Je n’ai pas souvent pris mon petit carnet au sortir de mes rêves ces derniers temps. Il y en a eu trop peu qui avaient suffisamment de relief ou d’étrangeté pour que je fasse l’effort de tenter de les accrocher.

Deux tout de même ont eu droit au carnet à quelques jours d’intervalle et j’ai pris plaisir à les retranscrire:

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J’erre dans des couloirs. Je suis à la recherche de Strauss-Kahn avec qui j’ai rendez-vous, il y a plusieurs immeubles qui communiquent entre eux, on ne sait pas dans lequel il est, j’erre dans les couloirs en me sentant un peu perdu. Je me retrouve dans une pièce vide et blanche, sur une sorte de plate-forme très élevée, comme le haut d’une armoire avec le plafond proche au-dessus de ma tête, je ne peux pas me tenir debout, je suis à quatre pattes. Sur le plancher de la pièce qui est une sorte de marigot peu profond se balade un crocodile menaçant, qui m’a manifestement repéré. Il faut que je l’éloigne pour tenter de fuir. J’ai deux concombres à portée de la main, je vais essayer d’attirer son attention en envoyant l’un de ces concombres au bout le plus éloigné de la pièce par rapport à moi. J’observe, je soupèse mes concombres, j’hésite beaucoup sur celui que je dois envoyer, lequel serait le plus susceptible de l’attirer, je cherche le plus brillant, le plus luisant, le plus croquant. Je me décide, je fais de grands moulinets de la main avec le concombre choisi et le lance. Il tombe assez loin sur le sol, qui est un vulgaire parquet, il n’y a plus d’eau. Le crocodile ne bouge pas, on dirait qu’il n’a même rien vu. Je me demande si je dois tenter quand même une sortie. Il y a des tuyaux qui descendent du plafond auxquels je pourrais me suspendre puis tenter d’un bond d’atteindre la porte. J’ai peur que le tuyau ne lâche sous mon poids. Je me dis que je pourrais crier, qu’on m’entendrait peut-être, qu’on viendrait peut-être à mon secours. Mais non je ne dois pas, il faut que je m’en sorte seul. Je suis dans les affres de l’hésitation quand je m’éveille…

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Je suis chez moi, dans ma chambre, seul. Mais c’est un chez moi qui m’évoque plutôt l’appartement de mes parents lorsque j’étais adolescent. J’entends du bruit, venant d’autres pièces, des gens qui arrivent et qu’il faut loger semble-t-il. Quelqu’un entre dans ma chambre, silencieusement, il n’allume pas, moi non plus, je fais semblant de dormir. Je ne le vois pas, mais je sens que c’est un jeune homme. Je devine qu’il se déshabille, qu’il se glisse dans le lit près de moi. Il s’approche mais ne me touche pas. Il me parle. C’est un jeune, un militant récent. Il me demande qui je suis, quel est mon pseudo, avec un certain respect, pour quelqu’un dont il devine qu’il est un ancien, un « responsable ». Je réponds « Valclair » et tout de suite après je me dis que ça ne doit rien lui dire, que je me suis pris les pieds dans mes pseudos, ceux d’aujourd'hui et ceux d’autrefois. Je sens qu’il s’approche, il a envie de me toucher. Je pense : « ah, quel dommage, si au moins ils m’avaient envoyé une fille ». Puis je me dis : « je ne veux pas du sexe et de la bouche mais quand même des caresses ça me ferait du bien ». Alors je me glisse sur le jeune homme, je commence à caresser son torse mais j’éjacule immédiatement et me dis « merde, c’est bien la peine, j’aurais quand même voulu en profiter un peu plus »…

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C’est rarissime que mes rêves sexuels aient une connotation homosexuelle. Y a pas, je préfère voir surgir de jolies demoiselles dans mes nuits ! Mais c’est surtout cette éjaculation avant que rien ne se passe qui m’a rendu ce rêve désagréable. Ça c’est vraiment de l’éjaculation plus que précoce ! Décidément faut croire qu’il y a quelque chose qui me travaille dans ces bouquins de Gary dont je parlais l’autre jour, que ce soit autour du pseudonymat ou autour de la sénescence sexuelle.

J’ai saisi ces deux rêves sur mon ordinateur avant hier. Je n’étais pas trop décidé à les mettre en ligne, me disant « je vais gaver mes lecteurs avec mes rêves encore », et puis ils évoquent des choses que l’on ne claironne pas forcément à la cantonade. Mais hier après-midi, j’ai eu le plaisir de passer un moment avec une de mes amies du net, l’une des plus chères, et je lui ai raconté le rêve du crocodile. Elle a tellement ri ! Alors je me suis dit : pourquoi ne pas le partager ?

Car décidément quelles drôles d’image va chercher notre subconscient, des images qu’on serait bien en peine de sortir de notre imagination éveillée. L’inventivité de la nuit est réjouissante même si les images ont un aspect un peu cauchemardesque. Bien sûr je vois à quoi cette gueule de croco menaçante et ces concombres feraient penser à tout psy, à l’esprit, par profession, mal tourné ! Je laisse quant à moi flotter au rebord de ma conscience les interprétations possibles en me contentant de me régaler de l’incongruité de l’image.