Je sors de ma paresse d’écriture pour dire quelques mots d’un film vu hier : « Le nom des gens ».

Ayant aperçu de brefs synopsis du film indiquant qu’il relatait la rencontre décapante entre une jeune femme très extravertie utilisant des moyens de lutte politique peu orthodoxe (elle n’est pas avare de son corps et couche vaillamment et méthodiquement avec des hommes de droite dans le seul but de les gagner à sa cause politique) et un fonctionnaire des services de veille sanitaire quelque peu coincé, je me demandais pourquoi il portait un tel titre.

C’est que l’origine des gens, donc leur nom qui en est un signe mais un signe souvent trompeur, la façon dont ils assument ou n’assument pas leur histoire familiale, les métissages dont ils résultent est le vrai sujet du film.

Lui, c’est Arthur Martin (« comme les cuisinières ! »), qui parait « français » jusqu’au bout des ongles mais qui porte en lui sa mère, née Cohen, et dont les propres parents juifs originaires de Grèce ont péri dans l’holocauste. Elle, c’est Bahia Benmahmoud, fille d’un immigré clandestin marocain et d’une blonde bourgeoise en rupture et qui n’a pas un look franchement maghrébin (« Bahia, c’est brésilien ? »).

Bahia est exaltée, fantasque, explosive, voire sexplosive. Les personnages dialoguent avec eux-mêmes dans le passé, voire avec leurs ancêtres. La caricature ne manque pas. Mais tout ça, aussi improbable que cela soit, passe très bien. Il ya quelque chose de Woody Allen dans la vivacité du rythme, dans la façon de mêler le comique et l’émotion, dans la façon aussi de faire intervenir les voix off ou dialoguer les personnages avec eux-mêmes. Le contexte politique est plaisamment présent, élections de 2002, élections de 2007 et Lionel Jospin en personne qui débarque en « invité amical » dans le film.

Arthur et Bahia, couple aussi sympathique qu’improbable finissent par faire un bébé. Ils le prénomment Chang, dernier éloge des métissages, des métissages qu’il faudrait s’inventer au-delà même de ceux dont on est fait.

Le scénario est coécrit par Michel Leclerc le réalisateur et sa compagne Baya Kasmi, ce qui laisse entendre qu’il y a dans le film une part de préoccupations et de ressentis effectivement vécus et que leurs auteurs n’ont pas fait ce film par hasard.

Bref c’est à la fois un film profondément sympathique, très salutaire par ce qu’il traite et par la façon dont il le traite, enfin un film très réjouissant dont on sort d’humeur joyeuse. D’où d’emblée mon envie d’écrire dessus, de vous inviter à aller le voir. Je voudrais que le bouche à oreille contribue à son succès et qu’il ne s’efface pas trop vite, comme tant de bons films, sous le flux impitoyable des nouveautés. (Oups, j’avais commencé à écrire « bouche à bouche », ça c’est sans doute un effet Sara Forestier !)


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