Bon, je sais, en principe j’avais décidé, quoique déjà avec quelques doutes !

Le dossier est déposé. Officiellement je pars en retraite le 2 novembre 2010 !

Mais on me dit aussi : Prolonger est encore possible.

La hiérarchie, sans faire à proprement parler pression, me laisse entendre que ce serait bien que je termine l’année scolaire, ce qui, de son point de vue se défend. Mes collègues eux sont plus directs et tentent activement de me convaincre de rester. D’autres amis et connaissances m’incitent aussi à faire quelques mois de plus (n’est ce pas Samantdi ?)

Mon envie de tourner la page est pourtant très forte. Je pense à cette jouissance formidable du moment où je pourrai dire : allez ciao, je vous laisse ! Continuez sans moi, merci ! Plus de couleuvres à avaler, plus de langue de bois, plus de situations parfois kafkaiennes générées par diverses absurdités du système ou plus encore par des conflits d’ego ou de bagarres de territoires dans les sphères qui sont au-dessus de moi. Me dire que je reprends ma liberté de façon complète. Que je n’ai plus à me soucier de ceci ou de cela qui m’ennuie profondément. Que c’est moi maintenant qui choisis tout à fait ce que je veux faire, les projets auxquels je veux me consacrer. Plus de licol, la laisse fût-elle lâche ! C’est le loup et le chien !

Je repense à Montaigne se retirant : « Agé de trente-huit ans, lassé depuis longtemps déjà de sa servitude du Parlement et des charges publiques, en pleine force encore, se retira dans le sein des doctes vierges ou, en repos et en sécurité, passera les jours qui lui restent… ».

Certes je n’ai pas Les Essais à écrire ! Et j’ai beaucoup plus de trente huit ans ! Enfin avec l’allongement de la durée de la vie ! Quoique les statistiques ne sont que des statistiques et on ne sait de quoi notre demain sera fait ! Bref rien de ce côté-là qui puisse pousser à la décision dans un sens ou un autre !

Mais donc autant j’ai cette envie profonde de liberté, autant je ne suis pas gêné à l’égard de la hiérarchie, autant je me sens au contraire un peu mal à l’aise vis-à-vis du service local que je pilote et de l’équipe avec laquelle je travaille au quotidien. Je me sens gêné de partir au milieu du gué, d’autant que nous devrions avoir à faire face l’an prochain à diverses turbulences. Et puis l’organisation que nous avions imaginé avec certains collègues pour organiser la transition avant la nomination officielle de mon successeur qui ne pourra intervenir qu’à la rentrée scolaire 2011, ne semble pas pouvoir se mettre en place. En partant ainsi, comme si je n’en avais plus rien à faire, j’invalide quelquepart mon propre travail.

En y réfléchissant je me demande si ma réaction n’est pas un peu trop affective, générée certes par une lassitude d’ensemble, par l’envie d’autre chose mais aussi par l’idée un peu puérile de la jouissance de l’instant, celle que j’aurais au moment de dire : « c’est la quille ! »

Je ne peux pas vraiment dire que je déteste ce que je fais, certaines contraintes et répétitivités me sont pénibles et je suis lassé. Mais j’ai aussi encore certaines satisfactions dans mon travail. Je peux même dire qu’il y a eu, il y a déjà bien longtemps, des périodes de ma vie professionnelle où je vivais mon travail bien plus mal que maintenant. C’est alors que j’aurais dû partir pour faire un autre métier mais ça c’est une autre histoire !

Mes conditions de travail n’ont rien de monstrueuses. Mes horaires ne sont pas démentiels et j’ai une liberté d’organisation de mon emploi du temps assez large. Je n’ai à rendre compte à personne si je prends une journée par ci ou une journée par là du moment que je fais le boulot. Le climat dans le service est bon alors que j’ai connu à d’autres moments des équipes bien plus difficiles. Je serai parti alors avec beaucoup moins d’états d’âme.

Il est certain que l’insistance actuelle de mes collègues pour que je ne parte pas, la reconnaissance de mon travail qu’ils manifestent ainsi, l’appréciation positive qu’ils ont de moi et du travail que nous faisons ensemble me va droit au cœur et contribue sérieusement à faire pencher la balance pour que je reste quelques mois de plus.

J'ai vraiment l'impression que c'est ça qui pèse, plus qu'une certaine angoisse du vide que j'ai pu évoquer aussi à certains moments, l'angoisse de ne plus avoir la béquille du travail obligé et cadré. Ça, pour le moment du moins, ça m’est totalement étranger.

En tout cas décision impérative et cette fois irrévocable dans les tous prochains jours, avant la dispersion estivale !

En écrivant, je crois que je me suis convaincu !