Les échos de Valclair

Scènes de vie, pensées, rêveries, promenades et voyages, l'intime se dessine à travers le quotidien, livres lus, films vus, réflexions sur la littérature et l'écriture...

28 novembre 2009

Dix souvenirs de quand j'étais petit

Med’céline n’a tagué personne mais a incité tous ceux qui avaient envie de reprendre la balle au bond à le faire.

Alors profitant d’un réveil matinal intempestif je me lance.

Ça m’éloignera d’un billet plus lourd, ancré dans le présent que j’avais envie de rédiger ce week-end et c’est très bien.

Et puis c’est comme une façon de reprendre le cours des Petits Cailloux et Ricochets. Je n’avais dans ma remontée rétrospective du temps tenu que de 2006 à 1993, donc j’étais resté très loin de l’enfance.

Mais c’est jusqu’à quand être « petit », ça me semble plus restreint que l’enfance, je dirais bien jusqu’à la naissance de ma sœur (j’avais six ans) mais ça sera peut-être difficile de trouver dix souvenirs alors je vais dire jusqu’à la fin de l’école, avant d’entrer au lycée…

Allez je me lance. En plus un des intérêts de la chose, est de pas trop chercher, de ne pas trop réfléchir, de laisser venir…

1) Dans la cuisine chez ma grand-mère, une assiette remplie de sucre. Je plonge dedans avec une cuillère à soupe, enfourne tout en bouche, haut le cœur, je recrache tout et même, je crois, je vomis, je vois une tâche sur le sol carrelé de la cuisine, ma grand mère vient vers moi, je ne sais plus trop si elle rit ou me gronde gentiment, les deux peut-être.

2) J’avais appris à lire. Je lisais beaucoup, trop disait-on. Quels troubles en avait résulté ? Mystère ! Si, des troubles du sommeil peut-être. Je me vois dans le cabinet médical et le médecin, un homme jeune, jovial et gentil pourtant, m’interdisant de lire (peut-être de lire le soir en fait) et moi complètement atterré puis, d’autres images, moi sous le drap avec la lampe de poche, lisant… Et ce souvenir qui me revient juste là en écrivant : ce médecin est mort peu de temps après, infarctus, je ne comprenais pas bien ce que ça voulait dire de mourir pour un homme jeune, bien portant, comme ça, c’était notre pédiatre, le pédiatre de ma sœur qui était alors un tout petit bébé.

3) Je suis chez la gardienne de l’immeuble, non, on disait la concierge, à l’époque, ça y est elle me donne la nouvelle qu’on vient de lui téléphoner sans doute, je me vois sautant et courant sur le trottoir devant la loge en criant fou de joie : « j’ai une petite sœur, j’ai une petite sœur ».

4) La rue était très courte, bordée de ces HLM de la Ville de Paris où nous habitions, elle partait du boulevard extérieur et se terminait en impasse, au pied d’un talus, après ce n’était plus construit, c’était la zone, on allait jouer parfois par là, il y avait des montées raides et des descentes, des buissons, des endroits où l’on pouvait faire des cabanes, oui, j’y allais parfois, pas souvent, l’endroit me faisait peur. Mais on a déménagé rapidement, l’appartement était trop petit depuis l’arrivée de ma sœur, on a été dans un autre HLM de la ville de Paris, dans le vingtième toujours mais un peu plus à l’intérieur, vers le métro Pelleport.

5) A l’école… J’aimais bien l’école en général. Sauf deux années, l’une où j’ai eu une maîtresse ennuyeuse, ennuyeuse et une autre, où le maître était un homme encore vêtu de la blouse grise qui tapait avec une réglette sur les doigts des enfants quand on faisait des bêtises, qui aussi pouvait nous pincer cruellement le lobe de l’oreille, ça faisait mal, mal, j’ai l’impression que je le sens encore, cet affreux homme dans mon dos, ses gros doigts qui me tordent affreusement l’oreille

6) Tiens, plus tôt... L’école encore mais cette fois c’est la maternelle, on vivait encore à Toulouse, mon père venait me chercher tous les soirs, il ne m’a pas vu dans le préau où j’étais censé l’attendre, il est reparti, en fait j’avais suivi une dame de service avec laquelle j’étais en grande conversation dans une classe. L’heure des papa/maman était passé, on ne savait que faire de moi, finalement c’est une maîtresse qui m’a déposé à la maison avec sa voiture, une deux-chevaux, j’étais fier comme Artaban, revenir dans la voiture de la maîtresse, wouaouh !

7) Ma mère n’allait pas bien. Ça durait, ça durait... Une maladie au long cours… Dépression ? Je n’ai jamais su mais je le suppose. Un jour j’étais seul dans l’appartement avec elle mais ce n’était pas chez nous, c’était chez mes grands parents d’Annecy, non de Pau, à l’époque ils habitaient encore à Pau, elle était en robe de chambre, elle déambulait dans la maison et puis tout à coup elle est tombée de tout son long, elle ne bougeait plus. Je me suis précipité sur le palier, j’ai été sonner chez des voisins que je ne connaissais pas pour appeler à l’aide, ensuite le soir on m’a félicité de mon à propos.

8) Mes vacances c’était toujours chez mes grands parents, jamais avec moi d’enfants de mon âge, famille étroite, pas de cousinade. Une fois pourtant je me suis retrouvé pendant une semaine à la campagne chez une dame  qui recevait des enfants, aucun souvenir d’eux , souvenir d’ennui, d’ennui, je me demande si mes parents ne sont pas même venus me rechercher avant le moment prévu et peut-être est-ce à partir de là qu’il n’a plus été question que j’aille en colonie, j’ai continué à me construire en enfant solitaire.

9) J’avais des copains quand même. Je me souviens de mon ami W. Lorsque j’allais chez lui on était assez souvent seuls et on faisait des bêtises. On jouait à balancer de minuscules boulettes de pain sur des passants depuis son balcon qui donnait sur la rue Belgrand. C’est le seul avec qui je me souviens d’avoir eu des jeux sexuels. Un truc étrange ! Une fois on s’était amusé à relier nos zizis respectifs avec une ficelle et à déambuler comme ça dans la salle à manger de ses parents en rigolant comme des bossus.

10) Un jour la maîtresse (CE2 ?, CM1 ?) nous avait donné un petit texte à écrire. C’était un sujet libre. Il fallait juste raconter quelquechose en une dizaine de lignes. J’avais décrit l’arrivée d’un orage alors que j’étais en barque avec mes parents sur le lac d’Annecy. La maîtresse m’avait énormément félicité pour mon texte et elle l’avait lu à toute la classe, ce qu’elle ne faisait jamais, je me sens encore en rosir de honte et de plaisir.

Voilà je suis à dix. Des tas de choses sont revenues en écrivant et je pourrai continuer, tirant les fils, je pourrai rajouter au moins trois, quatre autres petites anecdotes qui me sont revenues pendant que j’écrivais. Tiens, quand je ferai le Marathon d’Alain, je partirai de quelquechose comme ça, d’une pelote de souvenirs d’enfance.

La chronologie s’est à peu près remise en place. A la relecture je dirai que l’ordre c’est sans doute à peu près 1, 6, 7, 8 (avant Paris, avant six ans), 4, 3, 2 (six-sept ans, premier appartement parisien), 5, 9, 10 (huit-dix ans, second appartement parisien).

Il y a plein de points d’interrogation aussi bien sûr. Mon père aurait-il une vision de certaines choses ? Se souvient-il de lorsque l’on m’a interdit de lire ou de la maladie de ma mère par exemple ? Ce serait intéressant de le questionner. A vrai dire ce n’est pas la première fois que je pense à le faire parler du passé, on s’en doute. Mais je ne le fais jamais !

Et je me rends compte aussi que mes deux années d’école non aimées, c’était le CP, , j’avais du ressentir le primaire comme un étouffoir après la maternelle vivante, puis le CE1 avec ce maître (légèrement) tortionnaire. Après j’ai aimé quand ont commencé les renforcements positifs et divers effets Pygmalions que j’ai dû être capable de susciter. Je suis entré dans le cercle vertueux du succès scolaire.

Comme Med’céline je n’envoie le tag sur personne mais je lirai avec plaisir celles/ceux qui se lanceront.

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27 novembre 2009

Rencontre improvisée

Vers 13h tout à l’heure j’étais au bureau en train de plier bagage en pensant vaguement à ce que j’allais faire de ma traditionnelle après-midi de liberté de vendredi quand mon portable a sonné.

C’était une amie chère, l’une des plus chères parmi mes amies chères…

Elle me dit : « Est-ce que tu serais libre, là, maintenant … »

Je le suis. Il y a un bonheur en soi à ce que les amis vous fassent signe d’eux-mêmes, viennent vers vous spontanément, de préférence par surprise et dans l’improvisation de l’instant. Cela crée une petite vague de bonheur que l’on ne ressent pas de la même façon lorsque c’est nous qui nous tournons vers eux.

Nous nous retrouvons une demi-heure plus tard dans un petit resto de mon quartier et reprenons ces grands dialogues que nous affectionnons où nous parlons de nos vies sans faux fuyants, et de nos peines de coeur aussi. Les siennes en ce moment sont extrêmes, au-delà même de la peine de cœur. Mais nous rions pourtant, l’un comme l’autre, il y a de la légèreté derrière la douleur, par moments pourtant son visage bascule, se crispe, je sens ses larmes prêtes à affleurer mais elle les retient cependant.

Vers le moment où nous allions nous quitter, comme je la raccompagnais à sa voiture dans l’après-midi déclinante, elle a sursauté tout à coup et m’a dit : « Bon sang, j’avais psy cet après-midi, j’ai oublié ». Elle est embêtée. Mais me dit : « Tant pis, ça ne fait rien ».

Bon, je pourrais me dire : je n’ai été là que parce qu’elle avait besoin d’oublier son rendez-vous, que parce qu’elle voulait éviter la confrontation avec son psy. Mais ce n’est pas ce que je me dis. Pas du tout, du tout. Je me dis que l’amitié c’est rudement beau.

Merci mon amie !

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22 novembre 2009

Contraste

Ce week-end j’ai fait une incursion au Centre Pompidou. J’y ai vu dans une proximité temporelle extrême, deux expositions on ne peut plus éloignées par les dispositions mentales qu’elles requièrent, « Soulages » et « La Subversion des Images ».

Je me pose toujours la question dans ces situations d’ailleurs. Qu’est-ce que j’induis par ces effets de contraste dans ma vision de l’une comme de l’autre expo ? Il y a des avantages pratiques, être sur place, basculer d’un monde à l’autre dans le temps qu’il faut pour traverser un couloir mais est-ce que cette rapidité n’empêche pas la trace de la première exposition de prendre toute son ampleur en nous, est-ce que nous parvenons à appréhender la seconde tout à fait hors de l’ambiance émotionnelle créé par la première ?

Cela m’a paru particulièrement flagrant cette fois. Ai-je pu laisser agir suffisamment l’ascèse de Soulages avant d’entrer dans le tourbillon des images surréalistes ?

N’est-on pas là encore dans cette culture du zapping qui nous fait passer si vite d’une chose à une autre sans nous laisser les respirations intérieures nécessaires ?

J’ai beaucoup aimé cela dit et trouvé beaucoup d’intérêt à l’une comme l’autre exposition.

J’étais à priori fort réticent à Soulages. Du noir plus noir que noir (l’outrenoir), bof ! Et je repensais à Klein et ses monochromes, archétype d’une pratique artistique qui me paraît dénuée de tout intérêt, voire quelque peu je m’en foutiste. Mais cela n’a rien à voir. L’outrenoir ce n’est pas du plus que noir. C’est, par le jeu extrêmement subtil de la matière, des stries, des épaisseurs, une façon de faire jouer la lumière reçue par le noir, de la refléter, de faire ainsi vibrer à nos yeux une clarté secrète comme transmutée par le noir. Et il y a là comme un nouveau continent de la peinture, passionnant à découvrir.

Les effets en sont parfois fort réussis. Cela dit il reste que ce n’est pas une peinture qui me touche sur le plan émotionnel ou qui déclenche ma rêverie, je suis plutôt dans une admiration du brio de la technique, de la beauté intrinsèque qui s’en dégage mais qui reste une beauté froide, mon admiration est intellectuelle plus qu’émotionnelle.

Il me semble que j’ai finalement préféré le Soulages première manière dans lequel je suis entré subjectivement plus facilement à cause des paysages imaginaires qui s’y dessinent, l’entrelacs des formes qui semblent des aplats font néanmoins apparaître des reliefs, telle tâche claire par exemple paraît comme l’amorce d’un tunnel qui s’ouvre dans la matière. L’esprit, si on le laisse en attention flottante s’y engouffre et y amorce un voyage. J’ai peu retrouvé ça dans les majestueux outrenoirs, sauf dans ceux qu’animent aussi quelques minces trouées blanches aux formes imprévisibles et au long desquelles on navigue comme sur des planches du Rorschach.

Face à l’ensemble de l’œuvre on doit en tout cas se mettre dans une attitude plutôt contemplative, on doit chercher à faire le silence intérieur pour laisser venir à nous ce qui le peut.

Dans l’exposition sur la photographie surréaliste il faut au contraire pour l’apprécier pleinement se plonger dans les évènements et même dans les anecdotes de la vie culturelle et littéraire, voire politique et sociale de l’entre deux guerre. Là aussi mon intérêt était principalement intellectuel favorisé par une scénographie intelligente et une approche thématique pertinente et qui faisait réfléchir, spécialement dans les sections sur la pulsion scopique - un thème qui fait écho en moi – et sur le modèle intérieur. Et puis il y a quelques photos qui pour le coup m’ont touché particulièrement, plusieurs de Dora Maar notamment, dont la superbe « les années nous guettent », certaines de Man Ray aussi comme « Le primat de la matière sur la pensée », longuement contemplée.

La visite à l’expo Soulages je ne l’aurai pas faite, si au café littéraire sur Gogol je n’avais pas échangé avec une amie absolument emballée, son regard s’animait et s’éclairait formidablement pendant qu’elle m’en parlait, rendant son enthousiasme communicatif. Après avoir parlé avec elle, je ne pouvais pas ne pas aller voir cette exposition, ce que n’aurait jamais déclenché le meilleur article de presse qui soit, le ressenti des affects de l’autre ça reste irremplaçable, merci à elle de m’avoir fait trouver le chemin de cette expo même si mon enthousiasme à moi s’est trouvé moins extrême que le sien.

Les années nous guettent par Dora Maar

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19 novembre 2009

Lucas Verdier

Depuis quelque temps je me cherchais un nom de plume, autre que mon nom de toile, pour mes textes adressés à l’APA, Traces que j’ai déjà déposé, comme d’autres que j’envisage de déposer un jour, un nom aussi pour publier aussi peut-être un jour. Ça y est, je me suis décidé, ce sera Lucas Verdier.

C’est un nom surgi un peu au hasard sans trop chercher. Je n’ai pas voulu me hasarder dans la recherche du nom « parfait », d’un nom qui serait comme une quintessence de mon moi. Dès que j’ai senti que la sonorité, les assonances, les images qui pouvaient en surgir m’allaient à peu près, je me suis décidé.

J’ai quand même vérifié sur 123people, non pour voir s’il y en avait, il y en a quelques uns forcément, puisque j’ai volontairement choisi un nom plutôt sobre, plutôt banal, plutôt passe-partout. Je voulais juste m’assurer qu’il n’y en avait pas dont les activités puissent conduire à des confusions gênantes. Il y a un éditeur certes qui porte ce nom (et un éditeur intéressant d’ailleurs) mais qui n’est associé heureusement à aucun prénom.

Je n’ai pas cherché de connotations particulières. A posteriori cependant je note que Lucas avait été l’un de mes pseudos dans l’organisation militante dans laquelle je m’étais investi corps et âme dans les années de l’après soixante huit. Quant à Verdier, j’y entends vert, le vert est une couleur que j’aime, le vert de la nature, celui des campagnes, des prés et des bois, le verdier c’est un oiseau aussi je crois, bref tout ça n’est pas si loin des connotations portées par Valclair.

Mais je n’ai pas envie de m’étendre, de creuser, c’est Lucas Verdier, c’est tout.

Alors bien sûr je m’interroge par rapport à cette envie longtemps affirmée de chercher à assumer l’unité de ma personne derrière mon nom d’état civil. J’ai pu rêver d’associer un jour toutes mes facettes sou un même et unique nom,  voire pourquoi pas jusque dans une page Facebook, ce que j’ai fait et été au cours de ma vie, qui je suis ou plutôt qui j’étais dans mon monde professionnel (car là, inévitablement, j’aurais attendu de ne plus en être!), qui je suis pour les « copains » et connaissances de la vie courante et de la famille, tout cela donc, tout en étant aussi ce type qui écrit et qui notamment se raconte d’une façon qui à beaucoup paraîtra bizarre pour ne pas dire quelque peu névrotique.

Or voilà que moi qui jouait déjà de deux noms, je m’en invente un troisième !

Mais double ou triple nom ne veux pas dire étanchéité absolue, barrière dressée et maintenue, style Ajar-Gary, volonté à tout crin de conserver la fiction de la personne multiple, avec l’inévitable schizophrénie qui va avec. Je peux fort bien ressentir l’unité de ma personne, ne pas la masquer d’ailleurs à ceux qui partagent différents aspects de ma vie – et c’est bien pourquoi je n’hésite pas à évoquer ce nom ici – mais choisir de me présenter différemment selon à qui je m’adresse, un peu de la même manière que je ne m’habille pas de la même façon quand je vais à une réunion professionnelle, quand je vais dîner chez Tante Charlotte ou quand je participe à une soirée littéraire. (Quoique ! J’ai tendance à m’habiller de plus en plus à peu près de la même façon quelles que soient les circonstances !)

Bon, de toute façon j’exagère un petit peu à dessein, il y a tout de même un peu plus de puissance symbolique dans l’adoption d’un nom que dans le choix de la cravate/veston et de la chemise/jeans mais enfin l’unité de la personne peut parfaitement et sereinement résister à la pluralité des noms alors va pour Lucas Verdier, va pour Valclair, et puis pour l’autre aussi…

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16 novembre 2009

Pincement de coeur

Alors, c’est quoi, ce pincement de cœur ?

Une grande et très chère amie, la plus accomplie de mes amitiés amoureuses, avec qui j’ai eu le bonheur de vivre quelques beaux weeks-ends parenthèses et dont je savais la vie engagée dans une importante et positive dynamique de changement m’a annoncé il y a peu qu’elle avait de surcroît fait une rencontre amoureuse importante.

Je le sentais à vrai dire depuis un moment, je le savais même et d’ailleurs j’en avais rêvé il y a quelques jours d’une façon très explicite. Je m’aperçois maintenant à quel point les symboles dont ce rêve était chargé reflétait de façon extraordinaire la réalité dans plusieurs de ses dimensions.

C’est étrange cette différence entre savoir au fond de soi et recevoir la nouvelle de la voix même de la personne concernée.

Comme si, lorsque l’on sait au fond de soi, on pouvait toujours ménager un petit espace au doute et se satisfaire de ce doute. Alors que là, non, ce n’est plus possible.

Mon sentiment est étrange, partagé. Je suis à la fois heureux pour elle, réellement heureux, ce ne sont pas seulement des mots, ce n’est pas une pose pour signifier je ne sais quelle grandeur d’âme, ça me semble un développement logique et bienvenu sur le chemin de changement qu’elle a entrepris depuis plusieurs années et dans lequel j’ai tenu une place, une place que, je le sais, elle n’oubliera pas.

Mais c’est aussi dans le même temps ce pincement de cœur, cette tristesse pour moi-même que je ne peux éviter.

C’est curieux ça aussi. Nous sommes géographiquement très éloignés l’un de l’autre, nous ne nous voyions que très épisodiquement et dans des conditions qui n’étaient jamais simples, faciles, notre relation était en quelque sorte principalement « virtuelle », elle n’était donc pas très « pleine » et là, alors que ce qui advient change fort peu de choses dans le concret de ma vie, j’ai tout à coup le sentiment qu’un grand « vide » s’est fait. Et c’est comme si ce vide était simplement liée à cette idée que je ne suis plus le premier, le plus important, le plus attendu. C’est terrible, tout de même, quoiqu’on veuille, de ne pas pouvoir s’empêcher de ressentir les choses sur le mode de la concurrence !

Bien sûr je suis tout à fait certain qu’elle me garde une place dans son cœur, elle veut vivre indépendante, garder son autonomie, ne pas s’installer avec ce nouvel homme, peut-être ne cédera-t-elle pas à l’exclusivisme mais j’ai très bien senti, et cela aussi je le comprends parfaitement, qu’elle accordait une priorité à ce qu’elle cherchait à construire dans la proximité de sa vie, laissant peu ou pas de place aux amitiés amoureuses telles qu’elle a pu en vivre jusque là et dans lesquelles, alors, j’avais ma place à la fois dans son cœur et dans ses bras.

La roue tourne. J’ai l’impression que plusieurs de mes amitiés amoureuses qu’elles aient conduit à l’accomplissement sexuel ou qu’elles en soient restées au désir sublimé – oh je n’en ai pas connues tant que ça !- s’éloignent insensiblement dans le mouvement même de la vie sans que d’autres ne semblent prendre le relais, et c’est de cela que je ressens une tristesse, non pas véritablement douloureuse mais langoureusement mélancolique.

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14 novembre 2009

Une heureuse surprise

J’ai été voir hier « La religieuse portugaise » d’Eugene Green. J’y allais vaguement attiré par ce qu’en dit la critique, à cause du fait aussi que ça se passe à Lisbonne qui est une ville que j’aime beaucoup (enfin je n’y ai pas été depuis 30 ans, disons que j’y ai des souvenirs très forts, j’y ai passé notamment une semaine adolescent, tout seul, mais au milieu de la frénésie révolutionnaire qui secouait la ville après la révolution des œillets). Mais j’y allais avec méfiance aussi, je n’avais guère apprécié le précédent film d’Eugene Green, « Le Pont des Arts » où je m’étais terriblement ennuyé.

Mais là, ça a été magique. Passé le petit temps d’accoutumance qu’il faut pour rentrer dans un style de film au rythme contemplatif, dont les acteurs ont un jeu et une diction très particulière, j’ai été ravi au sens propre, happé, emmené très loin et sans réticence au travers des méandres de ce conte improbable, aux accents charnels, poétiques et mystiques, auquel ne manque pas cependant une pointe d’humour. Lisbonne est en effet très présente, par ses paysages, ses gens, ses ambiances, le décor baroque de ses églises, les chansons dans les cafés à fado. A l’opposé de ces films aux caméras excessivement mouvantes, ici la caméra est lente, comme le sont les personnages qui se déplacent, s’expriment avec une sorte de tranquillité, de solennité presque qui sort leurs propos du mouvement frénétique de la vie courante et les placent comme au-dessus de celle-ci, leur conférant une densité exceptionnelle. Les cadrages très simples pourtant, les lumières, produisent des images extrêmement belles. Le jeu entre les langues, le basculement entre le français et le portugais, entre une langue moderne et une langue archaïque, arrimée à celle du 17° de siècle, de Port royal et des Lettres de la religieuse portugaise, rajoute à l’envoûtement. Beaucoup tient aux visages aussi. Ils sont filmés de près, le plus souvent frontalement, et en longs plans, qui nous laissent le temps de voir combien ils rayonnent de l’intérieur. Magnifique de ce point de vue est par exemple la scène dans le bar à fado où passent tant d’émotion, hors même du chant qui est très beau, dans la caresse de la caméra sur les visages, les regards, si divers de la chanteuse, des musiciens et de chacun des spectateurs. L’actrice principale qui est quasiment de tous les plans est excellente et d’une extrême beauté, c’est une femme vivante et charnelle mais c’est aussi une madone, filmée comme une madone, à travers laquelle s’exprime et triomphe une aspiration à l’amour qui englobe tout, amour charnel, amour mystique, amour universel, tiens, tout à coup en écrivant, alors que le contexte pourtant a si peu à voir, ça me fait penser à Etty

Ce film vient de sortir cette semaine. Dans deux salles seulement ce qui est une misère et il ne fera sûrement pas une longue carrière. Alors si ça vous dit, ne tardez pas à y aller.

Mais c’est le genre de film dans lequel il faut pouvoir rentrer. Ce qui n’est pas forcément évident et il peut alors paraître très ennuyeux, voire exaspérer. J’imagine qu’une même personne, selon son humeur préalable, peut y adhérer plus ou moins facilement. Et peut-être est-ce aussi parce que j’avais au rebord de moi un petit mais tout récent pincement de cœur, dont je reparlerai peut-être, dont je reparlerai sans doute, que, me trouvant en état de grande réceptivité émotionnelle, j’ai pu entrer aussi bien dans ce film et ressortir du cinéma avec une sorte d’allégresse dont j’avais bien besoin, celle à laquelle conduit la confrontation toute simple à la beauté.

religieuse_portugaise

leonor_baldaque

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10 novembre 2009

Un week-end très culturel

Mon dernier week-end a été très rempli d’activités culturelles diverses. On va dire qu’il était riche donc…

J’ai été voir à la Cité de l’Architecture à Chaillot l’exposition issue de la consultation des équipes d’urbanistes et d’architectes travaillant sur le projet du Grand Paris, exposition symboliquement installée dans une des galeries historiques du musée afin de faire ressentir aux visiteurs que la démarche de réflexion sur le futur de l’agglomération ne peut s’envisager qu’articulé avec son précieux passé.

Les projets des diverses équipes sont très différents mais les constats sont largement similaires, ils pointent tous les contrastes excessifs entre l’intra périphérique et son au-delà, la nécessité de faire sauter ce verrou administratif et psychologique qu’est ce mur de Berlin dans les têtes, la nécessité absolue de créer des systèmes de transports concentriques pour décongestionner le cœur parisien comme celle de créer du lien dans des espaces qui sont déstructurés par le passage des axes de transport. Les enjeux en tous cas apparaissent clairement et sont d’une formidable ampleur, ce que ne réalisent pas ou peu les parisiens de l’intérieur que nous sommes.

Chaque matin à 7 heures quand j’aborde doucettement mon petit déjeuner avant de me rendre à pied à mon bureau, j’entends les commentateurs de France Inter qui indiquent le kilométrage des bouchons. A quel heure les gens se sont-ils levés ! Et il y au même moment des milliers de gens entassés dans les trains et les RER filant (ou pas, selon les conditions du trafic, des pannes ou des grèves) vers le cœur de Paris, quand bien même ce ne serait que pour y transiter. Il est clair que la question du transport est la plus cruciale, la plus urgente, et la mise en place de systèmes concentriques, évitant l’obligation de passer par le cœur de la cité est forcément présent dans tous les projets.

Au delà les réponses diffèrent et je serais bien en peine de pencher pour telle ou telle d’autant que le quartier libre donné aux équipes dans leur façon de présenter leurs projets ne facilite pas les comparaisons. Celles qui visant à contenir l’agglomération dans une superficie raisonnable me paraissent cependant plus fortes que celles qui voudraient la faire s’étendre considérablement, par exemple tout au long du Val de Seine de Paris au Havre. Quelques projets m’ont plus accrochés que d’autres, ceux de l’équipe Portzamparc, ceux de l’équipe Castro mais peut-être est-ce seulement parce que leur façon de communiquer et d’expliciter leurs choix était meilleure.

Maintenant je ne sais trop ce qu’il en résultera, les pesanteurs, les féodalités diverses et la crise par-dessus le marché sont de nature à réduire les ambitions des politiques, Nouvel a poussé récemment un sérieux coup de gueule là-dessus.

Au moment où je suis sorti de l’exposition, il y avait une belle éclaircie sur Paris, un ciel magnifique sur la Seine, sur la Tour Eiffel et, au-delà, sur les dômes et les toits de la rive gauche. Mais l’esplanade, outre ses habituels touristes se prenant en plate photo en pied devant la Tour et les dizaines de vendeurs de babioles diverses, était envahie par deux manifestations disparates, un groupe de tamouls protestant contre la répression au Sri Lanka, des gens venaient déposer des fleurs auprès d’une grande photo au décor très bollywoodien et aux couleurs léchées d’un personnage qui devait être un martyr de la cause, tandis qu’un peu plus loin, dans une ambiance plus échevelée, des guinéens protestaient contre la récente et sanglante répression dans leur pays. Je suis passé là devant, je ne saurais que dire ou que faire à l’égard de ces conflits que je connais à peine et que je sais pourtant bien réels, c’est juste comme une piqûre de rappel des malheurs du monde, juste de quoi faire saigner un peu ma mauvaise conscience.

Ensuite je suis descendu jusqu’au quai, je me suis promené dans l’exposition de photographes du monde installée devant le Musée du Quai Branly. Là aussi quelle variété ! Il faudrait s’arrêter, prendre le temps d’essayer de rentrer dans ces diverses approches et visions du monde. Mais voici que la nuit tombe, le vent, le froid se mettent de la partie, il recommence à pleuvoir, alors je n’insiste pas, je me contente de mon zapping, de mon survol non sans en ressentir une certaine frustration.

Le soir j’ai assisté à une séance de théâtre d’appartement où William della Rocca, qui continue son extraordinaire projet de donner en one man show la quasi intégralité du texte des Confessions de Rousseau. A chacun des livres des Confessions correspond un spectacle, il s’agissait ici du 6° livre, le bonheur aux Charmettes, l’étude, les soucis de santé, le voyage à Montpellier et la rencontre avec Madame de Jarnage, le retour à Chambéry et la douleur de se voir remplacé dans le cœur de « Maman », le séjour à Lyon puis le départ à Paris pour y présenter son système de musique. Le secret de la réussite tient à la façon dont William della Rocca investit le texte, la voix nouée, les larmes au bord des yeux, on croirait vraiment avoir en face de soi Rousseau lui-même revisitant, l’âge venu, ses bonheurs et ses douleurs d’autrefois. J’avais entraîné Constance dans l’aventure, un peu réticente au départ, se demandant comment deux heures de monologue d’un texte qui ne paraît pas à priori particulièrement théâtral pouvait ne pas être ennuyeux. Elle est sortie de là enthousiaste et m’a dit n’avoir pas décroché un instant. Le moment convivial qui suit ou les spectateurs et l’acteur échangent autour d’un buffet rajoute au charme de ce genre de soirée.

Dimanche au cinéma j’ai vu « Irène » d’Alain Cavalier. Le film m’a un peu fait bailler et en même temps j’y ai trouvé des choses formidables, plus nombreuses d’ailleurs à mesure que le film avance. Ça mériterait une note sur l’intérêt et les qualités ou faiblesses intrinsèques du film mais plus encore sur le rapport que j’ai entretenu avec lui, qui tient peut-être à une certaine lassitude que j’éprouve ces derniers temps face à la mise en mots de soi, laquelle a sans doute un rapport avec ma moindre appétence à écrire dans ce registre pour moi-même ces derniers temps.

Enfin j’ai participé à un café littéraire autour de Gogol. J’ai retrouvé l’équipe qui animait l’an dernier et avec laquelle j’avais participé entre autres à des soirées Vailland, Ernaux ou Vian. Le lieu a changé, la formule est un peu modifiée, plus structurée mais toujours basée sur des lectures faites par des participants eux-même . Je n’avais pas participé à ce café depuis plusieurs mois et cette fois je n’étais là qu’en spectateur. L’ambiance était chaleureuse, les lecteurs talentueux, les discussions avec la salle le plus souvent intéressantes même si il y a eu quelques débordements à partir de propos par trop généralistes qui font vite basculer vers des discussions de café de commerce. Un jeune violoniste s’est gentiment imposé pendant l’entracte puis a continué à faire l’ambiance pendant le dîner russe qui a suivi et auquel je suis resté, j’étais très content de retrouver cette bande.

Donc riche week-end en effet…

Et pourtant je méditais ! Je me disais que cette accumulation était heureuse mais que ce défilement accéléré était aussi générateur d’une certaine frustration. J’ai besoin il me semble de plus en plus souvent de lenteur, de temps de latence pour me recentrer moi dans le mouvement et les sollicitations. Et je me disais qu’à tout prendre j’avais plus besoin encore du ressac de la mer, du vent dans les arbres, de sentir mon corps vivant et présent à la nature et aux éléments. Les deux temps sont indispensables bien sûr mais j’ai de façon de plus en plus nette conscience de celui qui au final est le plus essentiel.

05 novembre 2009

Nom de noms!

C’était étrange. Je me suis éveillé l’autre jour avec ce nom dans la tête : Xavier Lepage. D’où venait ce nom ? D’un rêve ? Mais alors d’où venait le rêve de Xavier Lepage ? En tout cas je ne connais personne qui s’appelle ainsi, et même en recomposant le nom, en jouant des anagrammes, je ne vois pas.

En même temps, il y avait dans cet éveil des pensées autour de ce que j’écris, de l’anonymat, du nom de plume. Le texte « Traces » que j’ai déposé à l’APA a donné lieu, après un écho de lecture que j’avais refusé, à un autre dans lequel cette fois je me suis bien mieux retrouvé et qui sera donc publié dans le prochain volume du Garde mémoire de l’Association. En plus il est vaguement question que je retravaille une partie de ce texte et que je le donne à une maison d’édition amie qui est intéressée. Je n’ai pas encore décidé sous quel nom d’auteur présenter « Traces ». Au départ j’étais parti sur l’idée de le signer des initiales de mon nom réel. Mais finalement cette demi mesure ne me satisfait pas. Ça fait bizarre un texte signé d’initiales ! Il me faut soit assumer mon nom, soit prendre un pseudonyme. Le nom imprimé c’est autre chose qu’un nom sur internet, dont on peut changer comme de chemise, il faut que je me décide en sachant que c’est cette fois une décision de long terme que je prends.

Trouver un pseudo n’est pas évident. Une fois épuisé les anagrammes de son nom (je n’ai rien trouvé de bien sonnant à partir du mien) on se lance dans des élucubrations variées cherchant à jouer des sonorités, des évocations, voire des symboles. On finit à ce jeu par gonfler de sens le nom à choisir, au point de l’excéder, de le saturer. (C’est un peu ainsi que j’avais procédé pour Valclair aux symboliques transparentes dont au demeurant je suis satisfait mais Valclair n’a pas de prénom et puis c’est mon nom en ligne, ce ne peut être mon nom de plume).

Alors pourquoi pas au contraire un nom neutre, le plus neutre possible ?

Et c’est là que le lien entre mes deux songeries nocturnes s’est fait.

Pourquoi pas ce Xavier Lepage surgi de nulle part ? Je ne l’aime pas trop ce nom ! Je n’aime pas en particulier le prénom Xavier. Mais après tout, son nom, on ne le choisit pas ! Il vous tombe dessus. Alors puisqu’il m’en tombe un dessus, envoyé cette fois non par les ascendants mais par les petits dieux de la nuit, pourquoi ne pas l’adopter sans autre forme de procès. Sur le moment j’ai été convaincu. Je me suis dit Xavier Lepage, Xavier Lepage, bravo, vive Xavier Lepage, ça me va très bien, tope là, l’affaire est faite…

Mais quelques heures plus tard, passé l’euphorie des pensées exaltées du réveil ce n’était déjà plus pareil. Non décidément je ne le sentais pas ce Xavier Lepage, Xavier surtout. Je ne le voyais pas en haut de l’affiche (enfin, disons, en haut de l’articulet, de la brochurette, du livre à diffusion confidentielle) et surtout je ne me voyais pas avec lui. Donc exit Xavier Lepage, aussi vite qu’il avait débarqué.

Mais j’ai envie de garder la méthode, de noter des noms qui me traversent l’esprit, qui surgissent comme ça sans trop que je sache pourquoi. Evidemment, si je suis dans l’attente, il va en surgir plus mais peut-être moins spontanés. Mais du moment que je ne cherche pas à leur attribuer du sens, que je me contente de les appréhender comme sonorité, comme forme, je peux essayer. Je ne sais si c’est possible d’en rester là, si je ne vais pas les charger de sens, même à mon corps défendant, influençant le ressenti premier. Deux autres noms en tout cas ont surgi depuis, Lucas Salvator, Lucas Marinier, va-t-en savoir d’où venu ces deux là aussi…

Je n’en tire rien pour l’instant. Je n’ai même pas encore décidé si vraiment je voulais un pseudonyme ou si je voulais assumer mon nom c’est à dire plus exactement le mouiller de mes mots, me mouiller de mes mots.

Posté par Valclair à 21:54 - Ecriture, diarisme et blogosphère - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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