Je m’aperçois que ça fait lurette que je n’ai pas parlé cinéma, tenu mon petit mémento, ne serait-ce que pour pouvoir retrouver pour moi ce que j’ai vu.

Rien à vrai dire dans ce que j’ai vu ces derniers temps que j’ai détesté mais rien non plus qui m’ait enthousiasmé ou profondément ému et marqué, rien qui restera fortement en moi. Est-ce que je deviendrais moins bon public ? Est-ce une certaine lassitude fasse à la consommation culturelle quand elle n’est que consommation ? Est-ce que mon climat intérieur, pas toujours au top ces derniers temps, a déteint sur mon appréciation des films ? (Je crois beaucoup à ça, je suis certain que, dans les bornes bien sûr d’une certaine qualité objective, je peux avoir d’un film une appréciation très différente selon mon propre état intérieur et ma disponibilité d’esprit au moment où je le vois).

Depuis ma dernière recension j’ai vu :

« L’Arnacoeur » : Bof, bof ! On ne passe pas un mauvais moment mais c’est tout. Vanessa Paradis me parait une actrice plutôt faible et Duris a été parfois bien meilleur.

« Tout ce qui brille » : Bof ! L’idée de base du scénario m’a paru intéressante mais j’ai ressenti ensuite beaucoup de fausseté, d’artificialité, j’ai eu l’impression que rien ne collait vraiment dans les personnages et dans leurs rapports.

« Soul kitchen » : Oui, j’ai mal ri, mais après. Peut-être ce film mineur souffre-t-il de la comparaison avec « De l’autre côté », film magnifique du même cinéaste ce qui crée forcément des attentes démesurées.

« Les invités de mon père » : Idem, de bonnes choses, de bons moments, des acteurs plaisants, mais qu’en restera-t-il ?

« Le mariage à trois » : Bof. Ou plutôt je suis très partagé. Je suis un peu exaspéré par le petit monde bobo-arty des personnages, par leurs coupages de cheveux en quatre sentimentaux et sexuels. Les hommes du film surtout me sont déplaisants, par leur fatuité et leur arrogance, une forme de machisme en fait, donc j’ai bien du mal à compatir à leurs errances sentimentales. J’ai plus d’empathie pour les femmes. Est-ce parce que ce sont des femmes tout simplement ? Cela dit il reste que la circulation des désirs est remarquablement mise en scène, il y a des émotions magnifiquement saisies dans des visages, des regards, des mouvements, par exemple dans cette scène où Auguste et Harriet se tournent autour, sous la poutre d’une pièce, Et puis Julie Depardieu dans sa petite robe boutonnée est d’une constante et frémissante sensualité.

« Huit fois debout » : ça j’aurais aimé pouvoir apprécier plus. Mais je suis resté un peu à côté, aux limites de l’ennui. Les acteurs sont pourtant excellents, Julie Gayet et Denis Podalydès confèrent aux personnages un peu lunaires et mal adaptés à la société qu’ils interprètent, une présence émouvante et chaleureuse. Mais le film m’a plutôt déprimé, alors pourtant que le regard porté sur les personnages est d’une grande tendresse, qu’il émane une sorte de douceur de la vie décalée des personnages malgré toutes leurs galères et que le film se termine sur un semi happy end. Voilà typiquement un film que j’aurais peut-être accueilli tout différemment à un autre moment. En tout cas c’est un film valable, c’est un film à faire vivre, allez donc le voir dans le petit nombre de salles où il est encore montré.

« Mammuth » : C’est le film que j’ai le plus apprécié dans cette dernière période. On rit beaucoup (admirable Yolande Moreau ! Il suffit qu’elle apparaisse pour déclencher le rire. Tout en étant profondément humaine et émouvante). Le film gagne en intensité et en émotion à mesure qu’il avance. Ce n’est plus seulement un road movie assez drôle et une évocation pleine d’empathie de petites gens de la France d’en bas dans le contexte difficile d’aujourd'hui. Il y a une vraie tendresse dans le regard porté sur les personnages. Ce gros lourdaud de Serge est bourré d’amour et se révèle un vrai poète dans l’âme. La rencontre avec sa nièce déjantée est décisive, elle fait basculer Serge dans une autre dimension de lui-même (et pourtant scènes improbables, casse-gueule, pendant un moment on se dit : ou tout ça nous mène-t-il ?!). La scène de retrouvailles entre Serge et sa femme est très émouvante et plus encore peut-être cette scène magnifique où il va passer le bac et écrit un court texte, un poème amoureux sans aucun rapport avec le sujet mais signe de sa profonde humanité. Ma seule réserve concerne les scènes évoquant l’amour perdu, les apparitions spectrales d’Adjani qui ne passent pas très bien, peut-être y aurait-il eu d’autre façon d’évoquer le persistant souvenir d’un amour perdu, cette faille toujours saignante au cœur de Serge.

Remontant dans mes précédents billets je m’aperçois que je n’avais rien dit, contrairement à ce que je croyais, de « Une éducation » et de « The Ghost writer » vus il y a déjà plus longtemps. Très bons tout les deux, plus encore le second que le premier. Pour le coup j’avais totalement adhéré, j’étais complètement entré dans l’un et l’autre film. Mais, même s’ils restent globalement fortement en moi les souvenirs détaillés précis se sont trop effacés pour que je puisse écrire maintenant à leur sujet les billets qu’ils auraient mérités.

Huit_fois_debout

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Mariage___trois_2

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Mammuth

Des couples de cinéma. Si magnifiquement dissemblables!