J’aime bien de temps en temps faire un saut chez mon ami Nuages et me promener dans les belles photos qu’il nous met en ligne. Les saisons d’Avioth, le lieu ardennais où il aime se ressourcer, des photos de ses voyages nombreux sortant de la banalité du cliché touristique, des photos aussi sur des lieux et à des moments où il se passait des évènements et qui sont de véritables reportages (la Russie au moment du putsch de 1991, une manif pro Le Pen un 1° mai à Paris…)

Ce ne sont pas des photos au jour le jour, la chronologie n’est pas respectée quoique les dates soient minutieusement données. Ce sont des plongées dans différentes strates du passé et qui nous disent des choses sur l’époque où elles ont été prises et aussi sur le regard du voyageur, formant ainsi par ricochet une entreprise autobiographique sous une forme inhabituelle.

A l’origine ce sont des diapositives que Nuages met à jour peu à peu, qu’il numérise et fait revivre, entreprise louable quand on imagine la patience qu’il faut pour explorer des boîtes que l’on devine innombrables.

Ah les séances diapos retour du vacances lointaines, ce must irrépressiblement ennuyeux des soirées entre couples amis dans les années 70-80 ! Mais là c’est autre chose, les photos ne s’attardent pas sur les beaux paysages, elles cherchent plutôt à accrocher le détail significatif qui à vingt ans, trente ans de distance font sens et éclairent notre histoire.

Jusque là les photos mises en ligne par Nuages étaient avares de personnages, en tout cas avare, par force, de la présence de leur auteur. Or depuis quelque temps il exhume des photos plus anciennes faites par son père et dans lesquelles le petit garçon est présent ainsi que sa mère. La datation, le lieu, quelques brefs commentaires fait par le cinquantenaire d’aujourd'hui donnent toute leur signification, tout leur épaisseur aux clichés d’autrefois.

Je crois me voir dans ces images et c’est extrêmement troublant. A trois quatre années près c’est le même petit garçon aux cheveux châtains, avec le même petit air sage et sérieux. Ce sont les mêmes types de vacances entre les deux parents (et pour moi aussi entre les grands parents) donc avec des adultes ou des personnes âgées mais sans camarade ou cousins de mon âge. Certes j’ai eu moi une sœur et sur beaucoup de clichés familiaux il y a les deux enfants. Mais nous avions un écart d’âge qui fait que nous n’avons jamais été proches, j’étais déjà un grand garçon quand elle n’était qu’un bébé, puis une petite fille pas bien intéressante pour un garçon raisonneur qui jouait au grand. Alors je me retrouve tellement dans cet air parfois un peu triste, au delà des sourires photographiques, de l’enfant aimé mais solitaire, de l’enfant de famille étriqué, plus à l’aise au milieu des adultes qu’au milieu de ses pairs et auquel a manqué la socialisation par les fratries et les cousinades. Je n’idéalise rien, je sais que les grandes familles peuvent être aussi porteuses de traumatismes redoutables pour ceux qui ne parviennent à faire leur place, n’empêche globalement ça m’a manqué même si je n’en avais pas conscience sur le moment et je jurerai à le voir si semblable à moi-même qu’elle a manqué à Nuages aussi.