’un ours parisien restant par trop sur son quant à soi.

L’après-midi en sortant de mes rendez-vous il y avait un joli rayon de soleil. J’ai donc été marcher un peu jusqu’au mini-canal qui fait un joli but de promenade aux limites de la ville et porte les eaux de la Montagne Noire jusqu’au Canal du Midi. J’ai croisé à un moment deux papys engagés dans une grande discussion et qui m’ont arrêté.

« Ah, vous sauriez peut-être, vous, comment appelle-t-on déjà ces maladies que l’on choppe à l’hôpital ? »

Je le sais bien sûr. Mais, sous le coup de l’émotion de la question posée à brûle pourpoint, le mot me fuit et je ne peux après quelques instants de conversation avec eux que reconnaître mon incapacité à les aider. Tandis que je m’éloigne, approche un autre promeneur, qu’ils arrêtent à son tour. Et dans la seconde qui suit j’entends, crié dans mon dos un triomphant et rugueux « nosocomiales ». Je me retourne, fais un petit signe de la main à leur endroit et lance à mon tour un jovial :

« Nosocomiales, mais bien sûr ! »

Et oui on peut même prendre un ton jovial en évoquant des sujets aussi peu plaisants que celui-ci !

Je poursuis mon chemin, le sourire aux lèvres. Ce n’est rien naturellement que cet échange légèrement surréaliste sur un bord de canal, mais c’est un événement quasi inconcevable dans un flux de parisiens, même en promenade et c’est un mini bonheur dont j’embarque avec moi le souvenir...

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08 octobre 2009

Là-bas

Me voici donc en région toulousaine pendant trois jours, pour m’occuper de la maison brûlée.

Ces jours ici me font un joli moment parenthèse. Mes démarches ne sont pas pesantes. Le choc douloureux au moment du sinistre et les anxiétés qui ont suivi sont dépassées, le deuil de ce qui a été perdu est fait, je suis désormais dans le projet, je suis dans la reconstruction est c’est diablement porteur. C’est un peu plus que « à quelquechose malheur est bon », ce serait plutôt « ce sinistre, finalement, c’est une bénédiction ».

En tout cas quel brusque et bienfaisant sentiment de coupure avec mon quotidien. Je l’ai un peu payé dans les jours qui précèdent, j’ai dû concentrer mon activité de cinq jours de travail sur trois, mais ensuite dès que j’ai été installé dans ma couchette dans le train de nuit filant vers le sud, j’ai tout de suite été porté ailleurs, je n’ai plus le moins du monde pensé au boulot, et plus guère à Paris pas plus qu’à ma blogosphère.

La journée a été intense. Je l’ai passée toute entière avec l’architecte, nous avons analysé ensemble les devis des divers corps de métier. Les choses se présentent plutôt bien. La quasi totalité de ce que nous voulons faire tient dans l’enveloppe allouée par l’assurance. Dans quelques mois j’aurai une maison qui sans perdre le charme de son ancienneté sera aux normes de confort actuel, conforme aux façons d’habiter qui sont les nôtres aujourd'hui et qui répondra à la plupart des envies que j’ai pu formuler. Ce ne sera plus la maison des mes grands-parents, ce deviendra véritablement la mienne. Le passé n’est pas renié mais absorbé, intégré, dépassé. Si nous faisons de cette maison notre résidence principale comme j’en ai le projet, nous n’aurons plus ce sentiment d’entrer dans un lieu modelé par d’autres, figé dans les formes dans lesquelles ils l’avaient laissé.

Même si l’essentiel du projet est arrêté il nous reste à nous prononcer sur diverses options ce que je verrai avec Constance et avec mon père dès mon retour à Paris. Puis il faudra rentrer dans de nombreux détails de décoration et d’aménagement dans de prochains voyages ici au cours de l’hiver et du printemps.

Je loge chez ma cousine. J’ai hésité un peu, sachant que j’aurais goûté après mes diverses tâches la tranquillité et ma solitude dans la grande maison vide. Mais outre que ma présence fait plaisir à ma cousine, je trouve aussi un certain agrément au babil avec elle, je trouve bien agréable le confort de son appartement, les douches chaudes et le fait de mettre les pieds sous la table et de ne rien avoir à faire pour les repas, toute tentative de ma part pour l’aider en quoi que ce soit se révélant voué à l’échec.

Cette cousine est d’une extrême gentillesse et d’un dévouement qui confine au sacrifice. Pendant dix ans elle n’a pas bougé de chez elle soignant un mari, épousé sur le tard, et victime quelques mois après leur mariage d’un accident cérébral qui l’a laissé aphasique et paralysé pendant dix ans. Puis, celui ci décédé, c’est sa mère qui est devenu impotente et avec laquelle elle passe à la maison de retraite proche tous les après-midi sans exception .

Sa vie tourne quasi exclusivement autour de ce qu’elle pense devoir à ses malades aimés. Je l’admire et la plains tout en me demandant s’il n’y a pas aussi quelquechose d’un peu pathologique dans son dévouement, si elle n’aurait pas pu, sans manquer à ses devoirs, s’organiser un peu différemment, pendre au moins quelques temps de vacances et d’éloignement dans sa vie de garde malade.

Lorsqu’elle est chez elle la télévision est sa compagne obligée qui est allumée de façon quasi continue. Même lorsqu’elle ne regarde pas vraiment, les programmes, les pubs sont présents en fond sonore. Cette omniprésence m’est pour le moins pénible. J’ai vaguement tenté de lui suggérer d’étreindre pendant les repas puisque j’étais là et que nous causions mais en vain, tout au plus l’a-t-elle baissée pour que le son ne gêne pas trop notre conversation.

Une autre chose me frappe : il n’y a pas ici, dans cet appartement pourtant relativement cossu, la moindre bibliothèque. Cette femme n’est pas inculte, elle a été à l’école jusqu’au baccalauréat, elle a passé ensuite le concours des impôts et a été fonctionnaire de nombreuses années avant de se marier à la cinquantaine, elle provient d’un milieu de petite bourgeoisie provinciale où il y avait des livres (à vrai dire peut-être était-ce surtout des livres pour la parade. Étaient-ils lus ?). Tous les ans elle faisait un voyage culturel avant d’être rivé sur place par ses malades et elle avait été active aussi dans la vie associative et municipale locale. Je ne la vois jamais avec un livre à la main, je ne la vois jamais lire, à part la Dépêche qu’elle parcourt et quelques magazines vaguement glamour. Ça me paraît stupéfiant. C’est, il me semble, comme si elle rajoutait d’elle-même aux mauvais tours que la vie lui a fait une amputation supplémentaire. Bien sûr ce n’est que mon regard de grand lecteur et il me faut bien concevoir que l’on puisse voir les choses différemment mais tout de même, moi, cette absence aussi radicale du moindre livre, ça me rend triste pour elle.

J’ai laissé la télé et ma cousine, prétextant que j’avais encore à travailler sur mes devis. Je me suis mis à écrire avec un certain plaisir. Pas d’internet ici et je n’ai pas même apporté mon ordinateur, je fais glisser le stylo sur le papier de mon carnet. Je vais me relire puis je vais me glisser entre mes draps et rejoindre avec un intense plaisir et jusqu’à ce que mes yeux se ferment, la belle Gabrielle et la maison du Mesnil, surgie d’entre les mots d’Anne Marie Garat.

Posté par Valclair à 22:07 - Varia - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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04 octobre 2009

A distance, toujours

C’est le week-end. C’est dimanche et dimanche soir même, la nouvelle semaine presque…

Je n’ai pas plus écrit ces jours ci que les précédents.

Ces dernières semaines j’ai lu des livres, vu des films, j’ai été une fois au théâtre, j’ai eu des pensées et des sentiments, de gais et de moins gais.

Mais à aucun moment je n’ai eu l’envie de faire courir mes doigts sur le clavier pour en conserver ou en partager quelquechose.

Cinq billets au mois de septembre ! Il n’y a pas d’autres mois depuis que je tiens journal en ligne où je me sois montré aussi peu prolixe !

Cette absence ne vient pas de ce que j’aurais consacré du temps d’écriture à des billets hors ligne qui me sont parfois nécessaires pour faire le point sur des sujets que je ne veux ou ne peux partager pour différentes raisons.

Non cinq billets en un mois, pas un de plus, que ce soit ici ou dans le secret de mon disque dur !

Ce qui me surprend c’est que je n’éprouve rien à cette absence.

Pas de la satisfaction parce que ma vie serait devenue riche d’autre chose, mais pas plus de la déception à ne rien produire par moi même, pas de la frustration non plus à l’idée de ce que je laisse échapper, pas de gêne ou de culpabilité au fait d’être absent à mes lecteurs. Il n’y a pas de billets qui viennent au bord de ma conscience et que je me désolerai de ne pas écrire par pure flemme. Je ne me promène guère non plus dans ma blogosphère. Encore une fois j’ai laissé couler presque une semaine sans même ouvrir une fois mon propre blog ne serait-ce que pour voir si j’avais des commentaire sur mon dernier billet. Je n’en ai pas d’ailleurs, comme si mes lecteurs eux-mêmes ressentaient que je me suis mis à distance et qu’il n’est pas la peine de communiquer avec un quasi absent. Et c’est à peine si j’effleure les autres blogueurs.

Je ne me m’interroge pas sur le pourquoi du comment, je ne me fais aucune théorie avec tout ça. Juste je constate. Et je ne dis pas que j’arrête, je ne dis même pas que je me mets en pause, non je laisse faire, je laisse filer le temps, l’envie reviendra peut-être, reviendra sans doute mais qui sait peut-être qu’elle ne reviendra pas vraiment.

Le soir j’ai plus envie de me glisser dans mon lit et de m’offrir sous la couette une bonne longue plage de lecture bien dépaysante. Pas des essais, pas des récits, pas des biographies ou des autobiographies, aucune des diverses variétés de l’autofiction que d’habitude pourtant j’affectionne, non je veux du roman, du bon gros roman, avec plein de personnages et plein d’histoires, porteuses de mondes et d’ambiance contrastées. Le dernier de mes achats est le pavé d’Anne-Marie Garat, « Dans la main du diable » dans lequel j’ai commencé à plonger ce week-end. Je ne cesse d’entendre dire le plus grand bien de cette auteure ou de lire des compte-rendus enthousiastes. Celui de Traou a particulièrement contribué à me pousser à mon achat. Et oui j’en lis encore quelques uns de mes blogamis ! Allez il n’est peut-être pas tout à fait perdu pour la blogosphère, l’ami Valclair !

Posté par Valclair à 22:48 - Ecriture, diarisme et blogosphère - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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