Cela fait déjà plus d’une semaine que je suis ici, en déconnexion totale, mais alors vraiment totale, de tout ce qui fait ma vie parisienne, ma vie professionnelle, ma vie de lecture et d’écriture, et à fortiori ma blogovie. C’est bien simple : avant ce soir je n’avais pas même ouvert l’ordinateur. Je ne suis pas passé au cybercafé relever mes mails ou parcourir mes sites amis. Je n’ai pas ouvert un livre de ceux que j’avais apporté de Paris. Je m’endors à peu près dès que je me couche en piquant du nez sur mon journal, seul lien (avec l’écoute aussi de la matinale de France Inter) sur l’extérieur et sur l’actualité pourtant si riche et passionnante de ces derniers jours avec tout ce qui se passe dans les pays arabes.

Ce soir je suis au calme, alors j’en profite pour ouvrir mon ordinateur et pour taquiner le clavier. Mon père vient de rentrer de ballade trempé et après sa douche boit un thé dans la cuisine en bas. J’en poussé Constance et son neveu à aller au cinéma voir « Le nom des gens » qui m’avait beaucoup plu. Ça passe à la salle municipale au bout de la rue. Il y a une bonne programmation dans cette petite salle, je me dis qu’il faut l’encourager dans la perspective d’une future installation ici. Hier soir se donnait « Entre nos mains », suivi d’un débat, nous avons malencontreusement raté la séance à cause de divers problèmes d’intendance. (Car il y a encore beaucoup de problèmes d’intendance ici pendant ce temps de mise en place !!!)

J’essaie d’écrire, j’en ai à la fois l’envie pour renouer le fil de mon journal et une certaine paresse à le faire, je me sens tellement occupé d’autres choses que du regard sur moi-même. J’ai écrit ces quelques mots et puis je zappe, mon regard plonge par la fenêtre, je regarde la nuit qui tombe, les rares passants, l’eau qui ruisselle sur les tuiles de la halle, et mes pensées vaguent et divaguent et j’ai l’impression que ça me suffit…

Les travaux dans la maison sont enfin terminés ! Enfin presque, presque… Il y a des bricoles par ci par là qui ne vont pas, qui nécessitent de revoir les entreprises et l’architecte, de faire intervenir à nouveau les artisans avant que nous puissions lever les réserves et déclarer le chantier officiellement clos. Nous avons eu pas mal d’achats à faire aussi pour renouveler des équipements devenus inutilisables, tout l’électroménager notamment. Tout ça prend un temps fou mais on ne se plaint pas, on est dans une phase d’aboutissement, on sent que cette vieille maison va revivre et que nous y installerons avec un vrai plaisir quand nous quitterons Paris, ce sera devenu, par les transformations opérées, par le temps et l’énergie que nous lui avons consacrée, vraiment notre maison, plus seulement celle de mes grands-parents.

L’essentiel de notre travail maintenant est la réinstallation. En novembre nous avions pu faire positionner l’essentiel du gros mobilier et nous étions attelés au tri et au rangement du linge. Là nous nous occupons de tout le reste. On a réinstallé l’ensemble du petit mobilier, on s’est attaqué à l’ouverture et au vidage de toutes les caisses rapportées du garde meuble comme de celles que nous avions stockées nous-mêmes dans les dépendances ou sous l’auvent dans le jardin. Il y a de tout, des belles choses et des saletés. Et puis des choses valables mais dont nous ne voulons plus. Des choses propres et des choses à nettoyer. Le tri est la tâche la plus longue, parfois plaisante mais parfois difficile. On ne trie qu’en très gros. Lorsqu’il y a doute, pour le moment, on garde. Mais enfin on a déjà fait plusieurs gros cartons pour la déchetterie et autant pour Emmaüs. Dans les caisses de la bibliothèque j’ai trouvé des livres bien sûr (plaisir de farfouiller dans les livres !), certains à garder, d’autres à donner, d’autres tellement démantibulés qu’on ne peut que les jeter. Mais j’ai trouvé aussi des quantités de paperasses de toutes sortes, aussi bien les relevés bancaires, edf, téléphone et tutti quanti de mon grand père mort quand même il y a plus de vingt ans (à dégager évidemment) que des piles de vieilles photos en vrac (à trier) mais aussi des correspondances, des papiers anciens, des actes notariés, certains remontant à la révolution (à conserver bien évidemment et à explorer…plus tard !)

Nous avons amené dans nos bagages de Paris un neveu de Constance, un ado dans une phase difficile, censé nous aider contre une petite rémunération. Il nous aide en effet pour le transport des caisses, le déplacement des meubles mais dans un climat un peu pesant, on ne parvient pas à lui confier une tâche en continu et en responsabilité et on a du mal à avoir avec lui de vrais dialogues sur d’autres sujets comme on espérait pouvoir le faire ce qui alourdit quelque peu l’ambiance générale.

Mon père aussi nous a rejoint quelques jours après notre arrivée. Il est manifestement ravi de voir la maison renaître même si ce n’est pas sa maison d’enfance, mon grand père l’avait achetée au moment de sa retraite alors que mon père vivait déjà depuis fort longtemps à Paris. Mon père nous laisse une grande latitude dans la réorganisation de la maison, il considère qu’il nous a passé la main là-dessus depuis l’incendie mais nous tenons absolument à le consulter et à respecter les quelques points dont nous sentons qu’ils lui tiennent à cœur. L’aide de sa part est plutôt dans le tri fin afin de déterminer ce qui à conserver, par exemple pour les photos, qu’il annote le plus précisément possible lorsqu’il en reconnait les personnages.

Bref avec tout cela, les jours passent sans qu’on les voie passer…

Et je ne sais pas encore si je vais, ce soir où demain, faire un saut au cybercafé pour relever mes mails, pour avoir quelques nouvelles de la planète internet et pour poster ces mots.