En d’autres temps, pendant la dictature franquiste ou pendant la dictature des colonels il aurait été inconcevable pour des gens de gauche d’aller se faire bronzer sur les plages espagnoles ou grecques. Je ne m’étais pas posé la question par rapport à la Tunisie de Ben Ali. J’y ai tranquillement effectué deux voyages dans un contexte de séjours touristiques du genre décérébrant, en 2004 et en 2006. J’ai été me relire. Je ne trouve guère qu’un paragraphe lors du second séjour pour m’interroger un peu sur la situation et qui montre que je me conformais à la vulgate en cours : un régime vaguement autoritaire mais qui cahin-caha permet le développement du pays.

Je n’imaginais pas la cruauté de la dictature benaliste ni l’ampleur de la mise en coupe réglée de l’économie du pays. J’aurais dû savoir. Il y en avait eu des articles sur le sujet, des tribunes d’opposants que j’avais lues distraitement (quand je les avais lues) en me disant : oui il y a des problèmes de démocratie en Tunisie comme dans tous les pays arabes, c’est bien embêtant ça, mais au moins il y a un certain développement économique et sociétal, des classes moyennes qui se créent, pas trop d’islamistes radicaux, bref c’est un pays qui va doucettement évoluer !

Tu parles de doucettement !

C’est un mouvement profond de la société qui a été capable, finalement en peu de jours et avec peu de dégâts, de mettre à bas la dictature. Et ce n’est pas juste un changement de pouvoir, c’est une vraie révolution impliquant la société d’en bas, une jeunesse nombreuse et active, ouverte sur le monde notamment grâce aux réseaux sociaux. Comme toute révolution elle peut avoir des effets pervers (débordements, retours de bâton) ou s’enliser dans les sables mais quoiqu’il arrive rien ne pourra plus être comme avant, c’est l’histoire remise en marche.

C’est une belle leçon de choses, un salutaire rappel de ce que l’intervention des peuples est quand même bien utile pour mettre un coup de pied dans la fourmilière et remettre l’histoire en mouvement. Bref merci au peuple tunisien de nous rappeler que les révolutions ça existe et qu’elles sont parfois plus que nécessaires, indispensables !