Canicule et cinéma font bon ménage. Le repli dans les salles obscures est bienvenu quand le temps devient terriblement étouffant comme il l’a été à Paris la semaine dernière.

En plus c’était la fête du cinéma qui permet pendant une semaine, après avoir vu un film au tarif normal, de voir tous les autres pour 3€. A partir du milieu de semaine mon emploi du temps s’est fait plus léger, j’ai pu quitter le bureau pour atteindre les salles pour les séances de 16h et je me suis donc fait une bonne ventrée de films, complétée ce week-end.

Il y a un tel afflux sur les écrans qu’il y a beaucoup de films, certains un peu fragiles, un peu confidentiels, dont on se dit qu’on aimerait les découvrir et, ce faisant, les soutenir, mais qui disparaissent des écrans avec qu’on ait eu le temps de les voir…

Voici ceux que j'ai pu voir, pas dans l'ordre où je les ai vus mais du moins au plus intéressant :

A cinq heures de Paris : Hum… Sympathique, gentillet, on sourit et même on s’émeut un peu, notamment devant le personnage du héros (anti-héros) principal, un tendre looser mais enfin ça ne va pas bien loin ;

Policier, adjectif : j’ai modérément apprécié, je m’y suis terriblement ennuyé, la filature quasi en temps réel m’a fait cligner des yeux. Cette lenteur est évidemment voulue et a pour fonction de faire ressentir intimement toute la pesanteur de la situation, l’ennui qui sourd de cette petite ville roumaine. Mais il y a un grand moment, l’affrontement verbal entre le jeune flic et son chef qui pose mine de rien et d’une façon tout à fait inhabituelle et là sans ennuyer du tout, des questions fondamentales sur la responsabilité, la conscience, l’obéissance aux ordres et qui donne au film une véritable profondeur ;

Les mains en l’air : C’est un film pour le coup tonique et optimiste qui s’inscrit dans l’actualité des expulsions d’étrangers et de la résistance opposé dans certaines écoles grâce aux militants du réseau éducation sans frontière. Une famille intello de gauche bon teint accueille une petite fille tchétchène. La vie quotidienne de la famille élargie est décrite avec sensibilité et vue au travers du regard des enfants. Une amourette se noue entre deux d’entre eux. Devant la menace d’expulsion les enfants fuguent et se cachent dans les sous-sols de l’école. Les jeunes acteurs sont formidables. Tout ça est parfois un peu trop pétri de bons sentiments gauche parisienne branchée mais ça ne fait rien c’est un film plaisant, sensible et de toute façon bienvenu ;

Année bissextile. C’est un film poignant sur la solitude. Une jeune femme mexicaine, de la petite classe moyenne, à la peau sombre (origine indienne ?), au corps lourd et pas très attirant, pigiste dans des journaux économiques, vit isolée et solitaire à Mexico, loin de sa ville natale. On la suit dans son appartement sans jamais sortir de ce huis clos pesant. Son visage, tout son corps sont marqués de désespérance. Elle reçoit parfois des hommes qu’elle drague en boîte mais dont les étreintes mécaniques ne lui font ressentir que plus cruellement sa solitude. Les choses changent lorsqu’elle rencontre un homme aux penchants sadiques. Elle se sent une forte attirance pour cette sexualité, fait tout pour revoir cet homme, l’attend à chaque fois de façon de plus en plus fébrile, le conduit vers des scénarios de plus en plus risqués. Après les sévices cependant des sourires sur les visages, une tendresse qui s’instaure montrent que les personnes se mettent à exister l’une pour l’autre. Mais il ne s’agit pas de jeux, du moins pour la femme, on n’est pas là dans un plaisant théâtre gentiment ou même férocement sado-masochiste. On est dans une question, littéralement, de vie ou de mort. La femme prend peu à peu le pouvoir et on sent que l’homme, dépossédé, s’en effarouche. Sans que ce soit appuyé on peut deviner derrière la désespérance de la femme et derrière la marque rouge, sanglante, qu’elle inscrit à son calendrier à la date du 29 février des causes plus profondes que la médiocrité de sa vie, liées à des traumatismes d’enfance. Et, pour ce jour marqué, le scénario qu’elle propose à son amant, tout en le branlant et en jouissant intensément elle-même à l’imagination qu’elle s’en fait, est glaçant;

Les mains libres : on y assiste au travail d’une documentariste qui intervient en milieu carcéral. Elle réalise un film dans lequel elle s’efforce de faire raconter à des prisonniers leur propre histoire, une façon de les aider à se la réapproprier. Ces récits sont basés sur des entretiens réels effectués par la réalisatrice pour un film qu’elle avait entrepris. C’est à cette occasion qu’elle a noué dans la vie réelle une relation amoureuse très forte avec un des détenus et qu’elle s’est trouvée entraînée à commettre des actes illégaux qui ont conduit à son éviction de la prison et à l’abandon du film d’origine. Elle y revient aujourd'hui mais pour raconter l’histoire de cette passion. Ce qui rend ce film particulièrement émouvant c’est qu’il est dédié au véritable Michel, dont on voit la photo en générique de fin et dont on apprend qu’il s’est tué en moto un an après sa sortie de prison. Les deux acteurs principaux sont formidables, Ronit Elkabetz en particulier. De l’échange de quelques regards et de brèves caresses camouflées entre les amoureux empêchés se dégage une sensualité extraordinaire. Décidément cette femme, dont le type de beauté n’est pourtant pas spécialement de celles qui m’attirent, spontanément possède une présence physique, charnelle qui m’émeut particulièrement (je me souviens d’elle notamment dans La visite de la fanfare ou dans Mariage tardif).

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