Le train me ramène vers Paris après mon séjour éclair.

Le car tout à l’heure m’a conduit à Toulouse. Pendant les deux heures que j’avais à tuer en attendant l’heure du train, (affreuse d’expression « tuer les heures », « tuer le temps », ces heures, ce temps, qui nous manquent tant, qui nous filent entre les doigts !). Plutôt que de rester dans le triste quartier de la gare, j’ai été me poser sur une terrasse paisible derrière Saint Sernin, il faisait doux, j’avais devant moi l’harmonie de formes et de couleurs du chevet de l’abbatiale, c’étaient deux bonnes heures bien agréables finalement, pas du tout des heures à tuer !

Le train longe le canal latéral à la Garonne, à l’approche d’une petite ville, des pêcheurs s’affairent, le disque du soleil qui décline se reflète dans le canal. Un peu plus tard nous dépassons Langon. C’est le Sauternais peut-être ces vignes mordorées par le soleil couchant sur fond d’une ligne de pins. Je pense à la terrasse de Malagar, ce lieu de basculement entre le monde de la forêt et le monde de la vigne, me reviennent des effluves mauriaciennes et, tout différent que cela soit, je pense à ma maison aussi, à son enracinement dans son terroir, à mes propres enracinements.

Dans la maison d’ailleurs les travaux ont avancé, mais moins que j’espérais. Je pensais pouvoir dormir sur place mais ça n’a pas été possible : le studio du rez-de-chaussée que nous utilisions jusque là a été reloué et les étages ne sont pas encore en état. J’ai donc dormi chez ma cousine. Dans la journée, dans les creux entre mes rendez-vous, je m’étais installé un poste de travail pour le moins sommaire, trois chaises, une pour m’asseoir, une pour poser mes dossiers, une sur laquelle m’appuyer pour écrire et faire mes comptes. Ça avait un côté bizarre d’être posé là, dans cette grande maison, dans ce vide, dans des moments d’attente, de suspens, avec la lumière dorée filtrant de l’extérieur.

Je n’ai pas eu le temps de travailler dans le jardin. Tout de même, je ne pouvais manquer d’aller au figuier, croulant de fruits, paradis des merles. J’ai sélectionné quelques figues, parmi les plus belles, qui auraient été prêtes à être gobées au décroché de l’arbre mais que je veux porter à mon père demain matin, j’espère qu’elles ne perdront pas trop de leur soleil et de leur suc en chemin…

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